Pix the Cat est beau. Pix the Cat est difficile. Pix the Cat est jouissif. Pix the Cat est généreux. Pix the Cat est frustrant. Pix the Cat est là, et ça fait un petit temps que je l’attends, carte de crédit tendu, prêt à mon achat Day-One. Nous nous retrouvons aujourd’hui, chers lecteurs, quelques semaines plus tard, après avoir profité généreusement de la bête pour pas un rond sur le PS+ pour faire le point sur une magistrale illustration du post modernisme vidéoludique, une giclée d’adrénaline servie par une direction artistique magistralement maîtrisée, un jeu animé par l’amour du gaming, le vrai, et qui tient toutes ses promesses…ou presque.

Le mot du jour du professeur überwenig : Postmodernisme

Pacman Champioship Edition DX : le postmodernisme vidéoludique en marche.

Pacman Champioship Edition DX : le postmodernisme vidéoludique en marche.

Le postmodernisme est à la base un mouvement artistique spécifique succédant, ô surprise, au modernisme en architecture. Mais aujourd’hui, il désigne toute pratique artistique basée sur l’assimilation et la transposition d’éléments préexistants. C’est fourre-tout, ça ne mange pas de pain, ça permet de claquer des gros mots de plus de trois syllabes en société. Mais au delà de cette description vague, le terme désigne un mode opératoire contemporain à l’oeuvre dans tous les champs artistiques et culturels. L‘utilisation de samples, par exemple, est définitivement postmoderne. Le cut-up est postmoderne, qu’il soit graphique ou textuel, le Pop Art l’est bien évidemment aussi, et l’on trouve dans la plupart des arts contemporains des éléments postmodernes bien marqués – conséquence d’un phénomène somme toute assez simple : la création originale est rendue quasiment impossible de par l’évolution des arts, leur balisage et par conséquent leur saturation, tout a été dit, fait, composé, écrit, et notre génération est condamnée à la redite astucieuse, la transposition, l’échantillonnage, la fusion, le recyclage…etc, le modernisme comme fin de l’art -. Mais quittons un peu les généralités et la philo de comptoir pour resserrer un peu le débat autour de notre champ de prédilection, le vidéoludique. L’apparition du Pixel Art, que ce soit en peinture ou en art informatique, est définitivement postmoderne, application à la lettre du principe de transposition cité plus haut. Et au sein même du jeu vidéo à proprement parler, le postmodernisme sévit, et pas qu’un peu. Et il nous concerne tout particulièrement ici, à LSR, puisque la pratique du retrogaming – tout du moins le retrogaming contemporain, et non pas le simple fait de resortir nos bonnes vieilles consoles pour se faire plaisir sur les perles d’antan, hein! – est elle aussi un phénomène résolument postmoderne, et à plus forte raison le courant que l’on range de par chez nous sous l’étiquette parfaitement parlante de Neo Retro. Bien que le terme puisse inclure les créations utilisant de façon référentielles les outils et l’esthétique d’une époque révolue comme dans les jeux dits « pixel art », le terme de neo retro me semble plus adapté à des productions comme l’excellent Space Invaders Extreme 2, qui reprend non pas les outils du jeu de l’époque mais en transpose les codes pour les transcender et en faire autre chose, en l’occurrence un magnifique shoot’em up mâtiné d’éléments flirtant avec le rhythm game à la façon – toutes proportions gardées – d’un Rez. Plus récemment, l’explosion de plaisir brut nommée Pacman Championship DX offre une mécanique d’assimilation similaire, transposant l’essence de Pac Man dans un contexte psychédélico-frénétique orienté scoring, tout en restant immédiatement reconnaissable. Alors que se passe-t-il lorsque le néo retro frappe à l’endroit d’une licence – presque – nouvelle, originale ? Ca donne Pix The Cat.

Pasta al dente

Première apparition de Pix.

Première apparition de Pix, alors appelé Pixel, on se demande pourquoi…

Le studio Pastagames n’en est pas à son coup d’essai, et Pix non plus. Il y a peu, j’avais eu l’occasion de tester l’excellent Big Bang Mini d’Arkedo, et j’en avais profité pour mentionné la Arkedo Serie, composée de trois jeux sortis sur le XBLIG, trois hommages aux jeux d’antan, portant en eux les traces d’une audace et d’un savoir faire évident, un amour du pixel et du challenge corsé. Le troisième épisode, Pixel, collaboration entre Pastagames et Arkedo, mettait en scène pour la première fois Pix au sein d’un jeu de plateforme particulièrement beau en raison d’une direction artistique sobre et inspirée, à travers des pixels massifs et lumineux du plus bel effet. Le jeu, sans être une perle, était loin d’être déplaisant, et proposait ponctuellement de projeter Pix – alors appelé Pixel – au sein d’un pixel du décor pour récupérer un trésor via un minigame labyrinthique, une idée particulièrement brillante mais exploitée de façon finalement anecdotique, plus en tant que bonus, gâterie qu’autre chose. Fort heureusement, les bonnes idées sont vivantes et ont la peau dure, et ce n’est pas une exploitation de surface qui empêchera celle-ci de revenir, magnifiée, quelques années plus tard.

Pix'n Love Rush, une beauté pixel art frénétique mais gâchée par ses contrôles inadaptés.

Pix’n Love Rush, une beauté pixel art frénétique mais gâchée par ses contrôles inadaptés.

Mais revenons à l’histoire de Pastagames un instant. Si l’on passe en revue leurs créations, on remarque sans problème que le studio français sait ce qu’il fait, a l’amour du jeu chevillé au corps, un certain sens de l’humour, une facilité à assimiler la Playhistoire et à en offrir des relectures ponctuelles. C’est le principal moteur de leurs premières productions, revisitant et parodiant le game & watch, facebook, le point’n click, voire même le tamagochi! L’excellent Maestro! Jump In Music, un intelligent croisement entre l’ancestral Simon – et que ceux qui ne connaissent pas le célèbre camembert musical Simon courent très rapidement vers le mur au crépis le plus menaçant à portée de vue et se jettent contre lui gonades en avant! -, le jeu de plateforme et le rhythm game, sorti sur DS, précédait de peu la sortie la même année de Pixel, et incarnait très bien l’ingéniosité et la soif de découverte, d’exploration qui animait le studio. Un an après Pixel, Pix redébarque dans Pix’n Love – Rushpoussant dans ses retranchements la direction artistique de ce dernier en la détournant, la saturant, la magnifiant, mais manquant cruellement de maniabilité sur plateformes tactiles, le jeu appelant de tous ses pixels un contrôle au pad dont il ne bénéficiera malheureusement jamais – en même temps, une p’tite réédition sur Vita…? Non ? Bon, ok, j’insiste pas… (EDIT : le jeu fait partie de la série Minis sur PSP, et est téléchargeable sur le Playstation Store) -. Pourtant, malgré ses défauts, on retrouve déjà ici une frénésie générale, aux cotés de la difficulté, la générosité quant au nombre de modes de jeux – qui n’est pas sans rappeler le mode opératoire d’Arkedo -, l’amour du scoring, du système de chain, du challenge corsé, bref, autant d’éléments qui s’avéreront déterminant pour Pix the Cat.

Fiers de leur bébé, et encore échaudé par l’échec commercial – malgré un accueil critique des plus élogieux – de Maestro!, Pastagames a mis les petits plats dans les grands en matière de communication pour Pix the Cat! Outre un passage remarqué dans l’excellente émission Extra Life de la chaîne Nolife, dans laquelle les développeurs ont pu présenter les principales features du jeu – et accessoirement me faire baver un peu plus -, ils ont assuré une tournée dans divers lieux ciblés armés d’une borne arcade Pix the Cat, lors des phases d’équilibrage du jeu, et ça, ça chie la classe! Révélant au compte-goutte les divers modes que le jeu propose, Pastagames a su faire monter la sauce comme il faut, et en proposant le jeu gratuitement aux abonnés PS+ – ce qui revient, pour cette génération de consoles, à le proposer gratuitement tout court, vu que la belle époque où l’on s’inscrivait par conviction au PS+ est désormais révolue, et ne laissant donc sur le carreau que les possesseurs de Vita non inscrit, qui eux doivent quand même raquer 11,99 euros! Monde de merde -. Bref, on a indéniablement affaire à une opération rondement menée, qui a su mettre la puce à l’oreille – hé, hé, chat, puce, qu’est-ce qu’on rigole ici! – de la presse spécialisée, et des joueurs avides de sensations à la fois nouvelles et familières. Mais qu’en est-il du jeu lui même ?

C'est beau, ça pète dans tous les sens, et pourtant, c'est résolument retro. C'est Pix The Cat.

C’est beau, ça pète dans tous les sens, c’est moderne et pourtant, c’est résolument retro. C’est Pix The Cat.

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