Bienvenue dans la petite parenthèse du vendredi qui nous permet de ne pas oublier que même si l’industrie du jeu vidéo se casse la binette, même si les triple A d’aujourd’hui ont tendance à sonner creux et se résument souvent à beaucoup de bruit pour rien, personne ne pourra nous priver de ces grands moments qui nous ont fait vibrer et continuent de le faire, ces véritables moments de pure magie vidéoludique, ces tranches d’aventures intenses, colorées, inventives, jouissives, corsées, poétiques… Et parfois brutales. Voire très brutales. C’est d’ailleurs au rayon « brut de décoffrage », section « horreur et tripaille » qu’on va retrouver Splatter House.

TOMAGIQUEsplatterborneOn peut apprécier à leur juste valeur les envolées poétiques d’un Ico, l’ambiance mystérieuse et magique d’un Õkami, pleurer à chaudes larmes la mort d’Aëris et avoir un goût prononcé pour les ambiances horrifiques. Depuis tout petit, mon amour pour les ambiances fantastiques cohabite avec une fascination pour ce qui fait peur (c’est pas pour rien que j’étais fan de J’Aime Lire quand j’étais marmot, et que je lisais en cachette Le Petit Vampire). Fascination de l’interdit potentiel aidant, je tentais par tous les moyens de tromper la vigilance de mes parents pour regarder en cachette tout ce qui avait trait au petit monde de l’horreur à la télé, le regrettant souvent amèrement quand le moment de se coucher survenait. C’est donc avec cette même détermination que je cherchais des jeux d’horreur, et ce dès mon petit Amstrad CPC. Malheureusement, les jeux 18+ n’avaient pas encore fait leur apparition, et l’horreur était souvent traitée avec humour et second degré, j’avais donc droit de temps en temps à un petit frisson, parfois même un gros , mais c’était généralement plutôt frustrant dans l’ensemble. Je vous raconte tout ça pour que vous puissiez évaluer l’intensité du choc éprouvé lorsque je suis tombé par un heureux hasard sur ce jeu pas comme les autres.

A cette époque, on pouvait fumer dans les bars, mais aussi jouer, et chaque bistrot, en plus de leur babyfoot et leur flipper, disposait d’au moins deux bornes arcade. J’avais loupé le train qui me permettait de rentrer dans ma petite ville natale, et me retrouvais donc à devoir tuer le temps une heure durant dans la gare de Metz. Comme dans toute bonne gare, il y avait une brasserie plus ou moins bien famée. Mais comme les chances de survie d’un adolescent bouboule avec un appareil dentaire et un regard craintif de mouton perdu dans le territoire des loups n’étaient pas formidable, j’hésitai un temps avant de réaliser que j’avais autant de chances de me faire racketter dans le Hall de la gare qu’au niveau de la brasserie. Autant dépenser ce qui me restait avant qu’un autre n’en profite à ma place, non ? Je n’avais encore jamais mis les pieds dans la dite brasserie, mon rythme cardiaque s’est donc sensiblement accéléré lorsque je suis entré dans ce lieu sombre et haut de plafond, avec une mini salle d’arcade en guise d’entrée. Plusieurs flippers, une demi douzaine de bornes, pas de doute, j’avais bien fait de louper mon train! Et là, je remarque à l’écran d’un de ces machines massives un personnage évoquant le tueur de Vendredi 13, le fameux Jason, dans une version bodybuildée. Je savais d’office que je m’exposais au risque de louper mon train suivant si je jetais mon dévolu sur la bête. Je le savais. Mais c’était déjà trop tard pour reculer.

TOMAGIQUEsplatterhachoirRarement un jeu d’arcade aura soulevé en moi ce mélange de fascination et de malaise, digne d’un vrai film d’horreur à tendance gore! Même la musique, dissonante à souhait, pesait sur le jeune joueur que j’étais, installant un sentiment d’étouffement mâtiné d’urgence, elle cadrait parfaitement à l’action. Et quelle action!! Des décors évoquant la dimension infernale de Silent Hill redessinée par Giger et Cronenberg, l’ensemble dégoulinant à souhait, morbide au possible, avec des cages enfermant des gens en haillons, des carcasses de meubles,, des matières molles et dures mêlées… Et dès le premier ennemi tué s’est installé une jouissance coupable, car on était clairement dans un jeu « pour les grands » : Un coup de poing massif et l’ennemi s’effondrait en une bouillie verdâtre, des cadavres putréfiés accrochés au mur vomissaient leurs entrailles acides sur le chemin de notre Jason culturiste, une véritable ambiance de cauchemar s’était installée. Mais le véritable point de basculement fut la seconde arme du jeu, le bâton. Déjà la première, le hachoir, trouvée quelques pas après le début du niveau, en imposait pas mal, découpant en deux vos ennemis, sensation de débauche morale garantie. Mais peu avant la fin de ce court niveau, vous pouviez ramasser le fameux bâton avec lequel vous explosiez littéralement vos ennemis contre le mur du fond, les réduisant à l’état de flaque verdâtre. A l’évidence, les programmateurs se sont fait plaisir, et ont fait plus que surfer avec les limites tacites de l’époque, donnant dans la surenchère de tripaille, le tout condensé dès le premier niveau. Inutile de préciser que quelques crédits plus loin, je n’avais toujours pas vaincu le boss du premier stage, répugnant à souhait. Mais j’ai réussi à choper mon train…

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. S’il est difficile de se souvenir de son tout premier film d’horreur, les jeunes de mon époque surfant un moment dans une zone grise faite de fantastique, de téléfilms, de séries vaguement flippantes, au moins, en ce qui me concerne, le premier jeu d’horreur touché ne fait aucun doute! Je vous retrouve dans sept jours, pas plus, pas moins, pour de nouvelles aventures mirées via le rétroviseur.

toma überwenig

8 réponses
  1. Yannou
    Yannou dit :

    Vraiment mort de rire le passage de la brasserie, y’a pas longtemps je me suis tappé un Splatterhouse avec Le Serpent j’ai vraiment aimé le concept en plus ca me fait pensé à de l’Altered Beast vraiment sympa, ça ma donné envie de me le procurer.

