Bonjour et bienvenue dans Shoot’em Down avec un programme blindé comme je les aime! Comme promis (enfin, presque), nous allons approfondir un peu la présentation sommaire du mois dernier des techniques basiques de scoring pour nous attaquer aux techniques de level 2 et plus, en particulier approfondir le rôle de l’item dans ces systèmes plus élaborés…. Vous vous dites que c’est peu, que c’est réducteur ? Attendez, mes bons sires, du calme, car non seulement, c’est du joufflu, comme vous allez le voir, mais en plus on ne va pas s’arrêter là!

Car j’aimerais avant tout revenir sur le contexte qui sous-tend un moment majeur dans l’évolution du genre, le début des années 90 – considéré comme un point de chute par certains, de renaissance pour d’autres (oui, je fais partie de ces derniers) -. et analyser dans la foulée la dynamique du challenge, cette forme complexe tracée par la couture en points et contrepoints qui sépare et unit la survie au score, à l’échelle du genre, mais aussi cette fameuse « crise » qui, loin d’être un événement spécifique au shoot’em up, est le symptôme d’une mutation à grande échelle qui touche le vidéoludique dans son entier.

Tout un programme, je vous disais, mais quand on aime, on ne compte pas (c’est difficile lorsqu’on a un compteur de mots juste en dessous de l’écran, mais j’ai mis un bout de gaffer dessus) et c’est donc sans plus attendre et avec grand plaisir que je lance les hostilités, pas plus tard que tout de suite, hop!

Amour du risque

Avant d’aller plus loin dans notre passage en revue des techniques de scoring, j’aimerais donc parler de ce qui sous-tend ces dernières, à savoir l’Amour du Risque (au sens strict, hein, pas la série télé avec Jonathan et Jennifer, les justiciers miliardaires), composante nécessaire et essentielle de ce qui fait le sel du jeu vidéo dans son entier.

SHOOTamourdurisk

Notre instinct de joueur nous pousse à tenter tant bien que mal d’être exhaustif dans notre lutte contre les forces du mal, quitte à se faire plaquer au fond de l’écran par des vagues d’adversaires toujours plus résistants, car se résoudre à laisser délibérément passer les adversaires s’avère terriblement contre-intuitif, douloureux, quand bien même cela puisse s’avérer rapidement une nécessité en terme de survie. Si cette sensation vous est familière, bravo, vous avez été touché par la Fièvre du Shmup, voire du Jeu, tout simplement (c’est plus subtil que ça, vous connaissez la chanson, mais on va se contenter ici de ce raccourci moyennement élégant). Et c’est sur cet instinct viscéral que surferont bon nombre des techniques avancées de scoring, tablant sur la propension du joueur à l’audace, la prise de risque, son goût pour la performance et le dépassement – qu’il soit à l’échelle individuelle ou nourri par la saine compétition -, l’incitant à la virtuosité, redynamisant ce faisant le jeu, recapturant une excitation qui tend à s’essouffler une fois le jeu terminé, vaincu.

SHOOTrtypeboss

C’est ce qui fait que le pourtant légendaire R-Type ait une durée potentiellement limitée – toutes proportions gardées,  bien entendu -, car bien que le jeu soit considéré comme particulièrement difficile, le jeu ne tiendra en haleine le joueur que tant que celui-ci lui résiste. Et bien qu’il excelle en ce domaine, le moment où l’on extermine le dernier boss dans un élan orgasmique, ce tir libérateur validant les dizaines, centaines d’heures passées sur le jeu marque la fin d’une époque. En caricaturant, on pourrait dire que l’on vainc un jeu comme R-Type pour pouvoir passer à autre chose, pour s’en libérer. La victoire sur le jeu est une fin en soi lorsqu’on parle de shoot’em up narratif, car le jeu, si riche et magnifique soit-il, ne propose au final qu’une lecture « unique », là où le shoot’em up « ouvert » (beaucoup de guillemets, je sais, faute de mots parfaitement adéquat pour décrire ce qui est pourtant une incontestable réalité dans l’évolution du genre), le véritable plaisir commence lorsque le joueur est capable terminer le jeu.

R-Type-Coin-op-Arcade-Stage-8-Final-Credits

Mais cette affirmation nous pousse à nous pencher sur certaines questions de fond concernant l’identité du shmup, mais aussi son développement, son évolution, sa période de « crise » durant les années 90.

La Troisième Dimension et glissement de terrain

space harrier

Parler de crise du shoot’em up est finalement très réducteur, car on assiste plutôt à une mutation fondamentale des habitudes des joueurs, d’un glissement progressif dans la relation du joueur au jeu, la façon de l’aborder, et ce entre autres en raison de la démocratisation de la 3D et de ses modes opératoires. Une proportion importante des jeux des 80’s obéissaient à la lettre à l’adage « easy to understand, difficult to master« , et reposaient en grande partie sur la virtuosité, l’apprentissage à la dure, le die & retry à outrance.

SHOOTsin

L’arrivée de la 3D change la donne, ouvre l’espace, et par là même implique une nouvelle relation à cet espace. Ce développement est, comme souvent, une extension directe du développement de hardwares plus puissants, et d’interfaces de stockage massifs – pour rappel, la rom de R-Type pour Mame pèse 378 ko… -. L’espace s’ouvre, et les jeux s’agrandissent, et l’excitation du challenge cède doucement la place à la soif d’exploration. Le joueur se sent soudain à l’étroit dans les couloirs aplatis sur un plan 2D des jeux d’antan, les développeurs se jettent tel un seul homme dans la double course à la 3D et au photoréalisme, et le polygone succède au pixel.

SHOOTcallof

Attention, ce portrait est évidemment caricatural et se contente de dresser à grands coups de crayon gras mal taillé un portrait d’une tendance néanmoins bien réelle changeant le vidéoludique dans son ensemble, qui préfigure la dictature du FPS/TPS sauce triple A des années 2000. Sans nous vautrer dans le « c’était mieux avant » réactionnaire, penchons-nous un peu plus avant sur cet événement rien moins que majeur.

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