Recherche substance désespérément

Il convient à présent de scruter plus avant la teneur même de l’ouvrage, à savoir les textes en eux-mêmes ainsi que leur très large pendant visuel. Et hélas, ce ne sera qu’après quelques pages que l’on se rend compte de la principale tare de l’ouvrage : tout, absolument tout ce qui s’y trouve est vu et déjà vu, lu et déjà lu. De plus, les textes eux-mêmes créent parfois une sensation assez désagréable d’éparpillement et surtout de nous avoir trompés dès l’origine. Je m’explique : le livre se présente comme le premier volet d’une vaste encyclopédie en devenir. Or, la caractéristique fondamentale d’une encyclopédie est de faire passer la connaissance et ce de manière impartiale. Je n’ouvre pas le Larousse pour savoir qui de Baudelaire ou de Mallarmé est les plus saisissant poète, mais pour savoir que l’un a écrit Les Fleurs du Mal et l’autre L’Après-midi d’un faune ! Ici nous tenons une « encyclopédie » qui prend curieusement parti, voire fait et cause pour certains titres, ou contre d’autres. Or je l’affirme, ce n’est pas ce que l’on attend d’une encyclopédie précisément ! A ce propos, bien souvent des jeux obscurs auxquels même une vingtaine d’années n’aura pas rendu justice sont ici encensés, là où les titres que la postérité a pourtant élevés au rang de référence sont victimes de jugements assez étranges, comme si les auteurs avaient ainsi tenté de singulariser, conscients qu’ils devaient être du total défaut d’innovation de leur présentation.

L’inévitable Super Aleste, dont l’analyse est d’une tristesse…

Ainsi le mythique Axelay ne nous est ici présenté que sous son aspect controversé, là où le très quelconque Flying Hero est amené telle une perle cachée et dont les effets spéciaux très basiques sont même énoncés comme « largement supérieurs » à ceux du jeu de Konami précité. Tonnerre, smart bomb et bouche en cul de poule ! Axelay est d’ailleurs un bel exemple de traitement injuste : son article ne mentionne nullement son contexte de sortie et l’accueil qui lui fut fait, accueil plus qu’élogieux, pour se focaliser sur une controverse apparue plusieurs années après… Il n’est qu’à peine écrit que le jeu était une démo technique, et quant à ses aspects immersifs, ils ne sont même pas cités pour mémoire. Et cerise sur le gâteau, aucune ligne sur son extraordinaire bande son, qui pourtant dès l’origine avait subjugué les joueurs. Dur à encaisser et éminemment lacunaire. Tout l’ouvrage est d’ailleurs émaillés de phrases, d’incises ou de manques qui au mieux trahissent la négligence, au pire la méconnaissance totale du sujet et donne l’impression que les rédacteurs n’ont finalement que passé une heure ou deux sur chaque titre pour se croire légitimes à écrire une « encyclopédie » ou du moins énoncée comme telle. Lire par exemple que Rabio Lepus est du à Visco, qu’Area 88 aussi connu sous le nom de U.N.Squadron est un jeu facile même dans son mode de difficulté maximum…ne peut qu’entraîner perplexité à nouveau ! A ce propos, l’ouvrage est si encyclopédique qu’il n’est nulle part fait mention de certains secrets qui auraient pourtant éclairé le lecteur, et montré le soin des rédacteurs. S’agissant de U.N.Squadron, les auteurs savaient-ils seulement que le jeu donc trop facile proposait un mode de difficulté caché, le mode « Gamer » et qui je pense leur ferait revoir la notion de « facilité » ? Et ceci dit en connaissance de cause, ayant-moi-même éprouvé (et complété) ce mode ! Juste après, on lira que Cotton 100% propose un défi…les connaisseurs apprécieront. Et pour finir sur U.N. Squadron, le jeu est qualifié de « linéaire » et de très classique car « il impose de suivre un scrolling horizontal jusqu’au boss ». Comme dans un shmup quoi… Quant à la linéarité, elle n’existe que dans l’esprit d’un joueur qui n’a pas saisi la substance ni la stratégie du titre, pourtant très poussée au point de le rendre unique. Si seulement le relevé s’arrêtait là…Mais non. Je passe sur Axelay dont le traitement est déjà plus qu’injuste pour brièvement opérer un survol des multiples et parfois délicieuses perles de l’ouvrage : Cosmo Gang The video (excellent jeu au demeurant) est présenté comme l’incarnation du Cute’em up (péremptoire dites-vous ?) et dont la critique déplore l’absence de « retournement » de l’écran, comme si les normes de Tate (ce qui correspond, sans entrer dans les détails, à une résolution verticale de l’écran propre à de nombreux shoot them up arcade) étaient un standard du shoot them up console en 1991, que voilà une remarque déplacée à nouveau ! Et pis encore, les perles se succèdent : outre l’égalité de traitement par pages qui finalement se fait à l’avantage de mauvais titres tels D-Force et Tekkaman Blade et au détriment de grands jeux, on assiste à une critique récurrente quant au « classicisme » de certains titres qui finalement auraient comme tort d’être des shoot them up où on tire sur des ennemis en traversant des niveaux amenant à un boss en suivant un scrolling imposé. Etonnant, non, venant d’un shmup ?

