Fake Spin : les fake spin-offs

Le premier J-RPG sur GameBoy, et le premier titre de Square sur la console : double enjeu!

Le premier J-RPG sur GameBoy, et le premier titre de Square sur la console : double enjeu !

On en a parlé plus haut, mais là encore, il est difficile de parler des spin-off Final Fantasy sans parler de ces fakes, ces pseudo spin-offs qui empruntent le nom, surfent sur la gloire de la série pour proposer du contenu sans relation aucune avec la série-mère. Si les titres ayant usé de cette ruse de coyote ne prolifèrent pas, les fake spin-offs faisant rapidement place aux vrais, cette tendance apparaît très tôt, puisque le premier jeu à arborer un masque FF pour attirer le chaland sort en 1989 au Japon, soit à peine deux ans après l’épisode originel! Bon, replaçons les choses dans leur contexte, cette ruse n’a été utilisée qu’à l’export de la licence, les japonais n’ayant pas ressenti le besoin de travestir leur licence pour la vendre mieux, voire la vendre tout court. Makai Toshi SaGa sur GameBoy devient donc Final Fantasy Legend en 1990 lorsqu’il touche le sol américain. Les deux épisodes suivant useront du même subterfuge, se glissant sur le marché sous la bannière Final Fantasy. Ce petit nom se justifie vaguement par le fait que le jeu soit un J-RPG pure souche, avec du combat au tour par tour, une ambiance médiévale tendance fantasy, et à la musique, la présence du maître Nobuo Uemasu. Petite escroquerie, donc, vu le nombre extrêmement restreint de J-RPG dans nos contrées occidentales à l’époque. Un game system analogue, bien que plus poussé, plus complexe, un univers fantasy, c’était suffisant, d’autant plus que Square inaugurait le genre au sein de la ludothèque de la portable monochrome de Nintendo, sans aucune certitude concernant la demande des joueurs nomades, il ne fallait pas se planter! La saga des SaGa deviendra porteuse de chez Square, offrant un nombre conséquent de titres, sans avoir besoin de les sous-titrer FF. En France, c’est peut-être SaGa Frontier qui aura le plus marqué les esprits.

Bref, à une époque où l’occident tremble encore devant l’apparente austérité du J-RPG, tous les coups sont permis, et le vol éhonté de nom, si malhonnête que cette pratique puisse être, aura peut-être permis aux joueurs américains de découvrir une série qui valait son pesant de choucroute. Et bon, vrai nom ou pas, nous, on n’y a même pas eu droit alors… Mais passons sans plus attendre au second exemple de cette catégorie, un exemple finalement amusant lorsqu’on sait que la série n’a rien à voir avec FF, que ce soit en terme de scénario ou de gameplay, d’autant plus amusant lorsqu’on sait quel destin elle connaîtra par la suite, puisqu’on parle de l’Autre légende de l’Action RPG, la série des Mana. (oui, je sais que vous êtes déjà au courant, ça va, hein! J’écris un article sur les fake spin-offs, j’ai bien le droit de m’accorder du fake suspense, non ?!!)

Donc oui, cher lecteur, le premier épisode de la légendaire série Seiken Densetsu est lié par le nom à FF, et ce malgré l’évidente absence totale de connexion entre les deux univers, à part un chocobo qui a vraisemblablement vu de la lumière, et est entré par erreur… Un Zelda-Gaiden aurait été éventuellement plus à propos, mais bon, au final, c’est Final Fantasy Gaiden qui a été retenu. Je ne vous ferai pas l’affront de présenter la série, car son épisode majeur, Secret of Mana, a suffisamment marqué les esprits des joueurs dans nos contrées, et a même bénéficié de l’exploitation de quelquesuns des autres épisodes de la licence(les moins bons, évidemment, au cas où vous vous poseriez la question…). Mais revenons à ce premier épisode, FF Gaiden. Chez nous, il est sorti sous le titre Mystic Quest, tout court, alors qu’aux US, c’était Final Fantasy Adventure. Jusque là, pas de problème, sinon la disparition de l’estampillage FF chez nous, ce qui n’est pas une mauvaise chose. Ca se complique par contre lorsque Square décide de sortir en 1991 un Final Fantasy Mystic Quest sur SuperFamicom, jeu de rôle simplifié (n’ayant bien entendu aucun lien avec la série-mère, hein, on est toujours dans le chapitre Fake) destiné aux occidentaux aux doigts gourds. Il sort au Japon sous le nom Final Fantasy USA : Mystic Quest… Mais chez nous, on a déjà un Mystic Quest, le fameux Final Fantasy Gaiden… Au final, malgré les risques de confusion, le jeu est sorti en France sous le titre Mystic Quest Legend, laissant là aussi tomber la filiation factice avec l’univers FF, pour la remplacer par une filiation accidentelle avec une série qui n’avait rien demandé à personne à la base, la série des Mana. En gros, un petit bordel anecdotique pour pas grand chose, mais une petite satisfaction en mode cocorico : c’est finalement par chez nous que la licence Final Fantasy s’est retrouvé le moins exploité dans le domaine du fake, et ça fait un peu plaisir. Pas trop, juste un peu.

