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REFLEXIONShmupcover

Ca fait un bout de temps que je veux faire un article massif sur le shoot’em up, genre qui a présidé à la naissance de l’univers vidéoludique et qui continue d’imposer sa juste mesure, malgré son étiquette très « 21ème siècle » de pratique de niche. Mais comme l’année prochaine LSR vous concocte une petite surprise à cet égard, plutôt que d’aborder le shmup au sens large, parlons ici d’un courant au sein du shmup : le danmaku, ce fameux « rideau de balles », à la fois second souffle majestueux du genre, et paradoxalement instrument de sa chute dans la sphère populaire. Vous vous interrogez sur cette noble pratique qui semble réservée aux guerriers ? Vous vous demandez ce qui s’est passé entre R-Type et DoDonPachi SaiDaiOuJou ? Vous avez vu de la lumière et vous êtes entrés ? Pas de problème, il y a de la place pour tout le monde! C’est parti pour une petite introduction au danmaku, histoire de comprendre ce qui fait son essence, la différence entre celui-ci et un shmup « classique »! Et on va faire ça de façon didactique, à coups d’affirmations un peu caricaturales qui tracent à coups de crayon gras les contours du genre, et vont me permettre de développer quelques uns des traits principaux du genre. Allons-y, survolons une portion non négligeable d’un des genres les plus riches de la playhistoire, et assurément le plus ancien!

Dans l’Enfer des Balles

« Dans un Danmaku, tu as plein, mais alors plein de bullets dans tous les sens! » 

Le True Last Boss de Mushihimesama et ses patterns tout à fait raisonnables...

Le True Last Boss de Mushihimesama et ses patterns tout à fait raisonnables…

Commençons par l’évident, le flagrant, vu que même le nom du genre, se traduisant par « rideau de balles », arbore fièrement cet aspect de la chose, tel un étendard majestueux. Oui, dans un danmaku, il y a de la bullet en masse, du pruneau au kilo, ça poutre, ça tire, ça remplit l’écran, au point d’intimider les nouveaux venus. Pourtant, la difficulté fait partie de l’ADN du shoot’em up, un genre pas avare en challenge, et l’avalanche de bullets a simplement transposé le mode sur lequel la difficulté inhérente au genre se manifeste. Donc plus difficile, pas sûr, mais assurément différent. Mais attention, pour faire un bon danmaku, il ne suffit pas de saturer l’écran de tirs ennemis en vous laissant cul nu devant cette annonce de mort assurée! Trois paramètres sont au centre de cette foison de bullets. Déjà, il faut impérativement que le joueur ait un chemin, une possibilité de survie, sinon ce serait juste du n’importe quoi. Si l’on meurt dans un danmaku, c’est à cause d’une erreur personnelle, pas à cause d’un mauvais équilibrage du jeu. Ceux qui ont pu admirer les avalanches wagneriennes de bullets dans le magnifique Mushihimesama (2005) de Cave ou la série des Touhou le savent : il y a toujours une échappatoire, tout est question d’esquive et de placement, de réflexes et de sang froid. Ikeda, acteur majeur dans le monde de Cave racontait que lorsqu’il a joué à Battle Garegga (1996) de Raizing, il a ressenti une ivresse particulière, ce plaisir singulier de jongler avec adresse dans un océan de balles qui mettent à mal vos réflexes. Bon, il disait aussi que ça lui rappelait le troisième loop de Gradius (?!!), ce qui en dit long sur le niveau du gaillard, mais le constat était sans appel, après une course à l’armement dans le shmup, le désir de revenir à un gameplay plus viscéral, plus organique se faisait sentir, c’est ce qu’il manquait à des titres comme les Raiden tardifs notamment les Raiden Jet et Raiden Fighters, excellentes séries se perdant néanmoins dans l’orgie d’options, de vaisseaux disponibles (entre dix et vingt!).

Avalanche massive dans des motifs géométriques se déplaçant lentement, Touhou dans toute sa splendeur!

