IV Sega, c’est plus fort que toi!

Sega, d’office, prend au sérieux cette histoire d’arcade à la maison, et se démarque de son concurrent par une ligne directrice résolument « arcade », tant en terme de ludothèque que de conception de hardware, leur système d’exploitation NAOMI – de toute beauté, si je puis me permettre – ayant servi de base pour construire la très puissante et novatrice Dreamcast – l’un des instrument de sa chute, cette complexité à tendance multimedia à un moment où l’on n’en demandait pas tant -. Bref, Sega sera moins un importateur d’arcade dans les salons qu’un créateur d’arcade, tout simplement – sans se limiter bien entendu à ça, n’oublions pas que Ys, la magnifique série de RPG aux musiques envoûtantes a vu le jour chez Sega, quand même! -. Il est donc naturel que les choses diffèrent légèrement de chez Nintendo. N’oublions pas que Nintendo, au sommet de son sur le monde des consoles, prend son temps avant de claquer sa Super Famicom à la face du monde, laissant Sega débroussailler le terrain avec la Megadrive. De fait, Sega met en avant la puissance de sa machine, son nombre de bits – ce qui permettra à Nintendo de revendiquer son Mode 7 ultra sexy, d’oser le pad à six boutons, bref, de faire du 16 bits + et faire illusion de révolution avec une machine au processeur un poil moins puissant -. Les marketeux de l’époque ont donc joué la carte de la puissance à fond, entre le « Sega, c’est plus fort que toi! » bien de chez nous, ou le fameux « Genesis does what Nintendon’t ». Mais outre le décalage dans les dates de sortie, Sega fait aussi un choix de ligne directrice singulière : plutôt que de se perdre dans un bras de fer sur un terrain choisi par Nintendo, passés maîtres dans le jeu de salon en véritable façonneurs de Playhistoire, Sega jouera la carte de l’arcade en tant qu’approche du vidéoludique, ciblant un public plus adulte, et consommera la position de rupture/opposition avec Nintendo en offrant une relecture survitaminé du jeu de plateforme via Sonic The Hedgehog avec son gameplay frénétique, son ambiance colorée à odeur « steampunk pour enfants » par moments et ses graphismes anguleux (les fameux palmiers du stage d’ouverture), tranchant avec l’orientation « dessin animé » de l’univers de Mario tout en rondeur. Bref, Sega fait montre d’une audace que Sonic incarne plutôt bien.

Pourquoi une image de Darius II en arcade ici ? Parce que c'est beau!

Pourquoi une image de Darius II en arcade ici ? Parce que c’est beau!

Et niveau shmup, ça raconte quoi ? La console, comme on peut s’y attendre, est bien fournie en shoot’em up. On s’étonnera de retrouver finalement peu de représentants des titres phares de l’arcade en adaptation- accords de l’ombre avec Nintendo ? -, et si l’on note une version de Darius II qui s’en tire avec les honneurs en redéfinissant le gameplay de façon à ce que le titre ne souffre pas de son passage en 4/3 – car, rappelons le une énième fois, histoire d’avoir un prétexte pour remettre une illustration d’un Darius dans la foulée, les deux premiers opus de la série en arcade  reposent sur une latéralité poussée à l’extrême avec leur zone de jeu étendue sur trois écrans de largeur, ce qui, loin d’être un simple artefact esthétique, redéfini drastiquement le gameplay -, on ne trouvera pas de Gradius dans les bacs, pas plus que du Parodius. Idem pour R-Type, qui pourtant aurait parfaitement cadré avec les visées plus « adultes » de Sega. Mais l’absence de la licence d’Irem sur Megadrive ne privera pas pour autant les joueurs d’univers ultra organiques bien glauques échappés d’un cauchemar de Cronemberg, des titres comme le très bon Bio Hazard Battle (1992), le torturé et magistral Gynoug (1991)ou encore Gley Lancer (1992) s’acquittant fort bien de la tâche. Mais l’absence des ténors sus-cités n’empêchera pas la Megadrive de proposer son lot d’adaptations arcade, avec au programme quelques tours de force faisant honneur à la machine, comme l’adaptation de ViewPoint qui réussit, sinon à égaler la version NeoGeo – faut pas déconner non plus! -, au moins à ne pas avoir à rougir devant celle-ci, un Truxton qui redynamise un jeu d’arcade un peu mou du genou – avec des graphismes pas forcément à la hauteur, cela dit -, ou encore un Twin Shark qui tient tête à la version arcade du jeu de Toaplan. Pas à dire, elle en a sous le capot, la Megadrive!

Gynoug, une odeur de barbaque et de souffre!

Gynoug, une odeur de barbaque et de souffre!

Bref, de l’adaptation, on en a! Mais c’est clairement avec ses titres originaux que la console marquera la Playhistoire. On a cité plus haut Bio Hazard Battle, ainsi que l’excellent Gynoug et son univers angélico-infernal – enfin, plutôt infernalo-infernal, vu que l’angélique s’arrête aux ailes du héros! -, et le mois dernier l’indispensable MUSHA Aleste de Compile , ou encore l’excellent et injustement peu connu – probablement en raison de sa difficulté sans pitié – Gaiares. Mais – vous me voyez probablement venir de trèèèèès loin avec mes sabots en plomb – une série en particulier marquera au fer rouge tant l’histoire du genre que celle du vidéoludique tout entier : Thunder Force. Normalement, si vous avez ne serait-ce qu’effleuré une Megadrive du bout des doigts, la simple mention du titre devrait réveiller en vous des souvenirs brûlants, parfois douloureux – parce que la série ne se singularise pas par sa facilité, forcément – et faire résonner quelques thèmes musicaux en tête.

Thunder Force III et ses effets de folie.

Thunder Force III et ses effets de folie.

Si le premier épisode n’a pas fait date, probablement entre autre en raison de sa diffusion en 1984 uniquement sur Sharp X-1 et sur PC-88, autrement pas les machines les plus répandues sur le marché, et que le second épisode marquant en 1989 l’arrivée de la série sur Megadrive, malgré une certaine ambition, alternant des phases en scrolling multidirectionnel échappées du premier volet et des phases à scrolling horizontal préfigurant les épisodes ultérieurs, s’est laissé oublier probablement en raison d’une réalisation honorable mais datée, Thunder Force III, c’est rien moins que la Playhistoire en marche. Un gameplay marqué par une nervosité et une rapidité toute en tension, une réalisation tutoyant avec arrogance ses contemporains des salles enfumées, Thunder Force III met une claque définitive et sans appel, positionnant la console de Sega dans le panthéon du shoot’em up. Enchaînant les morceaux de bravoure rythmés par des thèmes inoubliables, un pic de qualité est clairement atteint avec ce titre – et surtout sa suite – en terme de shoot’em up de salon, et certains effets visuels – oui, le stage de la lave, forcément! – n’auront pas grand chose à envier aux performances du mode 7 de la concurrence. Thunder Force IV dépassera d’une longueur son ainé en terme de réalisation pure, la série passant de l’excellence au sublime. Niveau gameplay, on reste dans la même veine, et si l’on met de coté la beauté du titre, les deux titres se valent, et il est difficile de trancher pour désigner l’épisode ultime. Le troisième épisode sera porté sur arcade, ce qui, rappelons-le, est extrêmement rare, dans une version du pauvre – fait encore plus rare pour des versions arcade – qui s’avérera être un étrange downgrade de Thunder Force III, avec du contenu en moins, des couleurs moins pétantes, des musiques en demi-teinte, bref, tous les stigmates qu’arborent généralement les portages console ayant visé trop haut! Thunder Force AC, rien que pour ça, mérite d’être mentionné ici.

Thunder Force IV et sa beauté à couper le souffle!

Thunder Force IV et sa beauté à couper le souffle!

Un cinquième épisode sur Saturn saura faire honneur à son héritage, et introduira une esthétique 3D de toute beauté tout en respectant le gameplay 2D des prédécesseurs, domaine dans lequel la Saturn aura su imposer sa loi – oui, Radiant Silvergun, c’était sur Saturn, les gars!-. Et je ne parlerai pas de pourtant plutôt bon épisode VI, sorti sur PS2, parce qu’on est en train de causer de Sega, là, OK ?! Après ce petit survol de ce que Sega avait dans le sac à l’époque de la génération 16 bits, confirmant l’orientation arcade de la firme, passons maintenant au dernier gros morceau de ce chapitre, et par extension de la chronique tout entière. Tiens, tellement massif que je vais mettre un saut de page, teasing + tension dramatique max!

7 réponses
  1. Le serpent
    Le serpent dit :

    J’ai bien aimé l’allusion finale lol.
    Et puis merci d’avoir fait de ta chronique ce qu’elle est devenu: la référence de la recherche sur le shmup

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    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Merci pour tes chaleureux mots, chef!
      Ca fait toujours bizarre de laisser derrière soi quelque chose dans lequel on s’est autant investi, mais bon, c’est une fin à points de suspension, n’est-ce pas^^?

      Maintenant, on attaque le projet papier de front!

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  2. Flbond
    Flbond dit :

    Je suis totalement en retard, mais cher ami quel final.

    Encore un grand merci pour cette chronique détaillée et passionnée, et quelle bataille ça va être pour assurer la suite.

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    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Merci, mon cher Flbond! J’ai bataillé ferme pour ce dernier chapitre, en espérant que le contenu soit à la hauteur…
      J’ai même osé flirté avec le pré(jeu)gé – dédicace à l’appui^^ -!

      A toi de maintenir le flambeau l’année prochaine, mais j’ai confiance!

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    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Bonjour Totoro! Etrangement oui, c’est toujours d’actu, plus que jamais, en fait.

      Brièvement, j’ai traîné après la fin de la chronique (un mini burn out) à remettre le texte en forme pour un format papier. Puis entre temps, changement de génération oblige, le genre est redevenu confidentiel, ce qui pouvait être démotivant pour un éditeur.

      Du coup, mis à part un ou deux hors série faits avec amour, le projet de sortie livre était en hibernation.
      … Mais cette année, tout change! Et malgré ma lenteur légendaire, vous aurez droit ce mois-ci à un Shoot’em Down hors série (commencé en Septembre, quand même…hum), et en 2016, on relance le projet, on relance les démarches (si notre éditeur préféré n’est plus chaud, à cause de l’attente, ce que je comprendrais), et on fait de notre mieux pour que ça puisse rejoindre ta bibliothèque autour de noel^^!

      Blague à part, pour résumer, tu n’est point en retard, c’est moi qui ai hiberné, mais 2016 sera l’année STD^^! (Ouaiiiis!)

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      • totoro
        totoro dit :

        Ah c’est cool, merci pour les infos ! En tout cas j’ai hâte de lire le hors-série !
        Merci pour cette grande chronique que j’espère lire sur papier.

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