NDLR : Pour vous mettre dans l’ambiance de l’article, la rédaction vous conseille cette playlist.

L’art de la confusion et de la perte de repères…

ATTENTION :

Tout le développement qui suivra est une œuvre issu de mon trouble profond. Moi qui ai quelque prétention d’historien des règles constitutionnelles de la France (allant de la Loi Salique à la Constitution de 1958) et du jeu vidéo, je suis assoiffé et toujours plus avide de nouvelles connaissances établies. Mais quand je me retrouve confronté à une étape dont la réalité elle-même est source de mystère, je m’aperçois que mon esprit n’est finalement qu’une barque tentant de maintenir sa flottaison parmi les vagues d’un mental en tempête…Une tempête qui ne se calme que grâce à des certitudes.

On sait tous que Mario est né aux côtés d’un gorille, que Tetris est un casse-tête venu de l’Est et qu’une ancienne actrice porno traînera sa vie durant l’image d’une femme facile volontairement entretenue par des calendriers aussi coûteux qu’un bon repas, la saveur en moins.

Mais sait-on réellement si le sujet de cet article existe ou pas ? Comprenez mon égarement profond : je vais devoir exposer ici toutes mes réflexions sur une chose dont je ne sais même pas si elle est réelle…Bref ne m’apprête-je (oui, apprête-je) (NDüber : argh, le dilemme du correcteur face à la licence poétique d’une plume aiguisée, je…dois…ccooorrrigge.ee..eeerr) donc pas à brasser de l’air ? Ou alors vais me laisser absorber par une spirale vers la folie en passant par une instabilité déjà présente ?

Bref, je vais me métamorphoser en un Alexandre Baloud (mais si souvenez-vous, l’animateur blafard de l’émission culte Mystères diffusée entre 1992 et 1994 sur TFOne) et vous conter la terrible légende de Polybius, le jeu fantôme, clé de voûte d’une authentique légende urbaine qui depuis 1998 agite les esprits déjà fragilisés de cette espèce que l’on appelle les gamers. Ne laissez pas le Dr Lecter franchir les portes de votre inconscient…Je réitère cet appel à la vigilance et à la circonspection, en changeant simplement le nom du brillant psychiatre par celui de POLYBIUS. Et Polybius serait même pire…car si l’on sait qu’Hannibal est fictif, on ne pourrait le jurer de Polybius. Rien que la répétition de ce titre sonne déjà telle une alerte…

 

C'est là la sordide histoire du mystère POLYBIUS.

C’est là la sordide histoire du mystère POLYBIUS.

Commençons par poser les éléments fondamentaux : l’espace et le temps. Nous sommes en 1981 dans la ville de Portland, état de l’Oregon, Etats-Unis de Ronald Reagan. En ces temps-là, les salles de jeux n’ont guère encore connu leur envol ; les bornes d’arcade se confondent encore au milieu d’autres machines plus conventionnelles comme des baby-foot, des pinball et autres billards dans des salles obscures qui ne font pas toutes la différence entre jeux d’amusement et jeux d’argent. Ces lieux de dépravation pourtant épinglés par une Américaine puritaine qui a le vent en poupe avec l’arrivée d’un ancien acteur à la Maison Blanche, arrivée dont la seule chose que l’on pourrait retenir serait un fameux gag de la première partie de Retour vers le Futur.

Le jeu vidéo n’en est lui-même qu’à ses vagissements : si les Envahisseurs de l’espace sont déjà ancrés comme un authentique phénomène, le reste n’est qu’embryonnaire. En cette année 1981 Donkey Kong vient sonner le début de l’épopée plates-formes et comme le jeu de 1978 semble annoncer que l’industrie du loisir interactif va connaître un boom surprenant. C’est dans ce contexte mâtiné d’une curiosité pour un loisir inédit que seraient apparues des bornes d’un jeu devenu mythique : Polybius.

En 1981, le shoot them up avait déjà établi un gameplay qui servira de corps à toutes les productions du cru : se positionner, tirer, esquiver. De Space Invaders aux ultimes titres frénétiques que seuls des Japonais autistes pourraient boucler, le shoot them up a toujours conservé son squelette plus résistant que celui en adamantium de Wolverine. Seul l’enrobage allait évoluer et ce dès le début : en 1980/1981 apparaissaient Tempest et son impression de profondeur et de point de fuite, ce qui donna à ce type de jeu la dénomination fort éloquente de tube shooter. Le succès fut au rendez-vous. Le filet est tendu, la toile est tissée…

Cette dernière image peut paraître violente, mais guère injustifiée au regard de ce qui suivra. Nous sommes dans une authentique histoire trouble, le contexte qui aurait permis l’émergence d’un jeu dont ne restent aujourd’hui que trois traces : le titre, une image plus ou moins floue d’une borne dédiée et un écran-titre soit-disant tiré d’une rom unique.

L’histoire revêt ici un aspect aussi intrigant que tragique. Peu après son apparition, Polybius est au centre de toutes les discussions dans le milieu encore très étroits des adeptes du jeu vidéo (nous sommes en 1981, rappelons-le).

 

Au commencement était le chaos...