Avalanche massive dans des motifs géométriques se déplaçant lentement, Touhou dans toute sa splendeur !

Le second paramètre, tout aussi essentiel, est simple : il faut que ça soit beau! J’admets, la formulation est peu élégante, mais pourtant, la beauté des patterns, leur déploiement évoquant des géométries complexes en perpétuelle mutation est réellement au centre de ce qui fait la force du danmaku. Dans la série des Touhou, des motifs hypnotiques se croisant avec souplesse et élégance inondent l’écran et mettent à mal les sens du joueur. Mushihimesama, toujours lui, marque un cap dans l’évolution de Cave, qui s’adonne ici au plaisir coupable de la surenchère, avec comme but avoué de mettre à genoux leur nouveau hardware, de tester ses limites en terme d’affichage. Le résultat est tout bonnement magistral. Mais Ketsui (2002), dans un genre plus sobre et, il faut l’admettre, plus cruel, s’il ne donne pas dans cette même échelle de surenchère, propose peut-être des patterns parmi les plus vicieux et les plus impressionnants du genre, avec des trajectoires élastiques en deux temps, véritable bullet ballet dans lequel le joueur virevolte, la survie ne tenant parfois qu’à un pixel. Et enfin, le troisième, variant suivant les époques et les séries concernées, serait la lenteur relative des projectiles adverses. Dans cette danse entre esquive millimétrée et positionnement stratégique, cette lenteur est un élément important, permettant au joueur d’analyser les patterns, d’anticiper leur déploiement, de survivre, tout simplement. Là où un Touhou donnera dans l’excès de projectiles à l’écran et compensera par une lenteur extrême des patterns, un DonDonPachi sera plus nerveux, proposant des patterns moins chargés mais plus agressifs. On ne peut pas parler de recette systématique, évidemment, mais plutôt de tendance générale.

Dans Mars Matrix, ça avoine, ça va vite, ça fait mal!

Dans Mars Matrix, ça avoine, ça va vite, ça fait mal !

Au regard de ces aspects, on peut légitimement s’interroger sur l’identité des jeux de Takumi, comme les deux excellents Gigawing, mais plus spécifiquement sur l’impitoyable Mars Matrix (2000). Si la densité extrême du jeu en terme de bullets nous incite à le considérer comme un danmaku pur jus, son système de jeu, basé sur l’utilisation d’un bouclier déflecteur de bullets qui renvoie ces dernières sur les adversaires dans une orgie d’items bonus, va un peu à l’encontre du principe premier énoncé plus haut, l’esquive millimétrée, bien que la précision extrême soit bien évidemment de la partie pour qui entend ne pas donner dans le credit-feeding frénétique. De plus, les adversaires avoinent comme des sauvages avec des bullets qui certes remplissent l’écran, mais foncent sur vous très rapidement comparativement aux canons du genre, et ça ne semble pas être équilibré suivant un système de patterns géométriques. La question reste à débattre, mais personnellement, je considère les jeux de la firme comme des outsiders de qualité qui ne répondent pas exactement aux spécificités propres au danmaku. On flirte avec le danmaku, c’est certain, mais en restant dans les marges du genre. Bon, on me souffle à l’oreillette que vous n’en n’avez rien à foutre, donc passons gaiement à la suite!

 « Il y a trop de bullets à l’écran, j’ai la place pour faire passer le vaisseau! NOOOoo…Tiens ? Je suis pas mort ? »

Dans Deathsmiles, protégez le coeur de votre sorcière bien aimée!

Dans Deathsmiles, protégez le coeur de votre sorcière bien aimée!

