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Ah, le bon vieux jeu de baston… Né dans les salles obscures et enfumées, à une époque où l’on ne s’encombrait pas de débat autour des étiquettes, de luttes stériles pour retirer VS Fighting du vocable vidéoludique, du lutte tranchée quant au choix des termes “beat’em up” ou “beat’em all”, le jeu de baston était simplement… lui-même. L’équation était simple : dès qu’une taloche était balancée, hop, on causait de jeu de baston, point barre. Puis par la suite émergèrent étiquettes et genres suivant des procédés sur lesquels on reviendra plus bas.

Et au sein desdites étiquettes venant segmenter et cartographier la Playhistoire, on trouve les deux mamelles du jeu de baston, comme vous le savez déjà, que sont le Beat’em Up et le VS Fighting. Nous allons profiter de cet article pour assurer une présentation succincte de chacun des genres et nous pencher sur les relations d’influence mutuelle qu’entretiennent ces deux frères ennemis des Game Centers, qui arpentent de concert la Voie du Poing et de la violence décomplexée. Les poids lourds de LSR -au sens le plus trivialement littéral du terme- ont plongé dans l’Arène pour vous. Voyons ensemble ce qu’il en ressort.

La Raison dans la Playhistoire

Nous disions donc, lors des débuts de l’arcade, point besoin d’étiquette pour développer un jeu. Cette absence de canons, de codes à respecter constituait l’une des principales forces créatives de cette époque bénie. Les développeurs pouvaient laisser s’exprimer leurs visions, créer sans se soucier des cases dans lesquelles la Playhistoire allait a posteriori ranger leurs oeuvres.

C’est sûr, cette absence d’étiquette peut nous poser problème, aujourd’hui, nous qui souhaitons étudier avec un tant soit peu de sérieux les évolutions du jeu vidéo, ses mutations. Par exemple, le célèbre Ghosts’n Goblins, Makaimura pour les intimes, si franc du collier soit-il en terme de gameplay, se dérobe pourtant aux étiquettes qu’on voudrait lui coller. En effet, doit-on parler de jeu de plateforme ? On saute, indéniablement, il y a des plateformes, ça devrait coller, non ? Pourtant, manette en main, on sent que l’appellation “Plateformer” ne décrit que partiellement ce qui se passe lorsqu’on glisse une pièce dans la borne et qu’on appuie sur le bouton Start. Peut-être devrait-on alors parler de Run & Gun, point de rencontre entre le jeu de plateforme et le shoot’em up ? On court, on tire sur tout ce qui bouge… mais on n’a pas de flingue! Malgré une proximité évidente de gameplay et de ressenti, nous sommes face à autre chose : un jeu d’arcade, tout simplement, arcade en tant qu’approche, en tant que ressenti. Le fait de voir l’étiquette “Arcade” réémerger massivement  sur Steam et autres n’est pas anodin, car elle décrit un état d’esprit, une relation au jeu vidéo plus qu’un genre spécifique à proprement parler.

Les étiquettes émergent a posteriori et les codes se cristallisent par la répétition -flirtant parfois avec le pillage éhonté, il faut bien l’admettre- et la variation, les deux pans de l’évolution Playhistorique. Un développeur va être marqué dans sa chair par un aspect spécifique d’un jeu, et va s’en servir comme socle pour sa création future en le poussant à l’extrême… Un autre flairera le filon et transposera dans un autre contexte le gameplay général du jeu en en affinant certaines mécaniques…etc. L’Histoire en mouvement, tout simplement.

Il est donc très probable que Piston Takashi n’ait pas saisi, à l’époque où il développait en 1984 l’incontournable Kung Fu Master aka Spartan X, l’importance historique de son jeu, le fait qu’il créait à bout de bras le premier Beat’em Up. 

Petite introduction au Beat’em up en deux arrêts

Sur un pitch basique au possible inspiré par le film Soif de Justice de l’excellentissime Sammo Hung, chorégraphe et réalisateur talentueux à l’humour sombre, doublé d’un artiste martial hors norme et compagnon de route de Jacky Chan, lui aussi à l’affiche du film, Spartan X nous offre de la damoiselle en détresse détenue au sommet d’une tour gardée par les Triades Chinoises. Le héros -tenant plus de Bruce Lee que de Jacky Chan, si l’on se base sur sa silhouette et ses cris accompagnant les coups de tatanes administrés aux hordes de mafieux déboulant de chaque bord de l’écran- devra se frayer un chemin à travers les étages du bâtiment, chacun étant gardé par un adversaire solidement bâti.

L’air de rien, Spartan X est un jeu rien moins que visionnaire et pose à bout de bras certains des codes principaux qui traverseront le beat’em up à travers les décennies. Le gameplay à deux boutons, poing et pied, la possibilité de sauter, le pressing extrême des ennemis déboulant sans relâche, sans oublier l‘apparition d’une barre de vie, à une époque où la règle de la mort au moindre contact règne -quasiment- sans partage. La barre de vie deviendra l’un des codes permettant de distinguer le beat’em up du restant de la production arcade flirtant avec lui, comme par exemple Green Beret, qui danse avec les codes du run & gun et ceux du beat’em up sans jamais trancher vraiment.

