Korg est un nom qui impose le respect auprès des musiciens amateurs de bidouille electro. En effet, c’est l’une des premières firmes à populariser le synthétiseur analogique à la fin des 70’s, alors réservé à un élite particulièrement friquée vu le prix prohibitif des machines, en proposant le désormais célèbre MS-10 et son massif successeur le fantasmatique MS-20, deux synthés au son particulièrement burné, et aux possibilités potentiellement infinies. C’est donc avec un frémissement dans le bas ventre qu’on a accueilli en 2008 le Korg DS-10, émulateur du fameux MS-10 agrémenté de l’ergonomie tactile propre à la console de Nintendo. Si bien pensé soit-il, les limites tant en terme de mémoire que de son de la DS ne permirent pas à cette petite perle d’inventivité de tenir les promesses que le nom Korg impliquaient en matière de texture sonore. Mais l’homme derrière la machine, le musicien japonais Sanodg ne s’est pas laissé décourager, et offre aujourd’hui à la 3DS un nouvel outil, analogue au précédent (hé, hé, analogue…) dans son interface, mais qui pourrait carrément changer la donne… Est-ce le cas ? La réponse tout de suite! Aujourd’hui, on cause musique à LSR!

Korg ou l’histoire de la synthèse en marche

Pour ceux qui se poseraient la question, un MS-20, c'est ça : plein de potards, un bordel organisé de fils branchés, et un son qui tue.

Pour ceux qui se poseraient la question, un MS-20, c’est ça : plein de potards, un bordel organisé de fils branchés, et un son qui tue.

Comme dit plus haut, Korg, généralement, quand on tâte du son, on connait. Les MS-10 et 20 ont longtemps fait fantasmer les collectionneurs, notamment en raison de l’interface un peu bordélique et ô combien séduisante pleine de boutons à tourner et surtout de cables à brancher, permettant au musicien d’expérimenter dans les grandes largeur. Encore aujourd’hui, les basses massives des MS continuent d’en imposer, en particulier face aux synthés numériques au grain de son assez faiblard. Pourtant, on trouve dans le commerce d’autres synthétiseurs analogiques de meilleure facture que les Korg et parfois aussi célèbres, comme les Moog, mais personne n’a réussi à poser un rapport qualité prix aussi attractif que Korg à l’époque. La firme continue aujourd’hui suivant la même politique de démocratisation de l’analogique, cassant délibérément la cote du MS-20 en rééditant son synthétiseur en version plus facilement transportable, le MS-20 Mini, et en proposant des gammes de machines analogiques facilement modifiables – la pratique du « bending » étant particulièrement développée dans la communauté des bidouilleurs analogiques – et accessibles à toutes les bourses. Bref, Korg, c’est bien. Pas tout le temps, mais souvent, quand même!

Mais tout n’est pas rose dans le monde des MS. Déjà, les machines sont massives, lourdes, et peu précises, presque vivantes, un peu la marque de fabrique du son analogique, ce qui peut déstabiliser les jeunes musiciens, en particulier à l’ère du tout transportable. Ensuite, dans synthé analogique monophonique, il y a « monophonique ». Oui, les MS ne peuvent produire qu’un seul son à la fois, si puissant soit-il! Eh oui, c’est comme pour les jeux vidéo, on peut jouer à la quasi intégralité jeux d’arcade via l’émulateur MAME, mais même avec un stick arcade, rien ne peut remplacer la puissance de la borne originelle avec la chaleur si spécifique de son écran, avec ses pixels lumineux donnant l’impression d’une fluidité autrement plus douce que le Pixel Art anguleux de notre ère numérique. C’est comme ça. En matière de son, le numérique peut tout émuler, tout reproduire, se rapprocher mais sans jamais l’atteindre du grain de l’analogique.

Get your DS in the Mix

Le panneau principal de création du son. Conseil : tripotez tout, mais un bouton à la fois.

Le panneau principal de création du son du DS-10, intimidant mais étonnamment ergonomique. Conseil : tripotez tout, un potard à la fois.