Ah, la grande époque des Space Invaders (1979) et autres R-Type (1987) où la moindre boulette effleurant votre vaisseau (parfois même de loin!!), le moindre frottement avec un élément du décor vous assurait une perte de vie sans autre forme de procès! Le danmaku, on l’a vu, donne dans la surenchère de bullets à l’écran, laissant des passages particulièrement étroits entre ces dernières, largement plus étroits que la taille de votre vaisseau, pour sûr. Votre survie reste cependant possible, car la taille masque de collision, c’est-à-dire la zone vulnérable de votre vaisseau, a été revu à la baisse. Désormais, seule la zone centrale de votre vaisseau doit être protégée, le reste traverse les bullets sans problème. Cette dimension au centre de la survie dans le danmaku a de quoi déstabiliser dans un premier temps, car le réflexe instinctif de tout joueur élevé au bon grain de chez Irem sera de protéger le vaisseau dans son ensemble, mais pourtant, il est fondamental d’aller contre son intuition et d’évaluer extrêmement précisément cette zone de vulnérabilité, la voir, l’imprimer, car sans ça, vous êtes foutu. Fort heureusement, celle-ci est souvent identifiable au sein du sprite de votre vaisseau : généralement, c’est tout simplement le cockpit, comme dans le titre phare de la série culte du genre façon Cave : DoDonPachi. Par la suite, Cave mettra cette zone en exergue de façon d’autant plus explicite, comme dans DeathSmiles (2007), où elle est représentée par un coeur, ou encore dans Mushihimesama (non, je ne suis pas obsédé par ce jeu…), où le masque de collision apparaît sous forme d’orbe lorsque le bouton de tir est maintenu.

parsec47

Parsec47, un véritable abstract danmaku ultra nerveux, épuré.

Le choix de l’identifier explicitement est judicieux, car ça permet au joueur de ne pas passer par cette phase un peu pénible où l’on se prend des bullets perdues en étant persuadés que normalement ça devait passer, et que l’on finit par avoir une idée un peu vague de la chose, laissant du coup les phases de navigation millimétrée sous le signe de coup de moule. Les doujins (terme désignant des jeux – ou autre – autoproduits, mais aussi une véritable scène parallèle particulièrement prolifique et faisant la part belle au danmaku, où l’on a à boire et à manger, et où une avalanche de p’tis jeux sympas côtoient de nombreuses pures perles comme la série des Touhou ou Crimzon Clover) Parsec47 (2003) et Noiz2a (2003), tous deux de Kenta Cho, danmakus minimaux et abstraits graphiquement empruntant le gameplay et le scoring system de l’étrange et jouissif Dangun Feveron (aka Fever SOS) (1998) de Cave, vont jusqu’à représenter le vaisseau comme un masque de collision de quelques pixels entourés de modules de décoration, permettant de tout sacrifier à la surenchère et à la nervosité. Néanmoins, où tracer la limite dans cette course à la réduction du masque de collision ? A partir de quel moment passe-t-on du travail de précision au sentiment de flottement accompagné de techniques approximatives et un peu kamikazes sous le signe du « ça peut p’tet passer, non ? » ? La combinaison entre le masque de collision du vaisseau, celui des bullets, et les rideaux de balles où un projectile en cache forcément un autre, ce sentiment est au seuil de la porte. Clairement, le mode Ultra de Mushihimesama flirte avec cette limite. Ca n’empêche évidemment pas la perle de Cave d’être adulé et pratiquée à bras-le-corps par des joueurs d’exception comme A-M ou DamDam, mais poussera peut-être les joueurs avides de précision au fil du rasoir et de lisibilité sans faille plutôt vers des DDP ou des Ketsui.

jackettBonjour et bienvenue dans un moment tomagique un peu spécial, ce pour deux raisons. Trois, en fait. Voire trois et demi. La première est que j’ouvre non pas avec une tirade envolée pleine de nostalgie humide de l’oeil, mais par des excuses, car la semaine dernière, j’ai honteusement loupé le rendez-vous, sans lettre d’excuse de ma moman, du médecin, ni même de notre chef Serpent vénéré. Je ne rentre pas dans les détails, mais c’est tout confus que je vous présente mes plus plates excuses. J’ai donc décidé cette semaine de donner dans l’autoflagellation et donc de parler d’un jeu sur PC, et les habitués savent ce qu’il m’en coûte, vu mon antipécéisme primaire affiché sans vergogne dans ces lignes. Et enfin, il s’agit d’un titre relativement récent, un comble sur un site de rétrogaming, me direz-vous! Qui plus est, le moment tomagique en question ici date d’il y a à peine quelques semaines! Mais vous verrez, il a tout à fait sa place dans cette chronique, sur ce site. Replongeons donc ensemble quelques semaines auparavant, lorsque le pad en main, je tentais de vaincre Crimzon Clover.

