Le Secret Des Dieux

Et quel pourrait être ce Secret Final ? Les spéculations allaient bon train, mais tournaient autour d’un espoir commun : l’existence possible d’un dix-septième colosse. Et cette idée était loin d’être fantasque, entre l’information confirmée que six colosses conceptuellement finalisés avaient été abandonnés, et les richesses jusqu’alors insoupçonnées de la carte du monde, peut-être que Ueda, dans un élan de bonté un rien perverse, avait caché un ultime colosse dans les replis du jeu, que seuls les plus valeureux auraient l’honneur de rencontrer. Ce qui ouvrait aussi l’hypothèse d’une fin alternative au jeu! Et n’oublions pas que le titre du jeu, international comme nippon – Wander et le Colosse -, place le mot Colosse au singulier… Là encore, si le jeu nous offre une possible explication à travers sa fin, pourquoi dans un univers aussi porté sur les double sens, le symbolisme, hanté par les vestiges d’énigmes séculaires d’une profondeur insoupçonnée, abritant nombre de havres que seuls les explorateurs ont su découvrir, ne trouverait-on pas une véritable dernière énigme, à même le titre, un indice gros comme le poing, un Easter Egg colossal destiné à être découvert au fil des années ?

Si passionnantes que soient les centaines de pages dédiées à l’exploration des secrets de Shadow of the Colossus, entre sites spécialisés, threads massifs sur forums de gamers, contenant de passionnantes hypothèses quant à l’histoire du monde, la fonction de ces étranges ruines qui parsèment l’aire de jeu, la symbolique derrière les sigils gravés à même les pierres, des tracés des trajectoires des aigles et des Lokis, on ne sortait malgré tout pas du domaine de la spéculation, certes séduisante, parfois convaincante, mais rarement probante. Pourtant, le point de départ de cette folle aventure est un véritable Easter Egg, avéré, reconnu, prouvé : l’existence du Jardin Secret, au dessus du Shrine of Worship. Lorsque l’on finit le jeu, la séquence de fin nous fait découvrir ce lieu enchanteur sur lequel je ne m’étendrai pas afin de ne spoiler qu’au minimum ceux qui n’ont pas encore passé le cap. Nombre de joueurs avaient déjà remarqué les chemins de verdure sur les murs du Shrine of Worship, laissant deviner un éventuel moyen d’accéder à ce lieu secret et sacré.

Ce n’est qu’au bout de plusieurs runs et après avoir vaincu le mode Time Attack/boss rush que, à l’aide d’une stamina extrêmement élevée et une maîtrise du saut de cheval aiguisée, le Jardin Secret s’est offert aux joueurs les plus persévérants. La découverte de ce lieu enchanteur était une fin en soi, n’offrait aucun pouvoir spécial, sinon la possibilité de manger des fruits sacrés qui faisaient perdre une partie de votre stamina durement gagnée. Mais s’il existait un lieu aussi singulier, pourquoi pas d’autres ? D’autant plus que l’on y trouvait quatre symboles qui pouvaient difficilement ne pas signifier quelque chose. L’un d’eux représente(rait) la Forteresse du Désert vue du dessus, comme le montre le schéma ci-après, tiré de l’excellent thread sur la théorie des Intersecting Points, émanant d’une analyse des quelques phrases d’ouverture prononcées par Lord Emon. Ainsi, chaque indice énoncé par Dormin avant chaque combat était épluché, chaque phrase en voix-off prononcée par Emon vieillissant, la carte était analysée dans ses moindres détails, rien n’était laissé au hasard. Encore une fois, les théories étaient – et sont toujours – passionnantes, et continuent de soulever chez moi une certaine excitation mâtinée de mélancolie.

Car au final, jamais le Colosse Ultime ne fut trouvé, et son existence fut explicitement réfutée par Ueda, ainsi que celle d’une fin alternative. Certains joueurs ont poussé l’aventure jusqu’au bout, découvrant des trésors de beauté cachés dans les replis de la carte, chacun de ces lieux excentré relançant les espoirs de trouver plus, mais les théories principales, si séduisantes soient-elles, furent débunkées « à la dure », en s’attaquant au code-source du jeu. Si quelques zones secrètes aux collisions hasardeuses, à l’évidence laissées en jachère en cours de développement, ont continué un temps à faire surface, l’ombre du Colosse Ultime n’était qu’un truchement de lumière dans la brume, une chimère. Point d’interrupteur secret permettant à un village noyé d’émerger – l’une des hypothèses moins fantaisiste qu’il n’y paraissait à la lumière des indices mis en avant par ses défenseurs -, point de Colosse caché, le Grand Secret, s’il existe, ne nous apparaîtra pas sous la forme d’un Easter Egg colossal. Mais plutôt que de conclure sur cette note amère, cette objectivation des limites du jeu par la tricherie de l’exploration du code-source, j’aimerais me pencher sur une question essentielle et pourtant peu traitée…

3 réponses
    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Merci mon chef bien aimé^^!
      Je suis content d’avoir pu poser ma petite pierre à l’édifice de cette semaine spéciale Ueda ;-)!
      Et cet aspect de Shadow of the Colossus est tellement singulier, tellement à part dans le paysage vidéoludique qu’il méritait son petit article et ses quelques nuits blanches (oui, j’écris toujours aussi lentement!)

      Répondre

Trackbacks (rétroliens) & Pingbacks

  1. […] Ico et Shadow of the Colossus, mais aussi de réfléchir sur leurs messages, leur poésie et leurs secrets. Seize mois après la sortie de The Last Guardian, c’est un remaster auquel on a droit, toujours […]

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *