GTA 3 : L’envol

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Au début des années 2000 les technologies évoluent. Internet est en plein expansion, et dans le domaine des jeux vidéo les consoles 128 bits commencent à pointer le bout de leur nez. La 2D est également devenue has been, remplacée par la 3D et DMA Design réfléchit au devenir de la série. Il faut toucher plus de monde, avec plus de puissance et plus de spectacle. Fini donc la 2D, même isométrique place à la 3D intégrale. Et par chance une console fait un carton à ce moment : la PS2. Le jeu sort sur cette dernière et son succès dépasse les espérances des producteurs, commençant à considérer les jeux comme étant des productions à grand spectacle, avec des cinématiques mises en scènes et commentés par des acteurs, et des effet spéciaux. Cette nouvelle approche graphique offre aussi une aventure réaliste, ce qui a bien sur attiré les foudres de nombreuses personnes. Et à ce jeu là, Jack Thompson est un champion toutes catégories.

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Avocat un peu illuminé, Jack Thompson éprouve une grande passion pour taper sur les jeux vidéo dits « violents », avec une préférence pour Rockstar. Pour les jeux Grand Theft Auto, il intentera une demi-douzaine de procès contre la série. Le plus célèbre d’entre eux est celui impliquant Dustin Lynch, un gamin de 16 ans impliqué dans le meurtre d’un compatriote : JoLynn Mishne. Tout parait banal, jusqu’au moment où … l’accusé évoque son « obssession pour GTA III ». Cela donne des frissons à notre excité des affaires, et il va jusqu’à demander à Dustin de plaider la folie, tout ça pour impliquer directement le jeu et demander 36 millions de Dollars à Take Two. Au final la famille du garçon rejette la proposition de Me Thompson et déclare que leur fils n’était pas un meutrier fou, ni que les jeux vidéos ont joué un effet néfaste sur lui et Rockstar gagne la partie. Plus tard Thompson récidivera pour faire interdire la vente des jeux Rockstar avec une requête de 240 millions d’euros, avec le motif que ceux-ci poussent obligatoirement aux massacres lycéens/étudiants. A ce niveau là on se rapproche d’une demande de rançon, et encore une fois l’avocat se fait rembarrer.

Une autre histoire va également marquer la saga, mais cette fois en changeant de nombreuses choses : le 11 septembre 2011. L’événement tragique  d’un câlin trop rapproché entre deux avions et les tours du World Trade Center a déclenché une psychose dans les pays occidentaux. Les musulmans sont devenus persona non grata, les Américains ont chaussé leurs bottes de guerrier, et bien entendu les médias ont été grandement chamboulés. Exit les films d’actions avec trop de pétarades, bienvenue aux bons sentiments patriotes. Exit les monuments détruits, place à la glorification de l’installation de démocratie. Et donc Grand Theft Auto III n’est pas très bien vu avant, d’autant plus que deux missions tombent particulièrement mal compte tenu du contexte. La première est celle héritée des anciens épisodes où le joueur gagne un nombre de point plus important en fonction du nombre de personnes qu’il massacre et la seconde mission consiste à piloter un petit coucou dans la ville. Mais la ville en question a eu les voitures de la NYPD, des batiments New Yorkais…c’est ce qu’on appelle un mauvais timing. Tout sera plus ou moins légèrement modifié et le jeu sera décalé de moins d’un mois, limitant le malaise. Malgré tout la première aventure GTA en 3D cartonne. Le jeu mêle un scénario prenant, une bonne mise en scène et de nombreuses missions. Il emprunte également à de nombreux films qui ont marqué leur époque comme Scarface. La série met le pied dans la cour des grands, et le plus étonnant reste que, s’étant basé sur la ps2 pour pouvoir faire décoller les ventes, c’est surtout Sony qui a bénéficié de GTA 3.

6 réponses
  1. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    Un vrai plaisir que de se laisser emporter à travers l’histoire de cette série qui, au delà des notions de goûts et de couleurs, a osé cartographier des zones du ludoland sans jouer l’autruche, en forçant à se positionner face à des problématiques présente dans le jeu vidéo au sens large sur un mode frontal, mais loin d’être dénué d’intelligence et de verser dans la simple provoc (même si le premier a son petit coté postal quand même^^).
    Dommage que finalement, le débat ait été stérilisé par le manque d’intelligence de l’opposition, restant au raz des paquerettes sur le mode du classique et galvaudé « le jeu vidéo rend-il violent ? » en postulant que le gamer est stupide et ne sait pas faire la différence entre virtuel et réel.

    C’est aussi assez marrant de voir l’impact qu’a pu avoir la scène de boule de San Andreas, ainsi que la relation timide du jeu vidéo même 18+ à la représentation du sexe (dans God of War on a droit à un bout de sein et un coup de schpatz hors écran, et il n’y a guère que dans le magistral Witcher 2 qu’on a droit à de la fesse et du poil!) quand on tombe sur les titres de Mystique sur Atari 2600, soit au début des 80’s, quand même! Les culs bénis et les bien pensants n’avaient peut-être pas investi dans la console ?

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  2. Flbond-
    Flbond- dit :

    La relation aux scènes de violence ou de sexe dans les jeux vidéos témoigne d’une certaine incompréhension des adversaires pour ce média, qu’ils ne controlent finalement que peu. Le plus virulent à la limite de la pathologie reste quand même Jack Thompson.

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  3. greyfox0957
    greyfox0957 dit :

    Rétrospective très intéressante ! Pour revenir sur l’ouverture en fin d’article, il est amusant de regarder comment évoluent les polémiques autour de la série. Si ça a d’abord commencé par ce qui était à la mode dans les années 90, la violence (souvenez-vous des polémiques autour de Doom), ça a doucement viré au sexe et à la drogue dans les années 2000 pour finir aujourd’hui sur la misogynie de GTA V !

    A vrai dire chacun des jeux présentent en gros le même type de sujets, ce sont donc les intérêts et préoccupations de la société qui changent !

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    • Flbond
      Flbond dit :

      Bonne analyse, je pense qu’à travers la série GTA, c’est l évolution du jeu en général qui est évoqué. On a l’impression que les opposants ont voulu dans un premier temps étouffer le média dans les années 90 avant de lui attribuer les plus grosses horreurs. En quelque sorte le cinéma a aussi eu les mêmes histoires.

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  4. Le serpent
    Le serpent dit :

    Gta est toujours allé loin. A la fois dans la critique de la société americaine, que dans la violence. Reste à comprendre l’orientation de tout ça.

    Malheureusment les médias dominants ne comprennent pas le jeu vidéo. Journaux télévisés en tête. C’est à mon avis un un problème de génération qui sera résolu, tout seul, dans une vingtaine d’annéee lorsque les enfants des année 80 deviendrons les dirigeants des médias dominants.

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