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Street Fighter 4, le renouveau du versus fighting ?

S’il y a une règle à laquelle ne déroge pas le jeu vidéo c’est le phénomène de mode. Mais il ne faut pas oublier que parfois cette évolution que l’on peut croire liée au public, à sa lassitude, est plutôt intrinsèquement liée au développement technique du support. Prenons un exemple tout bête, à la sortie du four à gaz, l’utilisation culinaire des cheminées a fortement baisse. De facon plus recente, l’engouement provoqué par chaque nouvel Iphone, malgré des évolutions de moins en moins marquées par rapport au modèle précédent. Et c’est là qu’on constate que les raisons pour lesquelles un objet ou une pratique tombe en désuétude n’est pas toujours ni réfléchi ni réellement intelligent. L’abandon du versus fighting pendant une certaine période de l’histoire des jeux vidéos par le grand public est une sorte de mix entre ces deux raisons. Un désintéressement lié aux nouvelles avancées techniques proposant des expériences plus excitantes que deux mecs face a face s’envoyant des boules à la tronche sur des sprites 2D tournant en boucles en arrière plan ; et le passage à des jeux de combats 3D pas forcément meilleurs, mais en 3D donc on les prend quand même (et eux non plus faisaient pas le café). Mais ce qui est bien avec la mode, c’est qu’avec un coup de pouce des nouvelles technologies, beaucoup de marketing et un petit peu de génie, on remet très vite des vieux trucs au goût du jour… Et si en plus vous faire quelques chose de propre et d’accessible, vous relancez le même engouement qu’à l’époque de la première sortie de votre came. Je pense que si vous avez suivi l’évolution de Street Fighter 4ème du nom de son annonce jusqu’à son lancement, vous constatez que c’est exactement ce qui a été réalisé pour la série, provoquant un tel impact que les conséquences collatérales ont été carrément une relance du genre Versus Fighting.

Street Fighter Remix 4.2X

Le style graphique est particulier, mais ça envoi du steak

Parler du renouveau du genre versus fighting c’est d’abord parler de la résurrection de la série Street Fighter par son 4ème épisode. Le but ici n’est pas de faire une redite du test réalisé par Yannou mais d’insister sur les points vitaux du pourquoi du comment ce jeu a-t-il pu s’imposer aussi vite à un moment de l’histoire vidéoludique où seuls Soul Calibur et Tekken surnageaient encore avec leurs épisodes année après année en assurant le minimum rentabilité. Premier électrochoc à une communauté endormie, amoindrie et enfumée devant les vieilles bornes de 2X et 3.3 dans ce qu’il reste de salles d’arcade encore en vie dans une France boudeuse du panel 6 boutons, le nom de la série : Street Fighter. C’est un peu comme sortir aux chrétiens que Jésus reviens ou aux footeux que Zidane rechausse les crampons. Seconde baffe, ils conservent l’esprit old versus avec des combats uniquement en 2D sur un seul plan, chose pratiquement oubliée par les jeunes générations qui ont grandi avec Virtua Fighter, Tekken ou les Soul Calibur et leurs déplacements en arènes. Enfin 3ème taquet au cervelet, la refonte graphique. On pourrait résumer l’effet d’annonce de cet épisode 4 par ces trois points, street fighter reviens, toujours en 2D, avec graphismes 3D qui t’arrache la tête (vidéo d’intro à l’appui). Avant toute annonce de gameplay, de casting ou même de contenu vous avez ici toutes les armes pour le retour fulgurant d’un maître du genre parce que toute cette génération de 20-40 ans qui s’est essayé à l’époque à l’épisode 2 en a gardé un souvenir impérissable. Une fois le poisson ferré, il faut juste que l’hameçon soit à la hauteur et de ce point de vue là Street Fighter 4 a tenu ses promesses. On retrouve un casting connu même si incomplet, on retrouve les mêmes coups, les même super, bref on retrouve ce qu’on avait connu étant jeune et forcement on accroche. On sent que le projet de Capcom, mené par Yoshinori Ono, était de se rapprocher des sensations d’un Street Fighter 2X, l’épisode maître de la série, d’apporter ce sentiment de nostalgie qui avait été perdu par la refonte du casting de 3.3. Autre point important, retrouver cette accessibilité aussi perdue avec l’épisode Dreamcast, notamment avec ces Ultra aux manipulations simples qui permettent de retourner l’issue d’un combat en moins de temps qu’il faut pour lancer la cinématique.

