[SHOOT’EM DOWN!] Chapitre Sept : entre équilibre et démesure, scoring, Le mot de la fin

La redéfinition des territoires vidéoludiques des années 90

Comme on l’a vu ci-dessus, la création des scoring systems est un des axes du renouvellement du genre. La crise des années 90 du shmup, sa perte de repère momentanée, est en fait le reflet d’une crise qui touche le vidéoludique dans son ensemble. J’ai déjà abordé ce point à plusieurs reprises, mais j’aimerais y revenir brièvement. Un des éléments majeurs de cette première moitié des 90’s est la démocratisation de la 3D. En effet, les développeurs, avides de s’approprier l’avenir vidéoludique, se sont engouffrés comme un seul homme dans cette brèche qui aurait pu n’être qu’anecdotique, et aurait dû n’être qu’une alternative. Mais ce faisant, ces mêmes développeurs en ont fait La Norme. Sur l’attrait de la 3D, l’ouverture du paysage, et l’exploration qui va de paire avec ce type de représentation, je ne reviendrai pas. Moi-même, lorsque, il y a de cela bieeeen longteeeemps, j’ai lu un test d’Ultima Underworld, la séduction de ce mode de représentation, l’immersion potentielle liée à celui-ci m’avait frappé directement.

Ultima Underworld, ou le fantasme de la vue à la première personne libérée du sempiternel case-par-case réalisé

Ultima Underworld, ou le fantasme de la vue à la première personne libérée du sempiternel case-par-case réalisé!

Mais la dictature de ce modèle pousse chaque genre à se décliner en 3D. Même la plateforme, a priori liée par essence à la représentation 2D se décline avec un certain succès. Et si l’espace s’ouvre, le die & retry sur un segment spécifique d’un jeu ne fait plus vraiment sens pour ces nouveaux joueurs chez qui souffle l’appel de la Steppe, des grands espace. Là aussi, je ne reviens pas sur les mutations des habitudes des joueurs car j’ai déjà abordé ce point dans cette chronique, ainsi que dans un article sur le jeu de plateforme. Ce que je n’ai pas abordé par contre, c’est le fait qu’effectivement, chaque genre propose une mouture 3D qui se plie à la fois à cette nouvelle représentation ainsi qu’aux exigences nouvelles du public gamer. On a donc des jeux de baston qui s’éloignent de la précision chirurgicale au frame près atteinte par les ténors du genre, et devenu norme et exigence de base pour la niche des fighters de longue date, pour revenir à du kif viscéral, immédiat, où le débutant peut plier l’ancien (ce qui n’est pas spécialement rassurant, diront les amateurs de baston). Le beat’em up assure lui aussi sa mouture 3D, peut-être moins permissive dans un premier temps, avant que la GodofWarite ne vienne frapper le genre. Bref, les genres restent reconnaissables, gardent une partie de leur ADN tout en entrant de plein pied dans l’axiome 3D…

… Mais ce n’est pas le cas du shoot’em up, son essence étant viscéralement liée à la 2D, pensée en 2D. Quelques jeux intègrent l’esthétique 3D de façon plutôt élégante, mais le gameplay reste 2D par essence. Alors vous vous en doutez, je suis personnellement très heureux de cet état de fait. Néanmoins, cette incapacité à se décliner en 3D ostracise d’autant plus un genre déjà en perte de repères, vieillissant (suivant les critères de l’époque), dépassé techniquement (des pixels à l’heure des polygones, pensez donc!). La résistance de l’ADN du genre à la 3D en fait un cas unique dans le paysage vidéoludique. Mais le joueur subjugué par la 3D n’en a pas moins soif d’étoiles, d’adrénaline, de destruction, de tir. Et c’est ainsi que le FPS/TPS en est venu à substituer au shmup dans l’univers 3D. Ce constat est caricatural, bien évidemment, ne serait-ce que du fait que la FPS se rapprocherait finalement plus du run & gun (moins l’adrénaline) que du shmup, pourtant, dans la redistribution des cartes et des fonctions, c’est bien le FPS et le TPS qui comblent dans la 3D le manque de shoot’em up.