Un FF Gaiden à l'identité bien trempée, qui n'avait décidément pas besoin d'évoluer dans l'ombre du géant, le magnifique Heroes of Light sur DS

Un FF Gaiden à l’identité bien trempée, qui n’avait décidément pas besoin d’évoluer dans l’ombre du géant, le magnifique Heroes of Light sur DS.

Et il faudra attendre 2010 pour avoir droit à une dernière esbroufe sous le signe du FF Gaiden. Sur DS parait un J-RPG à l’ancienne, exigeant, basé sur un game system on ne peut plus traditionnel, et servi par une réalisation magistrale et sobre à la fois. Final Fantasy : 4 Heroes of Light est une petite bombe, qui n’a finalement rien à voir avec la série dont elle usurpe le nom, si ce n’est qu’elle renoue avec des mécaniques de jeu posées par celle-ci. A première vue, à cause du titre, on pourrait croire à un remake officieux d’un des trois premiers FF, quatre héros, tout ça, mais quelques minutes de jeu suffiront à faire sérieusement douter, quelques heures à convaincre que décidément, ce n’est pas un Final Fantasy, une fois vos personnages maudits et transformés en animaux. Pourquoi appeler un jeu Final Fantasy Gaiden (car oui, en japonais, ça donne : Hikari no 4 Senshi Final Fantasy Gaiden) à une époque où le J-RPG est reconnu, respecté sans besoin d’artifice, et où les Final Fantasy ont plutôt tendance à diviser ? Peut-être est-ce pour créer une filiation entre une licence naissante et une série prestigieuse, ou pour dire que Final Fantasy, c’est aujourd’hui du couloir et de la poudre aux yeux, mais c’est aussi ça, du vrai J-RPG pur souche, l’essence du genre. Dans tous les cas, ce qui est clair, c’est que l’utilisation du sigle FF n’est pas utile, et tient de la même forme de malhonnêteté qu’à l’époque du premier Final Fantasy Gaiden, nous en avons eu la preuve il y a peu avec la sortie sur 3DS de Bravely Default (sans FF qui traîne dans un coin), une suite sans en être une de ce Final Fantasy qui n’en était pas un. Et c’est beau, ça exploite la 3DS comme il faut, ça fait rêver. Bref, je m’égare…

Mais bref, s’il vous fallait piocher dans ces séries qui se sont retrouvé assimilées par stratégie, par erreur ou par hasard à la grande star de chez Square, je vous qu’ici, tout est bon à prendre, entre deux séries majeures du RPG et un revival du vrai J-RPG sur la seule console qui continue de proposer de la qualité dans le domaine. Seul FF Mystic Quest me paraît dispensable et ne pas pisser bien loin. Et évidemment, pour ceux qui seraient passés à coté de Secret of Mana, outre une session de tortures péruviennes pour punir ce manque de bon sens vidéoludique, direction console virtuelle et hop, achat immédiat!! Et maintenant, baston. Parfaitement.

Fifth Spin : Fan Service et guest stars

Le nombre de sacrifices vidéoludiques aux dieux du fan service est conséquent, et on se retrouve souvent dans les licences juteuses comme FF avec une armée de faux jeux destinés à vampiriser les bourses des gamers aveuglés par leur fanitude débridée. C’est par exemple le cas du très récent Final Fantasy : All The Bravest, sorti sur IOS, un FF amputé de la partie aventure, limité au combat tour à tour en ligne, avec bien évidemment des personnages emblématiques à débloquer contre espèce sonnante et trébuchante… Mais ne voyons pas tout en noir, on trouve aussi des petits jeux sympas dans le tas destinés à se faire plaisir et à passer le temps, comme certains jeux de la série des chocobos par exemple. Et parfois, c’est du fan service épique, avec une réalisation en acier trempé. C’est le cas de Dissidia.

