La beauté des jeux dits « Retro » tient au moins en partie dans leur efficace simplicité, en particulier pour les jeux d’arcade des 80’s, avec leur maniabilité parfaitement intuitive, immédiate, un stick, deux boutons et de l’endurance, point barre. Bref, si la recette « easy to understand, difficult to master » est un des maître-mots de la création vidéoludique d’une époque tristement révolue -heureusement recapturée par quelques créateurs inspirés tels Locomalito-, il fut une époque où quelques titres dérogeaient à cet adage pour flirter avec les limites du pad et du Bâton de Joie, forçant un inconfort momentané, un temps d’adaptation, avant de s’offrir au joueur, des jeux qu’il fallait dompter avant de pouvoir se lancer joyeusement dans la jouissive tourmente, à l’image de l’excellent Rendering Ranger : R2 – créé par le papa de Turrican – ou des jeux de chez Treasure pour Megadrive – Alien Soldier notamment, mais aussile  Rendering Ranger susmentionné – et leurs commandes dansant avec le contre-intuitif qui ne s’offrent au joueur qu’au prix d’un temps d’apprentissage, avant de se révéler comme les perles qu’il sont indéniablement. Quel rapport avec notre Noitu Love Devolution ? Rien a priori, sinon que lui aussi tient du run & gun vitaminé, et ébranle avec force les habitudes du joueur avant de révéler leur saveur. La version 3DS est-elle à la hauteur ? Nous allons voir ça tout de suite ! Enfin presque. D’abord causons rapidement de l’histoire pas banale de Noitu Love Devolution le temps d’un chapitre. Go!

La vraie scène indé

Si nous Usulions un peu, nous pourrions dire « dans la catégorie des jeux indé, il y a les vrais, et il y a les autres… », en n’arrivant pas à la cheville des belles introductions du regretté 3615 Usul. Pourtant, il est bon de distinguer le jeu dit « indé », qui désigne finalement une certaine scène, une approche du jeu vidéo, ainsi que quelques gimmicks, scène hétéroclite qui regroupe en son sein tant les expériences poético-nostalgiques de « petits » studio comme Ubi Soft et son Child of Light que les productions pixel art hommage aux jeux d’antan qui ont un jour pullulé sur le Xbox Live Arcade jusqu’à l’étouffement, et le jeu littéralement indépendant, celui d’un Edmund McMillen à l’époque du grandiose Time Fcuk sur Newgrounds, ces jeux indépendants de fait, puisque réalisés non pas par une « petite » équipe de 15 personnes mais souvent l’oeuvre d’une ou deux personnes, à renfort de volonté, sans perspective de sortie derrière. Littéralement indépendants. Si le film Indie Game The Movie tente à la fois de romancer la figure tragique du créateur incompris enfermé dans sa chambre et de brouiller les pistes jetant allègrement dans le même panier ces deux approches bien distinctes du jeu vidéo, on a au Japon une scène Doujin complètement indépendante, autoproduite, en marge du système, avec des sorties boite faites d’amour et d’artisanat, et par chez nous, on a des sites de jeux gratuits abritant de pures perles comme le premier Meat Boy par exemple. Ou comme Noitu Love.

An Indie Game : The Story

Tout commence en 2006 avec le premier opus de ce diptyque augmenté, Noitu Love – retourne les lettres du titre et trouve toi-même le mot caché dedans! – est l’oeuvre d’un seul homme, Joakim Sandberg aka Konjak – retourne le nom du gars, et trouve un mot qui ne veut rien dire, mais qui sonne pas mal… -, monsieur carrément doué proposant alors ses quelques productions gratuitement sur la toile, dont on trouve encore trace sur son site  et dont on attend depuis six ans l’arlésienne Iconoclasts qui s’annonce somptueux. Plutôt anecdotique, relativement difficile, Noitu Love, s’il se contente en un sens d’être une déclaration d’amour au platformer 8-bits, pose déjà le savoir-faire de son créateur en terme chara-design, son goût prononcé pour la démesure concernant les boss, ainsi que l’orientation run & gun sans gun de la série, et la possibilité d’effectuer deux types de coup en fonction de la direction tenue lors de la pression sur le bouton Péchoune. Les bases sont posées, discrètement mais sûrement.

C’est cependant avec la première mouture de Noitu Love 2 que Konjak va en mettre plein la vue, en tapant cette fois dans le 16/32-bits avec sa direction artistique de toute beauté, mais surtout en proposant un maniement audacieux, voire déroutant pour ce genre de jeu : un combo clavier-souris, que les amateurs de FPTouénimportequoi connaissent bien, mais qui a de quoi surprendre dans un run & gun pêchu en diable! Et pourtant, bien que l’apprentissage de cette proposition a priori contre-intuitive se fasse dans la douleur, une fois celle-ci acceptée, le plaisir est là, et quel plaisir! Si aujourd’hui le dépaysement est amoindri par une démocratisation de ce choix de contrôle via quelques ponctuelles sorties – néanmoins plutôt réservée, outre aux FPT mentionnés plus haut, aux jeux à vue aérienne -, n’oublions pas que Noitu Love 2 Devolution est sorti en 2008!

Un temps prévu sur le WiiWare via un portage par Golgoth Studios, le projet traîne, meurt, et c’est finalement bien chez Nintendo – après un passage par la case Steam le 23 avril 2012 – que le jeu débarquera, une génération plus tard, sur 3DS et sur WiiU. L’attente en valait-elle la chandelle ? Cette version serait-elle…

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