Pourtant les FPShmups existent, et depuis la préhistoire de la playhistoire, la preuve!

Pourtant les FPShmups existent, et depuis la préhistoire de la playhistoire, la preuve!

C’est comme ça. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si le shmup sous-tend les premières décennies de l’évolution du vidéoludique, et que le FPS/TPS prend la relève à l’ère de la 3D, devenant à la fois nouvelle norme et nouvel outil de mesure technique! Le parallèle est là, triste et implacable. Le shoot’em up ne passera pas à la 3D, il ne veut pas, il ne peut pas. Mais face à cet univers vidéoludique en plein rééquilibrage, avec redistribution des forces au pouvoir, le shmup doit se renouveler. Et l’on pourrait dire que la réponse du shmup face à cet état de fait est le danmaku, ou tout au moins le développement et l’affinement du concept de scoring system. On pourrait. Et c’est là dessus que je vais fermer la parenthèse 3D pour aborder les débordements de cette période.

11 réponses
    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Merci camarade ;-)!

      C’est le genre d’article sur lesquels je passe trop de temps pour réussir à faire des coupes franches à la fin, vu que tout s’enchaîne plus ou moins. Du coup, bon, bah, c’est long, quoi :-D!

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  1. Flbond
    Flbond dit :

    Je crois que c’est la première fois ou je trouve un de tes articles trop court. Non pas sur le traitement de l’information, mais justement car c’est passionnant.

    Tu m’as refait remonter des souvenirs avec l’évocation du documentaire King Of Kong et le jeu Star Wars en fil de fer. Aussi ça rejoint un peu la longue discussion qu’on a eu sur les shmups à la salle et lors de notre fin de nuit sur Resogun ou les différentes façons de scorer paraissaient subitement plus claires. Tu m’as fait aimer découvrir un genre bordel lol

    Je salue une nouvelle fois ton talent d’écriture, ta clarté, ta culture aussi bien par écrit ou par oral.

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    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Trop court, trop court, non mais!!

      Merci pour ton chaleureux et encourageant message, Flbond! Content que nos séances de blablatage intensif et cette chronique t’aient permis de (re)découvrir le shmup!
      (De toutes façons, c’était soit ça, soit tu rejoignais Yannouxe dans ma cave pour une rééducation des goûts à coups de tortures péruviennes, donc tu as fait le bon choix^^)

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    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Et je viens de m’étouffer avec un gateau sec en riant sur la 2eme phrase de ton commentaire^^!

      Ca fait plaisir de savoir que malgré ton aversion pour les articles trop longs, tu as fait l’effort de lire le bouzon, mon ami!

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  2. Le serpent
    Le serpent dit :

    Mec j’ai envie de t’embrasser !
    Tellement génial mais laisse tombé!
    Aller ma troisième vie je la consacre à scorer du shmup comme un porc !

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  3. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    Ca fait plaisir à entendre, chef!!

    C’est des systèmes tellement bien foutus qu’il serait dommage de ne pas leur faire honneur en les chopant à bras le corps et en se jetant dedans!
    Pas besoin de battre un record mondial pour prendre son pied, rien que de dépasser son propre record, capter au vol une subtilité, une technique qu’on n’avait pas compris, c’est juste du bonheur, même pour un bofplayer comme moi^^!

    et n’oublie pas, MAME est ton ami (et une petite liste de titres sortis sur console de par chez nous dans la foulée aussi^^)
    Donc à l’attaque, mon poto, à l’attaque (bon, il va falloir vraiment trouver un moyen de vivre plusieurs vies en parallèle, entre le boulot, la petite famille, les mille jeux qui font envie, le site, les cours de pole dance…etc)

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