Cute’em up, kawai, ma sorcière bien ai-moei

Rodland, tellement cute que j'ai l'impression d'avoir mis la tête les yeux ouverts dans un sac de sucre glace!

Rodland, tellement cute que j’ai l’impression d’avoir mis la tête les yeux ouverts dans un sac de sucre glace!

(C’était ça ou « passe moei le sel », en guise de jeu de mots sur moei, alors ne vous plaignez pas!) Le genre Cute’em up – cute voulant dire « mignon » en anglais – prendra un essors considérable suite à l’événement Parodius quatre années durant, soit 28 ans en années de chien, et 23 en années vidéoludiques, autant dire une éternité, donc. En effet, outre le succès commercial de la série, avec produits dérivés à l’appui, elle ouvre la porte à une avalanche de titres débarquant fleur au fusil, kawai jusqu’au bout des ongles – kawai voulant dire « cute » en japonais, cute voulant dire « mignon » en anglais, essayez de suivre, quoi! -, et – contrairement à Parodius! – avec une difficulté souvent revue (un poil) à la baisse, le cute’em up se voulant souvent une approche plus grand public du genre hardcore marqué par les rêves de conquête spatiale et par la tension de la revanche. Les décors organiques poissonneux et les perversions de la chair façon Giger et Cronemberg laissent dont place à des méchants qu’on hésite à tuer tellement ils sont mignons – j’avais déjà le même problème avec Rodland (non, pas le jeu de voitures, l’autre, le Bubble Bobble-like avec les petites fées qui doivent sauver leur moman en fracassant des monstres tout choupi avec leur fouet/lasso magique) -, et des décors verdoyants, préférant généralement comme cadre des forêts enchantées plutôt que des planètes en ruine et l’espace dans lequel on ne vous entend pas crier.

je sais pas, elle me dit quelque chose, c'te cloche...

je sais pas, elle me dit quelque chose, c’te cloche…

Mais Skoeldpadda me disait à juste titre que l’on pouvait parler de phénomène sociétal concernant l’impact de Parodius, car s’il est à l’origine de la faction cute’em up dans le monde vidéoludique, les ramifications sont néanmoins plus profondes, et plongent autant dans le coloré sucré acidulé façon bombec des familles, que dans la part sombre de l’imaginaire collectif japonais. Car l’imagerie « cute », elle flotte dans les airs depuis pas mal de temps, dans les jeux vidéo – je citais plus haut Bubble Bobble en guise d’exemple, mais dans le shoot’em up on trouvait dès 1985 Twin Bee, autre légende du Cute’em up abordé à plusieurs reprises dans cette chronique, et dont Parodius n’hésite pas à s’inspirer, s’autorisant même un clin d’oeil gros comme ça en intégrant à chaque épisode les fameuses cloches à couleur changeante en fonction du nombre de tirs qu’elles se prennent dans le ciboulot -, mais aussi dans les mangas, les animes, les goodies…etc. Parodius articule et cristallise simplement un mouvement de masse. Mais rapidement, le cute’em up obéira à des codes plus spécifiques, sans pour autant être systématiques, et l’on verra de plus en plus s’incruster une imagerie moei, à savoir des petites filles innocentes et – très – prépubères, souvent sorcières, affronter à bras le corps les forces du mal.

Fais moi du ChaChaCha...

Fais moi du ChaChaCha…

Rappelons un peu honteusement que, de même que Bubble Bobble aura pris cette forme tout à fait mignonne pour élargir le monde du jeu vidéo au public féminin, le cute’em up aura indirectement un temps une vocation analogue, ce qui explique la – relative – difficulté revue à la baisse – eh oui, à l’époque, le monde des développeurs est un monde d’hommes, avec une vision disons « datée » du rôle économico social de la femme (et si aujourd’hui le monde des gamers est reconnu comme mixte, les dérives sexistes restent monnaie courante, comme nous le rappelle Mar Lard de façon régulière) -. Et comme pour Bubble Bobble, les raisons sont puantes, mais le résultat magistral en ce qui concerne la série Parodius. Mais revenons à nos moei. Des jeux comme Cotton cadrent à la fois avec la cuteness d’un Parodius qu’avec l’idéal moei, mettant en scène l’image de la sorcière nubile. Le jeu est mignon tout plein et relativement accessible sur Super Famicom, beaucoup moins sur arcade. Mais accessible ne veut pas dire simpliste, car la série obéit à un système d’upgrade assez cossu, en particulier dans les deux suites arcade du titre. On peut aussi citer l’excellent ChaChaCha de chez Sprite sur X68000, qui met lui aussi en scène une petite sorcière toute mignonne qui fracasse des ennemis tout aussi mignons. L’archétype de la sorcière se détache doucement du cute’em up pour infuser le shmup dans son entier.

C’est ainsi que dans les deux excellents Gunbird de Psikyo, qui dans leur trait « naïf » évoquent indirectement le cute’em up, on voit au roster la jeune Marion, sorcière souriante de son état, parmi plusieurs personnages oscillant entre le cute et le sexy. Ce genre d’exemples jalonne l’histoire du genre de façon régulière, et nous amène, grâce à une inélégante ellipse temporelle, à 2007. Cette année sortira d’un coté Trouble Witches sur PC, illustration directe de l’archétype susmentionné, et cute’em up pur jus, avec un gameplay plutôt fin et une réalisation qui peut prendre au dépourvu avec ses graphismes lisses – comprendre non-pixellisés – lui donnant une petite odeur de jeu flash, ultra bien gaulé, certes, mais flash quand même. Mais les salles d’arcade, elles, profiteront du dernier Cave, s’essayant pour la seconde fois au shmup horizontal avec DeathSmiles. Et ce jeu met en scène, ô surprise, des sorcières! Parmi elles, la moitié pourraient répondre aux archétypes du cute en terme de design, contrairement au jeu qui s’avère d’une part plutôt violent, avec un bestiaire démoniaque flirtant avec l’absurde – on affronte quand même une Vache-Qui-Rit démoniaque! -… Et pourtant… Si l’on se penche sur le boss-arbre, on pourrait sans trop se forcer y voir un relent de cute’em up détourné, entre son design sorti d’un Disney maléfique et son attaque à coups de pommes. Et je trouve ça intéressant, car cet archétype affilié au genre cute’em up – bien que présent dans d’autres champs de la culture populaire, évidemment, n’oublions pas Kiki’s Delivery Service de Miyazaki – prend graduellement de l’autonomie pour devenir archétype à part entière, faisant écho au cute’em up, mais ayant une identité propre, pour au final apparaître dans des productions diverses et non limitées au cute’em up. Et sa présence dans DeathSmiles illustre en plus un autre aspect intéressant.

Sakura la petite sorcière

Sakura la petite sorcière

Car si la moitié du roster est effectivement potentiellement « cute » dans les traits, on remarque en fait que les personnages correspondent plutôt au final à des archétypes hentai, entre le moei décrit plus haut, la petite maid innocente flirtant avec le loli, ou la plantureuse sexy witch avec trop de poitrine pour être honnête, bref, plein de cochoncetés!  Je parlais plus haut de glissement du cute vers le moei, qui figure généralement bien placé au rang des fétiches des otakus pervers. Il est intéressant de voir que ce glissement s’opérera en utilisant le cute’em up comme véhicule, vecteur. Cave aura cette tendance à donner dans l’icone sexualisée à odeur un peu malsaine de nubilité, avec toujours une belle plante très ureuse au milieu – plante ureuse, hé hé…mouais… -, ce qui soit dit en passant agacera sur le long terme une partie des joueurs venus pour shmupper, pas pour mater de la fillette même pas barely legal. Ce qui m’intéresse ici, c’est ce point de rencontre entre l’esthétique cute et les dérives hentai, cette sexualisation d’une icone à la base – relativement – innocente. Du coup, on ne s’étonnera qu’à peine de voir un jeu comme Soreyuke! Burunyan Man!, excellent shoot’em up de 2012, débarquer avec une esthétique totalement ancrée dans le cute’em up, tout en proposant un contenu très sexualisé, voire carrément hentaï à ses heures – en particulier la version PC qui justifie amplement son appellation « hard » -. Les ennemis sont mignons tout plein, les boss sont un peu plus borderline, disons, et les cut-scenes ne laissent pas de place au doute quand à la volonté d’intégrer la sexualité au propos. Le jeu est d’ailleurs tiré d’un minigame présent dans Musumaker, visual novel – ces presque jeux vidéo grandement axés sur le déroulement d’un scénario à embranchement, à la façon des livres dont vous êtes le héros, en plus bavard – de 2008, très coquin, produit par des spécialistes du genre, Digital Cute… Cute ?! Mais… Tout est lié!!  Et dès le départ, en fait, puisque Parodius, de façon légère et humoristique, intégrait parfois quelques grivoiseries dans ses jeux, et titrera même un de ses épisodes Sexy Parodius, où les pervers attendent encore la larme à l’oeil le coté sexy! Oui, tout est lié, pas de doute sur la question. Et c’est ainsi que je referme cette massive parenthèse sur le cute’em up, avec panache! Revenons à nos histoires d’arcade à la maison, tout ça.

