Jeux de miroirs, d’ombres et de reflets

Rick Dangerous ou Indy de pacotille

Rick Dangerous ou Indy de pacotille

Avant de se quitter, abordons une dernière manifestation de l’humour dans les jeux vidéo, qui nous renvoie à sa racine même. Au sein de l’univers vidéoludique, la notion d’emprunt n’a pas la connotation péjorative qu’on lui connait dans d’autres domaines. Dès les origines, le jeu vidéo est copié, dupliqué à outrance. Par exemple, le nombre de clones de Pong sur le marché à la fin des 70’s est impressionnant et aurait de quoi choquer, mais Pong lui-même est un upgrade de Tennis for Two de X ans son aîné. Avant la naissance des genres, la dynamique de création des jeux tenait de l’amélioration d’un produit original déjà sur le marché. Space Invaders permet à Galagga de voir le jour, Pac-man se décline à toutes les sauces, Arkanoid s’impose comme le mètre-étalon du casse-brique malgré son arrivée tardive, mais on ne parle pourtant pas de plagiat. Si cette période de pillage sans vergogne est (plus ou moins) derrière nous, elle n’en reste pas moins gravée dans l’ADN du jeu vidéo, qui accorde une place particulière à la notion de référence, qu’elle soit interne ou à d’autres media, le cinéma étant souvent la cible privilégiée des clins d’oeils vidéoludiques. Processus créatif par excellence dans le domaine, poussant les p’tits nouveaux à faire mieux que l’ancien, on danse entre l’hommage respectueux et l’emprunt éhonté, et c’est ainsi que se forment les genres que l’on connait aujourd’hui. C’est donc tout à fait naturel de retrouver ce jeu de références, de clins d’oeil, de pastiches dans le processus humoristique vidéoludique, qu’il soit interne ou non. Comment ne pas penser à Indiana Jones en jouant pour la première fois à Rick Dangerous ? Le grand Donkey Kong, en plus de poser la plastique de rêve du plus célèbre des plombiers moustachus, parodie le mythe originel du King (pas Elvis, l’autre).

Monkey Island : un des jeu les plus marrant ever

Monkey Island : un des jeu les plus marrant ever

Les exemples d’emprunts au cinéma abondent, mais c’est au final dans l’autoréférence que les traces d’humour vidéoludique font le plus souvent mouche, car ils touchent aux archétypes premiers du jeu vidéo, du bel héros amnésique dernier espoir de l’humanité au croisement entre un humain et un ange/démon aux prises avec les enfers, en passant par le preux chevalier/plombier/lutin/karatéka/gamin en slip/loubard des rues à la recherche de sa dulcinée. Les déclinaisons de ces archétypes sont légion, les clins d’oeil mêlent l’affection et l’arrogance, et l’on joue sur les noms, les looks, les catch-phrases tant pour surfer sur le succès d’une license passée que pour lui rendre hommage. Pourquoi autant d’autoréférence dans le jeu vidéo ? Tout simplement parce que le medium est en mutation perpétuelle, tributaire des évolutions technologiques toujours plus grandes. Cette altérité continue implique une réflexion poussée sur l’essence du medium, une remise en question permanente, une prise de conscience des archétype en vigueur, des clichés, des mécaniques, qui teinte nécessairement le type d’humour que l’on va trouver dans cette sphère, poussant bien souvent les créateurs vers le second degré. Une fois de plus, LucasArts est passé maître en la matière, allant même jusqu’à faire de la pub pour un de ses jeux via un personnage du Scum Bar dans Monkey Island !

A retenir

On peut trouver de quoi faire pour tous les publics dans le jeu vidéo. Pas seulement en termes de gameplay, mais aussi en humour. Les enfants ou les plus indulgents s’amuseront des grimaces et des gags de personnages mignons. D’autres aimeront le coquin, le non conventionnel, le provocant. Enfin, les amateurs de jeux de mots, de références, d’humour noir et de huitième degré ne seront pas non plus en reste. L’humour est présent à toutes les sauces, et se retrouvent dans de nombreux cas au centre de la dynamique créatrice. Peut-être est-ce ça, la spécificité de l’humour vidéoludique, de ne pas être seulement un outil de séduction, mais surtout de création, pas un instrument de simple provocation, mais plutôt de redéfinition de la géographie du territoire… Cependant, la question la plus délicate est peut-être celle-ci : riions-nous plus et mieux avec le jeu vidéo avant ?

Totof & Toma

3 réponses

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