La vision actuelle de nos jeux rétro

Retrospective : le JV dans le PAF (ou les émissions de jeu vidéo dans le Paysage Audiovisuel Français)

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Bonjour à tous, agrégateurs et détracteurs ! Afin de tromper mon ennui et toujours pour plus allier boulimie de l’écriture et douce nostalgie 100% geek,voici une chronique consacrée  aux anciennes émissions de jeu vidéo, qui j’espère saura éveiller les souvenirs d’adolescent voire de mioche de certains…

Certes, ce petit texte ne sera surement pas exhaustif, mais je tâcherai de le rendre aussi complet que possible avec quelques trivias et quelques menues souvenances de cette époque hélas révolue (c’est incroyable, je vais finir par croire que je vis trop dans le passé)…

La téloche, instrument de « vulgarisation »

Au début des années 80 et ce avant l’arrivée dans vos salons des consoles de jeux « familiales », le jeu vidéo avait déjà démarré son essor dans des salles enfumées, remplies de bad boys et interdites aux moins de 16 ans à l’arrière de bistrots bercés par les choix musicaux effectués dans les juke-box (passer de A-Ha à Corynne Charby en passant par David Bowie et en tâchant de ne pas se tromper sous peine d’entendre Sabine Paturel en lieu et place de Queen ou Depeche Mode [expérience vécue]).
Mon premier vrai souvenir d'émission jeunesse : Vitamine l'émission qui donne bonne mine !

Mon premier vrai souvenir d’émission jeunesse : Vitamine l’émission qui donne bonne mine !

En 1983, l’émission jeunesse de TF1 Vitamine proposait des rubriques où les animateurs faisaient gentiment leur cabotinage gnan gnan pour amuser les gamins (dont moi) entre Bomber X et Madame Pepperpot. En 1984, les animateurs s’adonnèrent à une nouvelle rubrique, créée par Cécile Roger-Machart et Jacques Peyrache, intitulée : Pixi Foly. Cette nouvelle rubrique était surtout un segment parfaitement intégré au cabotinage des animateurs, mais avait pour particularité de se dérouler dans des univers directement empruntés à des jeux vidéos tirés de bécanes micro de l’époque. En général, Mélanie se faisait soit enlever, soit pister dans ces univers et chaque épisode s’achevait par une virée en avion au son des premiers simulateurs de vol…
Pixi Foly et déjà Jean-Michel Blottière.

Pixi Foly et déjà Jean-Michel Blottière.



Pixi Foly était innovateur à plusieurs aspects, pour une fois le jeu vidéo était intégré à un programme jeunesse, même s’il s’agissait plus d’instrumentalisation que d’information. Mais là, ça y est, il est démontré que les univers virtuels peuvent passer à l’écran.

Le Mini-Journal de Patrice Drevet

Emission d’actualité et de loisirs très représentative de la culture « Djeun’s » des années 80, le Mini-Journal de Patrice Drevet, l’animateur au Perfecto, fut un premier exemple de passage du jeu vidéo à la télévision en tant que culture susceptible d’actualité et donc d’évolution. Contrairement à Pixi Foly, je Jeu Vidéo est ici abordé comme un domaine à part entière, et ce à une époque où les premières consoles commençaient à se démocratiser réellement.
Patrice Drevet, ou l'élément djeun's 80's de TF1. Vous imaginez un mec comme ça sur la One aujourd'hui ?

Patrice Drevet, ou l’élément djeun’s 80’s de TF1. Vous imaginez un mec comme ça sur la One aujourd’hui ?


Au cours de ses émissions suivantes, Patrice Drevet entretint cette image d’animateur en phase avec son temps et avec la jeunesse, notamment avec des programmes comme Astr3naute, Génie en herbe , ou encore Drevet vend la mèche, une des rares émissions si attachées à la personnalité de son animateur qu’elle comprenait le nom de celui-ci dans son intitulé…

A noter que lors de cette période transitoire qui marquait la fin des années 80 et le début des années 90 (disons entre 1987 et 1992), le jeu vidéo fit quelques apparitions de moins en moins timides à l’écran, notamment en sponsorisant certains segments d’émissions jeunesse, comme Amuse 3 l’émission animée par les gnomes David et Lisa qui signait la fin des week-end, dans laquelle un concours ouvert aux spectateurs mettait en scène les personnages de Signé Cat’s eyes jouant à la NES et posant aux spectateurs des questions sur le jeu ! Les heureux gagnants remportaient leur console avec le jeu vedette de l’époque, The Legend of Zelda, il me semble même qu’à l’époque FR3 et Nintendo étaient en accord car le prix était un pack spécial « Control Deck-The Legend of Zelda », un pack dont je n’ai nulle part revu la trace. Même les doubleurs de Quentin, Tam, Alex et Syllia avaient enregistré les paroles des scènes de la série savamment montées pour donner corps au concours (réponse par carte postale uniquement, et je n’ai jamais gagné hélas !). Sur Antenne 2, l’émission rivale du Club Dorothée, animée par Eric Galliano et Noella Finzi et d’abord intitulée Eric et Toi et Moi puis Eric et Compagnie puis Eric et Noella permettait de gagner des consoles PC Engine, donnant par là la toute première visibilité sur le PAF à cette extraordinaire petite bécane dont la distribution par chez nous fut pour le moins…bâclée.