Détail qui a son importance, sous la barre de vie du héros de Kung Fu Master, dès le début de la partie, on trouve une autre barre de vie, celle de l’Ennemi. Détail, certes, mais qui a une double importance ici : celle d’annoncer le boss de fin de niveau, tradition bien en place aujourd’hui mais loin d’être systématique en 1984, mais aussi de centrer notre attention sur cet affrontement à venir en tant que finalité, que but à atteindre. La placer au vu et au su du joueur dès le début fait presque passer au second plan le parcours, dans l’anticipation de l’imminent duel contre cet adversaire coriace. Et cet élément, l’air de rien, représente une zone de contact, et non des moindres, entre les racines du beat’em up et la logique du VS fighting, ce point de rencontre pré-playhistorique entre ces deux genres en gestation arpentant la Voie du Combat.

Piston Takashi s’impose donc directement comme une figure du jeu de baston avec qui compter en posant du même coup les codes du beat’em up et la logique du VS fighting dans un seul et même jeu -son second, soit-dit en passant, après le très bon Moon Patrol-. Il confirmera ce rôle prépondérant quelques années plus tard en créant la franchise Street Fighter via son premier épisode, dont les contempteurs semblent avoir oublié l’importance et l’impact. Mais avant d’aller titiller la Bête, penchons-nous le temps de quelques lignes sur l’Autre pilier fondateur du beat’em up.

La Voie de la Violence : Double Dragon

Yoshihisa Kishimoto a eu une jeunesse marquée par la violence urbaine, ponctuée de bastons fréquentes contre de furieux furyos -sortes de blousons noirs nippons aux extravagances capillaires à faire retomber la banane du Lucien de Frank Margerin-, ambiance de guerilla urbaine qu’il retranscrira avec efficacité dans l’ancêtre direct de Double Dragon, le fameux Nekketsu Koha Kunio-Kun, souvent abrégé Kunio-Kun. Le jeu sera transposé de par chez nous sous le titre Renegade et subira un whitewashing des familles, où les Furyos et autres Yankees -non, pas les Nordistes de la Guerre de Sécession mais une autre variation du bad boy made in Japan, lisez Great Teacher Onizuka, manga particulièrement instructif dans le domaine (et accessoirement un shonen qui vaut son pesant de choucroute)- cèdent la place à des loubards bien de chez nous. Le jeu est raide, la maniabilité est peu intuitive -Kunio est toujours orienté vers son ennemi, et les trois boutons servent à frapper vers la gauche, vers la droite et à sauter (bouton du milieu), ce qui décontenance un peu et pose parfois quelques problème de zoning-, mais Kishimoto place déjà les jalons de ce qui fera tout le sel de Double Dragon l’année suivante. Petite remarque en passant : Kunio-kun disposait déjà d’une palette de coups impressionnante, avec une chope qui deviendra l’un des tropes non seulement du beat’em up, mais aussi du VS fighting, ainsi que le révolutionnaire Dash avant, effectué avec le désormais traditionnel double coup de joystick vers l’avant qui permet au héros de courir, et d’effectuer dans la foulée une péchoune bien appuyée. Bref, ne sous-estimons pas l’importance de Nekketsu Koha Kunio-Kun, ce serait lui faire injure.

Double Dragon reprend les codes mis en place dans Kunio-Kun en poussant d’un bon cran (d’arrêt) le curseur de la violence débridée. Le ton est posé dès la scène d’introduction, où la belle Marion se prend une péchoune des familles en plein estomac, appuyée par un bruit qui résonne encore dans la mémoire des joueurs de l’époque, mi-traumatisés mi-fascinés : on était face à un vrai jeu de baston, où les coups étaient vicieux, ils faisaient mal, et ils étaient variés. Double Dragon comme son prédécesseur, osait s’échapper du schéma poing/pied pour varier les plaisirs, dans la douleur, à grands coups de genoux dans la face, de coups de coude meurtriers, de coups de boule bien teigneux,  entre autres joyeusetés, sans oublier les armes blanches à foison, battes, fouets, tonneaux…

On sent indéniablement une filiation de coeur entre Spartan X et Double Dragon, Spartan X débroussaillant doucement le territoire de la subversion vidéoludique, avec des impacts bien fermes et des saisies possibles de la part des adversaires, Double Dragon magnifiant la voie de la Péchoune, celle qui fait mal, qui tache, qui éclate. Et si, dans les faits, Spartan X semble faire plus pour l’émergence du VS Fighting que Double Dragon-on reviendra plus bas sur la question-, deux éléments viennent malgré tout perturber cette lecture.

L’une des principales spécificités de la patte Kishimoto tient en la variété des coups, une première dans un genre qui restera relativement timide encore quelques années durant à cet égard, les beat’em up pré-90’s rétropédalant devant cette variété parfois contre-intuitive des jeux de Kishimoto. Il faudra plusieurs années par exemple avant que le dash présent dans Kunio-kun ne refasse son apparition pour s’imposer de façon définitive dans le genre, mais aussi et surtout pour que les développeurs réussissent à marier variété et maniabilité intuitive, comme l’illustreront avec brio Punisher (1993) et surtout Alien VS Predator (1994), considéré à juste titre comme le pinacle du beat’em up sauce Capcom.

Le second point, plus important, tient au fait que l’on peut jouer à deux sur le même écran dans Double Dragon… et surtout, il est possible de frapper son acolyte, son frère d’arme -son frère tout court, d’ailleurs, si l’on en croit le scénario qui recycle le trope de la damoiselle en péril sauvée par les frères Billy et Jimmy dans un climat d’amoralité vengeresse particulièrement jouissive-. Les « friendly fire » sont Légion, et virent parfois au pas friendly du tout. La fin du jeu forcera d’ailleurs les deux joueurs à s’affronter dans une lutte fratricide pour savoir qui aura le privilège de repartir avec la belle -…bon, en terme d’image de la femme, on est un peu limite, je sais…-.

 

Street Fighter VS la tradition de l’Arcade

Piston Takashi ne s’est pas contenté de créer à bout de bras le beat’em up, il a en un jeu posé les jalons des deux frères mamelles de la bagarre vidéoludique, ce qu’il confirmera en 1987 avec Street Fighter, par lequel il a failli créer le VS fighting -oui, seulement failli, nous allons développer un peu-. Street Fighter, s’il est de bon ton de le mépriser aujourd’hui, principalement à cause d’une maniabilité hasardeuse en grande partie due à l’émulation imparfaite, est une pure claque à sa sortie. La borne est immense, les sprites sont gigantesques, elle arbore deux massifs boutons analogiques, un pour les coups de poing, l’autre pour les coups de pied, qui varient suivant l’intensité de la pression. Evidemment, à cette époque, les joueurs ne savent pas encore qu’il n’y a que trois niveaux de force pour chacun : faible et rapide, moyen, et enfin fort et lent. Non, le joueur sait juste que plus il frappe fort sur les gros boutons, plus le coup sera puissant. Suite aux retours massifs de bornes malmenées en raison de la délicatesse toute mesurée des joueurs -certains iront jusqu’à se mettre debout sur les bornes pour frapper les boutons du talon-, Capcom changera ce système original mais trop coûteux et peu précis pour le remplacer par le désormais légendaire set de six boutons, qui s’imposera en tant que norme via le succès légendaire de Street Fighter 2. Je vous renvoie aux nombreux articles disponibles sur LSR pour plus de détails, en mettant sans vergogne en lien un article rédigé par mes doigts boudinés.

Piston Takashi avait choisi de rendre l’affrontement entre deux joueurs secondaire, simple moyen didactique de décider qui de Ken ou de Ryu, deux personnages aux maniements parfaitement identiques, prendrait les rennes de la partie et aurait l’insigne honneur de se mesurer aux adversaires hauts en couleurs que proposait Street Fighter. D’où le fait que l’on ne puisse qu’indirectement parler de VS fighting, la place de l’affrontement joueur contre joueur rejoignant dans une certaine mesure celle de Double Dragon -le coté vicelard en moins-. Takashi Nishiyama expliquera que selon lui, les joueurs japonais n’étaient pas prêt à s’affronter de façon frontale, ligne qu’il continuera à tenir dans la suite officieuse de Street Fighter pour SNK, Fatal Fury, sur laquelle notre indispensable Yace reviendra un peu plus bas. Capcom de son coté ne s’encombrera pas de fioriture à cet égard et permettra aux joueurs de Street Fighter II non seulement d’incarner n’importe quel personnage à l’exception des boss finaux- du moins dans la première mouture du jeu-, mais surtout de s’affronter à l’envi. Pourtant, la dimension centrale du PvP n’arrivera qu’en seconde bouche, dictée par l’appropriation qu’en feront les joueurs.

En effet, dans un premier temps, cette fonction a été abordée comme simple façon de prolonger la partie en cas de défaite imminente, voire de passer un stage difficile par une pieuse tricherie : le second joueur claquait un crédit un peu avant la fin d’un match en très mauvaise tournure, « Here comes a new challenger », il prenait le personnage qui faisait du mal à son pote puis, après une joute plus ou moins enragée, concédait une défaite par abandon et hop, le stage était passé. Technique de lâche par excellence, elle permettait néanmoins aux clearers du dimanche de s’approcher du quatuor final, qui n’apparaissait pas sur l’écran de sélection. C’était qui plus est du win-win, en un sens, puisque si les deux joueurs jouaient à la loyale et que le second joueur gagnait, le perdant était néanmoins éliminé de la carte du monde et comptabilisé comme une victoire pour le joueur prenant du coup le relais.

Car s’il est vrai qu’aujourd’hui, le concept de terminer un jeu de baston a de quoi faire un peu sourire, la fonction première du VS fighting étant désormais avérée, posée -le duel entre joueurs de chair et de sang au sein d’une arène virtuelle-, n’oublions pas que la culture de l’arcade est toute entière habitée par le règne du One Credit Clear qui représente, avec la chasse au High Score, l’essence de l’approche arcade du jeu vidéo -et l’une des raisons pour lesquelles je prends littéralement feu quand on me sort qu’un shoot’em up est un jeu « court » parce que ça ne dure qu’une petite demi heure…-. Et Street Fighter II, né dans la pénombre des salles enfumées, ne faisait pas exception. Voir la fin du jeu, les quatre boss cachés, torcher le jeu en une partie, admirer les différentes fins, tout cela faisait partie des objectifs initiaux de la première vague de joueurs. Le changement de paradigme qu’a opéré l’essors du VS fighting, l’abandon de cette tradition, de cette approche du jeu très fermement ancré dans l’ADN même du jeu vidéo, au profit du VS fighting en tant que joute directe entre joueurs est une révolution rien moins que fondamentale qui bouscule les codes premiers de l’arcade. Il est essentiel de prendre la juste mesure de ce phénomène pour comprendre l’attitude de Nishiyama, fils de l’arcade, père de la baston.

Le monde de Piston Takashi

Ceci étant posé, il est particulièrement intéressant de mettre en parallèle Spartan X et Street Fighter, car cela permet de constater non seulement le chemin parcouru par un créateur de génie, mais surtout de mettre en avant un élément qui est trop souvent négligé : Piston Takashi Nishiyama est habité par une vision du jeu de baston, dès Spartan X, que Street Fighter prolonge indéniablement. Sa décision de passer l’affrontement au second plan n’est pas anodine ni simplement motivée par une quelconque timidité ou la peur de la réaction des joueurs, elle correspond à une vision claire de ce qu’il souhaite offrir au joueur.

Nous l’avons vu plus haut, le fait d’afficher dès le début de chaque stage la barre de vie du boss final dans Spartan X focalise l’attention du joueur sur cet ennemi à venir, rendant presque contingent le parcours qui nous mène à lui -les stages sont d’ailleurs marqués par une certaine répétitivité, heureusement compensée par le rythme frénétique de l’action-. Si cet affrontement final est mis en exergue à même la pagination du jeu -le HUD pour les intimes- c’est parce qu’il est essentiel aux yeux de son créateur. On remarquera d’ailleurs que dans Street Fighter, les deux barres d’énergies sont positionnées de la même façon, l’une sous l’autre, et que celle de l’antagoniste arbore l’appellation générique d’Enemy. Coïncidence, choix fonctionnel… ou volonté de relier les deux titres à même la structure du HUD ?

Au regard de ces éléments, il ne serait pas délirant de voir en Street Fighter un prolongement épuré de Spartan X, dégagé de l’impératif structurel du jeu traditionnel, avec son alternance Stage/Boss, pour se concentrer sur le combat d’un héros contre des antagonistes hauts en couleurs, dangereux, effrayants -Sagat qui vous retire la moitié de la barre de vie en un coup de tibia… cruel souvenir…-, un mode opératoire qui s’apparenterait au Boss Rush -mode de jeu ou segment d’une partie qui, comme son nom l’indique, permet au joueur d’enchaîner les boss d’un jeu, et que l’on retrouve principalement dans le shoot’em up-. Et à cet égard, on peut comprendre le relatif désintérêt de Nishiyama pour l’affrontement entre joueurs, animé par une fascination pour les aspérités des antagonistes plus que pour un héros générique et lisse. Il prolonge une vision née de l’arcade, imprégnée par ses codes, il souhaite créer un post-beat’em up et aboutit malgré lui à un pré-VS figting game.

Et c’est sur cette réflexion en semi digression que je laisse la main à mon ami Yace, afin qu’il recentre le débat sur les relations d’influence entre le beat’em up et le VS fighting, qui dépassent le simple fait de cogner sur des méchants. Enjoy!

 

Beat’em up et VS fighting : un air de famille

En dépit de ces dénominations différentes, le lien entre ces jeux dits de « VS Fighting » et les beat’em up ne peut être tenu pour inexistant. Premièrement, il s’agit bien de titres dans lesquels on cogne sur un ou plusieurs opposants. Deuxièmement, certains titres et certaines idées entretiennent un copinage avéré sans pour autant être honteux. Quelques exemples viennent imager cette relation quasi incestueuse, ou tout au moins pas si immorale que cela.

AUX ORIGINES

Black Belt sorti en 1986 sur Master System est un beat’em up dont les boss s’affrontent sur le modèle d’un VS fighting alors que les niveaux sont de l’ordre du beat’em up classique de l’époque. Et cette nette séparation entre ces phases de jeu est très assumée, pour preuve les sprites des protagonistes lors des phases de boss sont bien plus grands à l’écran, comme pour encore plus marquer la différence conceptuelle entre baston en un contre mille et en duel en un contre un, là où Spartan X restait dans une continuité formelle plus dans la tradition stage/boss, l’arrivée du boss faisant simplement fuir les sous-fifres. Black Blelt (transcription européenne et américaine du Hokuto no Ken de la Sega mark III dont toutes les références à l’univers post-apo du sulfureux anime ont été malheureusement purgées) insiste donc déjà sur la différenciation entre baston et combat singulier, le tout au sein d’un seul et même jeu, prouvant que la cohabitation entre les deux est tout sauf hors-sujet.

Non, il ne s’agit pas de Ryu VS Honda dans SF 2, mais de Riki vs Gonta dans Black Belt !