Quand vous tirez en überHyper, ça avoine sévère!

Quand vous tirez en überHyper, ça avoine sévère!

Crimzon Clover a sa place ici, puisqu’il s’agit d’un shmup 2D hommage aux grands shoot’em up des années 90, les fameux danmakus qui continuent encore aujourd’hui à faire le bonheur des superplayers et des moyenplayers adeptes du credit-feeding frénétique. Créé par un homme seul, Yotsubane, sur plusieurs années, ce dôjin (terme désignant les productions « amateur ») se hisse dans la cour des grands, et n’a pas à pâlir en comparaisons des productions actuelles dans le domaine, tant il est soigné, fignolé avec amour, jouissif, et généreux. Du grand classique dans ce jeu frénétique, avec un tir principal frontal, un tir secondaire qui locke des ennemis et ralentit le vaisseau, de la smartbomb, un mode Hyper à la puissance de tir décuplé, un überHyper encore plus puissant et orgiaque, un scoring system élaboré mais compréhensible, le tout dispatché suivant deux modes de jeu plus un facilement déblocable, tous trois parfaitement complémentaires et singuliers dans ce qu’ils offrent au joueur. On commence avec un seul vaisseau, un second déblocable facilement et un troisième autrement plus difficile à obtenir, surtout pour un moyenplayer comme moi (un gnome, dirait-on sur shmupemall.com, un des deux sites spécialisés en langue française, avec shmup.com). C’est d’ailleurs à cause de ce troisième vaisseau que j’écris ces lignes.

Attention, sentiment de puissance et mouillage de caleçon garanti

Attention, sentiment de puissance et mouillage de caleçon garanti

En effet, quasiment tout le système de déblocage de bonus, musiques, stage select, crédits, second vaisseau…etc, est basé sur les items récoltés en cours de partie, les étoiles, qui servent de monnaie virtuelle. Ce n’est pas le cas pour le vaisseau type-Z, ce fameux troisième vaisseau, qui, s’il s’achète lui aussi dans la boutique, à prix d’or, n’y apparaît qu’une fois le jeu terminé en un crédit en mode Simple. Simple de nom et pourtant déjà pas mal cossu, avec son lot de passages tendus, mais accessible néanmoins avec un peu d’entrainement et de bonne volonté. Ce vaisseau type-Z me faisait fantasmer depuis un moment, mais mes performances ne me menant guère plus loin que le stage 3 dans mes meilleurs jours (stage 4 en utilisant ma réserve de 3 crédits, seuil que je refusais de dépasser parce que continue, oui, mais credit feeding, non, et puis en plus, chaque crédit acheté fait augmenter le prix du suivant!) ne me laissaient que peu d’espoir. Néanmoins, en tombant un peu par hasard il y a maintenant quelques mois sur une vidéo d’une partie de Crimzon Clover commentée provenant de l’excellent site shmupemall, et appartenant à la série des One Sissy, série de vidéos hebdomadaires destinée, louable intention, à aider les joueurs moyens à atteindre la fin des shmups, se plaçant en porte-à-faux face aux vidéos de superplay généralement trouvée sur les internets, comme on dit, j’ai eu un déclic, une crise de conscience.

Un combat contre boss, en mode couillu, ça peut ressembler à ça...

