A retenir

Au delà de son évidente historicité, l’opposition 2D/3D ne peut supporter de rester dialectique, pas de l’une sans l’autre dans ce monde, l’art ne le supporterait pas. Il est amusant de constater que, dernier né, le jeu vidéo n’en est pas moins le plus riche des arts, conceptuellement parlant. Sa très courte histoire empreinte à tous les arts à la fois et l’analyse qu’on peut faire de l’évolution technique est peu ou prou la même que celle des arts graphiques en général.

Pourtant le jeu vidéo dispose de cette particularité qu’il transcende tout cela en offrant une expérience multiple et fondamentalement unique. Par l’opposition entre 2D et 3D s’exprime une histoire, non une réalité. La réalité est celle d’un art presque arrivé à maturité en mélangeant toutes les étapes, à la fois industrie et création venue du garage d’un cerveau dérangé dans les années 80, il l’est tout autant aujourd’hui alors que coexistent les éditeurs mastodonte et les développeurs indépendants et autres Mojang sortis de nulle part. Le jeu vidéo a fait coexister depuis sa création les vautours de la finance et les idéalistes qui diffusent gratuitement des créations de leur cru, en 2D comme en 3D et des deux sphères nous parvinrent des chefs d’œuvres autant que de véritables bouses sans nom. Que dire sinon que la 2D et la 3D sont devenues des outils que chaque artiste se doit de choisir, en même temps qu’il se crée sa limite créatrice au sens Baudelairien du terme, c’est à dire un game design ou une direction graphique unique et spécifique – c’est uniquement ainsi que se comprend le lien entre 2D et 3D. Le jeu vidéo a cette chance qu’il peut apprendre de cinq mille ans d’histoire de l’art, ne la laissons pas s’évanouir dans une industrie sans imagination.

Mettre la technique au service de l’œuvre et non l’inverse, voilà le message que j’ai voulu ici faire passer, ce n’est finalement rien d’autre que ce qui oppose la vision industrielle et la vision artistique du jeu vidéo, en 2D comme en 3D d’ailleurs ! Mais n’essayez pas de départager ces deux visions, elles sont aussi nécessaires l’une que l’autre, et c’est là toute la richesse de notre médium vidéoludique.

greyfox0957

4 réponses
  1. Delnics
    Delnics dit :

    Un article complet où tu t’es fait plaisir avec de nombreuses références en tous genres tout en restant dans le sujet, bravo ^^
    Ah vous êtes une sacrée bande de rédacteurs, dans le sens le plus noble du terme bien sûr 😛

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  2. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    Je me retrouve avec une reflexion sur le motion gaming et toi, tu as droit à l’opposition 2D/3D, y a du préférentisme dans l’assignation des taches, moi j’dis! 😉

    Belle réflexion bien aboutie, et pertinente.
    J’ai ressenti aussi la dimension « interchangeable » des jeux aux débuts de la PS2, la dictature du moteur 3D qui imposait la nouvelle norme vidéoludique.
    Et depuis, c’est vraiment un développement unilatéral dans le domaine du triple A, dans le sens où les programmateurs étaient habitués à bosser dans un cadre limité par la puissance des machines, c’était, comme tu le dis très justement, un grande part de leur dynamique créatrice.
    Aujourd’hui, the sky’s the limit, et là où les triple A s’échinent à pousser les machines dans leurs retranchement via un photoréalisme vain, le retour à la 2D aujourd’hui n’est plus un choix par la négative lié aux limites des machines, mais un choix délibéré, artistique.
    On trouve enfin des artistes qui embrassent l’élargissement des possibles comme autant de choix dynamiques, et ne subissent plus la dictature des modes opératoires.

    En musique, il y aurait des parallèles à faire avec ton propos sur le cadre défini et la subversion des codes dans l’art et la littérature (que ce soit chez Bach ou dans le blues, le jazz, le rock des 60’s, le punk…etc, c’est au centre du processus créatif), mais ce sera pour des discussions privées ;-).

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  3. greyfox0957
    greyfox0957 dit :

    Merci Delnics ! Je trouve tout simplement incroyable qu’il soit possible de faire référence à Baudelaire quand il s’agit de parler de jeu vidéo, c’est pour moi la preuve que ce médium devient un art à part entière, quoiqu’en disent certains.

    Beau résumé de l’article Toma, ça confirme que tu as le même point de vue que moi sur la chose. Dommage que je n’aie pas la même connaissance sur la musique mais ça ne m’étonne pas qu’elle suive également les mêmes lignes fondamentales dans son évolution.

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