Yie Ar-Kung Fu de Konami est un jeu de VS fighting mais ne peut se jouer à deux, de l’avis même de Konami le jeu était censé être une succession de boss sans niveaux, mais qui recommence à l’infini. Le jeu est-il finalement un jeu de baston en séquences individuelles ou alors est-il finalement un authentique jeu de vs Fighting ? Les concepteurs eux-mêmes n’en savent rien, tout n’est que ressenti du joueur.
Le premier Titre de Final Fight était « Street Fighter 89« . Si le Street Fighter de 1987 était assumé comme un jeu de « duels », les décideurs de chez Capcom n’ont manifestement pas jugé hors de propos de créer une série « Street Fighter » avec un second épisode qui lui, était un jeu de baston en un contre mille si assumé qu’il est aujourd’hui régulièrement cité comme l’un des fondateurs du genre beat’em up ! Ah, en 1989 on ne se prenait pas autant le chou, hein…D’ailleurs, la trame de Final Fight faisait de Haggar un ancien participant au tournoi de Street Fighter, ce qui n’est finalement qu’un simple clin d’oeil interne à Capcom, le personnage du désormais maire de Metro city n’ayant pas fait d’apparition dans le jeu de 1987.

Dans les années 90

Dans la presse ludique, les termes « jeu de baston » et « je de combat » étaient employés indifféremment pour l’un comme pour l’autre (Consoles+ notamment qui nommait jeu de baston tous les titres où ça cognait, de SF 2 à SoR 2). A croire que seule l’action comptait en ces années 90 débutantes, faisant fi des pourtant nombreuses divergences de gameplay présentes entre ces jeux. Cependant, on pourrait toujours trouver des points de rattachement : si dans le beat’em up on est seul contre tous, la série des Mortal Kombat, pourtant indubitablement partie des « VS Fighting », proposait dès 1992 des rounds dits « endurance » où il fallait vaincre deux adversaires successifs avec la même barre de vie ! Mortal Kombat II abandonnera toute ambiguité en revenant à du 1 VS 1 sans bavure, mais dès le troisième volet ces rounds d’endurance reviendront et dans Ultimate Mortal Kombat 3, ces rounds d’endurances pourront aller jusqu’à faire affronter trois adversaires avec la même barre de vie. Un bonus spécial, le « special endurance round » en imposera même cinq.

Le mode Tekken Force.

Le retour du VS Fighting vers 92/93 fut un moment présenté comme la réponse à la lassitude qu’entrainait la soit-disante « répétitivité » des beat’em up, car eux ne proposaient finalement pas d’action répétitive mais une simple succession d’adversaires uniques ( ce qui revient à l’idée exprimée par Yie Ar Kung Fu d’un jeu de combat de type boss mode).
De nombreux personnages de la série Final Fight on fait leur apparition dans Street Fighter (Cody, Guy, Sodom, Rolento, Haggar) ou dans des cross-over (Mako, Haggar)
Tekken 3 sur Playstation proposait le mode Tekken Force qui était un pur beat’em up ; bonus sympa mais qui eut comme effet pervers de reléguer le beat’em up à un « sous-genre » du VS Fighting, alors que chronologiquement ce serait plus l’inverse qui semblerait exacte, à savoir voir le VS Fighting comme une variante du Beat’em up (si on veut remonter loin, en 1984 Kung-Fu Master aussi différenciait bien les phases de combat et les phases de duel).
Bien des beat’em up proposent en option un mode « VS » (TMNT IV, SoR 2). Il s’agit là d’une fioriture, mais qui sait, certains peuvent y trouver leur compte.

Il y a un mode VS quelque part sur cet écran…

Dans The Punisher de Capcom, les coups spéciaux de Nick Fury sont des copier-coller de ceux de Guile, tout comme Zangief et Haggar partagent une movelist très similaire ; on a vu que Capcom ne rechignait pas à l’auto-référencement, tout comme Final fight 3 (aka Final Fight Tough) sur SFC reprendra le système de fury initié par Street Fighter 2X. En 1999, c’est l’ancestral et vénérable Final Fight qui tentera la métamorphose vers le VS Fighting avec un Final Fight The Revenge absolument honteux. L’obligation pour les titres fondateurs du beat’em up de virer au VS Fighting nous avait pourtant déjà « gratifiés » d’un Double Dragon V de triste mémoire…Bref, parfois la confusion des genres donne mal au postérieur et ces deux titres pourtant ornés de grands noms ne sont que des tentatives menées par un apprenti sorcier auquel je botterai personnellement le cul si je le croise.
En conclusion
Je conclurai donc ma modeste participation à cette prose ainsi : la principale différence entre Beat’em up et VS Fighting se ressent à deux. Et pour cause, dans un beat’em up les joueurs sont alliés (et ce même si bien souvent ils peuvent se taper entre eux dans le feu de l’action, ce que l’on désigne sous l’anglicisme de Friendly fire, un peu comme l’Oncle Sam jamais à court d’idées à la con avait créé le concept de « tir ami » pour se dédouaner des balles perdues qui flinguaient les civils dans certains conflits plus ou moins récents !), tandis que dans un VS Fighting, les joueurs sont adversaires. Le jeu en solo lui finalement est dans les deux cas une question de lecture, de réactivité et d’endurance.
Yace et toma überwenig

