Un zombie au Campus

Si les Project Zero tiennent de l’exportation directe des axiomes d’un certain cinéma d’horreur, on remarque aisément, à travers les années de productions passionnées, la présence du cinéma de genre dans les jeux estampillés Grasshopper Manufacture. Dans Lollipop Chainsaw, on ne sait plus où donner de la tête, tant ces références font partie intégrante de l’expérience. Dès l’icônique tronçonneuse manié par Juliet, le ton est donné. Les zombies envahissent un lycée, soit. On pourrait dire que la tradition zombiesque appartient depuis Resident Evil autant au domaine vidéoludique qu’au cinéma. Certes. Mais quand le lycée s’appelle San Romero, le doute n’est plus permis. George Romero, pour rappel, est le père incontesté du zombie au cinéma, et ce depuis son classique Night of the Living-Dead sorti en 1968 (!), huis-clos éprouvant sur fond de critique politico-sociale enchaînant les scènes magistrales et posant les standards du film de zombies, dont on s’échappe à peine depuis la dernière décennie. Mais c’est en 1978 que sort LE film du genre qui s’imposera définitivement comme la référence absolue, magnifiant les éléments du premier, le sobrement intitulé Zombie, dont l’action est, là aussi une sorte de huis-clos, mais à l’échelle d’un centre commercial. Les normes sont posées, et ce sont ces zombies que Resident Evil reprendra tels quels, tout en diversifiant le bestiaire, avant d’abandonner ce concept avec RE4 en choisissant plutôt des « infectés » que des zombies, les infectés pouvant courir et adopter des comportements relativement humains. Le 21e siècle verra les zombies cinématographiques commencer eux aussi à courir, notamment avec 28 Jours Plus Tard… et l’Armée des Morts, remake pas indispensable de Zombie. Pourquoi le mentionner ? Parce qu’on retrouve au scénario James Gunn, réalisateur de l’excellent Super… et co-réalisateur de Lollipop Chainsaw ! Quitte à faire un jeu avec des zombies, autant bosser avec quelqu’un qui connait l’affaire, non ? Ce sont dont les talents conjugués de Suda51 et de James Gunn qui permettent à Lollipop Chainsaw d’être à terme aussi éclatant. Mais on ne voit pas que des zombies dans ce jeu, le cadre, un lycée, et l’attitude générale des jeunes que vous sauvez renvoie indirectement aux teen movies, ces films où une bande de jeunes aux hormones volatiles se retrouvent dans un lieu quelconque (généralement une maison dans les bois, mais c’est optionnel) et se font massacrer un à un par… disons que là, on a un panel de choix impressionnant, dont je vous épargne la liste. Sans être inscrit dans ce genre particulier, on en retrouve des émanations directes dans le ton du jeu, greffées à l’humour GoIchien. Et l’on se doit de noter l’existence de l’étrange et méconnu Michigan Report From Hell, sorti sur PS2 en 2004 et qui sur le papier évoque Fog de John Carpenter, mais en réalité s’aventure avec audace dans le domaine… du docu-fiction ! Oui, cette vague remise aux goûts du jour au cinéma par Blair Witch Project, et qui sévit aujourd’hui à coups de médiocrités comme Paranormal Activity. Ici vous n’agissez pas, vous êtes un cameraman en quête de scoop, suivant une plantureuse reporter à travers les abords du lac Michigan, envahi par un mystérieux brouillard transformant les gens en monstres. Une idée de gamplay audacieuse, être une tierce personne qui se contente de définir le cadre de l’action, cette dernière étant laissée aux soins de la journaliste, ayant parfois des dilemmes moraux, des choix à faire entre aider et créer le scoop, on a au final un jeu à la réalisation à la ramasse et au rythme poussif. Un peu plus de soin aurait permis à ce jeu d’atteindre la place qu’il mérite dans les étagères des joueurs, mais la frénésie GoIchi a un prix, et parfois, tel un Jess Franco du jeu vidéo, il semble excité par la trouvaille, les idées, le processus d’élaboration du concept, puis se lasser quand il s’agit de passer à la réalisation. Les problèmes de qualité de réalisation des jeux Grasshopper Manufacture sont mis en avant de façon récurrente par la presse spécialisée, parfois à tort (Killer 7 et son esthétique relevant du choix délibéré), souvent à raison. Mais Suda51 s’en fout, il a la tête ailleurs, et bosse déjà sur la prochaine idée !

Go-Ichi the Killer

Mais si l’on remonte un peu vers le passé, en laissant Shadows of the Damned de coté, car pur produit de culture vidéoludique, on a Project Zero 4, encadré par les deux épisodes de No More Heroes. Et là aussi, il y a du niveau, en terme de clins d’oeils cinématographique, la plupart reflétés via le miroir déformant de la culture otaku, mais bien présentes à tous les étages, tant dans la mise en scène que dans les composantes de l’univers. Mais on touche à d’autres styles. Certes, le cinéma gore est au centre du débat, pas de doute là dessus. Mais les jeux de démembrements et l’absurdité ambiante évoquent un cinéma particulier qui s’exporte peu, typiquement japonais, oeuvrant sur les même axiomes. Les lecteurs de Mad Movies tombent régulièrement sur des titres appartenant à ce domaine prolifique d’un certain type de folie cinématographique. Je vous épargne aussi les titres, dans la mesure où l’on est dans le genre de niche. Par contre, sur NMH, Suda51 m’avait évoqué directement un nom du cinéma nippon particulièrement barré, et la découverte de Lollipop Chainsaw me l’a confirmé intérieurement. Il s’agit du grand Takashi Miike, connu pour ses débordements sur Ichi the Killer et sa trilogie Dead Or Alive (rien à voir avec le jeu, ni avec son adaptation !), ou encore Zebraman. Dans Ichi the Killer ainsi que le premier Dead or Alive, on retrouve un sens de l’humour et de la démesure qui cadre parfaitement avec la dynamique de Suda51. Les deux hommes ont-ils simplement des relations analogues à l’art ou y a-t-il influence de l’un à l’autre, je ne saurais dire. Mais l’analogie est trop flagrante pour ne pas être notée. D’autant que lorsqu’on continue à descendre le long de Memory Lane, on aboutit à Killer 7 sorti en 2005 sur PS2 et GameCube, premier pic créatif du studio, et représentant à lui seul la première phase de génie créateur qui animait Grasshopper, éminemment cinématographique dans son approche, au point que certains parlent d’une forme de film interactif, chargé d’influences diverses comme le cinéma de Yakuzas, le thriller, l’animé, et dont la richesse et la brutalité ne dépareillerait pas chez le génial Miike. (Takashi, hein, pas Maouzu) (…)

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  1. […] goût pour les expériences vidéoludiques tranchées, extrêmes… Mais vous pourriez aussi cliquer ici et vous retrouver direct sur mon dossier Grasshopper, non ? On pourrait aussi parler de la série […]

  2. […] dont beaucoup ont déjà été testés par Toma dans nos colonnes au point qu’il lui consacre une réflexion entière. Killer is Dead, testé par Toma, son dernier jeu en date a une fois de plus démontré le talent […]

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