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Entre imagerie quasi séculaire, présupposés caricaturaux et réalité sociale, continuons à profiter de notre semaine spécial Tomb Raider pour analyser la place de la femme dans le monde du jeu vidéo en étudiant certains des lieux communs qui animent le milieu, pour tenter de les déconstruire et d’en trouver l’origine, le pourquoi et le comment. Karrie s’est chargé de la réalité sociale de le femme dans le monde du jeu vidéo (à paraître demain), Totof s’est penché sur les archétypes féminins parmi les personnages virtuels de l’univers vidéoludique. Quant à moi, je vous propose de survoler la zone du gameplay, ses présupposés  ses archétypes en terme de genre, pour ensuite nous enfoncer à la racine de la geekerie et tenter de déterminer l’origine du clivage quasi tribal qui sévit dans le milieu. Tout un programme et ça commence… tout de suite!

Jeu vidéo : une histoire d’hommes ?

Comme les pubs Nintendo dix ans plus tard, les toutes premières pub pour consoles visaient la famille au sens large, sans discrimination... Du moins, à vu de nez!

Comme les pubs Nintendo dix ans plus tard, les toutes premières pub pour consoles visaient la famille au sens large, sans discrimination… Du moins, à vu de nez !

Les clichés ont la vie dure, en particulier ceux qui remontent aux origines d’un genre. Si la première ère du jeu vidéo prend évidemment racine dans le monde informatique, à l’époque principalement composé de mâles à lunettes, les visées en termes de public étaient larges. En effet, la fulgurante innovation ludique que représente l’apparition du jeu vidéo a eu un impact dépassant de loin le public de niches et les milieux d’informaticiens, et on peut parler de véritable révolution ludique à grande échelle. Sans égaler l’apparition de la télévision, la portée de l’arrivée des pionniers vidéoludiques n’a épargné personne, comme peuvent en témoigner certaines publicités d’époque. Par contre, lorsque le jeu vidéo migre avec Space Invaders au Japon, responsable de la fameuse pénurie de pièces de cent yens, c’est pour attérir dans des Game Centers peuplés de Furyos (loubards japonais particulièrement portés sur la baston, souvent habillés d’uniformes scolaires et arborant des “bananes” de rockers, à rapprocher de nos blousons noirs des 60’s). Cette occupation des centres de diffusion du support vidéoludique par une population de gaillards peu fréquentables aura une double conséquence : la désertion des salles d’arcade par la gente féminine, d’une part. D’autre part, vu que par élimination, le public était devenu un public de mecs bagarreurs, les développeurs optèrent pour des thèmes flattant le public en place, le visant directement. Le modèle de la femme faible et victimisée était né.

Au sein de ce contexte particulièrement burné, la démarche de reconquête du public féminin, perdu lors du basculement entre les USA et le Japon (la crise du jeu US, le Japon qui devient le centre nevralgique de l’économie vidéoludique, Space Invaders et la pénurie de pièces de 100 Yens, tout ça, quoi!), se sont avérées souvent maladroites. Par exemple, Bubble Bobble et son look kawai faisait partie de ces tentatives ponctuelles de séduire autre chose que les brutes épaisses des salles d’arcade nippones, et ciblaient tout particulièrement la femme, et non pas seulement les enfants comme on pourrait légitimement l’imaginer. Si louable que l’intention soit sur le papier, les sous-entendus véhiculés restent très clichés : si l’on veut faire plaisir à madame, il faut un jeu tout mimi avec des enfants (instinct maternel oblige) transformés en dinosaures peluches et des adversaires qui se transforment en bonbons. Donc en gros, femmes et enfants, même combat !

4 réponses
  1. Le serpent
    Le serpent dit :

    Impossible de rebondir sur ton article tellement il est complet, et réfléchi.
    Je vais faire comme d’habitude mais : bravo !

    Personnellement, je ne me considère pas comme « geek », j’aime star wars et Le seigneur des anneaux, mais pas la programmation ni les manga (enfin plus trop). Mais par contre il y a quelque chose qui fait intégralement partie de ma personnalité : la collectionnite.

    Mais alors quel fléaux ! Je ne peux pas m’empêcher ! Ca concerne les jeux vidéo bien entendu, et ma collection level up de jours en jours. Mais ca concerne aussi toute mon existence ! Je me sens oubligé de commencer une série par le premier épisode forcement, je lis des livres de nouvelles dans l’ordre, je classe mes livres selon ceux que j’ai lu et ceux que j’ai pas lu et je me met des objectifs, quand je commence une saga dans une édition, impossible pour moi de changer l’édition….

    Enfin bref, c’est grave doc ?

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    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Merci chef, ça fait plaisir^^!

      Concernant ta collectionnite, je te conseille de détruire un objet cher à tes yeux par mois (ou de l’offrir à une âme bienveillante^^), et de mélanger délibérément tes piles de lu et pas lu, pour voir combien de temps tu survis (car évidemment, le seul diagnostic possible dans ton cas est la mort dans d’atroces souffrances, je vois que ça…)

      Mais bon, si ça peut te rassurer (et ça ne devrait pas, crois moi^^), j’ai une maladie analogue, sauf qu’en plus je suis bordélique, donc j’ai plein zone ultra fonctionnelles (par exemple au lieu de classer en lu/ non lu, je rajoute les classements par genre, par date, par taille, par envie potentielle, entre autres, puis je me retrouve avec une quinzaine de piles que je ne veux pas mélanger entre elles… euh… bref, ça va, tu devrais t’en sortir pas trop mal^^)

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        • Toma Überwenig
          Toma Überwenig dit :

          (je me disais aussi qu’il manquait des catégories dans ta classification! Il va falloir qu’on crée un club de maniaques bordéliques méthodiques collectionneurs, du coup!)

          Mais rassure toi, on peut avoir des tocs et être fonctionnels socialement, il faut juste savoir les identifier et les cloisonner un peu.

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