1080602201Les retrogamers et amateurs de beat’em up old school disposant d’un abonnement PlayStation Plus seraient bien inspirés d’aller traîner leurs guêtres du coté de la sélection d’octobre. En effet, outre un Spellunky pur jus old-school – mariage entre l’impitoyable Spelunker de 1983, Rick Dangerous et certains principes du Rogue-Like – qui ravira les masochistes, les nostalgiques, les bouffeurs de trésor et les amateurs de plateformer hardcore, les amoureux du Pixel Sacré ayant un compte PS+ pourront profiter sans lâcher un kopeck d’une des véritables gemmes de l’âge d’or du beat’em up. Une, que dis-je, DEUX gemmes, car D&D : Chronicles of Mystara regroupe D&D : Tower of Doom, sorti en 1993 et sa suite, Shadow over Mystara, datant de 1996. Les deux jeux bénéficient d’une réalisation somptueuse et d’une ambiance magique, le vent de l’aventure et de l’epicness soufflant en continu dans les contrées de Mystara. Le genre, à cette époque, était à la fois à son apogée technique, au faîte de sa maturation, et dans une certaine mesure en fin de vie, puisque le succès de Street Fighter II quelques années plus tôt poussait les combattants vidéoludique vers les gameplays riches et techniques du vs fighting. La réédition des Chroniques de Mystara nous rappelle que les herbes verdoyantes de l’aventure sauce baston avaient encore beaucoup à offrir en misant sur une dimension RPG jusqu’alors présente seulement ponctuellement et à l’état de trace. D&D prolonge donc l’axe doré – clin d’oeil appuyé – plutôt que la technicité d’un Punisher, et le fait magnifiquement bien. Le seul vrai problème de la chose, c’est son prix : 15 euros pour des jeux émulés légalement sur MAME, ma foi, c’est beaucoup – et c’est bien peu -, bien qu’ils valent clairement leur prix et enterrent0 bon nombre des nouveautés du genre qui voient le jour ces dernières années. Fort heureusement, la question ne se pose pas ce mois-ci pour les nantis du PS+, alors on fonce, on télécharge, on invite trois potes et on fait la bagarre!

Senran Kagura Burst copertina PAL

Notre chef a l’art et la manière de nous pousser au test en jouant sur nos faiblesses. Lorsqu’il a reçu Senran Kagura Burst, il a probablement ricané intérieurement, en sachant d’office que je me jetterai dessus sans qu’il ait à insister. C’est donc en toute légèreté que le vil Serpent a balancé son mail de proposition, l’air de rien, choisissant quelques mots-clés au hasard parmi ceux lié au jeu : beat’em up, boobs, ecchi, niche, moe, et hop, j’étais ferré comme truite en surpoids. Il faut dire que ce jeu, je l’attendais un poil quand même, pour des raisons bien entendu inavouables, et pour d’autres aussi. Comment ça, je fais mon mystérieux ?! Mais non, la preuve, je vous révèle tout dans ce petit Temps Modernes de derrière les fagots!

Mode Niche, on !

Une des trèèèèès nombreuses visions du paradis mammaire façon SKB

Une des trèèèèès nombreuses visions du paradis mammaire façon SKB.

(…finesse, on a dit, hein!) Senran Kagura Burst est un jeu de niche, assurément. Bien entendu, cette expression ne veut quasiment rien dire, mais je n’y peux rien, c’est le cas. Et dans un contexte où le jeu vidéo japonais s’occidentalise et s’exporte mal, je suis content de voir des jeux comme ceux de Nippon Ichi Software, Gust, ou comme celui-ci oser l’aventure internationale! Parce que le formatage FPS/TPS et les clones d’Assassin’s Creed, j’en ai un peu raz-la-couenne, comme on dit! Donc oui, j’accueille les excentricités un poil borderline à bras ouverts, et je tente généralement le coup, parfois en me ramassant les dents de devant, avouons-le, mais toujours avec ce petit plaisir de découverte et cette satisfaction de voir un paysage vidéoludique plus varié qu’il n’y parait.

Oui, c'est bien un personnage habillé en soubrette dont la tenue est en train de se déchirer, pourquoi ?

Oui, c’est bien un personnage habillé en soubrette dont la tenue est en train de se déchirer, pourquoi ?

Senran Kagura Burst aurait très bien pu ne jamais réussir à sortir du Japon, voyez plutôt : un beat’em up où des lycéennes à très fortes poitrines s’affrontent dans des situations échappé du Petit Guide du Ecchi Illustré, donc à base de voyeurisme, de techniques qui déchirent les habits de nos lololitas même pas barely legal et de fan-service massif localisé en dessous de la ceinture, ça passe moyen par chez nous, généralement. Même dans Bravely Default, ils avaient dû booster l’âge des personnages pour ne point choquer le chaland européen, et pourtant, ça ne boobait pas des masses! Alors si en plus, ce condensé de grivoiserie paraît sur la portable de Nintendo, console a priori familiale par excellence – bref, une console Nintendo, quoi! (même si, comme pour sa grande soeur en son temps, la 3DS sait nous surprendre de par son audace et la variété de son catalogue) -, on peut se considérer chanceux de voir nos ninjettes déborder l’écran relief de notre console.