REFLEXFFdissidiaOn avait de temps en temps croisé au fil des décennies les personnages des différents opus en tant que guests dans différents jeux de baston comme par exemple dans Ehrgeist sur Playstation en 1997, mais ça restait de l’anecdotique, du clin d’oeil, de l’import direct sans respect spécifique de l’origine des personnages. Mais Square a remédié à cela en 2008, en proposant un jeu de baston entièrement axé sur le FF fan service, Dissidia. Dès la pochette, obéissant au code esthétique des pochettes classiques de la série, on sent qu’on va être bichonné. Et dans un sens, c’est le cas, car les Dissidia, avec leur contenu massif, proposent une sélection de gentils, méchants, invocations, décors empruntés à tous les épisodes de la série principale pour se foutre sur la tronche de façon absolument épique, sur un mode bizarre qu’on pourrait estampiller « bataille contextuelle ». Contre intuitif de prime abord, les arènes sont gigantesques et permettent des actions et déplacements rapides et nerveux, évoquant parfois Kingdom Heart, mais en même temps, la prise en main est un peu laborieuse et le résultat dans un premier temps s’avère un peu mou du genoux, le temps de capter la gestion des deux jauges (qui évoquent un peu certains systèmes de scoring de shoot’em up génération danmaku, en plus simple), le rythme particulier de ce jeu. Visuellement à couper le souffle, poussant la PSP au taquet de ses capacités, l’identité forte de Dissidia en laissera forcément beaucoup sur le carreau, mais a de quoi ravir ceux qui accepteront les règles du jeu.

Dans le domaine du fan service réussi, on peut aussi noter l’excellent Theatrythm Final Fantasy qui, comme son nom l’indique, est un rhythm game avec, comme son nom ne l’indique pas forcément, une dimension RPG bien présente, qui décuple tout bonnement l’intérêt du titre. Déjà, rien que l’idée d’un jeu musical FF, quand on connait la qualité envoûtante des musiques de la série, ça sent déjà le pari gagné d’avance, mais quand en plus l’équipe prend son travail au sérieux, multipliant les modes de jeu, proposant une interface souple et intuitive via le pavé tactile de la 3DS, des quêtes annexes, des morceaux cachés, des niveaux de difficulté, du scoring, et illustre le tout par des scènes de bossfights et des cut-scenes majeures empruntées à la série, on a un jeu qui, pour peu que le rhythm game soit votre tasse de thé, vous bouffera du temps, beaucoup de temps, et vous fichera la larme à l’oeil plus d’une fois. Bon, on pourrait dénoncer le fait que Square propose régulièrement des morceaux à acheter particulièrement chers… D’ailleurs, allons-y, dénonçons! Mais le jeu reste néanmoins excellent, et fait partie des très bonnes surprises dans le domaine du grand écart sauce fan service.

Quand Square et Disney se rencontrent en offrant le meilleur d'eux-mêmes, ça porte un nom : Kingdom Hearts

Quand Square et Disney se rencontrent en offrant le meilleur d’eux-mêmes, ça porte un nom : Kingdom Hearts.

Et enfin, parlons un peu d’une série qui réunit les deux notions de fan service et guest staring, la désormais célébrissime série Kingdom Hearts. Action RPG nerveux et jouissif à prendre en main, Kingdom Hearts réussit la prouesse de réunir les mondes Disney et Final Fantasy au sein d’un univers commun fragmentaire bien conçu, et d’un scénario dont la trame s’épaissit au fur et à mesure des épisodes, particulièrement palpitante, et complètement indispensable. Le premier épisode est testé par Le Serpent lui-même dans les pages du site, je ne m’étendrai donc pas sur le sujet, mais si comme moi vous avez boudé la série en décidant à sa sortie que le mélange Disney-Square était une idée à la con, vous êtes simplement passé à coté d’un monument vidéoludique majeur, mais tout n’est pas perdu! En effet, outre la réédition HD du premier opus réactualisant les mécaniques de jeu et de combat, élément central dans la dynamique de la série et qui a fortement évolué au fil des années et des épisodes, vous pouvez vous jeter les yeux fermés sur le sublime KH : Birth By Sleep sorti sur PSP, un spin-off de la série que l’on peut aborder sans avoir touché à un épisode de la série, et dont le scénario sombre et émouvant n’a d’égal que la perfection du système de combat, d’évolution des techniques, de la réalisation… Bref, un indispensable et peut-être le seul stand-alone de la série, qui sait capturer l’essence des mondes Disney traversés tout en proposant des personnages principaux qui ne dépareilleraient pas dans un excellent FF, et une histoire dense, riche en tension dramatique, qui n’aurait pas à rougir face à la profondeur des scénario de la série. Les épisodes DS par contre, outre le fait qu’ils soient quasi incompréhensibles pour qui n’a pas torché les deux épisodes principaux sur PS2, sont un peu confus et ne cassent pas des briques (sauf l’épisode 3DS qui lui est somptueux). Mais ne soyez pas frileux ni têtus et bouffez du KH, nigauds que vous êtes!

