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Je préfère vous le dire tout de suite, Day of the Tentacle est mon point&click préféré. Cet humour absurde, ces voyages dans le temps, etc. J’ai fini le jeu pour la première fois au tout début des années 2000, et j’en ai gardé un souvenir impérissable. Et justement, parce que je ne voulais pas m’enlever cette sensation, je n’ai jamais relancé le jeu, comme si j’avais peur que mon souvenir soit faussé. Et c’est bien cette version Remaster qui m’a presque forcé à repasser sur le billard. Je me suis donc replongé à l’époque du début de mon adolescence. Retour vers le passé grâce aux chronos-WC !

Contexte à l’arrache

Vous contribuerez à la création du drapeau Américain !

Vous contribuerez à la création du drapeau Américain !

Petit rappel des faits : l’histoire se passe 5 ans après la fin de Maniac Mansion. Alors que le Polu-O-Matic du fou furieux Fred Edison déverse ses polluants dans la rivière juste derrière sa maison, les tentacules Verte et Pourpre se baladent sur ses rives, souvenez vous, ces deux amis de Bernard le nerd dans le premier épisode. Et même si ce sont des ventouses, elles ont besoin de s’alimenter et de s’hydrater, et justement, Pourpre a soif.  Mais voilà, l’eau est salement polluée et Verte le dissuade de boire, mais l’autre n’en fait qu’à sa tête. Résultat dramatique pour toute l’humanité : Pourpre se voit pousser des bras et n’a qu’une seule envie : dominer le monde grâce à ses nouveaux atours.

C’est alors que la tentacule Verte envoie un SOS à notre cher Bernard Bernouilli lui expliquant la situation, et surtout, que Fred Edison, le savant fou, veut les buter. Ni une ni deux, Bernard décolle pour le fameux motel en embarquant Hoagie et Laverne. Bernard délivre les tentacules, et la fin du monde est proche à cause des actions de Pourpre. C’est la merde, et pour réparer tout çà, Fred propose aux trois lurons de partir dans le passé, la veille en fait, pour empêcher que Pourpre ne boive cette eau ! Le tout grâce à une invention diabolique : le Chrono-WC. Sauf que pour utiliser cette invention, il faut un diamant, un vrai. Et comme Fred est un gros radin, il n’a investi que dans un diamant en plastoc. Les WC démarrent, le faux diamant explose, et voici nos compères errants dans les couloirs du temps : Hoagie est envoyé 200 ans dans le passé, au temps des pères fondateurs de la nation américaine, Laverne 200 ans dans le futur dans un monde dominé par les tentacules et Bernard est lui revenu dans le présent. Bienvenue dans Day of the Tentacle, le jeu au scénario le plus WTF de Lucas Arts !

La logique est morte, vive la logique

Vous rencontrerez des tentacules avec des bras

Vous rencontrerez des tentacules avec des bras !

Si vous ne le savez pas, DotT est un Point’n’ clik et tout se joue à la souris. Et c’est à peu près la seule chose de logique, puisque, à part bouger la souris à droite, pour qu’elle aille a droite, il va falloir que vous oubliez toute rationalité pour venir à bout, et apprécier ce chef d’oeuvre. Tenez par exemple, même si les héros sont dans des époques différentes, vous pouvez toujours vous passer des objets… Par les chrono-WC… En tirant la chasse (processus amélioré dans ce remaster d’ailleurs). Et ça ne choque aucun Américain du XVIIIème sicèle de voir une cabine de toilette de chantier dans leurs jardins. Notons également des résolutions d’énigmes bien tordues. Attention petit spoiler : Si tu envoies à Hoagie un pot de peinture rouge depuis le présent par le chrono WC, et que tu peins les fruits d’un arbre en rouge dans le passé, alors Laverne dans le futur pourra descendre de l’arbre car celui-ci aura été abattu dans le passé. Vous suivez ?  Et je ne parle que de la partie émergée de l’Iceberg, parce que la partie visible… Mais Laverne cette gueule ?! Mais le design de Georges Washington ?! C’est du grand, mais alors du très grand n’importe quoi. Et c’est bien entendu ce qui fait le charme de DotT.

