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Le jeu d’horreur fait son cinéma ! Partie 3 (fin) : Japon, terre de traditions et de malédictions…

Synchronicités et convergences

L’univers des films de Balaguero évoque directement celui de Silent Hill.

Et cet élément-mystère qui doit tout changer, c’est le réalisateur espagnol Jaume Balaguero, maître de l’horreur en son pays, et papa de la série de films de zombies « infectés » REC, ayant grandement participé au second souffle du genre. Mais ce sont plus ses films du début qui nous intéressent ici, et pour une simple raison : ils ont énormément de points communs tant avec l’univers de Silent Hill qu’avec l’horreur cinématographique japonaise. Son premier film, La Secte Sans Nom, est une petite perle de l’horreur ibérique, intense et terrifiant. Son climat pesant tient en grande partie au cadre dans lequel l’action se déroule, enchaînant les zones en friche, entre une usine sombre rongée par la rouille aux chaînes pendantes, un hôpital désaffecté, un hôtel poussiéreux, des lieux forts, habités, déserts, entre rouille et ruine, dont l’ambiance évoque sans hésitation celle de Silent Hill. Mais l’analogie ne s’arrête pas là. En effet, le propos du film entretient lui aussi une relation étroite avec la tension dramatique de la série de jeux. Celui-ci s’axe autour de la disparition d’une petite fille dans des conditions atroces, entraînant l’effondrement de ses parents et leur séparation. Lorsque la gamine se manifeste des années après sa mort via un appel téléphonique alarmant reçu par une mère brisée, seule, assommée par les antidépresseurs, cette dernière va s’accrocher à cet espoir illusoire, absurde, de retrouver sa fille, briser le voile du possible afin d’être enfin à nouveau réunies. Coup d’essai mû en coup de maître, Balaguero émeut et terrifie à la fois, prend au coeur et aux tripes, et réussit à placer le spectateur dans un état analogue à celui que générait Silent Hill. Les analogies tant esthétiques que thématiques entre les deux oeuvres sont troublantes et on pourrait parler de ferme influence à tendance plagiaire… si le film n’était pas sorti la même année que le jeu, en 1999 ! Convergence manifeste de deux regards visionnaires et contemporains sur le monde de l’horreur, l’analogie n’en reste pas moins extrêmement troublante tant elle est évidente.

Balaguero poursuit son parcours avec Darkness, un film autour de la peur du noir qui dans son dernier quart, offre une vision de l’enfer qui évoque très fermement la dimension sombre des Silent Hill, avec quelques images particulièrement fortes et insolites, à la croisée entre l’horreur japonaise et l’ambiance du jeu, comme une balançoire rouillé apparaissant en pleine cuisine délabrée et se mettant en mouvement, ou des apparitions fugaces de fantômes d’enfants, parmi maintes réjouissances. Encore un pari gagné par le réalisateur à l’origine de la création de la désormais célèbre maison de production Filmax. Son troisième film, Fragile, s’il est moins réussi que les deux précédents, embrasse les mêmes thématiques tant dans le fond que dans la forme, l’histoire se déroulant dans un hôpital en ruine en train d’être transféré et fermé définitivement, avec une seule aile est encore active et donc habitée. Calista « Mac Bill » Flockhart y joue le rôle d’une infirmière fraîchement embauchée, saturée de fissures et de traumatismes d’enfance, qui la rendent sensible à la présence qui hante les lieux. Fantômes d’enfants, personnages torturés psychologiquement, un fantôme démoniaque digne d’une Sadako (un des seuls véritables points forts du film) aux pouvoirs faisant pencher la balane vers une certaine Alma de notre connaissance, un hôpital délabré comme cadre principal, une fois encore, on retrouve des analogies flagrantes entre l’univers du réalisateur et celui de Silent Hill. Il s’essaie ensuite au film de zombie avec REC, film nerveux et claustrophobe tourné en caméra sur épaule (mettant une vilaine fessée au passage à toute cette clique de bouses issues de la pathétique mode des « found footage » post-Blair Witch qui a fleuri ces dernières années mais qui heureusement se tasse, malgré la sortie d’un quatrième volet du risible Paranormal Activity), se démarquant de sa ligne directrice habituelle. Néanmoins, la caméra sur épaule donne au film un coté FPS dynamique, d’autant plus présent dans le second opus (co-réalisé avec son collègue Paco Plaza), et la créature démoniaque découverte par l’équipe de pompiers dans les combles de la demeure évoque directement la dernière transformation d’Alma, lorsque cette dernière n’est plus qu’un monstre aux membres disproportionnés (et particulièrement terrifiante).

