Goût sulfureux

On peut s’interroger sur les raisons de la censure frappant No More Heroes, ou plutôt sur les raisons qui font qu’il passe les mailles de la censure aux USA. Il est vrai que NMH sort sur Wii, et fait partie des quelques excursions dans le monde des adultes de la console de salon Nintendo. Peut-être que le plan marketing américain de la console est moins axé sur le familial, ratisse plus large, ce qui permet au jeu de sortir intact chez eux. Reste que chez nous, les gerbes de sang cèdent place à des avalanches de pièces… Ce qui n’est pas si mal, en fait. En effet, NMH est un jeu articulé autour de la geekerie, et s’amuse à faire entorse à tous les codes du genre, à enchaîner les clins d’oeil provocateurs au jeu vidéo comme au cinéma. Quoi de plus iconographique que les pièces libérées par les adversaires dans les productions Nintendo entre autres, Mario en tête ? Doit-on y voir une petite vengeance oblique tout en dérision de Mr 51, ou simplement une astuce pour détourner les feux d’une censure absurde quand on voit que rien du propos originel n’a été édulcoré, que toutes les références sexuelles sont restées intactes, que la violence du titre ne se limite en aucun cas à ses taches rouges ? Reste que cette petite astuce participe finalement activement au propos mi-provocateur mi-nostalgique de l’ensemble. D’ailleurs, le goût des pièces est resté, puisque dans Lollipop Chainsaw, on en récolte à la pelle, lors de massacre-moves bien effectués, en défonçant des casiers, en sauvant des lycéens boutonneux ; on en trouve même bien rangées cachées derrière des panneaux d’affichages, comme dans Mario… NMH2 sortira non censuré à travers le monde, et les frustrés du premier volet peuvent désormais en profiter dans une version uncut et un poil lissée sur PS3, pas indispensable néanmoins, si l’on s’est frotté à ce volet sur Wii, et carrément difficile à encaisser si l’on a entre temps tâtonné du 2.

Humour à-part

Si l’on rencontre ce même humour qui tache dans le sombre Shadows of the Damned, il n’a pourtant pas le même impact ni la même fonction. En effet, le titre est particulièrement sombre, avec une tendance à la cruauté, au sadisme bien prononcée. Garcia Fuckin’ Hotspur, tueur de démons, rentre chez lui pour trouver Flemming, le Roi des Enfers qui, après l’avoir mis minable, kidnappe sous ses yeux sa douce et tendre, lui donne rendez-vous au fin fond de son royaume, tout en lui laissant clairement entendre qu’il allait tuer le temps avec la belle en lui faisant subir les pires outrages, notamment la tuer et la ressusciter à l’envi. Sur une base aussi glauque, qui noue le ventre, d’autant plus qu’on passe une bonne partie de l’aventure à croiser sa dulcinée pour la voir mourir de façon imaginative et violente, puis revenir à la vie pour connaître une nouvelle mort atroce, l’omniprésence d’un humour même des plus sombre s’avère salvatrice, et équilibre l’expérience du joueur sans pour autant édulcorer l’univers extrêmement sombre du jeu. On rit souvent de bon coeur devant l’avalanche de jeux de mots graveleux, de dialogues cocasses avec Johnson (qu’on pourrait traduire gentiment par « quéquette », choix totalement innocent de la part des développeurs, j’en suis certain…), une tête de mort en flammes qui se transforme à la demande en pistolet, moto, mitrailleuse, entre autres, de situations absurdes, sans pour autant sortir de l’ambiance épaisse et cruelle du jeu dans son ensemble. Un équilibre fragile qui tient de la performance d’écriture et de réalisation, et qui secoue le joueur juste comme il faut. L’humour chez Grasshopper Manufacture est noir, acide, indissociable du contexte de violence provocatrice duquel il émerge généralement. Il est au centre du propos dans Lollipop Chainsaw, comme vous avez pu vous en rendre compte si vous avez joué ne serait-ce que quelques minutes au jeu, ou si vous avez consulté la critique du jeu disponible sur ce site (clin d’oeil appuyé), et permet là aussi d’édulcorer la violence débridée du titre, le confinant clairement dans le domaine de l’absurdité, de l’avalanche de folie. Car une autre caractéristique traversant cette fois la quasi intégralité du catalogue Grasshopper Manufacture serait la volonté de surprendre, qu’elle soit sous le couvert de l’humour et de l’absurde comme dans les titres cités plus haut, de la bizarrerie pure et simple comme dans Diabolical Pitch, un élément de dynamique créatrice, ou un stigmate de l’étrangeté de l’univers décrit comme dans le sulfureux Killer 7, ou l’étrange Flower, Sun and Rain, cette volonté de surprendre est peut-être la dynamique centrale de la créativité du studio, liée à leur capacité à rêver, à créer selon leurs désirs, si possible en marge des attentes, voire à contre-courant s’il le faut. Mais avant d’aborder ce trait tenant de la marque de fabrique, et de l’évidence, faisons d’abord un tour du propriétaire, voyons quels sont les influences, les goûts, les références…etc. Qu’est-ce qui motive ce choix ? Rien. C’est arbitraire. Juste pour le plaisir.

2 réponses

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  1. […] goût pour les expériences vidéoludiques tranchées, extrêmes… Mais vous pourriez aussi cliquer ici et vous retrouver direct sur mon dossier Grasshopper, non ? On pourrait aussi parler de la série […]

  2. […] dont beaucoup ont déjà été testés par Toma dans nos colonnes au point qu’il lui consacre une réflexion entière. Killer is Dead, testé par Toma, son dernier jeu en date a une fois de plus démontré le talent […]

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