Le Chevalier du Labyrinthe

Emission inspirée du programme Knightmare (je me suis souvent demandé si ce titre était lié au jeu de Konami sur MSX), Le Chevalier du Labyrinthe est lié au jeux vidéo un peu comme l’était Pixi Foly 6 ans auparavant. Une équipe de quatre gamins venait affronter les multiples pièges du Château du Labyrinthe afin de repartir avec le trésor du château : des consoles « ultra-modernes » Master System fournies avec un jeu, l’émission étant sponsorisée par Sega.
Un des enfants devait arpenter les diverses salles du château et arriver indemne jusqu’à la salle du trésor après 5 passages réclamant précision et connaissance (certaines salles étaient d’authentiques moments de plate-forme bien vicieux qui auraient terrorisé un Simon Belmont) avant d’affronter Morgane la fée et Merlin qui, si le candidat parvenait à répondre à leurs questions, lui livraient enfin accès à la salle finale.

Le Chevalier du labyrinthe : environnements JV, cabotinage...et Sega Master System !

Le Chevalier du labyrinthe : environnements JV, cabotinage…et Sega Master System !

Le maitre du château était campé par un Georges Beller fantasque qui mine de rien donnait un cachet très amusant et solennel même à ce programme ! Animateur des Mariés de l’A2 et de L’Arche d’or, on ignore que monsieur Beller a un parcours assez étendu au cinéma, au point d’avoir tourné sous la direction de Max Pécas (nul n’est parfait !) et d’avoir également joué dans un James Bond, à savoir Moonraker où il campait un des employés de la station spatiale…L’émission disparut en 1991, le CSA n’appréciant pas de voir des enfants « mourir » à l’écran même de façon virtuelle.
Rendons hommage par là même à Véronique Moest, qui jouait Valda la Guerrière et Morgane la fée, également connue comme étant la Madame Catherine de Salut les Musclés, délicieuse épicière ingénue aux formes autrement plus développées que son cerveau, qui prit congé de ce monde en octobre 1996, après un court passage dans le monde de l’érotisme soft…

Micro Kid’s

Arrivée en 1991, Micro Kid’s est très certainement l’émission de jeu vidéo la plus emblématique de cette époque. Dirigée par Jean Michel Blottière (éminent personnage lié aux mags Tilt [1982-1994] et Consoles+[1991-2012]), Micro Kid’s annonçait dès son générique clairement la couleur : voici un magazine télé 100% jeux vidéo, sponsorisé par Micromania.
Micro Kids offrait tout ce qu’un magazine papier pouvait apporter, le son et l’animation en plus. Previews, reportages, tests détaillés, tests de joueurs non professionnels (rubrique : « labo-test »), jeu concours de score sur des jeux variés en un temps limité (les « caravan takai » à la française et à la télé, quoi !). D’ailleurs pour les plus anciens, le formidable   Thunder Force III entre autres avait été mis au menu de ces concours des semaines durant…créant par là un certain engouement pour ce genre si cher à mon palpitant de joueur torturé.
Jean-Michel Blottière, le retour ! Une émission culte à qui on doit beaucoup pour la reconnaissance du jeu vidéo et de la culture informatique.

Jean-Michel Blottière, le retour ! Une émission culte à qui on doit beaucoup pour la reconnaissance du jeu vidéo et de la culture informatique.

Emission hebdomadaire, Micro Kid’s devenait quotidienne durant les vacances d’été en format « compact », où le concours devenait individuel. Un enfant devait reconnaitre les jeux diffusés, cartouches et consoles à la clé (à ce propos, jamais je n’avais tant ri que devant ce candidat qui confondait Bart Simpson avec…Boulder dash).
L’émission s’achevait toujours sur ce qui est devenu une des principales attractions du programme : les démos sur micro, animations servies par des bandes sonores souvent très créatives. Leur popularisation a eu des répercussions jusqu’aux conceptions de liens entre musique/animation et informatique. Des concours de créations de démos furent même lancés en 1992 et 1993 avec l’aval du Ministère de la Culture, Jack est emballé !