A retenir

S’il fallait retenir une chose de cet article, ce serait que la différence entre spin-offs et épisodes officiels dans le cas particulier de la licence Final Fantasy n’est pas évidente, tient plus de la ligne retracée dans le sable à nouvelle vague. Certains épisodes officiels tranchent plus radicalement avec les précédents que les spin-offs les plus audacieux. La principale raison est qu’un spin-off se doit de changer quelque chose, certes, mais tout en gardant des éléments essentiels à la série et immédiatement identifiables, certains codes. On pourrait dire que les épisodes principaux marquent des changements parfois radicaux, extrêmes au sein de la série, tout en conservant l’ADN de celle-ci, là où les spin-offs sont plutôt de l’ordre d’univers parallèles, des réalités alternatives où l’on retrouve des éléments de la série dans des contextes autres, parfois grotesques, parfois marrants, parfois envoûtants, n’ayant de limite que la folie créatrice des personnes au contrôle. Si le spin-off est un peu regardé de haut, souvent assimilé à une récupération et une exploitation d’une bannière pour vendre un sous produit, on a pu voir que ça n’était pas nécessairement le cas, et que dans les marges de la fantaisie finale se trouvaient certaines pépites qu’il serait ridicule de négliger. Final Fantasy Tactics, Chocobos Dongeon, Theatrhythm Final Fantasy, Heroes of Light, la série des Mana et des SaGa, le fantastique Kingdom Heart : Birth By Sleep sont autant d’expériences indispensables, puissantes, dépaysantes et pourtant portant en elles les germes de la magie des Final Fantasy. 

toma überwenig

4 réponses
  1. Le serpent
    Le serpent dit :

    Toma, tu es un génie.

    Non seulement tu arrive à nous proposé un article que j’ai du lire en 2 fois tellement il était dense; Mais en plus tu ne nous perds pas dans des explications abracadabrantesque !
    Grâce à toi, je connais maintenant la stratégie de square en terme de spinn off, à travers le temps; Mais aussi ceux que je ne dois pas manqué.

    Tu m’as donné envie de me mettre au KH PSP, à Chocobo dongeons, etc… Mais tu m’as surtout donné envie de replonger dans des « vieux » FF. J’en avais oublié la magie.

    Du coup, grâce à toi, je me suis mis à FF6, que je n’avais jamais fait…

    Répondre
  2. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    Content que tu y aies trouvé ton compte, ô Serpentissime, tes éloges me vont droit au coeur!!
    Mais la vraie récompense, c’est de savoir que ça t’a remis la FFFever, et surtout que tu es en train de découvrir le sublime FF6, tu m’en diras des nouvelles ;-)!

    (et le KH PSP, c’est une valeur sûre, aucune hésitation à avoir tu peux y aller les yeux fermés (même si les yeux ouverts, le jeu est plus beau, quand même)

    Répondre
    • Le serpent
      Le serpent dit :

      ^^ J’ai fait seulement 20 minutes à FF6.
      Mais il a l’air bien trippant.

      En fait, j’ai toujours eu peut de me confronter à un jeu en Anglais. Ce sera une première pour moi, et pour l’instant, je m’en sors pas trop mal dans la compréhension.

      J’ai toujours fait un blocage avec l’anglais. Espérons que ça disparaisse grâce à FF6

      Répondre

Trackbacks (rétroliens) & Pingbacks

  1. […] Final Fantasy est une licence à part, tous les joueurs vous le diront, les meilleurs Final Fantasy sont ceux pour lequel on a joué pour la première fois. Généralement un volet de Final Fantasy plait à une certaine génération de joueur et d’autres non, chacun voit midi à sa porte notamment grâce/à cause des univers originaux et changeants à chaque volet. Pour grossir le schmilblick avec la plus grosse mauvaise foi au monde, les intellectuels qui pullulent les internets aiment le sixième volet, parce qu’il est super et que vous avez tort. Les Kikoo se retrouvent à aduler le 7 et le 8 parce que c’est trop dark et cool, et que par conséquent vous avez tort de les dénigrer. Les connards de rétrograde aiment le 9 parce qu’il reprend la féerie des premiers volets donc vous avez tous tort. Puis il y a le dixième volet, flinguer par le consensus décrit quelques lignes plus haut, mais paradoxalement aimés et aduler par ceux qui ont découvert le jeu vidéo par le biais de la Playstation 2, ces nouveaux joueurs nés pendant l’émergence de la consommation du jeu vidéo en France et grandi avec des frères (ou sœurs) déjà touchés par la fièvre du Jeu Vidéo à l’image de mon petit frère. Donc, vous avez tort également bande de sagouins. […]

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *