Poser la question à quiconque aura posé ses pattes dessus, et la plupart vont répondront d’une voix unanime que oui, Okami est un grand jeu. Gameplay inventif et poétique, direction artistique éclatante ou encore univers touchant et onirique sont autant de qualités ( parmi tant d’autres ) que les joueurs se sont plus à distiller sur l’expérience de jeu de l’oeuvre d’Hideki Kamiya. A la sortie du jeu en l’an 2007, je n’avais que 7 ans, et le jeu vidéo n’était pas encore rentré dans ma vie. Ce n’est que cette année (2018) que j’ai pu touché le jeu de Clover Studio, à l’occasion d’une réédition HD sur Steam. N’allez pas me dire qu’Okami a vieilli. Car, en plus de toutes les qualités précédemment citées, l’œuvre baigne dans un sous-texte écologique omniprésent. A l’heure où le changement climatique est une problématique essentielle pour le présent et l’avenir de notre existence, le message véhiculé par le jeu est plus que nécessaire…

 

Montrer la beauté

Le jeu prend place dans la contrée du Nippon (bien sûr version fictive du Japon). Alors que cette dernière baigne dans une relative quiétude le terrible démon Orochi, terreur des légendes d’antan, refait surface. Sous le joug de ce terrifiant dragon à huit têtes, le pays retombe aux proie des ténèbres. Face à cette situation dramatique, il n’y a plus qu’un seul rempart pour préserver la lumineuse paix : Amateratsu la déesse du Soleil, s’incarnant dans le loup Shiranui, héros du « bien » déjà pourfendeur par le passé du terrible Orochi. Affaiblie par de longues années de sommeil, elle se voit accompagné du courageux (bien que minuscule) Issun, guerrier-peintre. A ses côtés, Amateratsu-Okami va apprendre une à une les différentes techniques du Pinceau Céleste, pour espérer pouvoir éradiquer le mal à jamais des terres du Nippon.

Ce qui frappe en démarrant le jeu, c’est sa beauté. Non pas par le biais d’une magnificence technique ou d’un moteur graphique surpuissant, mais plutôt par la manière dont chaque mouvement de caméra ne semble déboucher que sur des paysages pétries de poésie . Le choix du cel-shading y contribue grandement. L’impression d’être plongée dans une toile japonaise est immense. Les personnages et autres décors sont taillés à la serpe, saisis dans l’unicité de leur apparence, amas de pixels dont on ne garderait que les sentiments profonds. C’est un monde unique et merveilleux dont se dégage des émotions diverses et variées, de l’angoisse au bonheur en passant par l’apaisement… Clover Studio souhaite montrer la beauté de l’existence, du grand-père facétieux au bondissement insouciant d’un lapin, en passant par la valse d’un cerisier en fleur…

Un monde en danger

Mais cette nature est menacée. Les ténèbres, de retour avec Orochi, envahissent le Nippon et ses habitants, ne laissant derrière elles que de vastes landes de terre contaminés et asséchés. Les arbres ne sont plus que forme obscure et menaçante, les rivières des torrents de poison et l’air auparavant pur laisse place à de sombres nuages toxiques. Il est évident que ces forces ténébreuses font écho à la pollution et à aux activités néfastes pour l’environnement de l’homme, détruisant derrière lui son espace de vie… Il est d’ailleurs intéressant de constater que le retour d’Orochi est dû à l’action maladroite et égoïste… d’un humain. Par l’acte de vaincre Orochi et plus en général tous ces émissaires des ténèbres se trouve une volonté de renouer avec la nature. Mais ce qui est le plus important avec Okami, c’est que jamais son discours ne se veut fataliste et pessimiste. Certes la situation est catastrophique et semble sans issue. Pourtant, ce qui anime le jeu tout entier, c’est un espoir permanent. Même dans les pires instants, le joueur ne veut que s’investir plus, conscient qu’il est capable de changer la donne.

C’est ça la force du jeu de Clover Studio. C’est d’être optimiste. D’espérer en toutes circonstances. Et surtout d’agir, pour purger le monde des ténèbres. Ce sentiment de pouvoir avoir un effet bénéfique se retrouve dans plusieurs idées du jeu. Tout d’abord, et c’est important, le joueur reconstruit tout dès le début. Lorsque l’on commence Okami, toutes les zones du jeu sont corrompus. C’est à nous de les « guérir » une par une, par le pouvoir du Pinceau Céleste, peignant le monde bout par bout pour le purifier. On passe petit à petit du « mal » au « bien », et non pas l’inverse. C’est une constante marche vers l’avant, et même si ça prend du temps, on approche constamment de notre objectif. Cette absence de cynisme, cette quasi-pureté dans le propos est crucial dans le propos porté par Okami.

S’unir pour résister

Et bien non justement, c’est maintenant qu’il faut se bouger Papi Susano !

Mais l’œuvre de Kamiya n’est pas pour autant naïve. Retrouver un équilibre entre les différentes espèces et espaces de vie se fera par les actes, et surtout en « collaboration » avec la nature. Lorsqu’à la fin de l’aventure les ténèbres sont défaits, c’est grâce à l’action commune de Shiranui/Amateratsu, mais aussi de toutes la galerie de personnages secondaires nous permettant de triompher du mal. Susano, Issun, Sakuya, Okikuromi, Ushiwaka. Qu’importe leur sexe, leur tribus, leurs traditions, qu’importe le fait qu’il soit homme ou bête, c’est tous ensemble que l’on peut espérer sauver le monde de notre propre chaos. Les animaux sont personnifiés, notamment au niveau de leur langage (qui est humain), renforçant l’idée que tout le monde est à la même place. Cette idée que c’est par l’harmonie entre l’homme et la nature que l’on pourra envisager de lutter contre le problème de changement climatique se retrouvera notamment quelques années plus tard avec Abzu (jeu sorti en 2016 de Giant Squid). La fin du jeu, donc, synthétise ce propos (attention, gros divulgâchage à venir). Lors de l’ultime affrontement, Amateratsu se dresse contre Yami, le Roi des Ténébres (dont Orochi est un composant). Un combat épique qui semble se conclure par la victoire du joueur. Mais alors que nous célébrons notre action, Yami se relève et assène à Amateratsu une terrible attaque. D’un coup, le soleil, synonyme de l’espoir (et symbole de la divinité que nous incarnons) disparaît, et les techniques de pinceau que nous avions durement apprises (soit nos compétences) nous sont retirés. Faible, sans défense et incapable de faire la moindre chose, espérer semble impossible. Le mal est là, prêt à réduire à néant l’existence. C’est alors que face à cette situation désespérée, l’intégralité des habitants du Nippon se mettent à prier pour soutenir Amateratsu. Ainsi, tous réunis pour donner lui donner leurs forces, elle récupère sa force, et s’incarne dans sa forme la plus pure et la plus parfaite, pour enfin vaincre Yami et éradiquer les ténèbres.

A retenir

Ce message d’unité et de cohésion pour résister est absolument nécessaire aujourd’hui. A l’heure où le monde ne cesse de se diviser, entre relent protectionniste et nationaliste, ultra-libéralisme maladif, postures misogynes, racistes ou encore homophobes, c’est une attitude qu’il est important de garder à l’esprit. Okami est un jeu important aujourd’hui encore, de par sa qualité en tant qu’objet vidéo-ludique, et par ses propos. Car si ces derniers sont véhiculés avec une telle force au joueur, c’est bel et bien par sa nature de jeu vidéo…

 

                Madmasko

 

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