, , , , ,

[REFLEXION] Metal Gear, du petit jeu MSX à la grande saga

Snake's Revenge: "Une mission d'infiltration en Solo ? Non ça c'était pour l'épisode précédent, maintenant ils y vont à trois... et en costume orange." Et quand on y réfléchit, de quoi il veut se venger Snake déjà ?

Snake’s Revenge: « Une mission d’infiltration en Solo ? Non ça c’était pour l’épisode précédent, maintenant ils y vont à trois… et en costume orange. » Et quand on y réfléchit, de quoi il veut se venger Snake déjà ?

En effet, voyant croître le succès de la NES dans le monde entier, Konami décida qu’il fallait donner à la console sa version du petit Metal Gear, non que celui-ci ait connu un franc succès, mais il était déjà réalisé et pouvait être dupliqué à bas coût. Le jeu fut un peu remanié par une équipe étrangère à Hideo Kojima, il ne possédait pas alors de droit de veto d’aucune sorte sur sa création. Mais la surprise, c’est qu’il fut un véritable hit dans le monde entier. Quel paradoxe, que ce jeu désormais honni par Hideo Kojima ait eu bien plus de succès que celui dont il est issu. Ne soyons pas mauvaise langue, le succès du frère ennemi est grandement lié à celui de la NES dans le monde entier, là où le MSX était en déclin et presque pas présent aux Etats Unis. Or voici le paradoxe, Konami fit développer la suite de Metal Gear, mais pas de celui de Kojima ; c’est bien la version NES qui eut le droit de se poursuivre dans un opus douteux appelé Snake’s Revenge. Evidemment, là où la première partie pouvait tout de même s’appuyer sur un jeu de qualité, le deuxième volet se trouva être assez peu intéressant et ne connut pas un succès commercial aussi grand. Mais lorsque Hideo Kojima proposa de donner sa propre suite à Metal Gear, il pouvait s’appuyer sur l’immense succès de la version NES de sa création. Aussi étonnant que cela puisse paraître, celui qui est considéré comme le vilain petit canard de la saga est probablement celui-là même qui a permis à celle-ci d’exister en tant que tel, débloquant le verrou économique de l’éditeur.

L'introduction et ce plan en particulier rappelle Blade Runner, tout comme le thème des robots humanoïdes.

Second jeu de Kojima et déjà cet amour profond pour le Cinéma qui transparait au travers du scénario, des visuels, ou encore des thématiques.

Evidemment, une telle considération ainsi prise serait réductrice et nous voulons essayer d’affiner. Hideo Kojima ne s’était pas arrêté sur Metal Gear, et affirme lui-même qu’il n’avait pas imaginé lui donner une suite. A ce propos, Kojima affirmait lors de la masterclass qu’il donnait à Paris en mai 2012, que chaque épisode a été pensé séparément sans qu’une idée globale de la série n’y préside pour autant. Metal Gear ne dérogeait donc pas à cette règle. Ainsi Hideo Kojima était retourné à ses premières amours en réalisant un jeu d’aventure de science-fiction, dans un style cyberpunk remarqué, Snatcher. Sorti sur MSX en 1988, il fut pour Hideo Kojima la deuxième occasion de faire parler son talent. Je crois que Snatcher a aussi eu son rôle dans la construction de Metal Gear comme grande saga. Plusieurs éléments du scénario laissent à penser qu’il se déroule dans le même univers que le premier Metal Gear mais dans un futur assez éloigné, on y fait mention du tank bipède qui a effrayé la planète à la fin du XXème siècle. Bien entendu cette suite spirituelle sera chassée par les véritables suites canoniques de la saga Metal Gear. Mais Snatcher développait un univers très cohérent et la qualité de la mise en scène en fit un important succès au Japon au point d’être encore adapté près de dix ans plus tard sur la Playstation et la Saturn. Or à ceux qui pensent que Snatcher n’a pas sa place dans ce qui explique le succès futur de Metal Gear je veux démontrer le contraire. Snatcher est bien le premier jeu dans lequel on découvre Kojima en cinéaste, capable de raconter une histoire avec tension et humour, mais aussi de poser de vraies questions à la société sur son évolution. On voit apparaître les premiers thèmes très cyberpunks comme la robotique, les cyborgs, l’inspiration de Bladerunner est d’ailleurs frappante sur certains plans de caméra, notamment au début du jeu et sur les environnements urbains désolés et très sombres.

Metal Gear 2 contient en puissance tout ce qu'allait devenir la série Metal Gear, des différentes briques de gameplay à la structure des scénario. Magistral.

Metal Gear 2 contient en puissance tout ce qu’allait devenir la série Metal Gear, des différentes briques de gameplay à la structure des scénario. Magistral.

Ainsi l’origine de Metal Gear se situe pour moi dans la conjonction de ces deux premiers jeux. Ensuite seulement émergeait  la possibilité d’une série. Mais le talent de Hideo Kojima ne s’était encore exprimé que sur le territoire japonais (les incursions de Metal Gear sur MSX en Europe et Snatcher sur Mega-CD aux Etats Unis et en Europe furent assez peu remarquées et même censuré pour ce dernier) aussi lorsqu’il proposa à Konami de réaliser Metal Gear 2 Solid Snake, l’éditeur limita sa diffusion au seul pays du soleil levant. Avec Metal Gear 2 on ne peut pas dire que la série soit véritablement fondée, Hideo Kojima reprend les concepts principaux du premier opus même s’il ajoute quelques possibilités de gameplay devenues cultes comme celle de ramper. Evidemment, l’expérience de game designer se sent et l’aventure est bien plus développée et si la profondeur du scénario et de la mise en scène n’atteint pas encore celle du grand Metal Gear Solid, on pressent que c’est plus à cause des limitations de la machine (on le rappelle, toujours le vieil MSX2) que de la volonté du créateur. Ensuite, ajoutons que le scénario reste clos, il n’ouvre pas à une suite et ainsi, cet opus apparaît comme une réparation de l’erreur Snake’s Revenge qui ne vise pas à faire de Metal Gear une série, et même plutôt à clôturer définitivement son développement. Imaginé pour le MSX2, presque obsolète à cette époque, Metal Gear 2 n’était donc pas un titre visant très large, ne s’autorisant même pas une incursion hors du Japon. Il manquait donc deux choses pour faire de Metal Gear une série économiquement rentable pour Konami, d’abord avoir une assiette de joueurs potentiels plus large et ensuite la volonté de leur faire attendre une suite, c’est ce qui arriva avec Metal Gear Solid, de nom de code Metal Gear III durant son développement puisqu’il fait suite aux deux précédents, véritable départ de Metal Gear comme série vidéoludique à mon sens. Konami réussit avec cet opus à avoir un rayonnement international notamment grâce à l’E3 récemment crée. En même temps, l’intrigue est construite de telle façon à ce que le joueur soit dans un état de demande extrême d’une suite, engageant un processus d’attente des fans duquel Hideo Kojima n’a jamais pu se sortir d’ailleurs. Mais avec Metal Gear Solid on entre aussi dans une nouvelle ère pour Metal Gear, désormais il faudra compter avec un style très particulier qui emprunte beaucoup au caractère de cinéphile de son créateur. Ainsi plusieurs choses feront de Metal Gear une série dont l’identité profondément marquée aura fait le succès mais aussi parfois les échecs.

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *