SHMUP, vol 1 : la Super Nintendo, la critique par Yace

2

Enfin ! Oui enfin m’étais-je dit le jour où la librairie Côté Gamers a annoncé vouloir entamer une encyclopédie du shoot them up, ce genre si hostile mais si plaisant. Le shoot them up, ou le type même du genre « easy to learn, hard to master » et qui longtemps fut une définition même de l’arcade. Si aujourd’hui il ne semble plus destiné qu’à une niche de joueurs avides de navigation précise, de paquets de projectiles bicolores ou de lolipouffes aux gros nichons, le shoot them up aura indéniablement connu des heures de légende et une poignée d’irréductibles pilotes rend toujours justice à cette discipline ludique. Et de plus, cette encyclopédie annoncée commence par l’étude d’un support de gloire : la Super Nintendo ! Oui, la glorieuse 16 bits de Big N, accessoirement MA console fétiche, incarnation même de ma jeunesse perdue et de mes plus mémorables émois de joueur. N’en jetez plus, un ouvrage sur mon genre favori sur ma console favorite ? Mais comment rater ça, je vous le demande ! Quelques mois et un financement participatif après, l’ouvrage est là, dans mes mains fébriles. Je l’ouvre. Puis je le referme. Définitivement. Critique sans concession.

Je tiens à préciser en préambule que cette critique me tenait donc à coeur, et ce dès l’annonce de la sortie prochaine de cet ouvrage. Nanti d’une petite expérience en la matière, je ne pouvais manquer de m’intéresser à un livre comme celui-ci. Shoot them up, Super Nintendo et ouvrage de presse, trois domaines qui me sont chers au demeurant : SHMUP vol 1 la Super Nintendo résonnait comme un appel. Je n’étalerai pas ici mon palmarès sur les jeux du genre de la console en question, mais je pense pouvoir raisonnablement dire qu’il me donne le droit de rédiger la présente critique, car il témoigne d’un minimum de connaissance du sujet.

Au début était…l’introduction

Le premier contact avec le livre est reconnaissons-le fort engageant. On tient là indubitablement un bel objet, d’apparence soignée et qui dépasse l’aspect très amateur de sa couverture par un format imposant. La compilation de screenshots basiquement agencés ne produit certes pas d’effet transcendantal, tout comme le lettrage du titre fait très « fanzine », mais c’est précisément là la force de cette couverture. Pour un premier ouvrage, ce rendu ne manque finalement pas de légitimité car après tout, le fanzinat aura été le début de bien des choses pour certains d’entre nous ! Et de plus, le quatrième de couverture présente un ex-libris alléchant.

Axelay, mal traité et maltraité.

Oui : on nous promet d’assister à une présentation inédite et complète du shoot them up ! Tout ceci excite la curiosité même si déjà, on peut se poser une simple question : n’est-ce pas un peu trop pour un seul ouvrage ? SHMUP vol 1 s’ouvre par une introduction qui fait suite à un sommaire des jeux abordés qui déjà, présente une incohérence en ne liant pas entre eux les diverses appellations du même jeu selon sa location, et en en ignorant d’autres. C’est certes mineur et ne heurtera pas l’oeil du profane ou du lecteur peu regardant, mais témoigne tout de même d’un choix difficile à justifier. Le texte introductif poursuit la lancée de l’ex-libris en nous promettant une lecture passionnante. Cependant, il prend le douloureux parti de ne pas parler de la Super Nintendo elle-même, ce qui ne saurait finalement s’expliquer dans un ouvrage pourtant dédié à la machine. Certes, et selon l’auteur, il s’agit plus de parler de shoot them up que de Super Nintendo, mais quand on sait à quel point la machine a brillé par ses capacités techniques (rappelez-vous à quel point et ce dès l’origine on nous vantait les zooms, rotations, distorsions et autres mode 7…) Nombre de shoot them up de la Super Nintendo ont tiré profit de ces aptitudes, alors pourquoi ne pas les avoir rappelées, ne serait-ce que brièvement ? Pour faciliter la lecture, le livre propose un petit tutoriel afin de rendre l’affichage des cartouches plus explicite, ce qui est est une bonne idée en soi et témoigne d’une véritable sollicitude de la part des auteurs. La mise en page est cependant assez claire pour rendre cette précaution inutile, mais on ne saurait reprocher cette initiative. C’est sur une « catégorisation » auto-proclamée que s’achève l’introduction de ce volume, et il s’agit là d’un passage assez discutable avec l’admission de concepts plus que surprenants, comme celui de « plates-formes » pour désigner les interactions avec les décors dans les jeux qui en proposent, de même que la définition proposée semble bien trop péremptoire.

BioMetal, un article correct.

Le texte digresse également sur la place des smart bombs de façon très obtuse et énonce rejeter la considération des jeux proposant des dédales…Ce qui est surprenant quand on sait que nombreux sont les shoot them up à mettre le joueur aux prises avec des niveaux ainsi architecturés. La lecture commence donc dans la perplexité. Cependant, il faut reconnaître que définir le genre est une vaste question encore source de bien des débats même parmi les connaisseurs du genre ; il aurait été étonnant que l’ouvrage y apportât une réponse consensuelle en quelques lignes, et après tout tel n’était peut-être pas son but.