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  2. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    Tu oublies que je suis vieux comme le monde (si celui ci était né en 1977^^), du coup, entre deux feuilletage de Mad Movie en flippant avant de tourner la page (et de me faire virer pour la énième fois par le buraliste), je me faisais lire les J’Aime Lire par ma moman, avant de pouvoir les lire tout seul, et il y avait son p’tit lot d’histoires flippantes, en particulier l’infernal Noar le Corbeau (mais bon, je flippais aussi en lisant les Drinns, donc…). Et tout de suite après, direction Bibliothèque Rose pour goûter aux plaisirs coupables du Petit Vampire (j’étais touuuu petit, donc j’avais peuuuur).
    Du coup, j’ai découvert les Chair de Poule un poil trop tard en fait, je matais déjà V et le Voyageur en cachette (avec terreurs nocturnes à la clé, bien entendu^^)
    Sinon, pour Altered Beast, en fait, il me fait presque penser à un mélange entre un beat’em all et un shmup nouvelle génération avec son scrolling continu, ses boss énormes, ses stages où tu voles…etc. Mais la filiation est là, et, tu t’en doutes bien, il fait partie de mon p’tit top 150 😉 de la belle époque, découvert lui aussi en arcade.
    D’ailleurs, la version arcade de SplatterHouse est plus trash que celle sur Megadrive, si tu as l’occase de tâter de MAME…

    Merci pour tes messages, mon p’tit Yannou, source de soutien dans l’amoralité la plus définitive^^!!

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  3. Le serpent
    Le serpent dit :

    Je n’aime pas Splatterhouse…
    Le gameplay mou du genoux surtout.
    Et c’est d’ailleurs le même problème pour la version Megadrive d’Altered Beast.

    Donc il y a effectivement filiation^^

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  4. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    attention, j’ai pas dit qu’il était bon^^!

    Plus sérieusement, c’est surtout l’ambiance de Splatterhouse qui fait sa force, son esthétique sans pitié ultra glauque, la beauté de ses graphismes et de ses animations, la cruauté de la plupart des idées…etc. Mais je le répète, il faut y jouer sur arcade (ou sur MAME), la version Megadrive étant une bonne adaptation, mais un peu édulcorée (idem pour Altered Beast en fait).

    Concernant ce dernier, d’ailleurs, tu ne te rends pas compte, pour une génération traumatisée par Thriller, ce que ça représentait, un jeu où le héros se transformait en loup garou!! Avec aussi des idées bien glauques niveau boss, des morts vivants qui giclaient un peu, une animation pas mal foutue lors de la transformation (alors que pour les autres bestioles par contre, c’est juste une superposition en 2 images, y se sont pas foulés les p’ti batards!!). (et j’avais jamais remarqué, mais il y a carrément une bête piquée à Golden Axe, à l’identique, la bestiole qui met des coups de queue! MDR comme disent les jeunes^^)

    Bref, ces deux jeux apportent l’Horreur, la vraie, celle qui tache, là où les autres jeux puisent seulement dans son folklore (Castlevania, Ghosts’n Goblins…etc). Après, en terme de rythme et de dynamisme, je te concède qu’ils ont leurs limites ;-), mais pas moins cultes pour autant, et font partie de ces jeux qu’on ne peut pas vraiment juger objectivement si on se les est pris au bon moment dans la face, malgré leurs défauts (un peu comme Vendredi 13, qui au final est un film plutôt bof, mais qui a sa place dans la catégorie films cultes^^)

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    • Le serpent
      Le serpent dit :

      J’ai joué à ces deux jeu à postériori, c’est peut etre pour ça.
      En même temps j’ai fait pareil avec Golden Axe et Street of Rage, et pourtant j’ai vraiment adoré.

      Effectivement, c’est bien l’ambiance qui prime dans Splatterhouse. Mais tout de même…
      Faudrait que je choppe MAME

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  5. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    MAME, outil retro indispensable!

    Mais quand je disais qu’il fallait se les prendre en pleine face au bon moment, c’était plus dans le sens où c’est mieux de les découvrir quand on en est encore dans sa phase « quête de l’interdit » (vu que c’est un peu là dessus que les deux surfent, le coté vaguement racoleur provocateur d’une bonne vieille série b qui ne fait flipper que les moins de 12 ans), mais surtout pas dans le sens où les « pti jeunes y peuvent pas comprendre la classe des vieux jeux » ^^!
    Découvrir des vrais bons jeux sur le tard, peu importe leur date de création, ils restent bons (sauf si l’on est alergique au retro, mais bon, en ce qui nous concerne, on va dire que ça va 😉 ), mais par contre, pour aimer Altered Beast ou Splatterhouse (tous deux moyennement maniables et effectivement un peu mou du bulbe), ça aide d’avoir été traumatisé dans son enfance par le jeu, ou d’avoir pu halluciner devant leur violence brute à un moment où le truc le plus violent qu’on ait pu voir en jeu vidéo c’est un plombier moustachu qui saute à pieds joints sur une tortue :-)…
    (après, il y a les défenseurs hardcore de Splatterhouse qui l’aiment pour sa difficulté, mais comme personnellement, je suis plutôt moyen aux jeux en général, du coup, c’est un jeu que j’aime comme un épisode de V ou un film sur M6 des jeudis de l’angoisse qui m’aurait marqué quand j’étais gamin^^)

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