Un combat contre boss, en mode couillu, ça peut ressembler à ça…

Depuis l’avènement des jeux à sauvegarde, mon genre de prédilection puisque je RPGisais principalement durant mes années sauvages, la notion de performance, de finir un jeu en une partie avait tout bonnement disparu de mon champ de conscience, et était devenue pour ainsi dire obsolète dans le monde du jeu vidéo. Les jeux devaient de plus en plus grands, longs et je laissais volontiers les speedruns et autres à des joueurs plus volontaires que moi, focalisant mes efforts sur l’exploration méticuleuse, la découverte de secrets…etc. Mais du coup, alors que j’étais un joueur correct dans ma prime jeunesse, le constat cruel s’imposait : j’avais rouillé, faute de challenge imposé. Les modes de difficulté supérieurs dans les jeux actuels ne me passionnent pas (mais je me refuse systématiquement à l’option de facilité, jouant généralement en « normal », ni plus ni moins), et pour les jeux de plateforme et d’arcade, je pratique sans honte ni hésitation le continue après un game over intempestif – ou le reset de console pour reprendre à mon point de sauvegarde lorsque c’est possible, pour donner l’illusion d’une partie sans fausse note… Bref, pas très porté sur la perf, le burve.

tapi dans l'ombre, le boss final tentaculaire apparaît...

tapi dans l’ombre, le boss final tentaculaire apparaît…

Mais là, il y avait ici un enjeu, le fameux type-Z. Galvanisé par la vidéo et par le revival de mon amour du shmup sauce danmaku ces dernières années, encouragé et conseillé sur les forums des deux sites sus-cités, je lançais à corps perdu dans cette humble quête. Après un certain nombre de pétage de dents de devant en hurlant de douleur, je suis arrivé, finalement relativement rapidement, au boss du dernier niveau, que je n’ai pu battre, du moins pour cette première rencontre, qu’en utilisant mes fameux 3 crédits de sûreté, histoire d’avoir au moins la satisfaction, sinon de me la péter avec mon beau vaisseau, au moins de lui mettre une fessée, même souillée par du continue intempestif. Mais je tenais le bon bout! Et un matin, ce qui devait arriver arriva… Enfin, presque. J’étais en train de torcher une partie proche du perfect (sur mon échelle, bien entendu), avec non seulement un one-life sur les trois premiers stages, mais en plus un score presque pas trop dégueu. Je m’excite, perds quelques vies, me reconcentre, et là, c’est le drame : la gâchette droite de mon pad, correspondant au tir secondaire le fameux lock qui, en plus d’atteindre les adversaires hors d’atteinte, permettait de ralentir le vaisseau pour danser entre les bullets, déconne et devient horriblement difficile à activer, m’obligeant à appuyer comme un sauvage pour contrer le faux contact, me faisant louper le coche une fois sur cinq. C’est dans ces conditions qu’à coups de crampes, de vies perdues par accident, et de coups de chatte, il faut le noter, j’arrivais enfin à vaincre le boss, avec encore deux vies au compteur!!! De joie, je lance le pad, je fais une petite danse de la victoire, j’insulte le boss, hilare, rayonnant… jusqu’à ce qu’apparaisse sous mon regard horrifié le True Last Boss!!! Argh! Je me jette sur le pad, mais trop tard, les deux vies sont parties en fumée, sous mon regard impuissant…

Le fameux vaisseau Type Z en double exemplaire, face à face au sommet!

Le fameux vaisseau Type Z en double exemplaire, face à face au sommet!

Je m’étais fait induire en erreur par mon run avec continue mentionné plus haut, et j’avais complètement oublié qu’en donnant dans le one CC, on atteignait un True Last Boss qui s’avère être le fameux vaisseau Type-Z tant convoité, et qui possède deux formes, histoire de compliquer les choses. C’est un classique du danmaku, le TLB, mais dans l’euphorie, j’ai oublié… Je suis donc passé d’un moment de gloire, de joie extatique, à l’impression d’avoir avalé un cendrier de bar un soir de fête le week end avec en prime la poubelle des toilettes des filles. Mais peu de temps après, je paradais aux commande du fameux Type-Z, avec à mon actif un score limite pas dégueu, pour un moyenplayer. Tout est donc bien qui finit bien. Et je vous offre en prime la vidéo de cette fin de jeu, avec le même vaisseau que j’ai utilisé, mais par quelqu’un qui se débrouille mieux que moi. Ca vous permettra de juger sur pièce. La semaine prochaine, autre temps, autre lieu, autre jeu, autre moment de magie vidéoludique. A dans sept jours, pas plus, pas moins.

