C’était mieux avant…

Il faut se replacer dans le contexte de l’époque pour saisir la pleine mesure du changement, et le fait qu’il corresponde non seulement à l’extension d’une évolution technologique, certes, mais aussi à une attente réelle du joueur « lambda ». Car si les jeux des 80’s brillaient généralement par leur difficulté, ils étaient limpides, clairs, simples à comprendre, pour reprendre l’adage ci-dessus. Or on assiste au début des années 90 à une véritable spécialisation des jeux « de genre ».

Lorsque le beat'em up atteint son sommet sans pour autant laisser les ptis nouveaux sur le pas de la porte...

Lorsque le beat’em up atteint son sommet sans pour autant laisser les ptis nouveaux sur le pas de la porte…

Le beat’em up se complexifie et propose un panel de coups de plus en plus difficile à effectuer, tendant vers le frame-perfect – bien qu’il reste malgré tout jouissif, souple et maniable, même pour le joueur occasionnel au doigts gourds, comme nous le prouve le magistral Alien vs Predator (1994) -. Par contre, le VS fighting subit une dérive paradoxalement inévitable qui laissera au final les néophytes sur le carreau. Celle-ci s’incarne parfaitement dans le point de rupture de la saga Street Fighter, avec l’épisode Third Strike et son polémique parry frame-perfect et pour le moins contre-intuitif dans la pratique. Les nouveaux venus sont destinés à se casser les dents non seulement face aux joueurs chevronnés, mais aussi face à la machine, car celle-ci est calibrée sur les attentes des aficionados.

Le grand coupable de ST 3RD Strike : un Parry pour le moins risqué...

Le grand coupable de ST 3RD Strike : un Parry pour le moins risqué…

Car ne nous y trompons pas, ce glissement, cette spécialisation correspond elle aussi à une réelle demande, celle des fans, des amateurs en soif de challenge, qui demandent légitimement que chaque nouvelle itération d’une série comme Street Fighter aille plus loin en terme de technicité, de précision, de finesse. Et le problème, pour donner dans le racourci pas finaud, vient du fait que les développeurs ne trouvent pas de solution satisfaisante permettant de marier une accessibilité suffisante pour que les nouveaux venus ne soient pas simplement perdus face à des mécaniques lourdes, complexes et occultes, à une finesse et une profondeur digne de satisfaire les appels des joueurs spécialisés les plus exigeants.

Et les développeurs, en ce qui concerne le VS Fighting tout au moins, faute de solution consensuelle, doivent faire un choix. Et ils choisissent, de façon somme toute plutôt couillue, leurs fans, prêtant le flan aux critiques acerbes que l’épisode Third Strike a essuyé, le confinant au rang de succès d’estime posthume, de pratique de niche élitiste. La rupture entre la niche et la masse est consommée.

Tekken, ou la série de la réconciliation.

Tekken, ou la série de la réconciliation.

Et ce sera l’apparition du VS-Fighting 3D qui vendra casser cet enfermement supposé dans l’excès d’exigence et une esthétique considérée – à tort, comme l’avenir nous le confirmera – comme rétrograde. La 3D est « in », dans le vent, et les jeux de combat en 3D s’avèrent accessibles, procurant du plaisir immédiat, et les noobs arrivent à friter tout en s’amusant dès le départ, permettant à l’apprentissage – car évidemment, la profondeur de jeu est là, et les possibilités nombreuses pour qui se penchera sur le game system et la liste vertigineuse de coups possibles – de se faire autrement que dans la souffrance et le sang – même si bien évidemment certaines séries restent extrêmement exigeantes comme celle des Virtua Fighters, avec sa centaine de coups par personnages et son abord particulièrement froid, nécessitant systématiquement un passage par la salle d’entrainement si l’on veut ne serait-ce que commencer à prendre du plaisir avec cet étrange croisement entre un jeu d’arcade et une simulation de combat…

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