…et c’est d’ailleurs tout le problème de la version DS du logiciel, le Korg DS-10, une émulation de son analogique sur un support particulièrement faiblard dans le domaine du son. Si sur machines dédiées la synthèse numérique de son est malgré tout riche et de qualité – la grosse majorité de la musique electro de ces dernières décennies reste quand même produite sur des supports numériques, hein! -, la DS est clairement dépassée dans le domaine. Là où la GameBoy disposait d’une patate sonore qui la rend encore active dans certains cercles, à la façon des vieux ordis comme le Commodore 64, grâce à des puces dédiées au son particulièrement dynamique, la DS est du coté de l’émulation de bas étage. Pourtant, ça n’est pas la faute au logiciel créé par l’astucieux Sanodg. directeur créatif de l’éditeur Detune, créateur compulsif, compositeur, programmeur touche-à-tout, à l’origine du DS-10, mais aussi, toujours sur DS, du Korg M-1, émulateur d’un autre célèbre synthétiseur de Korg, numérique cette fois, de la fin des 80’s, avec des sons pré-programmés très typés. Comme pour le DS-10, Sanodg a créé une version 3DS boostée aux hormones et permettant de partager ses morceaux en ligne. Mais revenons à nos moutons analogiques, et reparlons un peu du DS-10.

le DSN-12 avec son clavier virtuel, parfaitement adapté aux doigts de lutins maléfiques. Si si...

le DSN-12 avec son clavier virtuel, parfaitement adapté aux doigts de lutins maléfiques. Si si…

Non seulement la plupart des interfaces du MS-10 étaient représentés, jusqu’à l’émulation des câblages, marque de fabrique fantasmatique du synthé originel, avec les possibilités massives que ça implique, mais en plus, le logiciel permettait d’utiliser l’écran tactile pour faire varier différents paramètres du son en direct – à la façon d’un Kaospadd’enregistrer toujours en direct ces variations, de composer soit via un séquenceur – avec un clavier représenté sur le coté à la verticale, et chaque « pas » représenté par une case, histoire de bien visualiser ce que l’on est en train de faire, que l’on soit musicien ou non -, soit encore une fois en direct, à l’aide d’un clavier virtuel tactile pas spécialement pratique à jouer au stylet, certes, mais bon. Et pour palier à la monophonie du modèle originel, le DS-10 proposait deux sons autonomes, ainsi qu’une mini boite à rythmes de 4 éléments. Bref, un kit carrément bien pensé, accessible, agréable à manier, jouissif à explorer. Ajoutez à ça 16 patterns – donc 16 boucles mélodiques – à agencer pour créer le morceau final dans une menu dédié avec une interface toujours aussi simple et intuitive – 4 fois la boucle 1, puis 8 fois la seconde boucle…etc – et, cerise sur le gateau, un effet à choisir parmi 3 pédales d’effets virtuelles – un delay ( « salut…lut…lut…lut…ut…ut… »), un chorus et un flanger -, chacun assignables soit à l’ensemble du son, soit à l’une des trois pistes – la boite à rythme comptant comme une seule piste, un des principaux défauts du logiciel -. Bref, un outil vraiment, vraiment bien foutu, mais un peu chiche pour qui voudrait vraiment composer exclusivement dessus, et rattrapé par les limites de la console.

La preuve par 3

Les mythiques cablages en bas, l'oscilloscope en haut.

Les mythiques cablages en bas, l’oscilloscope 3D en haut.

Mais arrive donc aujourd’hui la version 3DS, prolongeant les efforts faits sur DS – Sanodg avait sorti une version entre temps pour DSi, le DS-10+, avec comme principal ajout la synthèse vocale façon Daft Punk – et autant le dire tout de suite, ça envoie du pâté! Ne nous leurrons pas cependant, on reste dans l’émulation dite « bas de gamme » un peu plus haut, loin des synthèse digitale de haute volée, mais la puissance accrue de la 3DS sur tous les plans, y compris celui du son – ne vous laissez pas abuser par les ridicules haut-parleurs de la console qui crachotent dès qu’un son trop riche vient les faire vibrer, tentez le coup au casque et vous verrez – compense sans problème les faiblesses de sa grande soeur. Sans compter que le logiciel débarque « with a twist » : un oscilloscope 3D. On a tous manipulé des oscilloscopes au collège, vous savez, ces trucs à écran verdatre qui montrait la forme du signal électrique. Le son étant une onde, souvent complexe, mais une onde quand même, l’oscilloscope permet de la représenter. Sauf que quand on a des sons naturels, quels qu’ils soient, c’est souvent un bordel qui évoque le gribouillage de gosse hyperactif ayant bu une thermos de café. Dans le cadre de synthèse de son, vu qu’on part des ondes pures pour les modifier au fur et à mesure, le résultat visuel est autrement plus harmonieux. C’est beau, on se croirait à un concert de Pan Sonic! Petit bémol cependant, la 3D reste mal exploitée, mais on ne va pas pleurer non plus, parce qu’on n’achète pas un logiciel de son pour son fond d’écran, hein!