toma überwenig

Bienvenue dans la chronique qui embrasse l’histoire vidéoludique par l’autre bout du joystick. Car les scènes magistrales dans les jeux vidéo sont légion, mais ce qui compte vraiment, au final, c’est la force de ce que ces scènes vous ont fait vivre, la marque qu’elles laissent dans votre mémoire, dans votre coeur. On peut toujours recommencer son jeu préféré, garder une sauvegarde d’un passage magistral du RPG qui a changé votre vie pour s’y replonger plus tard, mais on ne pose qu’une seule fois la manette au sol le coeur emprunt de doute lorsque Psycho Mantis vous dit de le faire. Et c’est cette fois-là qu’on essaie de revivre à chaque fois que l’on recommence MGS. C’est tout le but de cette chronique, se pencher sur ces moments où la vraie vie s’efface derrière la force d’un jeu, disparait, ne laissant que le joueur aux prises avec la magie pure. Et ces moments-là sont rares, car il ne suffit pas qu’un jeu soit bon, même excellent, pour que la magie prenne. Pourtant, de façon régulière, souvent par surprise, ces moments vous sautent au visage, aux tripes, à la gorge. C’est ce qu’a fait DoDonPachi par cette chaude soirée d’été de fin de vingtième siècle.TOMAGIQUEDDPTitle2

Ceux qui suivent cette chronique le savent, mon amour pour le jeu d’arcade ne connait pas de borne, même si c’est au contact de ces dernières que j’y ai pris goût (subtil jeu de mots Raymond Devos style). J’ai donc beaucoup souffert lors de la phase de disparition de ces bornes dans ma région. Vous pouvez imaginer sans problème l’intensité de la vague de bonheur qu’a soulevé l’arrivée de MAME sur mon premier PC. Je ne vais pas insister là-dessus, je vous ai déjà raconté tout ça, et en bons lecteurs assidus, vous savez qu’en un nombre d’heures tout à fait déraisonnable, je me suis reconstitué ma salle d’arcade rêvée en épluchant la liste exhaustive des titres disponibles sur l’émulateur. Forcément, quand on fouille méthodiquement, on tâtonne quand même, on essaie des trucs, on clique par erreur sur la mauvaise ligne, ou simplement un titre nous intrigue, et on se dit « allez, pourquoi pas ? » C’est précisément ce qui s’est passé avec DoDonPachi en ce qui me concerne.

Dès l'écran de sélection, un feeling de puissance commence à vous envahir.

Dès l’écran de sélection, un feeling de puissance commence à vous envahir.

J’avais abandonné le shoot’em up depuis belle lurette, mes dernières tentatives remontant à l’Amiga avec Agony et SWIV. Mais j’avais comme tout le monde entendu parlé de ces shmups complètement déraisonnables que seuls les japonais réussissait à maîtriser dans lesquels on ne voyait plus le décor derrière bullets. L’idée me fascinait, mais la curiosité ne m’empêchait pas de dormir. Mais j’aurais quand même bien voulu savoir si les légendes étaient fondées. Je n’avais pas du tout ça en tête quand j’ai cliqué sur le lien vers DonDonPachi, mais en voyant le screenshot totalement déraisonnable illustrant la page, impossible de résister, j’avais un spécimen à portée de main! J’allais enfin savoir si ce n’était qu’une légende, ou si ces jeux nécessitant des skills surhumaines et la puissance de Takahashi Meijin dans les doigts existaient vraiment (note de burve : Takahashi Meijin, à la grande époque des consoles 8 bits, s’est imposé comme le tireur le plus rapide de l’Orient, avec un 16 tirs par secondes!). Quelques minutes plus tard, internet 128k oblige, après un disclaimer bien long et non zappable, une voix me criait le titre du jeu, je claquais quelques crédits à coups de touche « 5 », et je me prenais une claque surprise et une crise de fièvre de jeu comme rarement je m’en suis pris.