Boob’em up

Enfin, tout est relatif. Car le jeu, c’était prévisible, n’est pas une perle de réalisation soignée couplée à un gameplay d’une richesse à foutre Bayonetta au placard. Loin de là même. Car boobs mis à part, on a affaire à un beat’em up sympathique mais répétitif, où l’on enchaînera les mêmes coups encore et encore à travers des missions qui se suivent et se ressemblent. En fait, ces défauts m’évoquent un peu le croisement entre la licence Naruto ou Budokai (que je n’aime pas, affirmons-le bien haut!) et la série des Musou Tensei, aka Dynasty Warriors (pour qui j’ai une certaine tendresse). On se retrouve confronté aux même limites en terme de nombre de coups, les personnages étant uniquement singularisés par leur style originel, tant vestimentaire que martial, et leurs coups spéciaux (le pluriel est presque de trop), et ce manque de variété dans le maniement est compensé par un nombre confortable de personnages jouables, ainsi qu’un second fil narratif permettant cette fois de vivre l’aventure à travers les yeux des antagonistes, bref, on a de quoi faire en terme de durée de vie.

Ben oui, dans un Beat'em up, il faut des boss, quand même!

Ben oui, dans un Beat’em up, il faut des boss, quand même !

On va donc s’amuser à level-grinder les différents personnages en admirant les atours mammaires de ceux-ci – et à cet égard, c’est carrément Noël (un Noël mammaire donc (et oui, j’ai déjà fait un four avec cette vanne sur le forum de shmupemall, et je récidive ici, sans honte aucune) ) -, dans un jeu finalement plutôt old-school dans ses mécaniques, beat’em up 2D pur jus, avec une dynamique plutôt bonne, des enchaînements qui nous propulsent dans les airs avec des combo counts bien gras comme les fans de Mussô les aiment, des coups spéciaux agrémentés de séquences où le relief est, disons, bien mis à profit, des passages en mode « Hyper » avec changement de tenue bien Magical Girl dans l’âme à l’appui. Ajoutons à ça les passages où sous le feu des coups de l’adversaire, les habits de nos héroines se déchirent, et on a une quantité d’eye candy Otaku-style à pleurer du kulfi pour le restant de nos jours. A noter que lors des séquences de combat, la 3D se désactive d’elle-même, choix plutôt intelligent adapté à la fois au genre – on peut faire la bagarre sans se soucier de l’alignement avec l’écran, un vrai bon point! – et aux limites du soft, qui souffre déjà sans 3D de problèmes récurrents de chute de framerate. Chaque courte mission permet un retour à l’école, où vous pourrez essayer les tenues débloquées – un petit conseil, soufflez sur l’écran, par curiosité -, les nouvelles coupes, les lunettes d’étudiantes, les bikinis, les tenues de soubrettes…etc.

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Si l’adaptation de comics peut éventuellement se mettre à toutes les sauces, c’est bien sans surprise dans le jeu de baston qu’il s’avérera le plus à l’aise. Un an après l’adaptation colorée et multijoueurs de X-men par Konami, c’est au tour de Capcom de nous pondre un beat’em up échappé des pages de la Maison des Idées, en focalisant sur le personnage certainement le plus dark de l’univers Marvel, plus badass que Wolverine, plus bourru que Nick Fury, plus baraqué de Colossus (bon, ok, là, je mens), plus sexy que… euh, je m’égare un peu… Bref, The Punisher débarque dans les salles d’arcade en 1993, et il frappe fort. Et comme c’est la semaine spécial comics à LSR, profitons de ce test pour parler un peu de la série dans la foulée! Le test de Punisher, c’est tout de suite!

Tragédie éditorialofamiliale

Un homme est mort, un monstre est né...

Un homme est mort, un monstre est né…

Aujourd’hui, on est tous plus ou moins familier avec l’histoire de la genèse du Punisher qui, malgré un certain nombre de reboots, demeure en substance la même. Frank Castle, ancien du Vietnam, partage un déjeuner sur l’herbe sous le soleil avec sa petite famille. Pour une raison quelconque (probablement un besoin pressant), Frank abandonne ses proches quelques minutes. A son retour, il contemple incrédule les dépouilles inertes des membres de son heureuse famille, massacrés par des tueurs mafieux soucieux de ne laisser aucun témoin suite à une exécution sommaire. Mauvais endroit, mauvais moment, cruauté du destin, la mort de la famille Castle est injuste et gratuite. Et Frank craque. Arborant une tête de mort sur un costume noir, il décide de passer à l’action. Armé jusqu’aux dents, endurci par la douleur, poussé au bord de la folie par la rage, Frank meurt, disparaît pour laisser place au Punisher, paradoxe du monde Marvel. Oui, paradoxe, car dans le comics à cette époque, que ce soit chez Marvel ou chez DC, le fameux Comics Code fait loi et pousse les auteurs à l’autocensure et au contournement. De plus, la Loi des Publications pour la Jeunesse sévissant par chez nous rajoute une restriction supplémentaire. Les amateurs se souviendront des interruptions intempestives des Nouveaux Mutants dans Titans lorsque Bill Szienkewicz a débarqué au pinceau, son dessin sombre et torturé influençant le scénariste Chris Claremont et faisant glisser la série vers le malsain assumé, ou encore du triste destin de Daredevil qui, sous la plume de Franck Miller et le crayon de David Mazzuchelli, passait du statut de ringard fini peint en rouge qui tombait en catatonie dès qu’un méchant éternuait trop fort (oui, la super-ouïe est un pouvoir à la con!) à celui de héros torturé, profond, mais évoluant dans un monde trop sombre pour les pages d’une publication pour jeunesse telle que Strange. Amputation de pages, correction de dessin pour faire disparaître l’alcool, la drogue et les flingues, les séries matures ont souffert le martyre, dénaturées, voire carrément tuées dans l’oeuf, sans respect ni pour l’oeuvre ni pour le lecteur un tant soit peu exigeant.

