Easy to understand, difficult to master, cette phrase désormais culte décrivant à merveille ce qu’un bon jeu vidéo devrait proposer – des mécaniques de jeu claires, simples à comprendre, couplée à une difficulté sévère, qui doit être domptée à la dure – pourrait avoir un jumeau maléfique : easy to understand, difficult to explain! Non parce que là, on va causer de Picross, et si le concept est très simple à assimiler, l’expliquer comme ça, dans l’abstraction, sans pouvoir montrer avec un bon vieux stylo et un cahier, un bout de papier, ou à l’extrême rigueur un morceau de peau de fesse de gnou – on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, hein! – c’est tout de suite plus compliqué! Mais en même temps, fort heureusement, qui ne connait pas le Picross, cet espèce de Sudoku du dessin ? Quasiment personne et ça tombe bien, parce qu’aujourd’hui, c’est justement de la série prolifique série Picross e sur 3DS que l’on va causer, là, tout de suite.

L’odeur du papier jauni…

feuvvgChers lecteurs, j’en appelle à votre mémoire collective – rien moins que ça, directement, hop! -, dans les replis de celle-ci, où sont lovés vos souvenirs de ces jeux de chiffres et de lettres aux noms évocateurs, « Mots Croisés », « Mots Fléchés », « Mot Mystérieux » – entre autres nombreuses variantes du jeu de mots au sens littéral – qui nous accompagnent depuis notre plus tendre enfance, nous intriguant, perdus dans les pages du programme télévisé ou du journal de Papa, avant que nous passions de Pomme d’Api à Astrapi et J’aime Lire, et qu’enfin nous ayons droit aux nôtres, dans des versions édulcorées, où les définitions ampoulées avaient laissé place à des dessins colorés et évocateurs, certes, mais peu importe, nous pouvions jouer avec les mots, comme les grands. Puis certains d’entre nous ont passé le cap, et se sont mis à noircir les pages austères de ces jeux ancestraux, les transformant de fait en source de discorde dans les foyers – car oui, ces journaux, quels qu’ils soient, proposaient certes de nombreux jeux, mais généralement en un seul exemplaire, évidemment! -. Fort heureusement, il existait déjà des ouvrages entiers aux titres sobres et fonctionnels dédiés à nourrir la monomanie ludique de ces victimes de la Guerre des Jeux de Chiffres et de Lettres. Mots Croisées à la centaine, Sudoku par milliers, ces ouvrages partageaient une opulence de contenu le disputant à leur pauvreté plastique : papier jaunâtre, présentation minimaliste ne laissant que peu d’imagination quant à leur destin à moyen terme : après un éventuel passage dans une salle d’attente saturée de microbes et de mauvaise humeur pour les plus malchanceux, avec la moitié des jeux impoliment commencés au stylo – les vrai gentlemen utilisent le crayon de papier sans forcer le trait, c’est bien connu – pour être abandonnés rageusement en cours de route, et finir gribouillés par un morveux braillard, ils arriveront au cimetière des revues fonctionnelles, aux cotés de leurs ancêtres aux pages glacées et aux dates dépassées, perdus entre deux tas de journaux quotidiens surdimensionnés en noir et blanc.

Du ludique au vidéoludique : même combat

S’il est une caractéristique commune à TOUS ces jeux, tous ces recueils, toutes ces pages noyées dans les magazines divers et variés, c’est leur pauvreté formelle, leur coté « cheap ». Qu’ils soient réunis dans un ouvrage dédié ou semés aux quatre vents, c’est systématiquement parés d’une certaine laideur tue-l’amour qu’ils s’offrent sans fard au courageux lecteur armé d’une passion ludocomplétiste. « Abandonne tout espoir esthétique en entrant », seul le jeu dans son plus simple appareil impose sa loi. Alors pourquoi cette apparente digression, cher lecteur ? La raison est simple : le basculement de ces jeux de papier vers l’écran tactile de la 3DS a conservé les mêmes qualités, mais aussi les mêmes défauts.

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Avant d’aller plus loin, par souci de professionnalisme, je vais me faire violence et tenter de répondre sans me perdre à la question fatidique : Qu’est ce qu’un Picross classique ? Toi qui sait ce qu’est un Picross, saute allègrement ce paragraphe fastidieux. Toi qui ignore tout du Picross, en fait, c’est tout simple. Chiant à expliquer, mais tout simple. Il s’agit d’une image cachée dans une grille, traditionnellement de 10×10 cases. A la base de chaque ligne et chaque colonne, on trouve des nombres, soit un seul, soit une série, qui correspondent aux nombres de cases à remplir dans la ligne/colonne concernée. Par exemple, 2-3-1 signifie que dans la ligne ou colonne, on aura une série de 2 cases noircies, un espace, une série de 3 cases noircies, un espace, et une case noircie. Facile, non ? Pas tout à fait, car la ruse, la difficulté de la chose, c’est que les espaces entre les séries de cases coloriées varient! Il y a au moins une case vide entre deux séries, mais rien n’empêche qu’il y en ait deux, trois, quatre…etc. Et pour compliquer les choses, il peut y avoir un espace vide AVANT la première série – pour notre exemple, avant les deux premières cases -. A partir de là, à vous de vous casser la tête, d’identifier les cases « sûres », de croiser les informations entre les lignes et les colonnes et de découvrir au final le fameux dessin caché.

