Le Grain de BuRVe : le point VR

Je viens une fois de plus poser mes doigts boudinés sur l’article de mon ami Totof – avec sa permission, ça va sans dire! – car j’ai eu l’occasion de faire REVII en réalité virtuelle. Et le stock de caleçons de rechange se souvient de l’intensité de l’expérience! Donc commençons par le commencement : le jeu en VR est une véritable révolution, dans le sens où c’est le tout premier jeu triple A à ne pas se contenter de petites missions annexes de quelques minutes, de miettes lancées à la volée au joueur muni de ce coûteux casque, mais bien un jeu intégralement jouable en VR ou en mode classique.

Tout ce qui fait la force de la vue à la première personne mentionnée par Ser Totof se retrouve magnifié par la VR, on se trouve littéralement à ramper sur le sol, à risquer un œil tremblant dans l’encadrure d’une porte, tétanisé de trouille, à se retourner au moindre bruit. On se sent vulnérable, et en ce sens, REVII est une expérience d’horreur pure, de réelle épouvante. REVII marque le retour tant attendu du jeu de terreur. On nous a vendu du rêve avec P.T. avant que Konami ne décide de nous poignarder dans le dos en annulant le projet Silent Hill(s) qui annonçait Kojima et Guillermo Del Toro travaillant de concert – ce qui tient carrément du rêve humide… – allant jusqu’à retirer cette magnifique démo sous forme de mini game du PS Store, et les amateurs d’horreur se sont retrouvés à nouveau orphelins, le grand retour de la peur dans le jeu vidéo n’aurait pas lieu. Until Dawn, très bon au demeurant, se joue des archétypes de la série B avec brio, mais la promesse d’un grand retour de la Terreur vidéoludique, celle du premier Silent Hill, de Project Zero, des points d’orgue de la série Resident Evil, qui, semblait-il, avait au passage compris la leçon Amnesia : The Dark Descent, resterait de l’ordre du fantasme.

Et au vu de l’orientation des derniers épisodes de Resident Evil, on pouvait craindre que la place reste vacante. Pourtant, sur VR était sorti un jeu qui tutoyait le génie horrifique de la série Silent Hill, dans une ville toute en verticalité, grise et quasiment déserte, aux gouffres béants, peuplée de rares habitants aux masques d’animaux particulièrement flippants, l’excellent et malsain Here They Lie, sorti le 13 octobre 2016 et passé étonnamment discrètement, probablement sorti trop tôt pour pouvoir être évalué en soi par nos journaleux, dans le sens où ceux-ci ont jugé sa réalisation à l’aune des standards PS4, se ridiculisant dans des constats du genre « oh ça pique les yeux », « c’est bien mais c’est moche, ça pixellise », « oh, on tourne par à-coups, c’est nul » (avant de pleurer, ouvre ton menu « options », guignol!), sans oublier quelques « c’est nul on comprend rien » qu’on espérait bannis à jamais du monde de la critique tant filmique que vidéoludique, entre autres sentences dénotant un manque de professionnalisme bien triste, et un manque de conscience des forces et des limites de notre casque VR. Donc Here They Lie est finalement le grand oublié de l’épouvante, la vraie, mais le premier véritable jeu d’horreur sur VR, un jeu complet contrebalançant les courtes expériences qui pullulent depuis sur VR, parfois d’excellente qualité, mais n’ayant jamais l’envergure de « vrais » jeux, plutôt d’expériences VR.

D’où l’importance capitale de REVII, tout d’abord en tant que jeu d’horreur, puisqu’il renoue avec l’essence de celle-ci, privilégiant l’ambiance claustrophobe à la barbaque gratuite, flirtant de très près avec certaines perles telles que Massacre à la Tronçonneuse, pour ne citer que la plus évidente d’entre elles, réussissant à créer une ambiance poisseuse, singulière, tranchant étonnamment avec la série, mais aussi avec P.T., tout en intégrant la leçon du maître à la volée. Dommage que cette tension compacte servie par une narration et un level design exemplaires s’étiole en seconde moitié de jeu, qui semble bâclée en comparaison. Capcom a su puiser dans les justes références et s’affranchir de ce qui alourdissait la série, offrant le premier vrai Resident Evil majeur depuis bien longtemps.

Mais l’importance de ce jeu est toute aussi capitale pour la VR, premier jeu triple A permettant de switcher entre gameplay traditionnel et VR à tout moment, et nous offrant ainsi le premier outil de comparaison entre la VR et l’expérience classique. On a pu enfin évaluer les limites de l’affichage du casque, donnant l’impression d’observer des images HD à travers une grille de pixels plus « lo-fi ». Mais on aura aussi enfin pu établir en tant que fait la force incommensurable de l’impact de la VR en termes d’immersion! Je suis resté plusieurs minutes devant le van abandonné à observer le moindre détail, sous les sièges, entre les portières, me retourner d’un coup, espérant faire « glitcher » le casque, mettre à mal la stabilité de l’environnement, trouver un élément qui me sorte de l’expérience… en vain. L’expérience était totale, intacte… Et allait s’avérer autrement plus traumatisante que je ne l’avais espéré dans mes fantasmes de cinéphile déviant et de joueur nourri à Silent Hill, Forbidden Siren et autres Project Zero. Sans oublier Resident Evil, bien entendu!

REVII est une révolution, car c’est à travers ce jeu que la possibilité VR est légitimée, les cas de mal de mer étant très rares – laissant penser que la majeure partie de ceux-ci ne proviennent pas de la VR en elle-même, mais plutôt de la qualité de finition des jeux proposés, les options pour limiter ce phénomène auprès des joueurs sensibles à celui-ci étant suffisantes pour l’éradiquer. REVII est l’expérience VR qui dit tout de la VR : ce n’est pas le medium qui va remplacer le jeu traditionnel, elle n’en a pas la prétention, c’est simplement une alternative viable, un vecteur d’immersion exceptionnel – comme aurait pu l’être, toutes proportions gardées, la 3D relief de la 3DS, si la communication désastreuse tant au niveau de la presse que de Nintendo et la timidité des éditeurs n’avaient pas tout fait pour enterrer la bête – qui n’attend qu’une chose : que les éditeurs, à l’instar de Capcom, prennent la peine de la prendre au sérieux et de lui offrir ses killer apps. Pas de vente de casque sans jeux majeurs, pas de jeux majeurs sans parc installé de casques. Espérons que l’arrivée de Skyrim VR et de Doom VR viendra casser ce cercle vertueux. En attendant, REVII s’impose comme le jeu VR le plus complet, le plus beau, le plus fort et vient trôner au sommet de la montagne aux cotés de Rez HD, n’attendant que d’être détrôné…

À retenir

Ce septième opus canonique de Resident Evil revient aux origines de l’horreur façon Capcom. On l’espère de manière significative et durable, tant ce sentiment si particulier de claustrophobie et de tension manquait aux dernières itérations. L’avenir nous dira si ce Resident Evil 7: Biohazard, bien qu’imparfait malgré ses choix convaincants, tranchés et remarquables, constitue ou non un tournant décisif pour la saga.

Totof et Toma Überwenig

Informations sur le jeu

Plateformes : PS4, One, PC

Genres : Survival Horror, FPS

Développeur : Capcom

Éditeur : Capcom

Date de sortie : 24 janvier 2017

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