En 1995, l’ambiance était à lier les jeux vidéo avec une dimension « technologique » toujours plus débridée, d’où le remplacement des animateurs Jean-Michel et Delphine par une saloperie de godemiché grimé en joystick qui nous matraquait son blase, Dr Click, l’émission étant rebaptisée Micro Kid’s ! Multimédia. Ce qui sonna la fin de l’intérêt de bon nombre de fans, l’émission disparut en 1997.
Le Dr Click, sombre mascarade dont je ne voudrais même pas pour me curer l'intestin grêle.

Le Dr Click, sombre mascarade dont je ne voudrais même pas pour me curer l’intestin grêle.

A noter que Micro Kid’s faisait vraiment autorité en la matière, en 1992 et 1993 fut organisée une « Nuit des Jeux Vidéo » sorte de cérémonie des Oscars des loisirs ludiques, et l’occasion de deux HS rétrospective de l’actu ludique Micro et Consoles avec des spéciaux de Tilt et Consoles+.

Au passage, si vous avez encore le pin’s lumineux Micro Kid’s quelque part dans vos cartons, prévenez-moi !

TELEVISATOR 2 ou Nolife avant l’heure ?

Depuis 1990, le magazine désormais culte  Player One illustrait chaque mois l’actu de ces nouveaux loisirs. Parmi l’équipe figurait un certain Cyril Drevet, alias Crevette, fils de Patrice (oui, celui qui sévissait déjà sur le tube dans les années 80). L’idée s’est fait jour d’un programme qui transposerait l’esprit du premier magazine de jeux sur consoles à la télévision, différent de Micro Kid’s en ce sens que programmes jeunesse et programmes ludiques cohabitaient au sein de la même émission. Certains des dessins animés diffusés avaient d’ailleurs un lien très évident avec les jeux vidéo, soit car ils avaient été adaptés (comme les Tiny Toons ou encore Beetlejuice), soit car ils étaient tout simplement des adaptations en DA de jeux vidéo (Super Mario Bros et le pitoyableThe Legend of Zelda). Televisator 2 fut aussi l’occasion de revoir notre copain Albator qui nous manquait depuis FR3 et ses case jeunesse des années 86-87…

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Televisator 2 proposait en plus une interactivité poussée via les quizz par téléphone et un jeu toujours par téléphone dont le but était de franchir les deux premiers niveaux de Super Mario World (concept repris du programme Hugo Délire ), ainsi que des duels entre deux équipes d’enfants, l’une coachée par Cyril Crevette, l’autre par la co-présentatrice…D’ailleurs, je tiens absolument et à nouveau à réhabiliter Céline Dubois, vidée de l’émission sous un mauvais prétexte : elle avait tourné dans une des farces érotiques programmées le dimanche soir à l’époque sur la sixième chaine, mais si avouez, vous savez de quoi je cause  ! Après tout, cette même deuxième chaine s’était bien moqué du fait qu’une des animatrices de Récré A2 ait quelque peu exhibé ses charmes aux côtés de Valérie Kaprisky dans L’Année des Méduses en 1984 ! Au point même de lui avoir confié les rênes de Récré A2 en 1987 (en compagnie de Marie Dauphin) après le départ de Dorothée pour TF1 et son légendaire Club…Et AB Productions qui avait fait tourner des actrices telles la Véronique Moest précitée ou Cécile Fleury qui elle aussi faisait les secondes parties de soirée du dimanche sur M6…Mais trêve de digressions à ce sujet, il y a à ce propos des sites spécialisés que je vous laisse trouver par vous-même !
Tests présentés avec un ton décalé qui différait de celui, plus académique, de Micro Kid’s, previews, reportages et ateliers de création, ainsi que numéros spéciaux (Mario, Castlevania, TMNT…), Televisator 2 après des débuts hésitants devint une case incontournable de cette culture « teenage » et obtint une seconde case le samedi matin en même temps que les sujets abordés se généralisaient au ciné, à la BD, faisant du programme plus qu’une case jeunesse, mais un véritable magazine inter-générationnel.

Et notons au passage que cette émission a largement du contribuer à la célébrité d’un certain Virtua Racing, le terme « Virtua » étant très en vogue à l’époque, et m’en sont témoins les autres virtua qu’étaient Virtua Cop ou encore Virtua Fighter
Crevette et Ness, les Yves Mourousi et Marie-Laure Augry de la culture djeun's sur France 2.

Crevette et Ness, les Yves Mourousi et Marie-Laure Augry de la culture djeun’s sur France 2.