Au commencement était le chaos…

Avant d’entrer dans le mystère, il convient de présenter le programme par lequel tout arrive. Polybius est un jeu de tir fixe aux commandes simplissimes : bouger son vaisseau et tirer. Contrairement aux classiques de cette époque tels Space Invaders, ou Moon Cresta, ici votre engin peut se mouvoir selon plusieurs points plus ou moins circulaires et dispose d’un tir vaguement orientable, ce qui est gage d’une modernité dont aujourd’hui on ne sait pas si elle fut réelle ou simplement inventée ou reprise de Tempest donc. En 1980, le genre avait pourtant tenté déjà de conquérir la troisième dimension selon un principe d’affichage plus ou moins convexe sous l’impulsion de Nintendo et de l’excellent Radar Scope. Bref l’aspect « futuriste » semblait dès lors une composante à succès pour un genre encore naissant et venu du Japon…De ce même Japon en lequel la nouvelle administration en place voyait encore le pays responsable de Pearl Harbor.

Il faut à présent expliquer deux ou trois petites choses.

Gardez bien à l’esprit que mon but n’est pas de perdre vos esprits en route mais tout au contraire d’être le plus clair possible pour que vous conserviez intactes vos facultés cognitives en lisant ceci. Aujourd’hui comme je le disais plus haut, seules trois mentions de Polybius sont reconnues. Alors, comment pourrai-je avoir une connaissance de ce jeu dont j’entends pourtant vous exposer brièvement les rouages, en tant que fan féru de shmup et adorateur de Tempest et Radar Scope ? Des petits malins ont tout simplement recréé un programme PC gratuit censé nous offrir ce fameux Polybius.

Ce programme gratuit -dont je ne donnerai aucune piste ici, libre à vous de faire vos recherches qui ne seront que trop facilitées par l’entreprise en G- nous est présenté par un studio qui poussa le vice jusqu’à reprendre le nom du supposé éditeur du jeu en 1981, Sinnesloschen. Ce nom pourrait se traduire par « perte de sens » dans une langue de Goethe pas trop regardante. Il s’agit bien d’un shoot them up plus ou moins abstrait et vectoriel dont l’objectif est de détruire une cible centrale en explosant de vagues formes dont certaines sont chiffrées : si la somme ainsi obtenue en plus des destructions « de base » est un exact multiple de la valeur de la cible centrale, celle-ci se verra amputée d’autant. Une fois tombée à zéro, la cible disparaît et l’on passe au level suivant.

Tordu ? Certes, mais si telles se sont bien déroulées les choses, on pourrait presque affirmer que le supposé Polybius serait le premier shmup à avoir tenté un scoring system alambiqué, tel que nous y sommes plus ou moins habitués aujourd’hui …L’égarement vient d’un défaut de structure déjà palpable d’un simple aspect ludique : les valeurs étant aléatoires, certaines cibles ne disparaitront que soit trop rapidement, soit trop lentement, abolissant ainsi le net séquençage des parties du jeu affirmées comme emblématiques du genre avec le nombre prédéfini de cibles à détruire dans les tableaux de Space Invaders.

Bon, on tente d'y voir clair...c'est encore possible vous-dis-je.

Bon, on tente d’y voir clair…c’est encore possible vous-dis-je.

Mais abandonnons les considérations ludiques terre à terre qui à nouveau ne nous sont parvenues que grâce à un programme dont l’authenticité et la conformité sont douteuses pour replonger à présent dans l’étrange et même le malheureux. Comment pourrait-il en être autrement quand la racine même du propos est source à controverse et au delà, à débat ? Polybius c’est un peu de la cryptozoologie appliquée au jeu vidéo….

 

Les divers lieux qui auraient eu le privilège d’héberger ces bornes auraient (l’emploi du conditionnel devrait même être le leitmotiv de cette humble relation, comprenez action de relater) ont vu peu après s’amonceler devant leurs entrées une foule – pourrait-on dire une masse – grandissante de curieux venu tâter du phénomène. Ce qui était alors une bonne pioche pour les exploitants devait alors tourner au cauchemar. Des cas d’hystérie collective se seraient manifestés, allant de simples altercations à d’authentiques pugilats dont on murmure que certains auraient été très graves….au point de causer des infirmités permanentes. Des renforts de police auraient été mobilisés dans ce coin de l’Amérique, information dont on ne trouve aujourd’hui aucune consignation ni d’éventuels PV d’intervention…

Tout ceci pourrait se résumer en quelques phrases moqueuses sur ces gros cons de Ricains qui savent pas attendre leur tour et c’est vrai que si tout s’était arrêté là on en aurait bien ri, de ces acheteurs de flingues qui nous envoient Pamela Anderson chialer sur le sort des volailles gavées à l’Assemblée Nationale (je ne m’étendrai pas plus sur le sujet, on est sur LSR, pas un des sites plus ou moins contestataires/anarchisants que je pourris parfois de mes autres proses). Mais hélas pour les soit-disantes victimes (et tant mieux pour nous friands d’histoires mystérieuses !) ceci n’est que la face émergée de l’iceberg…

Mes yeux me jouent des tours...à moins que ce ne soit mon cerveau...ou un phénomène a déconnecté ma perception...

Mes yeux me jouent des tours…à moins que ce ne soit mon cerveau…ou un phénomène a déconnecté ma perception…

Parmi les adeptes de Polybius se seraient déclarés de graves symptômes : maux de têtes allant de prolongés à intolérables, sensation de désorientation, perte de mémoire immédiate et dans les cas les plus graves, états dépressifs sévères et tentatives de suicide. A nouveau les archives médicales ne permettent en rien de confirmer ni d’infirmer ces allégations, secret médical oblige…ce qui pour les uns achève de déconsidérer cette affaire et pour d’autres ne fait que souligner la gravité des conséquences du supposé Polybius.

 

Les conséquences humaines exposées, il ne faudrait pas oublier toute la mythologie plus ou moins complotiste qui entoure ce jeu incertain dans dans son déroulement que dans son existence même !

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