Comme au cinéma

Metal Gear Solid, encore lui, appelle Les Enfants Terribles, en français dans le texte, Liquid et Solid Snake, du nom du drame de Jean Cocteau adapté au cinéma et réalisé par Jean-Pierre Melville, qui relate l’amour exclusif et destructeur entre deux frère et sœur Elisabeth et Paul. Véritable mordu de septième art, Hideo Kojima, probablement plus que n’importe quel autre créateur de jeu vidéo, fait la part belle à ce lien si ténu existant entre les deux medias (1). Au-delà du message de réflexion sur la science et la liberté à la fin de Metal Gear Solid 2, clairement tiré de celui de Los Angeles 2013 (suite de New York 1997), la saga de Snake a surtout su donner du plaisir vidéoludique en se basant sur des éléments de type cinématographique. Il ne s’agit pas seulement des nombreuses séquences du même nom non jouables, mais aussi de scènes où l’utilisateur joue tout en reconnaissant les références au cinéma et en se retrouvant lui-même dans la peau du personnage qu’il a pu voir dans le film correspondant. Ainsi, quand Snake affronte The Fear dans la jungle de Metal Gear Solid 3: Snake Eater, il se retrouve dans la peau de la proie traquée par un chasseur invisible qu’il ne peut détecter qu’à l’aide de lunettes thermiques. Hommage est fait ici au film Predator avec Arnold Schwarzenegger. Si l’antagoniste principal de Metroid est un parasite xénomorphe qui sévit dans le confinement d’un vaisseau spatial, et si le scénario de Flashback rappelle fortement celui de Total Recall avec son personnage principal amnésique qui se retrouve sur une planète étrangère, les clins d’œil résident respectivement dans le nom de l’ennemi récurrent de Samus Aran, Ridley, en hommage à Ridley Scott réalisateur du film Alien, et dans le prénom Conrad du héros du titre de Delphine Software, qui n’est pas sans rappeler Charles Conrad, spationaute américain et troisième homme de l’Histoire à avoir marché sur la Lune. Une facette importante de la culture cinématographique se compose des répliques que l’on appelle “cultes”, et que les fans aiment se relayer et se répéter. The Witcher 2: Assassins of Kings en use et en abuse dans le seul but de faire un clin d’œil, parce que l’inspiration globale du jeu n’est pas à chercher dans ces références; ici, c’est la situation qui est prétexte à rendre un hommage gratuit et amusant à d’autres cultures. Lors des combats, Geralt de Riv répète souvent, et de façon plutôt incongrue, la phrase: “Je suis trop vieux pour ça”, célèbre rengaine du sergent Roger Murtaugh dans L’Arme fatale. Dans la version anglophone du soft de CD Projekt, l’accent de Foltest ressemble étrangement à celui du roi Arthur dans Monthy Python: Sacré Graal; la référence est complétée par la réplique du régent de Téméria: “Open the gate!” Dans l’acte II, le soldat gérant les combats dans l’arène du camp kaedwenien s’appelle Proximo, comme l’entraîneur de Maximus dans le film Gladiator, tandis que les nains de la ville de Vergen aiment parfois chantonner “Hey ho, hey ho”, comme leurs homologues de Blanche-Neige.

Effeuillée ou musicale

L’univers de Super Mario a tout du conte pour enfants, avec ses hameaux bucoliques et sa princesse kidnappée par un monstre bête et méchant. Quand le héros qui doit la délivrer a besoin d’aller voir ce qu’il se passe dans les nuages, il lui faut utiliser une plante qui s’élève haut dans le ciel, à l’instar de Jack et le haricot magique. Quand il lui faut grandir ou rapetisser, il mange un champignon, comme Alice au Pays des Merveilles qui avale des biscuits ayant les mêmes propriétés. Il est ici question d’éléments de gameplay, d’objets utilisables dans le but d’aider à la progression. Pour des noms de personnages inspirés de la littérature, il faut plutôt chercher du côté de Dead Space, survival horror se déroulant dans l’espace dont le héros Isaac Clarke porte le prénom d’Isaac Asimov, auteur du cycle Fondation, et le nom de l’écrivain de science-fiction Arthur C.Clarke, à qui l’on doit le célèbre 2001, l’Odyssée de l’espace. Castlevania s’amuse également du nom de l’antagoniste principal, en appelant l’un de ses descendants et principaux ennemis Alucard, anacyclique de Dracula. Comme dit précédemment, The Witcher 2: Assassins of Kings se réfère à l’œuvre de John Ronald Reuel Tolkien, auteur culte de la littérature heroic fantasy dont la saga du Sorceleur est elle-même un digne représentant. Iorveth évoque le lembas, pain elfique constituant la principale nourriture de Frodon et Sam durant leur périple vers le Mordor. Lors de l’acte premier, on peut rencontrer à Flotsam un marchand répondant au nom de Radagast, maiar apparaissant dans Le Silmarillion, et à Loc Muine, une femme présente dans l’auberge située à côté de la place s’appelle Undómiel, surnom de Arwen qui devient l’épouse d’Aragorn dans Le Seigneur des Anneaux. Pendant l’acte 2, le spectre détenant la bannière brune offre à Geralt de Riv l’épée, du capitaine Gondor. Le titre de CD Projekt ne se limite pas à Tolkien dans ses références littéraires: le mot de passe que donne Zoltan aux elfes dans l’acte I est Kierkegaard et leur réponse est Heidegger. Les noms utilisés ici renvoient à deux philosophes (l’un danois, l’autre allemand): Søren Aabye Kierkegaard et Martin Heidegger. Les références sont ici internes, propres au support culturel de base du soft, en l’occurrence la littérature heroic fantasy, et élèvent le propos et la valeur de l’expérience qui s’en trouve transcendée. Parfois, le jeu vidéo monte également le son. Dans la première scène de Dragon Quest VIII, le bougre Yangus interpelle le héros avec un “Shake a leg, guv’!”, ce qui constitue pas moins de deux références directes au groupe de rock australobritannique AC/DC, à son guitariste Angus Young et à l’un de ses plus célèbres titres: Shake a leg. Lors du passage dans l’hôpital de Silent Hill premier du nom, le joueur trouve une liste de noms de médecins qui ne sert à rien dans la progression du scénario. Ces noms sont ceux des membres du groupe Sonic Youth, un des seuls groupes de rock à tendance noise à avoir eu une reconnaissance publique. Dans Final Fantasy VII, la Shinra construit un énorme canon qu’elle baptise Sister Ray, titre du plus grand morceau de Velvet Underground, qui clôt leur second album White Light/White Heat par dix-sept minutes de guitare saturée. Dans Halo, le jeu récompense l’accession à des endroits accessibles uniquement en véhicule par l’écoute de la chanson Le Siège de Madrigal, ancienne composition de Martin O’Donnell pour Myth, une autre série de Bungie. Enfin, Sonic The Hedgehog doit ses chaussures rouges aux couleurs de la couverture de l’album Bad de Michael Jackson. On est ici en présence de références populaires et contemporaines que le jeu vidéo affectionne particulièrement, jusqu’à citer son propre patrimoine.

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  1. […] ne trompent pas sur l’identité du dessinateur derrière les artworks et sur son penchant pour l’auto-référence. Travaux qui ont d’ailleurs aussi servi à la conception des armures et des armes. Pour terminer, […]

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