Alors pourquoi ce détour par l’Espagne ? Tout simplement pour mettre un phénomène particulièrement intéressant pour les amateurs d’horreur. On a vu que les dates de sortie des films et des jeux étaient trop rapprochées pour qu’on puisse parler d’influences, et pourtant, les rapprochements sont particulièrement flagrants, Silent Hill représentant dans le jeu vidéo une sorte de pierre angulaire dans laquelle se reflètent les arcanes du cinéma d’horreur, que celui-ci soit japonais ou espagnol. On avait vu précédemment à quel point Silent Hill était influencé par de grandes oeuvres du cinéma d’horreur passé, de The Haunting à Hellraiser, en passant par Shining et L’Echelle de Jacob. De telles analogies entre des oeuvres contemporaines, quasiment sorties simultanément me laisse penser, outre le fait que les créateurs ont très certainement un bagage cinématographique commun, que le passage au 21ème siècle est le théâtre d’un phénomène de convergence assez troublant dans le domaine de l’horreur, au sein duquel les frontières, qu’elles soient géographiques ou entre supports, volent en éclats, offrant de nouvelles possibilités, des perspectives insoupçonnées à explorer tant dans le jeu vidéo que dans le cinéma, le point de départ d’une ère où l’interaction entre les deux media commence enfin à être reconnue et acceptée. Mieux encore, j’ai l’impression qu’on bascule même au delà de ces distinctions, et que l’origine de tel ou tel plan, jeu de perspective, effet visuel ou scénique n’importe plus, les vocabulaires du cinéma et d’un certain type de jeu vidéo ayant convergé jusqu’au point où ils ne sont plus dissociable et participent à la même dynamique, tendent vers le même résultat, à savoir l’efficacité de la réalisation et du résultat proposé au spectateur/joueur. Que ceux qui doutent encore aillent voir le dernier Spiderman et sa séquence digne d’un moment fort de Mirror’s Edge pour s’en convaincre, ou jettent simplement un coup d’oeil global sur Avatar.

A retenir

Le début d’une ère où le jeu vidéo serait pris au sérieux et non plus dénigré au point que certains cinéastes masquent ses influences derrière de beaux discours référencés ? Peut-être… Ce qui est certain, c’est que le territoire populaire de l’horreur se joue des frontières et des postulats, en recentrant le débat autour du spectateur, de ses émotions, de ses réactions, et c’est là un beau point de basculement et de rencontre, encore limité au cinéma de genre, mais pourtant bien là. C’est en tout cas sur cette conclusion ouverte au débat que je vous laisse, après cette agréable croisière à travers mon genre de prédilection et ses manifestations au Pays du Soleil Levant, en espérant que le voyage vous aura été agréable. Mes condoléances pour ceux que nous avons dû abandonner en chemin sur des îles désertes ou dans des villages hantés pour cause d’infection zombifiante ou possession démoniaque, mais ce sont les aléas des aventures au pays de l’horreur. Veillez à ne rien oublier sur vos sièges, les croisières du Serpent RetroGamer ainsi que moi-même souhaitent un agréable retour chez eux aux rescapés du voyage, en espérant vous revoir bientôt.

3 réponses
  1. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    Ils maîtrisent les arcanes de la trouille, pas de doute!
    Mais en plus, j’ai l’impression qu’ils prennent le genre plus au sérieux qu’ailleurs. Même au cinéma, tu sens souvent le cynisme dans les prods américaines, alors que les films d’horreur japonais sont souvent directs, presque candide dans leur relation à la flippe malsaine, sans second degré, un peu comme chez les Espagnols, tu sens le respect du genre.
    C’est peut-être le secret pour faire des bon jeux d’horreur^^. Ca, et être un peu cinglé.

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  1. […] éviter de tomber dans cette morosité  mortelle, Deep Silver nous propose de revisiter l’horreur à leur sauce, façon sauce BBQ dans le slibard. Pour un complément d’informations, je vous […]

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