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Voilà, vous savez tout du Picross de base, connaissance essentielle pour briller en soirée mondaine, ou pour tuer le temps dans une solitude morbide, au choix. Revenons-en donc à nos moutons. Comme je le disais plus haut, mêmes défauts, mêmes qualités. Au rang des qualités, on trouve un contenu plutôt massif, avec cent-vingt Picross classés par ordre de difficulté – en gros, la taille de la grille, qui pousse jusqu’au 20×15 -. En prime, on trouvera deux variations sur thème imposé : quelques Micross tout d’abord, qui s’avèrent être simplement une énorme image, transposition pixelisée d’un tableau de maître, composée de plusieurs Picross de 10×10, et le pernicieux Mega Picross, qui en plus de proposer des indications par ligne/colonne, propose aussi des nombres surlignés en noir englobant DEUX lignes/colonnes, sans indiquer le dispatching des cases à colorer – par exemple, un 7 à cheval sur deux colonnes ne dit en aucun cas comment ces sept cases à colorier se déploient sur ces deux colonnes, simplement qu’il y aura une tache noire de sept cases, quelle que soit sa forme, et autant dire que ça corse les choses comme il faut! -. Et pour les fidèles de longue date, chaque ancien épisode acheté vous donne accès à une série de puzzles bonus, ce qui fait toujours plaisir.

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Au rang des défauts, c’est tout simple : c’est moche. Point barre. De la musique insipide – parmi deux thèmes suivant les modes choisis – accompagne votre partie, peut-être dans un souci de reconstitution d’ambiance de salle d’attente il faut croire, les dessins ne sont pas folichons et n’exploitent pas la 3D, là où l’on pouvait espérer des images en plusieurs plans de profondeur, ne serait-ce que pour égayer l’ensemble. Et c’est là tout le problème. La série Picross e repose exclusivement sur son mode opératoire, ce qui, dans une certaine mesure, est tout à son honneur : pas de fioriture, pas de mensonge sur le contenu, Picross tu veux, Picross tu auras. Et n’oublions pas que la série Picross e est à l’origine une version allégée de Picross DS, qui proposait en plus d’un contenu plus conséquent un éditeur de niveaux. Donc chaque itération de la série a une odeur de DLC, de complément, avec des modes de jeu ajoutés comme le Micross dès l’épisode e2, mais sans jamais atteindre le statut de « vrai » jeu, entier. La question toute légitime est simple : est-ce suffisant, en soi ?

A retenir

Et bien la réponse n’est pas tranchée. L’ergonomie du tactile est bien évidemment parfaitement adaptée à ce type de jeux, à plus forte raison spécifiquement celui-ci. Plusieurs modes de maniement sont proposés, du tout tactile au mode touches, en passant par l’hybride, le joueur pouvant basculer de l’un à l’autre tout en souplesse, sans passer par un sous-menu, bref, difficile de faire plus ergonomique. Mais s’être arrêté au minimum syndical, c’est un peu brutal, en fait. Certes, le contenu est là, mais si l’on pouvait passer sur la réalisation d’un Picross DS à l’époque, face à un contenu qui était autrement plus massif, aujourd’hui, il est plus compliqué de décider de lâcher 5 euros pour un jeu aussi austère et jetable à moyen terme, surtout lorsque l’on trouve des équivalents gratuits en ligne, souvent plus chaleureux et recherchés. Ne jetons pas la pierre à la série, qui se doit de renouveler, sinon sa formule, au moins ses puzzles d’un épisode à l’autre, tâche ô combien ardue, surtout au sein d’une recette aussi arrêtée, systémique, dont elle s’acquitte fort bien. De plus, elle s’adresse à un public déjà acquis à sa cause, qui achètera Picross E5 strictement pour ce que celui-ci propose, sans faux espoir ni vraie tromperie, soit de nouveaux puzzles pour passer le temps – car ne nous leurrons pas, ce n’est pas la présence d’un chrono qui va pousser au scoring! -. Ceux qui cherchent de l’originalité se tourneront vers le vieux mais pourtant inégalé Picross 3D, sur DS, probablement au même prix dans les bacs à soldes aujourd’hui. Quant à moi, je dois aller ce matin même chez le médecin, ça tombe bien…

toma überwenig

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