What the fuck?!

Weird Dreams, humour ou cauchemar malsain ? La frontière est très fine...

Weird Dreams, humour ou cauchemar malsain ? La frontière est très fine…

L’autodérision est sans conteste la clé de voûte de l’humour vidéoludique, et infuse chacune des différentes facettes de la production préposée au fendage de poires; de la simple volonté de faire sourire à coups de grimaces sympathiques aux manifestations plus fines à coups de clins d’oeil complices et de gags bien sentis, cette saine distance semble être l’ingrédient principal de la recette zygomatique dans notre univers privilégié. Le domaine de la rigolade étant nécessairement polymorphe, on peut néanmoins identifier un autre mode opératoire essentiel de l’humour dans le jeu vidéo, sa racine obscure, qu’on pourrait désigner par poétique de l’absurde – ou simplement zone WTF. Dans cette zone trouble se côtoient parodie, humour noir, ultra violence poussée ad absurdum, délire déconnecté de toute forme de rationalité, bref, la zone de tous les excès. Mais plus qu’un territoire à part entière, c’est une ligne directrice qui traverse d’un bout à l’autre la contrée de l’humour pixélisé. Parmi ces maillons forts, on retrouve évidemment les mythiques duels d’insultes de Monkey Island, trônant au sein d’un océan d’idées géniales et absurdes made in LucasArt. On pourra aussi croiser l’incomparable Weird Dreams et son ambiance cauchemardesque saturée d’humour noir, faisant osciller le joueur entre rire et angoisse. Suda51 tient forcément une place de choix, que ce soit avec son Lollipop Chainsaw et sa cheerleader arborant en guise de porte-clé la tête de son petit ami zombifié, qui se retrouve la plupart du temps littéralement “la tête dans le cul”, faute d’être dans le sien (il y gagne au change!) ou avec l’avalanche d’absurdités concentrés que représentent les deux volets de No More Heroes. Notons aussi certains des excès de Kojima, qui flirte ouvertement avec cette zone, oscillant toujours entre le dantesque et la dérision par la surenchère. Mais si Kojima se contente de flirter, Hideki “DMC” Kamiya franchit carrément le pas avec Bayonetta et consomme l’union, faisant de l’orgie de surenchère la dynamique centrale du jeu. Enfin, nous ne pouvons pas ne pas mentionner l’incomparable série des WarioWare, véritable vivier de créativité au service de la déraison, avalanche de micro-games comme autant d’intrusions jubilatoires dans la part de folie de leurs créateurs avec leur humour typiquement japonais, mais qui réussit à passer à tous les coups, du pur génie.

Les finish him de Mortal kombat. Humour déjanté ?

Les finish him de Mortal kombat. Humour déjanté ?

Finalement, plus encore qu’une ligne, on pourrait considérer la WTF mania comme le tracé des limites externes des champs de l’humour vidéoludique, toujours dans l’excès, dans l’absurde, résolument dans la démarche humoristique, mais piétinant allègrement les platebandes des voisins. Les finish-moves des Mortal Kombat illustrent bien ce mini paradoxe. D’une crudité parfois vulgaire et d’une violence outrancière poussée dans ses derniers retranchements, ils réussissent à basculer dans l’humour par l’excès, dansant avec la limites de l’acceptable/accepté. La WTF attitude tutoie les limites, qu’elles soient celles de la censure, de l’audace créatrice, parfois même celles du joueur qui est pris en otage dans les eaux troubles de la folie d’un autre, forcé de “jouer le jeu”, dans tous les sens du terme. Loin de n’être qu’une façon d’alléger les excès par un ton humoristique, le délire ambiant de ces démarches est au centre de bon nombre des démarches créatrices repoussant les limites du medium, comme l’ont fait les Monty Python en leur temps à la télévision anglaise. Génie créateur et subversion vont souvent main dans la main, et l’humour WTF est peut-être ce fil conducteur, cet élan permettant aux créativités débridées de s’exprimer sans fard ni faux-col.

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