U.N.Squadron, un article révélateur…

Le summum étant atteint par des incises proprement scandaleuses, comme celle qui orne l’article sur Gradius III, qui serait si ressemblant à Gradius II (lequel n’est d’ailleurs jamais arrivé sur SNES, précisons-le) que « rien ne justifie la mise sur le marché de ce volet ». Affirmation péremptoire et carrément consternante, à cent lieues d’une impartialité encyclopédique que l’on ne se prend même plus à attendre en rêve à ce niveau de lecture. Les auteurs savent-ils à ce propos que comme U.N.Squadron, Gradius III propose un mode de jeu caché ? En tous cas rien ne le laisse présumer. Lire d’Imperium une description flatteuse, de Raiden Trad qu’il s’agit d’un portage fidèle de la version arcade alors même que le texte met en lumière ses limitations ou un article sur le très bon Super SWIV qui ne mentionne pas une seule fois la série Silk Worm…prête à sourire ou à pleurer. Et je passe sur cette volonté que je ressens comme assumée de vouloir se faire remarquer en présentant The Hunt for Red October comme un jeu prenant… Je garde le meilleur pour la fin de ce paragraphe avec le traitement très superficiel des trois volets de la formidable série des Parodius, une série qui pourtant regorge d’aspects culturels et encyclopédiques dont on croyait qu’ils constitueraient l’essence même du livre ! Ici, on lit de simples tests d’une incroyable banalité, à tel point que l’on finit par croire que finalement, rien ne différencie ces jeux d’un classique Galaxy Wars, dont les deux pages de traitement sont déjà trop longues. Pourtant, il y avait de quoi dire sur Parodius et consorts… Et c’est pas peu dire de le dire vous dis-je !

La série Parodius, honteusement survolée alors qu’elle justifierait un volume à elle seule !

Trop d’image tue l’image

Le traitement par les lettres est donc très décevant et ne répond aucunement à la nature pourtant assénée d’encyclopédie de l’ouvrage. Mais le livre se rattrape-t-il par un traitement pictural judicieux ? Hélas ici aussi c’est un échec. A une part textuelle très en deça des éspérances les plus élémentaires s’oppose une part visuelle excessive qui noie totalement le propos en plus de n’être finalement pas exempte du reproche principal fait aux textes : c’est du vu et revu ! C’est bien simple, cet amoncellement d’images ferait presque du livre une notice géante, émaillée de descriptions basiques et sans saveur ni même une petite pointe d’humour qui aurait relevé le plat. Je cite ici l’un des auteurs qui, il y a quelque temps, avait commis cette phrase qui est restée dans les mémoires et dans la mienne en particulier : « Une image vaut 1000 mots ».

2 réponses
  1. Doudinou
    Doudinou dit :

    Merci Yace pour ce retour et coucou par la même occasion ^^.
    Je conseille fortement pour les anglophones, la série des Hardcoregaming 101.
    Celui sur les shoots Konami est excellent et ultra complet, tests, différence entre plateformes et pleins d’anecdotes. Le dernier en date « Shoot them up vol 1 » (qui est la suite de celui sur Konami ), traite quant à lui de technosoft, irem, compile et Hudson.
    Vivement le volume 2 qui va s’interresser à Psykio, Cave, Taito, Raizing etc…
    Il en a d’autres sur d’autres séries mythiques notamment Castlevania, Strider, les jeux Taito, etc. Et un Contra est en préparation !

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    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Hello Doudinou! (comme Yace sait tout le bien que je pense de sa critique du livre sus-mentionné, je me permets de t’adresser un coucou par jeu de vases communicants!)
      Et cautionner avec vigueur ton conseil concernant la séries des Hardcoregaming 101.
      Même si l’on peut déplorer le manque de contenu additionnel par rapport aux articles du site (ce que corrige, j’ai l’impression, leur second bouquin que tu mentionnes « Shoot them up vol 1 », en proposant plusieurs révisions et actualisations d’articles déjà pourtant complets à la base).
      Mais quand bien même ce ne serait qu’un copié-collé des publications de leur site, le plaisir de goûter à la lecture de leurs articles sur papier, ça ne se refuse pas!
      J’attends avec impatience le volume le volume 2 qui touche à my own personal cup of tea^^!
      Et dans la foulée, au cas où tu n’aies pas encore mis le nez dedans, je t’invites à mettre la main sur The Untold History of Japanese Game Developers, pure mine d’or pour amateurs de véritable travail de recherche! Les interviews sont de véritables mines d’or, les deux volumes sont excellents, bref, chaudement recommandé aux anglophones!

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