C'est cute, hein, mais c'est sex, quoi, Soreyuke Burunyan Man!

C’est cute, hein, mais c’est sex, quoi, Soreyuke Burunyan Man!

L’arcade vient éclabousser les salons à travers le MSX, mais le cas du MSX reste singulier, et malgré un développement particulier et une quantité impressionnante de modèles assurés par nombre de grandes marques de l’époque – dont Philips, quand même -, le phénomène reste plus ou moins confiné au Japon. On trouvera néanmoins nombre d’exemples ponctuels à travers l’histoire des consoles 8-bits, tant en terme de portages flirtant avec l’excellence, que de matériaux originaux, parmi lesquels j’ai décidé de ne citer que Recca, par simple mauvaise foi, et parce que j’adore ce jeu. Et aussi parce que j’ai déjà abordé la question le mois dernier, et que c’est bien beau de se répéter, mais il faut aussi avancer un peu, que diable! Des exemples ponctuels, donc, mais le véritable point de basculement restera l’apparition de la génération 16-bits. Oh oui. (et non, je n’ai pas oublié la PC-Engine, 8-bits boostée aux hormones capable de tutoyer l’arcade avec arrogance et efficacité! Seulement, c’est plus compliqué que ça, avec son architecture si particulière… Et ça mériterait son chapitre, qui malheureusement sera aux abonnés absents… Pourquoi ? Parce que la vie est injuste!) 

7 réponses
  1. Le serpent
    Le serpent dit :

    J’ai bien aimé l’allusion finale lol.
    Et puis merci d’avoir fait de ta chronique ce qu’elle est devenu: la référence de la recherche sur le shmup

    Répondre
    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Merci pour tes chaleureux mots, chef!
      Ca fait toujours bizarre de laisser derrière soi quelque chose dans lequel on s’est autant investi, mais bon, c’est une fin à points de suspension, n’est-ce pas^^?

      Maintenant, on attaque le projet papier de front!

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  2. Flbond
    Flbond dit :

    Je suis totalement en retard, mais cher ami quel final.

    Encore un grand merci pour cette chronique détaillée et passionnée, et quelle bataille ça va être pour assurer la suite.

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    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Merci, mon cher Flbond! J’ai bataillé ferme pour ce dernier chapitre, en espérant que le contenu soit à la hauteur…
      J’ai même osé flirté avec le pré(jeu)gé – dédicace à l’appui^^ -!

      A toi de maintenir le flambeau l’année prochaine, mais j’ai confiance!

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    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Bonjour Totoro! Etrangement oui, c’est toujours d’actu, plus que jamais, en fait.

      Brièvement, j’ai traîné après la fin de la chronique (un mini burn out) à remettre le texte en forme pour un format papier. Puis entre temps, changement de génération oblige, le genre est redevenu confidentiel, ce qui pouvait être démotivant pour un éditeur.

      Du coup, mis à part un ou deux hors série faits avec amour, le projet de sortie livre était en hibernation.
      … Mais cette année, tout change! Et malgré ma lenteur légendaire, vous aurez droit ce mois-ci à un Shoot’em Down hors série (commencé en Septembre, quand même…hum), et en 2016, on relance le projet, on relance les démarches (si notre éditeur préféré n’est plus chaud, à cause de l’attente, ce que je comprendrais), et on fait de notre mieux pour que ça puisse rejoindre ta bibliothèque autour de noel^^!

      Blague à part, pour résumer, tu n’est point en retard, c’est moi qui ai hiberné, mais 2016 sera l’année STD^^! (Ouaiiiis!)

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      • totoro
        totoro dit :

        Ah c’est cool, merci pour les infos ! En tout cas j’ai hâte de lire le hors-série !
        Merci pour cette grande chronique que j’espère lire sur papier.

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