Bienvenue une chronique qui pleure aujourd’hui la funeste disparition d’un des plus grands viviers de moments inoubliables, littéralement magiques, LucasArt, ou LucasFilm Games, suivant les époques. Le nom, pour des trentecinquenaires (plus ou moins 23%) évoque forcément une avalanche de souvenirs à base d’images colorées, de crises de rire, de neurones brûlés à force de se casser la tête sur une énigme tordue, de scénarios inventifs, qui faisaient voyager, au point qu’en choisir un s’avère tout bonnement impossible, entre le tout premier duel dans Monkey Island, ou même simplement son générique, la folie de Maniac Mansion, les dialogues bien sentis et les animations magistrales de Day of the Tentacle, le passage de la bibliothèque dans Indiana Jones and the Last Crusade, tant de petits détails qui font la marque d’un grand studio. Après avoir porté mon choix sur les Monkey Island, malgré leur surreprésantation dans nos pages (mais quand aime, on ne compte pas, si ?), j’ai longuement hésité entre une scène du premier Monkey Island qui m’avait fait rire, je veux dire VRAIMENT rire, pas sourire en coin, le moment où l’on disparaît dans le mur du gouverneur pour piquer l’idole, et qu’une série d’actions complètement épico-loufoques sont effectuées automatiquement, et mon tout premier souvenir de Monkey Island II (et je vous renvoie dans la foulée à l’excellent test du non moins excellent Totof!). Au cas où le titre ne soit pas assez clair, c’est sur ce dernier que je me suis rabattu (…euh, pas sur Totof, hein, je parle du jeu!).

Oui, je sais, vous commencez à la connaitre, cette image!

Oui, je sais, vous commencez à la connaitre, cette image!

Comme vous le savez (si vous êtes un des deux lecteurs ponctuels de cette chronique), mon parcours vidéoludique m’a fait traverser bon nombre de cafés enfumés à un âge où les garçons jouent normalement à la barbie déguisés en fille (…euh…), avant d’acheter un Amstrad CPC, puis, quelques années plus tard, un Amiga 500, bluffé par la beauté de ses graphismes, par les jeux d’arcades testés dans génération 4, Tilt et compagnie, mais surtout, surtout les jeux d’aventure, les point’n click, avec leurs perspectives hallucinantes, leurs couleurs, leurs énigmes, leurs musiques… Et on peut dire que mon compagnon de route à disquettes ne m’a pas déçu sur ce plan (niveau arcade par contre, c’était une autre danse, mais heureusement, j’ai pu mettre la main sur quelques perles comme Gods, dont je vous parlerai bientôt) (si, vous n’y couperez pas!). Mais si rutilants qu’étaient les graphismes de l’Amiga, si puissant qu’il puisse me sembler à l’époque, il ne faisait pas le poids face aux PC de combat qu’on trouvait chez les familles un peu plus friquées, appartenant généralement au Grand Frère, cette entité hostile qui se moque de vous avec ses potes, vous nargue avec ses Wing Commander et ses Alone In The Dark, vous permettant de regarder éventuellement une minute ou deux de gameplay avant de vous virer en ricanant…

C’était partout ainsi, sauf chez une personne, appelons le Yannick (vu qu’il s’appelait Yannick, ça tombe bien), le fils de bourge poseur du collège (qui a très bien tourné et est devenu extrêmement sympathique avec le temps, mais quand vous êtes pété de tunes et gamin, généralement, ça vous monte à la tête, c’est classique) (je veux dire, il a eu une Neo Geo avec PLUSIEURS jeux pour Noël, merde, quoi!) (et il avait une guitare électrique!) (Et un poney!!) (bon, peut-être pas de poney, en fait…). Je ne sais plus vraiment à quel période cette anecdote se déroule, mais en gros, ce doit être la fin du collège, certainement la fin d’année de troisième, et j’ai fini très récemment le premier Monkey Island. Ses vrais potes étant certainement ailleurs ce jour-là, Yannick décide de piocher dans les seconds couteaux par ce beau mercredi après-midi de fin ensoleillé, et je me retrouve chez lui, dans cette grande maison près du collège. Par souci d’exactitude, je tiens à préciser que l’ordinateur n’était peut-être pas à lui mais plutôt à son père. Mais dans mon souvenir, c’était le sien (un poney, je vous dis!! Et une moto aussi, sûrement!). Après m’avoir rossé à Fatal Fury, fait baver sur sa guitare, nous sommes vite allé dans la salle où se trouvait le PC.

Malgré le fait qu’on ne se connaissait pas vraiment à cette époque, de simples camarades de bahut même pas dans la même classe, une passion commune nous avait réuni ce jour là : la magie de Monkey Island. Et plus particulièrement le fait que j’avais réussi à finir Monkey Island sans la solution (enfin presque, j’étais aux trois quarts du jeu lorsque la solution a paru dans un de mes magazines préférés, et quand une soluce paraissait, on devenait tous un peu flemmards, on commençait par la consulter en cas de crise, maison finissait généralement par torcher le jeu le magazine ouvert sur les genoux…). Car Yannick était bloqué, et pas bien loin dans le jeu. Et ça l’énervait. Donc qui de mieux placé pour l’aider que le seul trimard ayant investi dans autre chose qu’une Super Famicom ou une Megadrive sous prétexte que les jeux était moins chers (à terme en tout cas) ? Mais Yannick n’était (étonnamment) pas chien, et après m’avoir ébloui avec le magistral Wing Commander, il a chargé le jeu et m’a laissé le découvrir tout seul comme un grand. Et quelle claque!