Et niveau son, il y a de l’upgrade! Outre la qualité revue à la hausse, c’est désormais 12 sons simultanés qui nous sont proposés au lieu des 6 de départ – oui, les 2 sons de « clavier » plus 4 de boite à rythmes -, chacun modulable à l’envi. Le fait que chacun des sons, y compris les 4 sons de boite à rythmes que l’on retrouvera ici préprogrammés, soient autonomes, avec  chacun sa piste, revient à régler le principal problème de la version précédente. Désormais, si vous voulez mettre un effet uniquement sur un clap, vous pouvez. Il en résulte des possibilités de mix beaucoup plus fines, on se sent carrément moins à l’étroit, on peut commencer à envisager de composer de vrais morceaux sur la machine. D’autant plus que niveau mémoire, on est autrement plus confortable, avec pas moins de 64 patterns (contre 16 pour la version DS), et un nombre de morceaux limités exclusivement par la mémoire de votre 3DS, là où la version DS fonctionnait via un système de slots prédéfini… Le nombre d’effets a été lui aussi revu à la hausse, avec 2 effets superposables parmi cinq proposés, soit les trois précédents plus un Kick et un compresseur, tous deux particulièrement intéressant pour donner de la pêche notamment aux sons de percussions, et l’ajout d’une réverb – vous savez, l’effet « résonance de cathédrale » -, indispensable pour adoucir un peu le son et lui donner de l’espace. Bref, n’en rajoutons pas, à l’évidence, ce logiciel est une petite tuerie, dépassant en tout point son ainé. Ceux qui auront pratiqué le DS-10 ne seront néanmoins pas dépaysés, l’interface du DSN-12 ayant été revu et augmenté, certes, mais restant sensiblement analogue (…ok, je sais, c’était déjà pas drôle la première fois) à celui-de son prédécesseur. Et c’est peut-être bien là que ça risque de coincer finalement…

A retenir

En effet, la sobriété ambiante de l’interface, son accessibilité est pensée à l’évidence pour les musiciens, et non pour les gamers. Un amateur de synthèse analogique aura comme premier réflexe de visiter chaque page, de tester chaque potard virtuel, de tenter d’apprivoiser la bête à la façon d’un synthé classique, et sera frappé par la souplesse de l’ensemble, par ses capacités impressionnantes, son immédiateté, sa richesse. Un joueur néophyte par contre risque de passer d’abord par une phase de solitude s’il ne possède pas un minimum de connaissances préliminaires dans le fonctionnement des boites à rythmes ou de logiciels type Cubase, et pourrait préférer le M-1, plus intuitif car offrant des sons « finis », non paramétrables, mais du coup immédiatement utilisables. Sinon, il faudra tâtonner un moment, se créer un point d’entrée dans le logiciel et accepter l’idée qu’il faut essayer encore et encore avant de trouver mais une fois le séquenceur apprivoisé (la page de composition à proprement parler) et la page de « transformation » du son repérée, tout se met à faire sens, et la magie du DSN-12 opérera enfin. Malgré ce mini délit d’initié, pour peu que vous vous intéressiez un poil au son au sens large, que le mot « analogique » évoque autre chose qu’un nom de site pour adultes et que vous ayez des aspirations à la composition electro, vous frappez à la bonne porte.

toma überwenig

Informations sur le jeu

Plateforme :  eshop 3DS

Genre : logiciel musical, instrument virtuel, émulateur de synthétiseur

Développeur : Sanodg

Éditeur : Detune

Date de sortie : 25 Septembre 2014

 

1 réponse
  1. Le serpent
    Le serpent dit :

    Dans ma vie j’ai joué à deux jeux de compo musicales: hip hop ejay car quand thabite Marseillewesh gros t’écoute de la musique de gangsta ! Et puis musique 2000.
    Et j’avais bien aimé.
    Sur ce je retourne à lea passion raconte ton enfance

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