En marge des grosses prods’

Mais on ne peut pas parler de genre sans aborder une de leurs dernières productions, Sine Mora, shoot’em-up (ou shmup) du plus bel acabit, faisant référence tant aux sublimes Danmaku de Cave qu’aux shooters horizontaux ancestraux tels que R-Type ou X-Multiplicity. Tenant du véritable bullet-hell, il s’offre le luxe d’un scénario complet et complexe, chose qu’on n’avait pas vu dans un shooter depuis longtemps, peut-être Radiant Silvergun. Les patterns des adversaires démontrent une fois de plus que quand Grasshopper Manufacture s’aventure dans un genre, ils en maîtrisent les arcanes, et le jeu offre tout ce qu’il faut pour combler tout fan du genre, sans pour autant laisser les novices à l’entrée. Ca ne nous étonnera pas de la part d’un Suda51 qui a fait ses classes sur la borne arcade de Space Invaders, et qui a accompagné chaque génération de shooter du coté « joueur ». Mais évidemment, pas question de toucher à quelque chose sans laisser son empreinte. Et là, c’est dans la gestion de la vie qu’ils se singularisent, et pas qu’un peu, puisqu’il n’y en a pas ! En effet, à la place, c’est du temps qu’on gère !  Entre respect des tradition et coup de pied dans la fourmilière, Suda51 dans toute sa grandeur. On retrouve cette façon de faire dans le peu connu et un peu anecdotique Contact, une sorte de action RPG old school sorti sur DS en 2006.  S’il semble classique a priori, on se retrouve malgré tout avec quelque chose d’étrange dans les mains car on dirige Terry, un personnage parti en mission pour le Professeur, afin de trouver des pièces de son vaisseau, abîmé par les tirs de mystérieux poursuivants et l’obligeant à se poser en catastrophe. Jusque là, rien de bien étrange (ni très excitant). Sauf que vous jouez aussi votre propre rôle (d’où le titre du jeu) ! Le professeur s’adresse à vous directement, vous prend à parti, vous demande de guider Terry et de le protéger. La notion de contact se démultiplie lorsque le Professeur occupe la partie supérieure de l’écran, Terry la partie inférieure, et la console vous transforme en médiateur entre les deux, en joueur classique dans une certaine mesure, mais aussi acteur, agissant sur les deux univers, la DS se transformant en interface de contact, de communication. Le clivage entre les deux mondes est accentué par un style graphique et un mode d’interaction propre à chacun des deux mondes. L’idée est bonne et relativement bien exploitée, mais le jeu reste quantité négligeable, rebutant le joueur par son rythme lent et quelques maladresses. Néanmoins, une fois de plus, Suda51 tâte d’un genre pour le faire se fissurer, péter aux coutures, et offrir autre chose, surprendre. Au vu du reste de la production, on peut s’étonner de voir perdu entre le moite et mystérieux Flower Sun and Rain et le complètement barré Killer 7 un Shining Souls 2 des plus académiques, sorti sur GameBoy Advance en 2003. Suite du Hack’n-slash, euh, Shining Soul (…), Grasshopper Manufacture se fait visiblement plaisir en l’augmentant d’une dimension RPG quasi absente du premier volet et réussit son coup en proposant un excellent jeu pour l’excellente console de Nintendo. Un jeu 3+, mais vachement bien quand même…

Frayeurs

Mais son admiration ne s’arrête pas aux genres vidéoludiques. A travers sa production on remarque une admiration pour le cinéma, et le cinéma dit « de genre » en particulier. Et si cette fascination se retrouve en filigrane globalement, on remarque un titre découlant directement d’un type de cinéma bien spécifique, le film d’épouvante japonais. En France on a eu droit à l’émergence de la vague d’histoires de fantômes japonaises (les histoires, donc, pas les fantômes (encore que les fantômes aussi (mais pas seulement, vu qu’on a eu des remakes (bref) ) ) ), articulée autour de Ring et The Grudge, deux terrifiantes séries qui s’étiolent néanmoins assez vite, se fourvoient en remake, mais permettent à ce pan de culture cinématographique japonaise de débarquer chez nous. Car oui, ce n’est pas un simple phénomène de mode autour de deux films à succès mais bien quelque chose qui hante le cinéma japonais depuis longtemps, ainsi que la culture japonaise, plus proche de la notion d’esprit, ne serait-ce que par sa dimension animiste. On retrouve bon nombre d’histoires populaires autour de ces fantômes sans visage, des histoires de malédictions, de chats-démons, de demeure hantées, et tout un petit folklore bien flippant qui se retrouve à l’écran dès la seconde moitié du 20ème siècle. Dans le domaine du jeu vidéo, suite à l’explosion conjuguée de Ring au cinéma et un an plus tard de Silent Hill sur PlayStation, on voit apparaître des jeux à vous glacer le sang, entre les terrifiants Silent Siren, pour les courageux qui ont osé se frotter aux deux premiers épisodes, les plus récents FEAR et leur Alma directement échappée d’un des deux films cités plus haut, et entre les deux, sur PS2, l’excellente série des Project Zero, magistralement réalisée (malgré une lenteur de déplacement assassine), littéralement terrifiante, sans répit (et ceux qui ont laissé en pause trop longtemps le second épisode savent de quoi je parle), une réussite tout bonnement sans appel dans le domaine de la terreur vidéoludique. Son mode opératoire est simple. Pour diverses raisons, généralement sur fond de rituels ténébreux, d’amnésie, de manoirs hantés, d’enfants massacrés, entre autre réjouissances, une jeune femme se retrouve coincée dans un endroit désert, poussiéreux, plein de tentures moisies, de coins sombres, et d’esprits belliqueux, avec pour seule arme la Camera Obscura, artefact ressemblant à s’y méprendre à un appareil-photo (forcément, avec un nom pareil), et permettant de révéler les maléfices, les choses cachées, de violenter les fantômes et à terme les capturer. Sur cette base simple, en plein dans le pur folklore japonais (des pièces remplies de ces poupées flippantes, qui évidemment reviennent à la vie, les portes coulissantes en papier, les fantômes en kimonos issus des pires cauchemars conjugués d’enfants japonais traumatisés par les histoires de mémé (obaa-san en japonais) (oui, c’est un des trois mots que je connais, alors je le place, c’est comme ça) ), on se retrouve face à des ennemis glaçants, lent à faire peur, en train de braquer l’appareil vers eux et d’attendre en tremblant que le voyant indique qu’on peut leur faire mal, généralement quand leur visage recouvre l’écran. Difficile de ne pas se sentir vulnérable quand on incarne une jeune fille d’apparence fragile (‘fait pas partie de la famille Redfield, celle-là !) armée exclusivement d’un appareil-photo ! On n’a eu droit qu’aux trois épisodes sorti sur PS2 en France… Mais un quatrième opus a bien vu le jour en 2008 sur Wii, intitulé Mask of the Lunar Eclipse et développé par notre studio préféré. Les fans d’horreur vidéoludique pleurent encore le choix absurde de ne pas sortir ce jeu dans nos contrée, et ce malgré une qualité digne de ses illustres prédécesseurs ! Mais à l’ère de la HD, qui plus est sur une console qui a du mal à séduire le public adulte en Europe, la sortie était certainement perçue comme un échec assuré, mais c’est bien dommage, quand on voit le manque de qualité des quelques titres « pour les grands » que la console abrite, à quelques très rares exceptions près ! Mais les choses vont peut-être changer, puisque c’est à nouveau Grasshopper Manufacture qui a eu l’insigne honneur de développer récemment un portage pour Wii du meilleur épisode de la série, le second, Crimson Butterfly, d’une beauté et d’une efficacité hors-norme pour l’époque. Cette version est à peu de chose près identique à l’originale, si ce n’est pour le maniement de la Camera Obscura directement emprunté au quatrième volet, ainsi qu’un anecdotique mode « maison hantée » sur rail, avec la possibilité pour un second joueur de déclencher des signes de possession tant à l’écran que dans la WiiMote de l’autre joueur. Donner aux jeunes générations accès à l’un des meilleurs jeux horrifiques est une bonne chose, mais malheureusement la lenteur affligeante du personnage principal, bien que justifiée par le contexte, risquera d’en refroidir plus d’un. Espérons néanmoins que cette sortie rencontrera un succès suffisant pour motiver une édition européenne de l’Opus Manquant… Mais trêve de rêverie.

2 réponses

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  1. […] goût pour les expériences vidéoludiques tranchées, extrêmes… Mais vous pourriez aussi cliquer ici et vous retrouver direct sur mon dossier Grasshopper, non ? On pourrait aussi parler de la série […]

  2. […] dont beaucoup ont déjà été testés par Toma dans nos colonnes au point qu’il lui consacre une réflexion entière. Killer is Dead, testé par Toma, son dernier jeu en date a une fois de plus démontré le talent […]

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