Bienvenue dans la chronique où l’on parle des moments où la magie des jeux vidéos contamine la vraie vie, ces instants forts qui resteront gravés à jamais dans nos coeurs de gamers, que ce soit à cause d’une scène marquante, ou parce que le jour là vous étiez en train de jouer en pyjama sous une couette et que l’odeur du chocolat chaud que préparait votre moman vous chatouillait les narines, des madeleines de Proust à coups de pixels et de souvenirs. Après une année de bons et loyaux services au nom de la vidéonostalgie, voilà qu’il faut nous séparer. Car oui, c’est la dernière fois qu’on se croise sous ces hospices chaleureux, le dernier moment de magie pure qu’on partagera cette année. Vous le savez (enfin, pas forcément, en fait, peut-être que vous êtes là par erreur, que vous avez vu de la lumière et que vous êtes entrés, que vous avez tapé sur un moteur de recherche « Morena Baccarin naked » et que vous vous êtes retrouvés ici, mais c’est pas grave, restez, vous êtes les bienvenus), l’idée de cette chronique était de partager des grands moments de jeu vidéo, non pas des grandes scènes de jeux, mais bien des moments vécus, des jeux petits et grands qui pour plein de bonnes et mauvaises raisons nous ont retourné la tête et le coeur. Parce que la passion du jeu vidéo, c’est quelque chose de vécu, qui dépasse les limites du jeu lui-même. C’est donc pour ça que j’ai choisi pour le dernier chapitre de cette chronique un jeu qui a marqué à vif les joueurs qui ont osé s’aventurer un peu plus loin que les Final Fantasy, XenoGears.

TOMAGIQUEXENOCOVEn 1998, les internets, comme on dit, sévissaient déjà, bien sûr, mais pas encore de façon systématique comme aujourd’hui. Un jeu import avait peu de chance de toucher large, à part au sein de la communauté select des hardcore gamers et autres amateurs éclairés et passionnés. En ce qui me concerne, je n’avais pas internet, pas d’ordi, même pas de PlayStation à la sortie de XenoGears. Nous ne nous sommes rencontré que quelques années plus tard. Je venais de finir FF VII et j’étais évidemment encore en train d’essayer vainement de me décoller du sol à l’aide d’une spatule, tant le jeu m’avait tout bonnement pulvérisé. Dès que je croisais quelqu’un qui pouvait s’apparenter de près ou de loin à un joueur, je lui parlais de FF VII, de la mort d’Aëris, des musiques, je fondais en larmes en m’agrippant à son bras et en hurlant « pourquoiiiiii!!! »… Bref, on peut dire que ça tournait à l’obsession. C’est dans cet période que j’ai croisé Karim, sympathique passionné et connaissance lointaine, dans une échoppe à pixels. Vous pouvez imaginer autour de quoi la discussion a rapidement tourné (non, toujours pas Laurena Baccarin), et mon indignation quand d’un ricanement autosuffisant le gars a balayé du revers de la main mon FF vénéré, en disant qu’il n’y a pas que FF dans la vie. Alors que j’étais en train de l’écorcher mentalement avec un couteau rouillé, il me demande si un jeu en anglais me posait problème. « Non, ça va… » Une ouverture de sac avec session de fouille dans une pochette de CDs, et un « tiens, essaie ça » énigmatique plus tard, je me retrouvais seul dans les rues de Metz avec à la main la série Wolf’s Rain (excellente au demeurant), et les galettes pirates (oui, c’est mal, je sais), ornées d’un espèce de « X » gribouillé.

TOMAGIQUEXENOROOMA mon retour chez moi, perplexe, je décidai de ne pas essayer ce jeu tout de suite, parce que quand même, ‘faut pas déconner, il doit avoir des goûts de chiotte Karim, il aime même pas FF VII comme un fou comme un soldat comme une star de cinéma alors, hein! Deux jours plus tard, après avoir bouffé l’intégrale de Wolf’s Rain et être rassuré quant aux goûts de Karim, j’insérai la galette qui allait changer ma vie de joueur. Car on ne sort pas indemne de XenoGears. Il faut comprendre qu’à ce moment là, je ne savais absolument pas où je mettais les pieds, à quelle sauce j’allais être mangé, et que du J-RPG, je ne connaissais rien sinon FF VII (et le VIII, mais comme il n’existe pas vraiment, à part dans la tête de Yannou…). Du coup, se retrouver avec un système de combat aussi jouissif, aussi dynamique que celui de XenoGears, c’était juste jouissif au dernier degré, avec des combos dans tous les sens, des ennemis qui volent, qu’on reclaque au sol, qu’on pulvérise à coups de finish moves, bref, que du bonheur! Sans compter que le jeu est beau, a une ambiance particulière et une odeur old school gros pixels qui m’a parlé immédiatement.

TOMAGIQUEXENOFIGHTPuis arrive le premier Mecha, et tout s’accélère. Je ne savais pas, je vous assure, je découvrais le jeu au fur et à mesure, baffe après baffe, orgasme après orgasme, emporté par la tornade d’epicness et de profondeur d’un jeu qui allait crescendo. Alors quand le héros vire berserk aux commandes d’un magnifique Mecha et pulvérise son propre village, on est à genoux, on a le vertige, on hallucine carrément, et c’est à ce moment là qu’on comprend que le jeu va nous emmener loin, très loin. D’autant que peu après, les références mystiques mâtinées de Nietzsche commencent à pleuvoir, avec une dose massive de conspirationnisme des plus inspiré, bref, un scénario comme on en a plus fait depuis, un moment tomagique à l’échelle d’un jeu sans précédent. La première apparition du XenoGear au design exemplaire, les révélations quant aux origines de Fei, le dénouement rien moins que biblique du jeu, la violence et la noirceur de l’ensemble, la musique, les cut-scenes, les personnages, rien à jeter dans cet événement majeur et jamais égalé de la playhistoire, et assurément un des moments les plus intenses de ma petite vie de joueur.

TOMAGIQUEXENOXEt c’est sans autre forme de procès que je vous abandonne, en espérant que vous aurez pris plaisir à lire ces chroniques d’une vie de joueur, et que certains des moments partagés vous auront parlé et auront éveillé en vous, le temps d’un article, quelques souvenirs émus. Je ne vous donne donc pas rendez-vous dans sept jours, pas plus, pas moins.

toma überwenig

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