En aout 1994, l’émission fut interrompue, malgré de bons scores, la nouvelle direction des programmes jeunesse de France 2 estimant sans doute qu’il était de meilleur ton de revenir à un type de programme jeunesse plus mièvre et bien moins novateur, avec un programme animé par la fadissime Maureen Dor et savamment intitulé Chalut Maureen ! qui à l’époque n’avait surement pas prévu de finir dans la bande de têtes à claques de Ruquier…A noter que cette émission introduisit deux présentateurs ultra ringards (pas Bataille et Fontaine, mais presque : Charly et Lulu !) qui animaient le segment « Mission Galaxy« , jeu par téléphone où 4 joueurs pilotaient des avions et devaient shooter des météorites…Encore une idée honteusement récupérée de feu Televisator 2, après l’arrivée en 1992 de Hugo Délire…Franchement France 2, que vous est-il passé par la tête si encore tête il y a ? Dégager un programme établi qui avait réussi à faire son trou et à compter face à l’institutionnelle Dorothée…au profit d’une Maureen dor à l’intérêt proche de celui d’une crème tournée ? Vous pensiez vraiment continuer à faire de l’ombre au Club Do avec une animatrice aussi molle ? Televisator 2 aka T2 y était parvenu pourtant…

Aujourd’hui encore, l’habillage de T2 est à mon sens le meilleur avec ses écrans et jingles tirés de jeux vidéos, et ses musiques toutes reprises du monde ludique et réinterprétées à la sauce « Madd Murdock » le groupe de Matt Murdock alias Matt le Fou alias Patrick Giordano, âme damnée des « trucs et astuces » de T2 et pilier du magazine Nintendo Player

Cyril Drevet passa ensuite justement chez Dorothée où il animait une rubrique jeux vidéo qui faisait contraste avec l’esprit de la maison, et finit par se laisser attraper par l’esprit « AB » au point d’annoncer lui-même que Camille Raymond (la Justine de Premiers Baisers [au fait, si elle s’appelait Justine, c’est en rapport avec les délicieuses proses du divin Marquis de Sade ?]) venait de décrocher son baccalauréat …Heureusement il devait continuer son chemin et retrouver un ton qui était bien plus le sien aux cotés d’Isis et Billy sur TMC dans Récré KidsPass the Dutchie ! Player One poursuivit l’aventure également sur MCM.

Les émissions d’audience nationale consacrées aux jeux et à cette culture émergente connurent un passage à vide après les fins de Televisator 2 et Micro Kid’s, les quelques essais de retour comme  Mega 6 ne firent pas long feu.

A noter que certaines cases radio s’ouvrirent également aux jeux vidéo, comme la case de Laurent Kloeblé, ci-devant testeurs au mag Super Power (1992-1997), le mercredi sur Fun Radio dans l’émission d’Arnold ( j’adorais Arnold au passage, et Fun Radio en cette époque n’était pas encore la montagne de connerie ringarde qu’elle devint dès 1999 !), ledit Arnold disposait d’ailleurs d’une page à lui dans chaque numéro de Supow en ce temps-là, sobrement intitulée « La Page d’Arnold ». De même, Sud Radio ouvrait ses ondes à un autre testeur de Super Power, Cyber Raoul.

Cyber Flash sur Canal+. Nibards et bouche à p*** pour une émission très..."flash info".

Cyber Flash sur Canal+. Nibards et bouche à p*** pour une émission très… »flash info ».

Nous voilà donc arrivés au terme des années 90 et à l’arrivée de Game One (Matt le Fou y tenait un rôle important d’ailleurs ), mais là, comme on a quitté la période de ma nostalgie pour arriver à celle, transitoire, qui annonçait la fin de mon intérêt pour l’actualité des jeux vidéo (en fait elle s’acheva en 1997-98, à une époque où les 16 bits étaient désormais mortes pour le marché), je vais en toute logique interrompre ici ma chronologie et ce voyage au coeur d’une époque que je regrette plus que jamais (ça y est je recommence), en espérant que ce ne fut pas trop pénible, je vous laisse revenir en 2016. Mais vous aurez la gentillesse de ne pas vouloir m’y ramener, merci ! Ou en tous cas pas trop vite, laissez-moi encore respirer le subtil parfum de mon Player One tout juste sorti de la boite aux lettres et tenter de reproduire sur ma NES l’astuce de la plate-forme automatique de Bast vs the Space mutants, que je viens de découvrir ce matin dans les trucs et astuces de Televisator 2…

Merci !
PS : si vous vous intéressez au légendaire personnage de Jean Michel Blottière, j’avais commis il y a quelque temps une chronique à son propos sur le site Ze Player  .
De plus, vous pouvez revoir ces émissions sur l’extraordinaire site Abandonware-Videos, sans oublier son pendant presse papier Abandonware-magazines, cure de jouvence garantie !
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A propos de l'auteur

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Joueur qui balance entre deux âges, plutôt des neiges d'antan que de la dernière averse. Révolté permanent, contestataire patenté, il n'y a que les jeux vidéo et la grammaire française dont j'accepte de suivre à peu près les règles, dans l'ivresse des pixels et des mots.

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