Toujours plus vite, parfois trop tôt

Si la Dreamcast a rencontré un succès d’estime incontestable, elle a sans doute eu le tort de sortir trop tôt. Première console de sixième génération présente sur le marché, elle n’a pas su conquérir un public assez grand pour perdurer. Pourtant dotée de l’argument du jeu online, le peu de titres l’utilisant et l’absence de puissants éditeurs tiers (Squaresoft, Electronic Arts) lui ont été fatals. Après les échecs du Mega-CD et de la Saturn, la Dreamcast est donc bien à l’image de cette firme ambitieuse, qui a toujours essayé d’être en avance, d’aller plus vite que les autres. Ses qualités lui ont survécu, lui ont permis de rester présente dans le cœur des joueurs et elle a connu moult renaissances. Tout d’abord en 2006, via Radirgy et Under Defeat qui ont rencontré un énorme succès au Japon, et en 2009, quand l’entreprise ThinkGeek la re-commercialise de façon limitée aux États-Unis. Éphémère, ambitieux, impatient, Sega a peut-être cherché la prouesse technique plutôt que le long terme. Comme sa mascotte, il est un sprinteur qui a voulu et parfois su relever le défi de la course technologique. Ce n’est certainement pas un coureur de fond mais cet essoufflement est très probablement proportionnel à l’image de qualité qu’elle a pu dégager. Par exemple, la Master System est une console 8 bits qui était capable de graphismes et de couleurs de meilleure qualité que sa concurrente NES, et qui possédait une ludothèque fournie en très bons titres. Sa présence au cœur de ce duel sans relâche et de haute voltige face à Nintendo, lors de cette période que l’on considère comme “L’âge d’or du jeu vidéo”, n’est pas non plus pour rien dans son succès. Si sa tendance à la précocité s’est révélée dès la génération des 16 bits, sa Mega Drive a été un très honorable concurrent à la mythique Super NES. Paradoxalement, même si c’est Nintendo qui devait a priori profité de la technologie CD 32 bits de Sony, ce n’est finalement pas directement face à la firme de Miyamoto, mais bien à cause de la PlayStation que Sega a connu son plus gros et plus handicapant revers.

Etre ou ne pas être ?

Pour mesurer ce qui fait le plus les qualités et l’essence de Sega, c’est justement en fouillant et en analysant les époques 8 et 16 bits. S’il est difficile et hasardeux de dire que la société visait un public plus adulte ou plus gamer que Nintendo, on peut probablement penser qu’il était moins familial, comme ces militaires américains basés au Japon auxquels étaient destinées certaines de ses premières machines. Finalement, c’est ce que Sega a créé de lui-même qui a permis de laisser un excellent souvenir chez certains et a fait ce qu’il est. Se positionnant en acteur offensif de la scène vidéoludique, avec notamment des campagnes de publicité rock’n roll, pêchues et inoubliables, le studio a créé des séries et des personnages marquants, comme Sonic, Virtua Fighter et Shenmue. Quand Sega a tenté de faire comme les autres, le succès n’a pas forcément été au rendez-vous. Malgré un univers plus varié et un nombre plus grand de possibilités en termes de gameplay, Alex Kidd n’a pas su concurrencer durablement et sérieusement Mario, de même que Phantasy Star contre les mastodontes Dragon Quest et Final Fantasy. Sega, c’est plus la vitesse, la brièveté, l’explosivité, un esprit décalé et c’est avec Sonic qu’il a su enfin se créer une icône ou avec Segagaga qu’il a démontré un sens de l’humour et de l’autodérision certain. Comme Sega n’est pas avare en paradoxes, c’est finalement en devant lâcher un peu de ce qui faisait son identité, en renonçant à développer du hardware, qu’il est parvenu à survivre, jusqu’à même travailler pour Nintendo. Les tentatives pour avancer (Valkyria Chronicles) ou remettre au goût du jour certains concepts (Shinobi) sont là, mais Sega n’est plus l’acteur influent qu’il a été. Peut-être que le marché du dématérialisé, de l’offre rapide, peu onéreuse et efficace de jeux au gameplay simple et addictif est une piste que la firme pourrait emprunter pour retrouver ce qui a fait sa grandeur, en se basant sur des mécaniques arcades rétros, tout en évitant la nostalgie. Mais ce serait une concession de plus sur le chemin tumultueux de l’ancien géant.

A retenir

La saga Sega est une histoire constamment inachevée, riche, ambitieuse, à l’image de celle de Shenmue dont on attend toujours la conclusion. A trop vouloir le meilleur, le studio a malheureusement souvent eu le pire devant lui, ce qui finit de rendre cette entreprise tellement humaine et attachante. Sega, ce n’est peut-être pas plus fort que toi, mais ce fut souvent plus fort que lui.

Totof

4 réponses
  1. Delnics
    Delnics dit :

    C’est vrai, c’est une question que l’on peut toujours continuer à se poser et ton analyse me semble viser juste à ce niveau. D’ailleurs, si je ne devais retenir qu’une seule chose, ça serait ta dernière phrase 😉

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  1. […] d’auto-dérision et globalement très maîtrisé, le soft est de ceux qui définissent le mieux l’esprit Sega. Ici, il est question, classiquement, de sauver la meuf d’Alex, bien évidemment enlevée par un […]

  2. […] Sega, on n’a pas seulement voulu trouver un concurrent à Mario, on a aussi visiblement pris chez […]

  3. […] 1991, Sonic le hérisson bleu, la nouvelle mascotte de Sega supplantant Alex Kidd et censée être plus à même de donner le change au plombier de Nintendo, a […]

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