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Le jeu d’horreur fait son cinéma ! Partie 3 (fin) : Japon, terre de traditions et de malédictions…

De Totoro à Sadako : Japon, terre des esprits

Dans l’archipel les racines de la terreur tant vidéoludique que cinématographique sont profondes, et si mode post-Ring il y a eu, n’oublions pas que les esprits habitent non seulement le cinéma et la littérature japonaise, ne se limitant pas au genre fantastique ou horrifique, mais aussi la culture japonaise dans son ensemble. Les esprits (yõkai en VO), les fantômes(vu l’impressionnante variété de fantômes dans le folklore japonais ayant chacun leur petit nom, je vous épargne la liste!), les démons (oni), les malédictions sont fermement ancrés dans le folklore japonais. Cette culture animiste évolue d’office dans un monde rempli de dieux et d’esprits, comme en témoignent les nombreux autels que l’on peut rencontrer lors de promenades, ou pour ceux qui comme moi n’y ont jamais mis les pieds, à travers l’œuvre de Miyazaki (mais aussi dans GTO et dans Õkami, hein!). De l’esprit bienveillant habitant l’arbre géant de Totoro à l’inquiétant Maître de la Forêt dans Princesse Mononoke, en passant par les magnifiques Sylvains, les insectes et animaux déifiés, toute la mythologie de Miyazaki est imprégnée de cet animisme si caractéristique de la culture japonaise, car loin d’être spécifique à l’œuvre du maître, cette dimension se retrouve souvent dans les animes, les séries de mangas, mais aussi dans le cinéma populaire, et tient vraiment d’une caractéristique culturelle forte plutôt que de l’imaginaire poétique d’un créateur isolé. Alors vous vous demandez peut-être pourquoi je parle du papa de Totoro dans un texte sur les jeux d’horreur, et je vous comprends… MAIS ce n’est pas une digression arbitraire, non m’sieudames, loin de là (enfin pas tout à fait, disons). Car comprendre cette proximité culturelle avec le monde des esprits, ce rapprochement avec le surnaturel que nos cultures cartésiennes rejettent généralement d’un bloc avec un ricanement  méprisant est essentiel pour comprendre d’où vient la poésie de Silent Hill, comprendre pourquoi ce sujet surnaturel est traité avec autant de déférence et de sérieux, pourquoi il touche autant par sa sincérité.

Babeneko, une des nombreuses créatures à hanter le folklore japonais et les salles noires…

Le vocabulaire de la terreur de Silent Hill fonctionne à l’échelle de l’inconscient collectif, et fait autant écho aux classiques comme The Haunting (tiens, ça faisait longtemps…), aux nouvelles de Lovecraft, aux moments de gloire télévisuelle de la Quatrième Dimension, Le Voyageur, Au-Delà du Réel, qu’à la tradition, quasiment inconnue chez nous, de films de malédiction made in Japan, fonctionnant de façon analogue à The Grudge (traduction de Ju-On, qui veut dire…ben, « malédiction », quoi!). Dans le domaine, ce sont les Chat-démons (ou babeneko), créatures surnaturelles presque aussi célèbres que les fameux esprits-renards, qui sont à l’honneur, à travers une longue série de films dont Mansion of the Ghost Cat (1958) de Nobuo Nakagawa semble être le digne représentant, ou tout au moins un des seuls à avoir passé les frontières, faute d’avoir éclaboussé nos toiles blanches françaises. Dans cette série de films, ou plutôt catégorie, puisque ces derniers sont sans rapport les uns aux autres, le babeneko, fantôme issu du désir de vengeance d’un innocent trahi (et généralement tué dans des circonstances plutôt glauques), assouvit son besoin de justice avec cruauté et raffinement en s’attaquant d’abord à l’entourage de sa cible, se délectant de la peur naissant dans le coeur du meurtrier, le poussant doucement vers la démence en prenant possession des habitants de la demeure, les tuant un à un, suspendant indéfiniment le geste final pour n’interrompre les tourments de sa victime qu’au moment où cette dernière est déjà à terre, a sombré dans la folie et n’est plus à même d’assumer le rôle de la souris. Mais comme souvent, ça ne s’arrête pas là, car une fois cette furie de vengeance poussée à son terme, la colère subsiste, et le babeneko se retrouve lié au lieu qu’il a hanté, consumé par le un désir de vengeance inextinguible, destiné à répéter indéfiniment le schéma en s’attaquant à toute personne établissant ses quartier dans cette demeure maudite. Le babenko à cet égard est une sorte de poltergeist animé par le désir de vengeance là où le poltergeist pur et dur est animé par la colère aveugle.

Si on les retrouve évidemment dans le cinéma d’horreur, les esprits ne sont pas cloisonnés aux films dits « de genre », et sévissent dans les productions classiques. On citera sans hésiter l’inégalable Rashõmon, sorti en 1950. Son réalisateur Akira Kurosawa passe allègrement le cap du rationnel dans le cadre d’un film classique jouant sur les jeux de perspective, une même histoire racontée quatre fois, éclairant diverses zones d’ombre au fur et à mesure, et donne sans hésiter la parole à un mort par l’intermédiaire d’une médium, afin d’éclairer la situation. Son témoignage est pris en compte dans le cadre du procès en cours à même titre que celui des vivants. Mais bien que la thématique surnaturelle imprègne l’ensemble du cinéma japonais, voire de la culture japonaise, force est de constater que l’horreur nippone connait une seconde naissance cinématographique toute contemporaine, via deux oeuvres déterminantes : Ring et Ju-On : The Grudge.

3 réponses
  1. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    Ils maîtrisent les arcanes de la trouille, pas de doute!
    Mais en plus, j’ai l’impression qu’ils prennent le genre plus au sérieux qu’ailleurs. Même au cinéma, tu sens souvent le cynisme dans les prods américaines, alors que les films d’horreur japonais sont souvent directs, presque candide dans leur relation à la flippe malsaine, sans second degré, un peu comme chez les Espagnols, tu sens le respect du genre.
    C’est peut-être le secret pour faire des bon jeux d’horreur^^. Ca, et être un peu cinglé.

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  1. […] éviter de tomber dans cette morosité  mortelle, Deep Silver nous propose de revisiter l’horreur à leur sauce, façon sauce BBQ dans le slibard. Pour un complément d’informations, je vous […]

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