Portrait du mois : SPACEWAR, tout a un début

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Les origines du shoot them up se confondent avec celles du jeu vidéo et de l’informatique elles-mêmes. Pour s’en convaincre, remontons en 1962 et même avant…Un peu de paléontologie ludique ! Ce mois-ci, un bref portrait de ce qu’on hésite encore à qualifier de jeu vidéo, tout simplement car en 1962, on ne connaissait même pas encore le terme de jeu vidéo. Et pourtant..

En 1957 Willy Higinbotham avait dans un éclair de génie réussi à simuler une partie de tennis sur écran d’oscilloscope et baptisa son programme Tennis for Two, premier réel jeu vidéo de l’histoire. En ces années 50, l’informatique balbutiante que l’on croyait réservée à une élite de laborantins venait donc de révéler un visage beaucoup plus « léger », ce qui ne l’empêcha pas de se perfectionner toujours un peu plus. C’est en 1959 que fut mis au point un ordinateur primitif nommé PDP-1, premier outil de travail d’étudiants du Massachusetts Institute of Technology qui, en 1961, reprirent le concept de Tennis for Two en changeant les raquettes par deux vaisseaux spatiaux.

La guerre dans les étoiles

Le principe n’était plus de se renvoyer la balle, mais désormais de s’envoyer des balles ! Et oui, ce programme que ses créateurs intituleront Spacewar est le premier jeu de bataille spatiale et peut donc être sans trop de scrupules considéré comme l’ancêtre originel du shoot them up si ce n’est le premier témoignage des mécanismes de toute une catégorie de jeux. Certes le tout apparaît aujourd’hui comme on ne peut plus sommaire, mais il est tout à fait hors de propos de juger ce programme. Il suffit d’avoir à l’esprit l’émerveillement constitué à l’époque par le simple fait d’imprimer le mouvement à quelques points sur un écran par le biais de périphériques externes !

Un jeu à part entière

Spacewar est réellement le premier véritable programme ludique de l’histoire, dépassant le simple cadre d’une joyeuseté pour scientifique désœuvré. Il introduit tout un habillage et des règles véritables, sans négliger d’importantes subtilités.  Le principe est certes simple, il s’agit d’abattre son adversaire dans des joutes en orbite. Cependant, les inventeurs de cette petite révolution en points blancs sur fond noir lui ont témoigné un soin bien présent qu’il faut décrypter par-delà l’obscur de l’écran. Premièrement, les deux vaisseaux sont nettement distincts, ce qui évite les confusions et rend l’expérience de jeu inédite. Cette différence n’est rien moins que le premier exemple de design de l’histoire du jeu vidéo ! Deuxièmement, Spacewar établit de réelles techniques de jeu dont certaines sont étonnantes pour un programme né en 1961 et sorti l’année suivante. Les tirs de chacun des engins obligeront les joueurs à viser correctement. Viser ai-je dit ! Le mot est lâché : cet impératif premier du genre shoot them up vient de faire son entrée dans la chronologie. Spacewar en vire rapidement à une véritable course-poursuite entre pilotes.Autre élément purement conceptuel : le piège mortel situé au centre de l’écran.  Tout affairé qu’il sera à tenter de dessouder son compétiteur, le joueur devra prendre garde à ne pas être pris dans l’attraction du point central de l’aire de jeu, faute de quoi il ira s’abîmer dessus, laissant ainsi la victoire à son adversaire. Là où l’idée devient géniale, c’est qu’un joueur suffisamment doué peut utiliser ce piège à son avantage en se maintenant en orbite immédiate du point central et s’en échapper in extremis après avoir amené son vis-à vis à l’y rejoindre ! Ce qui rendra l’opposant soit plus facile à abattre soit en très mauvaise posture s’il ne parvient pas lui aussi à se dégager de l’attraction fatale…Il est vrai que cette technique relève plus de l’aspect « affrontement » que du côté « shoot them up », mais qu’importe, elle constitue bel et bien une richesse pour les joueurs.

L’espace et le folklore

Le jeu s’offre également le luxe de simuler de véritables constellations qui ne sont certes et à nouveau que des points sur fond noir, mais tel fut bien le tout premier souci graphique de l’histoire du jeu vidéo. Au-delà, Spacewar a bel et bien insufflé le style « space opéra » qui sera celui d’une majorité de shoot them up par la suite.Dans ces années 60, l’espace était une source de rêverie et l’une des manifestations de l’affrontement des deux blocs dans leur démonstration de puissance. Si les mecs de l’Est furent les premiers à envoyer des êtres vivants se balader là-haut, ceux de l’Ouest auront été les premiers à rendre l’espace accessible au commun des joueurs. Et aujourd’hui, quelle trouvaille a le plus d’importance pour nous autres joueurs ? Sauf le respect que je dois à Leika la chienne infortunée et à Youri Gagarine, leurs exploits m’importent bien moins que ce Spacewar qui fut la première émergence du jeu vidéo. Parole !

Conclusion

Vous l’aurez sans doute constaté de vous-même : le jeu n’est guère que quelques pixels sur un fond noir, désespérément noir ! Mais pouvait-il en être autrement en cet an de grâce 1962 ? Vu l’état fort primitif de l’informatique, Spacewar est déjà en soi un miracle.  Et il faut bien commencer par un premier pas.  Un premier pas qui vous fait quand même voir les étoiles en cette décennie de conquête spatiale.

 

 

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A propos de l'auteur

Photo du profil de Yace

Joueur qui balance entre deux âges, plutôt des neiges d'antan que de la dernière averse. Révolté permanent, contestataire patenté, il n'y a que les jeux vidéo et la grammaire française dont j'accepte de suivre à peu près les règles, dans l'ivresse des pixels et des mots.

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