Violente orgie de petits vaisseaux sur fond de rock musclé dès les premières secondes de jeu!

Violente orgie de petits vaisseaux sur fond de rock musclé dès les premières secondes de jeu!

Après la sélection d’un vaisseau parmi les trois disponibles – d’instinct, je me suis orienté vers le célèbre hélicoptère vert, puis entre deux types de tir aussi déraisonnables l’un que l’autre, la partie se lance sur un riff de guitare électrique, et un monde s’ouvre devant mes yeux. Extase, euphorie, frénésie, jouissance, difficile de décrire une expérience aussi viscérale avec des mots, un basculement aussi radical et définitif. Jamais aucun shmup ne m’avait fait cet effet-là, aucun FPS non plus, seuls quelques rares beat’em all avaient flirté avec cette sensation, et peut-être la série des Metal Slug dans le domaine du run and gun, mais c’est tout. Le tir massif déchirait l’écran, les graphismes et les animations étaient magnifiques, les ennemis fondaient sur le vaisseau en vagues compactes et massives, la musique enflammait les sens, la taille des vaisseaux, en particulier les boss, était à l’image du reste, complètement déraisonnable, les smartbombs enflammaient la totalité de l’aire de jeu, soit sous forme de bombe, soit sous forme de laser. Expérience courte et enivrante qui m’a évidemment poussé au credit-feeding à outrance et, une centaine de crédits plus tard, à la fin du jeu.

Une grappe de bullets roses vous saute à la face par surprise...

Une grappe de bullets roses vous saute à la face par surprise, toujours dans le premier stage…

Ma douce et tendre est monté me voir, inquiétée par les cris, les rires, les insultes dans le vide, et il faut croire que mon regard exorbité ne l’a pas spécialement rassuré. Je n’avais même pas remarqué que la porte avait été ouverte et refermée, alors que celle-ci se trouvait dans l’axe de l’écran. J’étais complètement absorbé par le jeu, comme possédé.

quand vous laissez le bouton tir appuyé, ça donne ça (raisonnable, je vous dis!)

quand vous laissez le bouton tir appuyé, ça donne ça (raisonnable, je vous dis!)

Ce n’est que plus tard que j’ai appris que ce genre de shmup s’appelait « danmaku » qui se traduit par « rideau de balles », que la boite à l’origine de ce jeu était très célèbre dans l’univers de l’arcade, qu’ils régnaient en maitres sur cet univers, que la façon de tirer avec un laser qui ralentit le vaisseau quand on laisse le bouton appuyé, un tir « normal » quand on tapote le bouton et une bombe assignée au second bouton était appelé par les habitués « le pack Cave », que le jeu était blindé de secrets, d’objets cachés, de techniques obscures pour scorer, que le vrai boss final ne se montrait que si l’on finissait ces jeux en remplissant des conditions à la limite du réalisable. Et je n’avais pas non plus réalisé qu’à cet instant précis, dans ma petite maison à Rombas, j’étais tombé dedans, devenu fan d’un genre que je ne maîtriserais toujours pas dix ans plus tard, mais qui me ferait toujours autant tourner la tête.

Allez, en cadeau, le True Last Boss du jeu, Hibachi, que je ne rencontrerai probablement jamais...

Allez, en cadeau, le True Last Boss du jeu, Hibachi, que je ne rencontrerai probablement jamais…

Il y aurait beaucoup à dire sur ce jeu, sur ce genre, ainsi que sur cette première partie qui a changé ma vie. Mais je vais malgré tout m’arrêter là concernant cette dernière. Par contre, il est probable qu’avant peu, on reparle dans un dossier de ce genre décidément singulier et pas si « de niche » qu’on pourrait le croire. Mais en attendant, je vais tout simplement vous donner rendez-vous dans sept jours, pas plus, pas moins.

toma überwenig