L'écran maudit en question...

L’écran maudit en question…

Le nombre de couleurs à l’écran était improbable, la finesse des graphismes à tomber à la renverse, comme dans mes fantasmes les plus fous, mais en mieux! Moi qui croyait naïvement que les jeux étaient forcément plus beaux sur Amiga, j’ai eu droit en direct à une séance gratuite d’humilité, parce que le jeu était somptueux. Mais bon, l’après-midi touchait presque à sa fin, et il ne fallait pas non plus arriver en retard à la maison. Yannick charge dont sa partie, à peine plus loin que le tout début. Ricanant intérieurement, mais pas trop, car j’étais excité à l’idée d’avancer dans jeu magnifique, je prenais la souris. La solution à notre problème était simple : il fallait creuser dans un cimetière. Sauf que non, pas moyen de creuser. Donc le ricanement s’éteint, laisse place à un légitime agacement. Ce qui n’a évidemment rien changé, à part qu’en plus, j’avais la rage! Alors quoi, même pas foutu de profaner une tombe vidéoludique ?!! Peut-être qu’on n’est pas au bon endroit ? Mais en même temps, c’est clair, c’est ici qu’il faut creuser! Oui, je sais, sauf que ça marche pas!!…etc. Je suis rentré (en retard) chez moi sans avoir réussi à creuser cette saleté de tombe, et ça, c’était cruel.

Bon, alors certains d’entre vous vont certainement me dire « euh, tu as essayé de creuser devant la pierre tombale, pas dessus ? » et à ceux-là qui font les malins, je répondrai « ben ouais… attends… NOOOOOOOOoooooooooo…. », car oui, je m’étais acharné sur tous les pixels de la pierre tombale, (logique de jeu : une tombe représentée par sa pierre tombale, et vu qu’on creuse une tombe, on clique sur la pierre tombale pour ce faire, non ?!), mais pas une fois il m’était venu la riche idée de tenter de cliquer sur cette bonne terre bien meuble qui ne demandait que d’être retournée. Alors les mêmes mécréants qui m’ont disrespecté quelques lignes plus haut en me donnant la solution de cette énigme vont peut-être mettre en doute le fait que j’ai fini le premier. Et ils auraient tort. C’est comme ça, dans ces point’n click aux logiques tordues, des fois, on a tellement la tête dans le guidon que l’évidence saute partout dans la pièce sauf à vos yeux. C’est comme ça. Encore aujourd’hui, j’ai honte…

Et voilà, c’est sur cette ultra longue anecdote (mais pouvais-je faire moins pour LucasArt ?)que je vous laisse, en vous donnant rendez-vous dans sept jours, pas plus, pas moins.

toma überwenig

dottAllez, soyons fou, faisons un full Day of the Tentacle ce soir ! Mon jeu d’aventure préféré, le point & click de la mort, l’humour le plus décapant de l’univers. Je n’ai même pas envie de m’étendre tellement cette scène finale parle d’elle même. Mais vraiment, et c’est rare que je dise ça : si vous n’avez pas joué… Faites le avant de regarder cette chronique !!

gamelodyj

Non, Day of the Tentacle n’est pas un film tordu et pervers japonais, hentai avec des tentacules partout. Disciples de Toma, passez votre chemin. Mais il s’agit de mon jeu LucasArts préféré, une vrai perle, un point & click comme on en fait plus… Entre humour décapant, développeurs de talents et idioties par dessus la jambe (oui il existe des expressions inventées dans le jeu et je compte bien apporter ma patte à l’édifice). Bienvenue dans la critique d’un chef d’œuvre absolu.

L’anecdote de l’intello

Tim Schafer, mon héros !

Tim Schafer, mon héros !

Parce que la culture, c’est comme le nutella, moins on en a, plus on enlève la croûte du pain de mie, il fallait bien une anecdote de la mort qui ressuscite. Après les big succès de Maniac Mansion, Monkey Island et consorts, LucasArts propose à Dave Grossman et à Tim Schafer de superviser le développement d’un nouveau jeu. Un nouveau jeu qui est d’ailleurs la suite de Maniac Mansion, sorti quelques années auparavant, et qui faisait déjà office de chef d’œuvre absolu du point & click. Le studio considère que, bénéficiant de l’expérience acquise auprès de Ron Gilbert (ce mec est une légende) sur le développement des premiers Monkey Island, les deux lurons sont maintenant capables d’encadrer une vraie équipe avec des graphismes, designers et tutti frutti. Les dirigeants se fendant bien la pomme avec Grossman et Schafer, une qualité indispensable chez LucasArts, ils n’hésitent pas une seule seconde à leur confier le projet. Bien qu’ils soient aidés, dans l’écriture du scénario notamment, par Ron Gilbert, c’est avec ce projet que Tim Schafer et Dave Grossman deviennent des super étoiles. Voilà une chose fait qui n’est plus à contre-faire.