La mobilisation des anciens, l’addiction des jeunes

La grande force de ce Street Fighter 4 a été de recouper les attentes des anciens bercés par Ghost and « c’est trop dur mais je continu a me péter les dents dessus » Goblin, avec les besoins des jeunes joueurs nourries au Call of « ça pète de partout et je tire dans le tas » Duty. En effet on retrouve le gameplay épuré et éprouvé du 2 au 3 (des quarts de tour et des charges permettant le maniement basique de l’ensemble du cast) et du spectaculaire qui tache avec les ultra à rallonge et le style graphisue appuyé par des effets de chocs encrés. Style qui, même s’il a pu effrayer au premier abord les vieux de la vieille, a finalement été plutôt bien accueilli. Si sur la base le jeu était fait pour plaire aux vieux chnoques comme aux jeunes neuneus, il y avait une troisième catégorie qu’il était nécessaire de séduire : les puristes. Ces gens qui avant de toucher un personnage vont apprendre par cœur sa frame list (nombre d’images nécessaire pour qu’un personnage lance et se remette d’un coup donné, soit en whiff, dans le vent, soit en garde, dans l’opposant sans perte de vie), tous les BnB (Bread and Butter, traduis littéralement le pain et le beurre, en gros les combos a savoir réaliser les yeux fermés) ainsi que les frames trap et le mind game applicable a chaque versus. Bref vous l’aurez compris, je parle d’acharnés, de compétiteurs. Encore une fois Street 4 ne loupe pas le coche et possède les qualités d’un jeu dit tournament-type, jouable en tournoi. Et le public sera au rendez-vous, tout d’abord sur l’archipel nippon, la patrie des acharnés où le jeu est soutenu par une sortie en borne d’arcade en plus du jeu console. En France la communauté se créera petit à petit grâce notamment à la possibilité pour la première fois de jouer à un Street Fighter en ligne, qui plus est avec un service de qualité : mode Infini, mode tournoi, mode classement le tout personnalisable de 2 à 8 joueurs. Un site propose même régulièrement de regrouper les joueurs des différents supports que ce soit PS3 à 360 en passant par le PC (PS4 et One aujourd’hui), Fightplay.fr, avec des grilles de tournois a mettre à jour au fur et a mesure des matchs réalisés en temps réel. Si ça c’est pas rassembler les foules de belligérants solitaires je ne vois pas ce que c’est.

Dragon cancel avant high kick to ultra, je lâche mon casque je me barre

L’homme qui même malade arrive à tenir un cast de une à plusieurs heures sans faillir

Comment parler de « renouveau de la communauté » sans citer l’un de ses principaux acteurs, Ken Bogard. Professeur de mathématiques de son vrai métier, ce passionné de versus fighting, grand joueur de Street Fighter 2X (tiens comme c’est bizarre) et de Puyo Puyo tiens une place de choix dans le milieu du cassage de bouche virtuelle par ses talents de … commentateur. En effet, si son niveau de jeu dans Street 4 est loin de celui des joueurs qu’il commente, il possède à la fois les connaissances avancées et précises du gameplay des jeux qu’il commente et une verve énergique a toute épreuve. Dès les premiers tournois japonais sur le jeu, il proposait ses commentaires via les vidéos Youtube qu’il uploadait à la sueur de sa connexion. Depuis il n’a cessé de s’améliorer que ce soit au niveau des commentaires toujours précis, malgré les rééquilibrages du jeu (pour pas parler d’extensions), et sur le support vidéoludique, grâce notamment au service d’un site de cast en ligne Elive.com, actuellement évoluant en Showprime.com, devenu sponsor d’équipes japonaises de Street Fighter. Si le personnage a fait le buzz dans la communauté internet du versus fighting, il est aussi très bien intégré dans la communauté des compétiteurs du jeu, il est en lien avec les salles d’arcades françaises (à Toulouse, Bordeaux, Paris, entre autres), participe aux grands évènements internationaux, dont certains sont maintenant organisés en France (Stunfest, XMania Europe, etc), et se déplace même jusqu’au Japon pour faire partager l’engouement nippon sur le genre qu’est le versus fighting. Bref il est en quelque sorte la vitrine de la dynamique retrouvée de ce style de jeu qu’était le combat 2D, de cette communauté reformée à la fois par les anciens, des trentenaires barbus, et par les petits nouveaux devenu addict à ce gameplay à la fois simple et complexe. Si vous êtes intéressé par le genre, je ne saurai trop vous conseiller d’aller faire un tour sur son site, et pour être sur de vous convaincre quoi de mieux qu’un petit exemple, pot pourri de ses premières vidéos, réalisé par un des membres du site

La faille est ouverte, insérons-nous dedans !!!

Que des jeux mythiques ? Cherchez l’intrus

Une fois le buzz réalisé par Street Fighter 4 et les plusieurs millions de copies du jeu vendues, il semble s’ouvrir, comme on dit dans le jargon commercial, un marché. En gros, si les gens achètent et adhèrent à ce produit, alors on va lui proposer d’autres produits, différents mais pas trop. Et il ne faut pas se leurrer mais le premier à s’être engouffré dans la brèche n’est autre que Capcom himself. Si le remake d’un jeu mythique fonctionne, pourquoi ne pas le faire avec nos autres franchises affiliées, notamment la plus célèbre dans notre catalogue de cross-over : Marvel vs Capcom. Ensuite Street 4 est bien mais pas parfait, donc on applique la même technique que dans les années 90 : la suite. C’est comme ça que viendront Super Street Fighter 4 puis la version Arcade Edition pour pousser le vice jusqu’à l’Ultra. Au-delà de ça on fait renaître les oldies, les ancêtres mythiques qui ont inspiré la venue de ce 4ème épisode, et nous voilà avec les remake HD de Super Street Fighter 2 turbo  et Street Fighter 3.3, plus ou moins jouable en ligne. En parallèle les anciens rivaux de Street Fighter tentent de prendre une part du gâteau, SNK, rival dans l’éternel avec la série Fatal Fury/Garou Dentetsu et King of Fighters, sort un épisode 12 bâclé puis un récent épisode 13 à la hauteur de l’histoire de la série. Mortal Kombat bénéficie aussi de cette période pour se relancer, le rachat de la licence provoque la sortie du meilleur épisode jamais produit. D’autres licences font leur apparition, Blazblue en première ligne, par les créateurs de Guilty Gear, avec un gameplay unique pour chaque personnage et des graphismes du plus bel effet. On peut aussi citer en vrac Skullgirls, la série UFC, Arcana Heart 3, les Naruto, les Dragon Ball qui ont profité de l’aspiration créée par Street Fighter pour soit proposer soit un nouvel opus, soit une refonte, soit tout simplement apparaitre. L’autre avantage de cette engouement qui secoue les pays européens, c’est d’avoir été ressenti jusque dans l’archipel et que cela ait ouvert les portes à des jeux qui n’auraient probablement jamais quitté le territoire nippon sans cela, Blazblue en première ligne, sorti dans l’hexagone alors que sa suite était sur le point de sortir au pays du soleil levant. Au final le renouveau du versus fighting est une réalité, une communauté s’est reformé, les tournois sont réguliers et les jeux foisonnent. Mais, parce que oui il y a un mais, à force de trop surfer sur la vague on finit sur la plage, et c’est aussi ce qui peut se passer avec les phénomènes de mode et surtout un gavage non réfléchi du consommateur. En l’occurrence sans rentrer dans les détails je citerai les suites à répétitions, les DLC payants, les rééquilibrages douteux, les lancements bâclés ou un code réseau aux fraises. Parce que si une communauté se forme vite, elle peut se détruire aussi vite à force de réflexion ou par déception. Street Fighter 4 avait ouvert une voie royale, Capcom a t’il réussi à la refermer avec le 5? C’est une autre histoire…

A retenir

Le genre du versus fighting 2D s’est essoufflé avec le passage à la 3D et des titres comme Tekken ou Soul Calibur ont pris le relai avec brio mais sans soulever les foules. La force du 4ème épisode a été de réinsuffler un souffle de vie à une communauté restée dans le passé sur les opus arcade 2X et 3.3 tout en flirtant avec les nouvelles générations abreuvées de HacheDay. Retrouver un cap pris il y a maintenant 20 ans sur console 16bits tout en évitant de reproduire des erreurs de jugements et d’équilibrage effectuées  à l’orée des années 2000 fut un pari difficile mais tenu par Capcom et plus particulièrement, Yoshinori Ono. Grâce à ce travail pour produire un gameplay soigné, une complexité équilibré avec toujours cette esprit d’accessibilité, Street Fighter 4 s’est présenté comme le second killer game de Capcom 20 ans après l’avènement Street Fighter 2. Comme pour tout produit la concurrence s’est positionnée sur le marché avec plus ou moins de réussite et de finesse, sans pour autant détrôner le chouchou du public. Malheureusement les pratiques de martelage du joueur, que l’on pourrait tout aussi bien qualifier d’abus,  sont maintenant légion et menace de ternir l’image du genre à nouveau ou tout simplement de perdre les néophytes dans un flot de nouveautés et d’exigences tout aussi inutiles que coûteuses (cf. les mises à jour payantes incessantes du 4 par exemple, où le modèle économique du 5). Au-delà de ce point noir ce fut un plaisir de sentir revivre un genre que l’on pensait enterré, de voir les jeunes prendre plaisir à se développer dans cette communauté et de découvrir les gens de talent qui l’animent, à l’image de Ken Bogard. Si le 5 a énormément déçu, le genre a semble t’il encore de beaux jours devant lui (qui a dit Dragon Ball Fighter Z?)

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