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Le jeu d’horreur fait son cinéma ! Partie 3 (fin) : Japon, terre de traditions et de malédictions…

Arcanes de l’horreur cinématographique japonaise

Un seul regard et tout est dit… Vous ne savez pas ce que vous avez fait, mais une chose est certaine : vous allez payer !

Pour le reste du monde, les films de malédiction deviennent des « Ring-like », ou des « Grudge-like », et ce peu importe les réelles relations d’inspiration ou même simplement de chronologie. Mais en réalité, il s’agit plus d’un centre de convergence bicéphale du cinéma d’horreur japonais contemporain. On retrouve dans les marges d’excellentes bobines comme Noroi de Koji Shiraishi, construit comme une suite de documentaires apparemment sans liens entre eux, qui convergent tous vers un évènement et un lieu maudit, ou l’imposante série des Tomie qui exploite elle aussi le filon du spectre en quête de revanche brute de décoffrage. Le thème de la vengeance est effectivement particulièrement récurent au sein de la production horrifique nippone. On le retrouve très explicitement dans Ring, le film maudit trouvant son origine dans la rancoeur amère d’une jeune fille maltraitée (et accessoirement puissante medium). De la même manière, dans Ju-On, le point d’origine est une rancoeur tournée vinaigre d’un mari à l’encontre de sa femme pas très fidèle, poussant ce dernier à un acte de folie meurtrière, qui se cristallise en une malédiction brutale et tenace. Là où de par chez nous nous sommes plus souvent confrontés à des esprits frappeurs déchaînés,  au Japon, c’est l’esprit vengeur qui règne en maître, que ce soit dans le domaine des maisons hantées, ou des malédictions à emporter chez soi (livraison gratuite, c’est pour nous, ça fait plaisir!).

Outre la vengeance, on remarque que les malédictions fonctionnent sur un mode viral, se propagent, se déploient inexorablement, sans échappatoire possible. Dans Ring, l’impossibilité de stopper le processus fait partie du système. Même la solution, ou du moins la seule chose qui permette de survivre à la malédiction participe activement à son développement, la duplication de la cassette et sa transmission à la personne suivante. Dans Ju-On, chaque nouvelle victime est intégrée, assimilée, devenant à son tour instrument d’une vengeance dont l’objet s’est perdu à travers le temps, dont seule la mécanique perdure, un peu à la façon des films de chat-fantôme mentionnés plus haut. Et dans Ring comme dans Ju-On, la victime ne peut fuir, quel que soit l’endroit où elle se trouve, la malédiction l’emportera à terme. Cette dimension est portée à son pinacle dans Ju-On, lorsqu’une des victimes finit par se réfugier dans son lit, poursuivie par les apparitions des fantômes vengeurs, réflexe clairement universel, le lit, le dessous des couettes représentant généralement le dernier rempart de l’enfant terrifié, son cocon. Et l’on voit gonfler une bosse sous la couette, remontant doucement jusqu’à la tête de la malheureuse déjà terrifiée, qui tourne finit par tourner la tête pour se retrouver nez à nez avec un de ses terrifiants bourreaux au bruit de gorge si caractéristique. En violant ce dernier rempart de l’intérieur, le message passe, se grave dans la chair du spectateur : vous n’êtes à l’abri nulle part! Dans Kairo, de l’excellent Kioshi Kurosawa, on retrouve la dimension virale de la malédiction, et l’idée de rituel proche de Ring. La simplicité du rituel et sa force en font en quelque sorte mon petit préféré. Il suffit d’apposer de la bande adhésive sur le pourtour d’une porte, condamner symboliquement une entrée, puis simplement ouvrir ensuite la porte en question, donc forcer un passage préalablement interdit, pour déclencher cette malédiction. Outre le jeu de fascination morbide qui pousse les protagonistes à soulever l’interdit, de curiosité pas très saine, déjà à l’oeuvre dans Ring, on retrouve ici une dimension compulsive liée à une pulsion de mort, à un désespoir ambiant, viral lui aussi, dans une société où plus rien n’est vécu directement, où chaque anonyme hante les forums de discussion sur le net, où toute relation n’est plus que virtuelle, et où la solitude reprend systématiquement ses droits. Les individus disparaissent derrière leur image, et deviennent littéralement des fantômes hantant la toile. Si le propos du film de Kurosawa est moins romanesque que les autres films cités, il n’en repose pas moins sur cette même mécanique virale que l’on retrouve dans la plupart des films du genre (et accessoirement, certaines scène vous fichent une trouille de tous les diables et nous enseignent que se cacher derrière un canapé, ce n’est pas plus efficace que de se réfugier sous sa couette!).

3 réponses
  1. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    Ils maîtrisent les arcanes de la trouille, pas de doute!
    Mais en plus, j’ai l’impression qu’ils prennent le genre plus au sérieux qu’ailleurs. Même au cinéma, tu sens souvent le cynisme dans les prods américaines, alors que les films d’horreur japonais sont souvent directs, presque candide dans leur relation à la flippe malsaine, sans second degré, un peu comme chez les Espagnols, tu sens le respect du genre.
    C’est peut-être le secret pour faire des bon jeux d’horreur^^. Ca, et être un peu cinglé.

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  1. […] éviter de tomber dans cette morosité  mortelle, Deep Silver nous propose de revisiter l’horreur à leur sauce, façon sauce BBQ dans le slibard. Pour un complément d’informations, je vous […]

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