Maverick Hexagon

D’un one button game mal équilibré, le génial Terry Cavanagh réussit, sans en trahir l’essence, à extraire une petite perle de level design pervers introduisant des pièges brillant de sadisme et d’inventivité, de gameplay tout en finesse malgré son extrême simplicité, avec une inertie autrement mieux pensée que dans l’original, bref, se réapproprier complètement ce dernier pour offrir une perle façon Cavanagh. L’introduction d’un second bouton, la flèche bas du clavier, pour plonger redynamise drastiquement le gameplay et s’intègre à merveille au level design parfaitement maîtrisé du jeu. Les pièges sont nombreux, et les parties à moins de dix points seront légion, mais le jeu propose une réelle courbe de progression et un plaisir tout simplement viscéral, qui n’est pas sans évoquer un autre jeu de l’auteur, Super Hexagon.

L'écran gris, symptôme de record battu, fait toujours plaisir!

L’écran gris, symptôme de record battu, fait toujours plaisir!

L’analogie entre les titres est évidente, ne serait-ce que sur le plan esthétique. Dans les deux cas, on a un design épuré pixel art, vibrant au rythme d’une musique electro bien phat, avec des montées à bonne odeur de synthé analogique – moins variées mais à mon sens plus réussies dans Maverick Bird -, des changements de couleur tranchés indiquant au gré de vos performances et de vos parties. L’écran se met littéralement à trembler sous la pression du son, donnant à l’ensemble une dimension rhythm game certes illusoire – bien que par essence, tous les one button games, voire presque tous les jeux tout court sont des rhythm games déguisés, mais c’est un débat que je garde sous le coude pour plus tard -, mais bien jouissive néanmoins. Dans les deux titres, l’intervalle entre deux parties est quasi nul, permettant d’enchaîner des sessions endiablées, à une différence notable près : là où Super Hexagon jouait sur la frustration en interrompant la musique à chaque mort pour proposer une variation du thème la partie suivante, dans Maverick Bird, la musique est continue et participe au sentiment de continuité ambiant, atténue la frustration de la mort, l’intégrant dans le rythme du jeu. Et dans les deux cas, les durées des premières parties vont difficilement dépasser la poignée de secondes, sans que l’on sombre dans l’abrutissement punitif gratuit. On trouve dans les deux jeux une réelle courbe d’apprentissage, à la dure, certes, mais indéniablement présente. A terme, Super Hexagon est plus riche, puisqu’il propose plus de variations sur un thème imposé, mais l’on sent sa présence transpirer par tous les pixels dans Maverick Bird, qui n’a pas à rougir de la comparaison.

Un exemple de piège vicelard et contre intuitif, le tout sur un bon rose flashy, une musique qui dépote, et des pixels bien tranchés,  total Neo Retro!

Un exemple de piège vicelard et contre intuitif, le tout sur un bon rose flashy, une musique qui dépote, et des pixels bien tranchés, total Neo Retro!

A retenir

Flappy Bird, au delà de son affaire, aura réussi à créer un pont improbable entre la caste des hardcore gamers et la horde des casual gamers. Ou plus précisément, il aura induit chez les casual gamers des comportements finalement bien hardcore : apprentissage par le die & retry sans compromis, persévérance au sein d’un jeu âpre, loin des largesses fantoches de Candy Crush où tout le monde gagne à la fin, ou autres Angry Birds, avec lesquels Flappy Bird partageait les supports. Une masse démesurée de joueurs se sont mis par jeu, par plaisir, par défi, à combattre une difficulté non moins démesurée et rien que pour ça, je suis content que Flappy Bird existe, pour sa dimension éducative. Mais comme en plus il aura permis à Terry Cavanagh d’accoucher de Maverick Bird, je suis d’autant plus content, je biche, je jouis! Ne faites pas l’erreur de voir en Maverick Bird un simple clone boosté aux hormones de Flappy Bird. C’est bien plus que ça, c’est fin, c’est brutal, c’est jouissif, c’est frustrant, c’est cruel… Mais surtout, c’est bon!

toma  überwenig

1 réponse

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  1. […] autant l’exigence et le Pixel Art psyché des jeux de Terry Cavanagh. On retrouve beaucoup de Maverick Bird dans RunGunJumpGun, ce jeu de Cavanagh créé sur le modèle de Flappy Bird lors d’une jam […]

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