Puis vinrent les jeux

C’est ici que l’ouvrage révèle sa nature : celle d’un annuaire alphabétique du genre sur Super Nintendo, de A comme Acrobat Mission à V comme Vortex. Le ton est donné : l’exhaustivité sera le maître-mot de l’ensemble, ce qui est plus que louable. Un peu trop cependant, car si certains titres tels les deux volets de Pocky & Rocky voient leur appartenance au genre assez souvent débattue, d’autres sont carrément inclus en dépit de leur nature même. Je pense ici à trois titres en particulier, à savoir Rendering Ranger R2, Valken et Vortex. Ces trois titres, excellents au passage, ne se rattachent au shoot them up que par trop peu de leur substance pour être ainsi intégrés à un ouvrage thématique, en effet ils ne contiennent que quelques phases de leur déroulement réellement liées au genre sujet de l’ouvrage. Inclure des titres relevant exclusivement du shmup est une évidence, mais si l’ouvrage prend le parti d’également traiter tout titre qui comporte des niveaux de shmup, il renonce dès lors à son maître-mot d’exhaustivité ! Car alors, pourquoi ne pas avoir parlé de l’excellent Sparkster de Konami ou de l’infect James Bond Jr. de THQ ? A nouveau on peine à définir le choix des auteurs et cela laisse une impression d’incohérence dans l’ossature et la ligne éditoriale même du livre. Chaque titre est traité en une double page et se voit complété par un vaste étalage d’images décrivant vaisseaux, niveaux, armement…

Flying Hero, obscur et indûment vanté…

Et pour certains d’entre eux d’encarts supplémentaires quant aux différences entres déclinaisons SNES et versions originales, sur arcade le plus souvent mais pas toujours, à l’image de Thunder Spirits mis en parallèle avec le Thunder Force III de la Megadrive et dans une moindre mesure, le Thunder Force AC de l’arcade. Ici à nouveau surgit la perplexité. La Super Nintendo nous a proposé des shmups allant du pire au meilleur, des titres immensément riches pour certains, cruellement indigents pour d’autres ; cette relative égalité de traitement entre les jeux, indépendamment de leur consistance, est-elle réellement à propos ? Ne réserver qu’un même nombre de pages à deux titres tels Super Aleste et D-Force n’est-il pas déjà assez saugrenu en soi ? Comment ainsi justifier ce choix de cantonner le traitement de titres aussi disproportionnés à une stricte égalité quantitative, de plus dans un ouvrage aux prétentions encyclopédiques ? Je reconnais que cette subtilité m’échappe. Tout comme la suite de la relation (du verbe relater, je précise) de chaque titre qui se poursuit par un étalage d’images si massif qu’il en vire à l’assommant. Mais j’aurai l’occasion d’y revenir.

1 2 3
Partagez l'article !

A propos de l'auteur

Photo du profil de Yace

Joueur qui balance entre deux âges, plutôt des neiges d'antan que de la dernière averse. Révolté permanent, contestataire patenté, il n'y a que les jeux vidéo et la grammaire française dont j'accepte de suivre à peu près les règles, dans l'ivresse des pixels et des mots.

2 commentaires

  1. Merci Yace pour ce retour et coucou par la même occasion ^^.
    Je conseille fortement pour les anglophones, la série des Hardcoregaming 101.
    Celui sur les shoots Konami est excellent et ultra complet, tests, différence entre plateformes et pleins d’anecdotes. Le dernier en date « Shoot them up vol 1 » (qui est la suite de celui sur Konami ), traite quant à lui de technosoft, irem, compile et Hudson.
    Vivement le volume 2 qui va s’interresser à Psykio, Cave, Taito, Raizing etc…
    Il en a d’autres sur d’autres séries mythiques notamment Castlevania, Strider, les jeux Taito, etc. Et un Contra est en préparation !

    • Photo du profil de Toma Überwenig

      Hello Doudinou! (comme Yace sait tout le bien que je pense de sa critique du livre sus-mentionné, je me permets de t’adresser un coucou par jeu de vases communicants!)
      Et cautionner avec vigueur ton conseil concernant la séries des Hardcoregaming 101.
      Même si l’on peut déplorer le manque de contenu additionnel par rapport aux articles du site (ce que corrige, j’ai l’impression, leur second bouquin que tu mentionnes « Shoot them up vol 1 », en proposant plusieurs révisions et actualisations d’articles déjà pourtant complets à la base).
      Mais quand bien même ce ne serait qu’un copié-collé des publications de leur site, le plaisir de goûter à la lecture de leurs articles sur papier, ça ne se refuse pas!
      J’attends avec impatience le volume le volume 2 qui touche à my own personal cup of tea^^!
      Et dans la foulée, au cas où tu n’aies pas encore mis le nez dedans, je t’invites à mettre la main sur The Untold History of Japanese Game Developers, pure mine d’or pour amateurs de véritable travail de recherche! Les interviews sont de véritables mines d’or, les deux volumes sont excellents, bref, chaudement recommandé aux anglophones!

Laisser un commentaire