52sSemaine spéciale oblige, nous n’avons pas fait de coup de coeur/gueule durant la semaine dernière. Cependant, vous avez hiberné si vous n’êtes pas au courant de la fermeture du studio mythique LucasArts, par Disney… Une véritable bombe dans la communauté. Certes, vous n’avez pas appris la nouvelle sur LSR, mais du coup, nous avons un peu réfléchi sur ce séisme.

Mais remettons nous un peu dans le contexte. En mettant fin à l’existence de LucasArts, alors que personne ne s’y attendait vraiment, Disney s’est attiré les foudres de tous les joueurs ayant connu l’âge d’or du point & click, et même de tous les joueurs tout court.. Une vrai sensation de trahison, qui n’est pas que sensation d’ailleurs, après le rachat surprise annoncé de Lucas par Disney en octobre 2012. Grim Fandango, Full Throttle, Monkey Island, Day of the Tentacle, Sam & Max, Maniac Mansion… Tout le monde à au moins joué, dans sa jeunesse, à un de ces jeux ! Novateur dans sa technologie, puisque le moteur SCUMM a « crée » des point’n’click, avec différents verbes (prendre, parler, etc…) qui détermine les actions du joueur. LucasArts a connu son âge d’or, au tournant des années 1980-1990. Une réussite d’autant plus mérité puisqu’elle tire ses meilleures licences de jeux non estampillés Star Wars.

Pourtant, et cela ne va pas plaire à beaucoup de gamer, mais il faut être objectif, la décision de Disney n’est pas illogique. Le travail d’éditeur a pris le pas sur le développement pur chez LucasArts depuis plusieurs années, avec notamment la sous-traitance de beaucoup de jeux à la licence Star Wars. Qui plus est, les derniers développement ne sont pas d’excellente facture : Le pouvoir de la Force était sympatoche, mais sa suite trop mauvaise. Ajoutons à cela l’annulation de Battlefront III… Et on voit pourquoi, en tout cas économiquement, pourquoi Disney à fermer le studio. Coté prochaines sorties, Star Wars 1313 se montrait certes impressionnant, mais un seul jeu ne suffit pas forcément à justifier l’existence d’un studio. En tout cas c’est ce que pense Disney. Ce dernier étant lui même éditeur… Pourquoi conserver LucasArts ? Si on se met du coté de Disney, la décision n’est pas non plus stupide.

Alors attention, je ne défends pas non plus Disney. Ils laissent tout de même 150 personnes sur le carreau et ferme un des studio les plus mythique de l’histoire vidéo ludique. A vous de juger maintenant, mais vous avez eu, je l’espère, quelques éléments pour comprendre pourquoi Disney a fait ce choix. Même si je ne le cautionne pas.

Lâche ce stylo Georges !

Pour beaucoup, dont Georges Lucas lui-même, c’est l’apport de nouveaux grands moyens mis dans les sagas Star Wars et Indiana Jones. Eh oui Disney, après ses succès chez Pixar et Marvel est parvenu à racheter la firme du gros génie Lucas pour quelques quatre milliards de dollars. Aussitôt on annonce en grandes pompes un septième épisode pour Star Wars, et au passage une troisième trilogie, comme si la dernière n’avait pas suffit. Pour les fans de Star Wars, laisser le bébé à d’autres que Lucas rappellera sans doute les heures sombres de The Star Wars Holiday Special (cherchez ça sur Youtube, la mort viendra vous trouver peu de temps après).

Mais quel rapport ceci a donc avec du rétrogaming me direz vous ? LucasArts tout simplement ! Avant de s’illustrer dans le clonage des grands succès commerciaux du jeu vidéo pour les adapter à la sauce Star Wars, LucasArts a été une firme très créative dans le domaine du point and click. Qui d’entre nous n’a jamais été pris de fou rire devant les répliques totalement débiles d’un Guybrush Threepwood trop sûr de lui – « Derrière toi ! Un singe à trois têtes ! » – ou suivi les aventures folles de Bernard Bernoulli et son tentacule géant. Notre inquiétude ici est de savoir ce que vont devenir ces vieilles licences de LucasArts, Monkey Island et Maniac Mansion notamment, une fois sous le joug de Disney Interactive. Peut être que je me fais trop de soucis puisque visiblement Pixar et Marvel ont gardé leur liberté créative mais j’ai toujours beaucoup de peine à m’imaginer qu’un géant de la bienpensance va racheter toute une part de l’histoire du jeu vidéo.

greyfox0957