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Couverture du premier épisode de la série principale The Punisher…

Vous comprenez certainement mieux le choix du terme paradoxe, car le Punisher est un héros qui, par définition, évolue dans un monde de violence et de perdition. Pire, le Punisher, de par son traumatisme et son passif dans l’armée, manie un arsenal à faire blêmir de jalousie John Matrix (spéciale dédicace pour Commando), et tire pour tuer. L’apparition d’un tel personnage est de fait étonnante, et le charisme et la popularité de Wolverine (ou Serval pour les intimes francophones quadragénaires) y est probablement pour quelque chose, mais comment, dans le contexte peu permissif et édulcoré du comics de l’époque, la chose est-elle gérée ? D’abord présenté en tant qu’antagoniste de Spiderman en 1974, puis ayant eu droit à des apparition sporadiques jusque dans les 80’s, et après une mini série en 1985 le faisant basculer du bon coté de la barrière couronnée de succès, syndrome bad boy oblige, il a droit à son propre mensuel en 1987, suivi de deux autres séries parallèles, Punisher War Journal en 1988, et Punisher War Zone quelques années plus tard. En France, on sent le potentiel bankable d’un antihéros aussi sulfureux, mais Semic ne prend pas de risque, et laisse la primeur à l’éditeur Comics USA, que les amateurs connaissent bien puisqu’il nous aura offert au fil des années dans des éditions cartonnées les plus belles aventures de Batman, de Souriez! d’Alan Moore à Vengeance Oblige de Franck Miller et Mazzuchelli, ainsi que l’intégrale de la descente aux enfers de Daredevil – les quatre volumes de Renaissance, par le même duo de choc -,entre nombreux autres récits bien bruts de décoffrage et s’adresse donc clairement plus aux lecteurs matures qu’aux enfants (et j’aurais aimé qu’on me prévienne avant que je n’achète le traumatisant Souriez!, suite à la sortie du Batman de Burton au cinéma, que j’avais déjà trouvé sombre du haut de mes 13 ans…). Avec des titres évocateurs comme Cercle de Sang (en trois volumes) ou le sombre Jeu d’Enfants, le ton est placé, et le Punisher se crée une place chez nous. Semic décide donc en 1990 de lancer la série en Version Intégrale, mais s’arrêtera au bout de six volumes, préférant lui consacrer plusieurs volumes isolés dans la collection Recit Complet Marvel ou Top BD plutôt que d’être contraint d’assurer la continuité d’une parution qui ne pouvait que s’avérer problématique.

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…et premier numéro de la série de 1992, un peu plus nerveuse !

Aux USA, tout coule tranquillement pour Franck Castle pendant quelques années qui continue à combattre le crime à coups de balles bien placées, aidé de Microship, son sidekick bedonnant expert en ordinateurs (…il s’appelle Microship, quoi…), jusqu’à ce qu’on se rende compte que le postulat de départs de la série ne peut pas tenir sur du long terme, la répétitivité inhérente au concept commençant à poindre rapidement. Après l’arrêt brutal des parutions en 1995, Marvel tente le relaunch et lui fait subir les pires humiliations, en le faisant rejoindre une famille mafieuse, un comble, et allant même jusqu’à le tuer, le ressusciter, et lui donner des armes angéliques, segment particulièrement grotesque où le Punisher touche le fond, qualitativement parlant. Fort heureusement, autour des années 2000, l’image du comics au sens large commence réellement à évoluer, on parle de plus en plus de « graphic novel » – histoire d’ajouter une dose de prestige à un pan de la culture populaire qui n’avait pas besoin de ce qualificatif pompeux pour prouver sa valeur – et la nouvelle vague des scénaristes européens découverts par DC via son label Vertigo débarque chez Marvel pour dépoussiérer et dynamiser un univers qui peinait à se renouveler. Parmi eux se trouve Garth Ennis, pour qui la violence et l’humour noir sont une seconde nature. Il donne un second souffle au Punisher qui ne fait plus joujou avec le Caïd, mais centre son action sur la famille de mafieux qui a tué sa famille, élargissant graduellement son champ d’action, poursuivi par le flic le plus loser de la planète. Ennis écrit les meilleurs épisodes de la série, les plus fous, les plus drôles aussi, irrévérencieux au possible – on reconnait bien là l’auteur de Preacher -, ne respectant rien (il faut voir les deux épisodes où le pauvre Wolverine se fait malmener – et castrer plusieurs fois – dans une enquête contre une mafia naine qui veut nanifier le monde, et qui veut recruter Wolfie parce qu’il est déjà à moitié nain…), il poussera la logique du Punisher jusqu’à son terme dans un bel album dessiné par Corben intitulé très justement The End, avant d’assurer un relaunch de la série sur le label Max, et donner dans le roman graphique noir, beaucoup plus sombre, mais qui peine à se renouveler. Mais focalisons nous sur l’année de sortie du jeu, 1993, moment où Punisher War Zone est encore sur la pente ascendante, et le héros est loin des turpitudes angélicodémoniaques sus mentionnées.