Toma Uber ; Pourquoi si Ralph Baer a initié les jeux vidéos pour le public, c’est Nolan Bushnell qu’on retient > Par un mélange de marketing et de vol honteux.

PJGNOEL4

Nolan Bushnell est un ingénieur développeur Américain né en 1943 à Clearfield. Il est notamment connu pour avoir créé Atari, et pour avoir « créé » le premier jeu d’arcade. En 1971, il reprend  une création universitaire de Bill Pits et Hugh Tuck appelée Galaxy Game, un portage de Spacewar! . Pour info, Spacewar! est un jeu de vaisseau spatial sur PDP-1 considéré comme l’un des premiers jeux vidéo, comme tu l’as bien indiqué dans ta chronique. La différence pour Galaxy Game, c’est que le PDP-1 qui occupait une sale entière pour un prix (actuel) d’1.000.000$ est remplacé par une PDP-11/20 beaucoup plus compact (une étagère) pour « seulement » 120.000 euros. Mais ce n’est pas tout, le duo d’étudiants de Stanford installe un système emprunté des flippers, à savoir un système de déclenchement du jeu avec une pièce de monnaie (25 cents la partie). C’est la première borne d’arcade de l’histoire qui innovera encore peu de temps après avec un mode multijoueur. Côté Bushnell, sa petite structure appelée Nutting Associate reprend le principe de Galaxy Game, en remplaçant le coûteux PDP-11 par une machine d’état faite sur un ensemble de circuit TTL 7400’s et un affichage sur un écran de télévision. Computer Space est créé, avec un gameplay amélioré (score, difficulté,affichage en diodes,…) et est enfin commercialisable. 1500 exemplaires sont donc vendus, ce qui est honnête pour une première tentative, mais bien décevant en termes financiers. Nolan Bushnell ne se démonte pas, et après une visite dans les locaux de Magnavox pour une démonstration de leurs produits, celui-ci tient une grande inspiration.

PJGNOEL5

 

Cette inspiration est sans mystère Pong, réalisé. Le premier prototype de la machine d’arcade est montré fin 1972 au Andy Capp’s Tavern (Sillicon Valley) et remporte un succès colossal auprès des clients, qui délaissent même les flippers pour faire du ping pong. L’année suivante, des cabines sont installées sur plus de 50 pays différents, et la critique comme le public sont emportés par ce « nouvel amusement ». L’impact est si immense qu’il amènera la création d’Atari et de toutes les consoles Pong possibles et inimaginables. Les réactions sont différentes côté Magnavox et Sanders Associates. Ralph Baer  est surtout énervé que l’on considère que Bushnell soit le « père des jeux vidéo » auprès de la presse récente. Cela signifie un dénigrement de toutes les tentatives précédentes, surtout que Pong est une copie, mais il ne réfute pas le travail effectué par la jeune entreprise. Pour Sanders et Magnavox, même si la réaction est tardive, ce sont les brevets qui prévalent et plus précisément les brevets 480/285/507. Le procès démarre en juin 1976, sous la présidence du juge Grady et chaque partie en présence amène une nuée d’avocats. Durant 8 jours, la première phase se résume à une comparaison des différentes machines. Ralph Baer est ironiquement appelé en tant que « témoin des faits », pour présenter les différents prototypes TVG.

PJGNOEL6

La scéance tourne à l’avantage de Sanders et Magnavox lorsque la défense amène une borne du jeu Pong pour prouver la bonne foi d’Atari. Le juge Grady demande alors d’ouvrir la cabine, et remarque que celle ci est composée d’une TV Admiral  modifiée sur son entrée R.F pour en faire un moniteur. Par un curieux hasard, c’est la description du brevet 480 qui est ici reproduit, ce qui conduit le juge a pencher en faveur de l’accusation. Le procès durera jusqu’en 1977, l’année de la première crise du jeu vidéo. Le procès se termine donc en faveur de Magnavox et Sanders, avec une reconnaissance pleine des produits déposés par Baer et ses associés de laboratoire. Bushnell décide alors de régler le préjudice hors tribunal, en achetant la licence. Malheureusement c’est bien trop tard car le public en a raz le bol des clones de Pong. Bushnell n’avouera jamais pleinement la copie de l’invention de Baer et une partie du public sera berné sur l’origine des jeux commerciaux. Et le pire est que, même 40 ans après, Ralph Baer a toujours qualifié Bushnell de  « père de l’arcade  » même si cela repose sur une copie de sa propre invention. Inconscient ou respectable, chacun en tirera sa propre conclusion.

6 réponses
  1. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    Excellent article et bel hommage à ce Saint Patron du Vidéoludique, mon cher Flbond, et joli façon de clôturer ta chronique, qui laissera elle aussi un cruel vide! De pouvoir relire un chapitre me le rappelle douloureusement!

    (et quel honneur d’apparaître en guest de cette prestigieuse chronique^^!)

    Répondre

Trackbacks (rétroliens) & Pingbacks

  1. […] oui, tout remonte à Simon, créé par le décidément incontournable Ralph Baer, créateur de la Brown Box. Si le nom “Simon” fait apparemment référence au jeu sans […]

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *