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« Il était une fois … Fableville. Une Communauté clandestine de New York où se sont réfugiés des personnages appartenant à l’univers des contes et légendes. Tous les membres de cette société secrète ont fui des guerres terribles, déclarées par un ennemi connu sous le seul nom de « l’Adversaire », qui a méthodiquement envahi et conquis un par un leurs innombrables royaumes. Les Fables – c’est leur nom – qui ne peuvent pas passer pour des humains sont contraints de rester parqués à La Ferme, une annexe de Fableville, dans le nord de l’Etat ». Merci à Bill WILLINGHAM de nous planter aussi bien le décor… et accessoirement de m’offrir une introduction facile à cet article dédié à « The Wolf Among Us » !

« Je veux grandir… et je veux niquer » (Pinocchio, Fables n°1)

Car, si février 2019 fut consacré à Disney, Le Serpent Retrogamer se penche en ce mois de mars sur les liens entre jeux vidéo et littérature. Au moment de la réflexion sur cette thématique, la transition m’est apparue immédiate et limpide : il me fallait revenir sur « The Wolf Among Us », l’adaptation vidéoludique du fantastique comics « Fables ». En effet, cette œuvre repose sur l’idée géniale de Bill WILLINGHAM de confronter les innombrables personnages de contes et légendes, si chers à Walt DISNEY et dont les adaptations animés ont fait la renommée, à un contexte contemporain avec une maturité visuelle et narrative à en faire se retourner dans sa tombe le bon Walt.

De 2003 à 2015, sur le label Vertigo de DC Comics, WILLINGHAM a pu développer avec grande réussite sa vision des fables, contes, comptines, mythes, légendes et autres œuvres issues du folklore populaire américain et international… des Trois Petits Cochons au Petit Chaperon Rouge, en passant par Pinocchio et la Belle et la Bête.

Assisté au dessin par Lan MEDINA, puis surtout Mark BUCKINGHAM, et James JEAN (et ses somptueuses couvertures), l’auteur offrira au lecteur une histoire rafraîchissante, au gré de 24 albums (version francophone), faite d’intrigues mêlant les genres littéraires, les temporalités et (ce qui fait son identité première) des personnages à l’apparence et au passif (leur propre récit légendaire) des plus hétérogènes. Vous voulez des exemples ? Comment Blanche Neige, divorcée du Prince Charmant, pourra-t-elle asseoir son autorité sur la communauté des Fables alors qu’elle est perçue comme l’incarnation de la naïveté et de la candeur ? Ou quelle légitimité accorder au Grand Méchant Loup (alias Bigby Wolf), investi du rôle de shérif, alors que tous ont encore en mémoire ses anciens méfaits de prédateur sournois ?

Le comics, non seulement fait se rencontrer dans un contexte contemporain ces personnages issus de récits imaginaires, mais renvoie également à leur portée moralisante et allégorique. Ainsi, de manière directe ou indirecte, consciente ou inconsciente, le lecteur aura souvent la joie de pouvoir confronter les symboliques véhiculées par chaque personnage, dans chaque intrigue du comics. A titre personnel, j’ai ainsi constamment agrémenté ma lecture du comics de recherches Internet sur les personnages rencontrés et leur récit originel respectif pour une mise en perspective très enrichissante et intellectuellement valorisante.

« Tell tale » = « raconter des histoires » (Google Translation)

D’octobre 2013 à juillet 2014, le comics « Fables » se verra adapté par le studio californien Telltale Games en jeu vidéo du genre point’n click, en cinq parties construites comme des drama télévisés (générique, caméo, teasing), nommé « The Wolf Among Us », préquelle du comics.

De sa consécration (l’adaptation de la série « The Walking Dead »), à sa chute vertigineuse des derniers mois (licenciement de l’ensemble de ses effectifs), tout a déjà été dit sur Telltale Games. Beaucoup de joueurs, dont moi, sont restés stupéfaits en découvrant sa formule, qui a d’abord fait sa renommée, toute orientée vers la narration, une mise en scène forte et des possibilités de choix inédites au service de licences célèbres. D’autres, aussi nombreux, ont ensuite décrié les limites de ladite formule, péjorativement qualifiée de « à la Telltale », et l’illusion de ses choix, une fois la magie retombée.

A titre personnel, malgré les imperfections de ses productions, je retiendrai l’idée première du studio, celle qui nous fait déjà regretter son inéluctable disparition : raconter des histoires.

Ainsi, comme toute production Telltale, « The Wolf Among Us » prête inévitablement le flanc à la critique en termes de faible interactivité (QTE, gestion d’inventaire quasi-inexistante) et d’illusion d’impact de nos choix (clairement perceptible en recommençant le jeu). Toutefois, il restera mémorable pour tout qui aura été sensible à ses récit et ambiance de polar noir, ses personnages charismatiques et ambivalents, et bien sûr le respect remarquable accordé au matériau d’origine.

Noir, c’est noir

« Qu’est-ce qu’un bon polar ? C’est d’abord une bonne enquête, avec un mystère à la fois complexe et accessible, des personnages douteux, des indices plus ou moins utiles, des entretiens sans fin (…) » (CANARD PC n°385, août 2018, Netsabes). Vous aurez tout cela dans « The Wolf Among Us ».

Comme sur la série « The Walking Dead », Telltale développe dans « The Wolf Among Us » une intrigue inédite au comics d’origine, tout en s’inscrivant parfaitement dans son contexte.

Le jeu nous fait ainsi incarner Bigby Wolf, shérif/détective, confronté à un jeu de pistes criminelles remuant toute la communauté des Fables. Investi, avec Blanche Neige (Snow White), du maintien de la paix et de la sécurité à Fabletown, Bigby devra de concert mener une enquête policière semée d’embuches et œuvrer indirectement à son rachat aux yeux des sceptiques (toujours traumatisés par son violent passif).

Dans sa construction apparente, « The Wolf Among Us » fait inévitablement penser au tome n°1 du comics (« Légendes en Exil ») avec lequel il dispose de réelles similitudes : une première scène macabre lançant le récit, même tandem complice constitué de Bigby et Blanche Neige partageant leur quête de légitimité, Fabletown comme unité de lieu, quelques personnages similaires (la Belle et la Bête, cochon Colin, Barbe Bleue, Jack Horner), recherche d’indices et de suspects, démonstration de la vérité devant un jury collectif, etc.

Néanmoins, en comparaison du comics, le jeu vidéo parvient à apporter une touche plus grave et sombre à son polar par sa mise en scène, son jeu d’acteurs et son ambiance sonore remarquables. En conséquence, les fans du comics remarqueront un certain retrait de l’humour (noir) caractéristique de l’œuvre de WILLINGHAM. Aussi, le langage particulièrement cru utilisé dans le comics semblera un poil adouci dans l’adaptation vidéoludique.

« La satisfaction que procure un polar vient de ce moment où, après avoir imaginé une infinité d’hypothèses, on comprend, on voit enfin clair. Bref, le déclic. Un bon polar vous permet d’y arriver. Un excellent polar montre également le personnage que l’on suit comprendre à son tour, après avoir imbriqué toutes les pièces, et il y a là une double satisfaction » (CANARD PC n°385). Je ne répondrai pas à votre place à la question de savoir si « The Wolf Among Us » est un bon ou un excellent polar. Essayez-le !

Pour ma part, je peux simplement témoigner que l’épisode final m’aura laissé particulièrement pensif et intrigué sur les tenants et aboutissants de l’histoire… avant le déclic survenu plusieurs heures plus tard, à tête reposée, me permettant de clôturer mon interprétation de cette première (et ultime) saison.

A retenir

De nos jours, rares sont les jeux ne prenant pas le joueur pour un gamin inculte adepte du « battle royale » décérébré. Loué soit Telltale pour la réflexion gratifiante qu’il nous offre en conclusion de ce « The Wolf Among Us », adaptation réussie du fantastique « Fables » de WILLINGHAM (lisez-le !).

Telltale est mort, vive Telltale !

 

 

Dans le coin droit du ring, le cador du barreau, le maître des volte-face, avec une coupe à faire bleuir d’envie Sonic, accompagné de son assistante ; la très sensuelle Maya ; j’ai nommé PHOENIX WRIIIIIIIIIIIIIIIIIIIGHT. A ma gauche, archéologue de renom, génie résolveur d’énigmes, son haut de forme dépasse d’une tête tous ceux de Pharrell Williams, soutenu par son jeune apprenti Luke ; monsieur HERSHEL LAAAAAAAYTON.

Sponsorisée par Capcom, organisée par Level 5, cette rencontre a lieu depuis novembre 2012 au pays du soleil levant et depuis mars 2014 dans nos contrées. Concernant le jeu en lui-même Professeur Layton vs Ace Attorney je vous invite à vous diriger vers le test le concernant, ici nous allons plutôt confronter les premiers jeux de chaque personnage : Phoenix Wright Ace Attorney sorti en 2001 sur Game Boy Advance au Japon et réédité en 2005-2006 sur Nintendo DS ; et Professeur Layton et l’étrange village sorti en 2008 sur Nintendo DS. Ce match va se dérouler en 5 rounds, le gameplay, les personnages, la réalisation, la durée de vie et enfin le scénario. Qui va remporter ce match de « pointeur d’index » ? Prenez les paris eeeeeeet FIGHT !

UN INSTANT !!!

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Flexion…pointage…flexion…pointage

Avant de trancher dans le lard, petite intro on n’est pas des bêtes. 13 ans, c’est l’âge de monsieur Wright, alias Nick, au Japon. Ce dernier n’a techniquement pour nous que 8 ans depuis son apparition en 2006 sur les DS occidentales. Véritable OVNI vidéoludique à l’époque, ce jeu nous propose de prendre le contrôle d’un jeune avocat récemment embauché dans le cabinet Fey & co et de résoudre des affaires de meurtres selon deux phases de gameplay : enquête et plaidoyer. La première consiste à une récolte d’indices dans les différents lieux ayant un lien avec le crime, la seconde, lors du procès, consiste à les utiliser intelligemment afin de prouver l’innocence de votre client et de désigner le véritable coupable du meurtre. Dans chaque opus la première affaire fait office de tutoriel, les indices sont assez flagrants, le meurtrier est connu dès la petite cinématique d’introduction et ses témoignages sont facilement contestables. Dès la seconde affaire les choses se corsent, la cinématique ne nous présente que des brides du meurtre, les indices sont peu nombreux, les contradictions sont plus délicates à appréhender, bref ça devient chaud. La phase d’enquête vous permet de passer de lieu en lieu, d’observer les scènes de crime, de récolter des indices, des témoignages et informations et de manière générale d’essayer de vous faire une idée de la façon dont le meurtre a pu avoir lieu. Cette phase, malgré son apport scénaristique important, est souvent assez ennuyeuse lorsqu’elle s’étend en longueur, le pire étend que pour la quitter il faut avoir récolter tous les indices, et certains sont vraiment trèèèèèèèèèèèèès bien cachés ; pire encore, certains procès se payent le luxe d’avoir deux phases d’enquêtes… Heureusement la partie procès rattrape largement le coche avec un rythme beaucoup plus rapide, avec des dialogues percutants, des plaidoyers explosifs et surtout des retournements de situations par packs de dix, certains

De son côté, Prof Layton apparu en 2008, rencontre un franc succès avec un style point-and-click/réflexion pourtant bouder sur console et délaissé depuis son âge d’or sur PC dans les années 90 avec les magnifiques productions Lucas Arts (dont vous pouvez retrouver de nombreux tests sur notre site). Le protagoniste principal est un archéologue britannique, expert en résolution d’énigmes diverses et inspecteur indépendant lors d’affaires frôlant le paranormal. Le gameplay repose essentiellement sur les fameuses énigmes, posées par les différents protagonistes ou découvertes dans le décor, elles forment la trame du jeu. En effet si certaines sont facultatives, d’autres doivent être absolument résolues pour permettre à Hershel de faire toute la lumière sur les divers événements.

Je suis le digne apprenti du Professeur !!

Je sais que je vais me fourvoyer en disant ça, mais dans ces jeux le gameplay n’est pas au centre de la qualité du jeu. Ouai ouai, si vous avez déjà lu mes tests vous allez me dire il se fout de notre gueule il arrête de dire que c’est ça le plus important. Certes, quand le jeu demande réflexe et précision, mais ici on a affaire à des jeux à texte dont les principales attentes pour évaluer leur qualité est la qualité scénaristique et l’engagement du jouer à la réflexion. En gros, si le passe-temps préféré du scénariste d’un jeu du genre est de brûler des Becherel par pack de douze à la pleine lune ou que l’engagement mental du joueur s’approche de l’encéphalogramme de la grenouille, je vous encourage à passer votre chemin.

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Les phases d’enquête, ses discussions et ses recherches d’indices épuisantes…

Chez Phoenix, si vous n’avez pas sauté l’intro (je vous vois remonter la page !!!), deux phases de gameplay différentes alternent dans le jeu. Durant la phase d’enquête vous retourner dans chaque lieu important liés au crime. La scène de crime, le parloir de la prison, le commissariat entre autres sont des lieux où vous allez devoir faire des allez retour pour glaner des indices, des témoignages et des informations. Cette phase se déroule en format point and click dans des tableaux fixes dans lesquels vous attendent généralement un témoin plus ou moins coopératif, votre client ou le très potache agent Dick Tektiv. Chaque tableau possède son lot d’indices matériels (à ramasser ou donnés, ils s’ajouteront dans votre inventaire) ou d’informations (sous la forme de questions à poser aux personnages) qui ne se mettront à jour qu’une fois l’élément débloquant la suite découvert. Je vais pas vous cacher que ces phases ont tendance à s’étendre en longueur parfois peu justifiée (de façon surement de noyer les informations intéressantes dans les inutiles) et surtout peuvent être un vrai calvaire quand vous n’arrivez pas à mettre la main sur LA saloperie de manipulation, d’indice ou de dialogue à faire pour passer à la suite. Ça m’est déjà arrivé de bloquer plusieurs jours sur une de ces phases et d’avoir à regarder sur le net ce que j’avais bien pu louper pour être bloquer de la sorte…rageant… La phase enquête est plus rythmée, elle se déroule en huis clos dans la salle d’audience où votre but est d’utiliser toutes les pièces à conviction dégotées précédemment afin de démolir tous les témoignages à charge contre votre client. Certes c’est encore du texte, mais c’est ici que toutes les ficelles se dénouent pour faire avancer l’histoire, que vous prenez plaisir à voir les têtes déconfites des témoins à cours d’argument et les réels coupables exploser dans un ultime ressaut de rage avant de tout avouer…juste jouissif !

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Même dans les énigmes on se paye un pavé à lire

Chez Layton pas vraiment de surprise si vous connaissez le jeu, le but est de résoudre des énigmes de logique, de calcul, de physique ou simplement visuelles. Ces phases d’énigmes se déclenchent lorsque vous interagissez avec un personnage ou un objet particulier et sont soit obligatoires au déroulement de l’histoire soit totalement annexes auquel cas un système vous permettra d’y revenir par la suite. Des piécettes sont également dissimulées dans le décor, les dépenser lors des phases d’énigme vous permet d’obtenir des indices (jusqu’à 4) de plus en plus précis sur la méthode à suivre pour la résoudre. De la même façon que dans Phoenix Wright, chaque tableau présente une scène figée dans laquelle vous pouvez interagir avec des éléments divers qui, à l’instar de son opposant, n’ont pas forcément d’intérêt dans l’histoire en cours. Ce que je veux dire, c’est qu’à chaque tableau vous aller au début essayer de trouver une logique en cliquant sur tel ou tel objet…puis quand un rognon de pomme derrière une poubelle ou une étoile planquée dans le cm² de ciel qui dépasse déclenchera une énigme, je vous assure que le tableau suivant vous allez poser le cerveau et cliquer comme des demeurés sur tout ce qui passe. On finit donc par essayer tout et n’importe quoi dans chaque scène pour passer vite sur une nouvel énigme puis une autre… La qualité des énigmes n’est pas à remettre en cause. Leur difficulté augmente avec le scénario et certaines sont tellement retorses que même avec les 4 indices vous risquez de perdre du Picara (le nom du score récompensant la résolution de l’énigme, chaque erreur diminuant sa valeur finale).

Bilan : Avec deux phases de gameplay distinctes chez Phoenix Wright, une pénible et une excitante, et un gameplay essentiellement fixé sur des énigmes de qualités dissimulées sous des excuses débiles, le point de ce premier match n’est pas évidant à décerner. Malgré une phase d’enquête particulièrement énervante, Phoenix a au moins le bon goût de varier les phases là où Layton se contente de nous balancer ses énigmes… Phoenix emporte le point de justesse.

Ça me Fey pas peur !

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Je sais pas si finalement je préférais pas le cliché baguette/béret…

Avant de trancher dans la grosse part de ces jeux, le scénario, parlons de ce qui fait également la qualité de ces livres à pixel : les personnages. Chaque héros possède son faire valoir. Nick est accompagné dès sa deuxième enquête de Maya Fey, sœur de la chef de Wright et médium junior de son état. De son côté Hershel est constamment épaulé de Luke Triton, un gamin de 11ans dont la principale qualité en dehors de la résolution d’énigme, est de savoir parler aux animaux. Vous l’avez donc compris, je sais pas ce que ces gens fument mais ils doivent avoir le même dealeur.

Si...si...un poil trop prêt du mur...

Si…si…un poil trop prêt du mur…

Les PnJ de chaque jeu, que ce soit les témoins ou personnages récurrents de Phoenix Wright ou les habitants des villes traversé par le Prof Layton, tout le monde est complétement barré ! Entre la gardienne de studio de 80 balais, le détective incapable et complètement fauché, le procureur bipolaire et un avocat avec des ulcères qui ont des ulcères, PW présente une pléthore de personnages hauts en couleurs et très rarement insignifiants (excusés s’ils meurent ça va de soit). Le Prof contrecarre avec des habitants complètements fumés d’un point de vu design (cf photo ci-jointe) et avec une facheuse tendance psychopathique à l’énigme batarde au moindre petit renseignement. Imaginez si en débarquant à Paris, paumé dans le métro, vous demandez à un gars qui a l’air d’avoir été bercé trop près du mur votre chemin, et celui-ci en lieu et place du renseignement vous présente un plan des rames où les noms des stations ont été interchangés avec un code à la con… Si ça donne pas envie de provoquer un « accident de voyageur » ça…

Bilan : Avec deux univers complétements barrés, des personnages allumés et des personnages secondaires hauts en couleur les jeux semblent encore proches de l’égalité… C’est sans compter le fait que vous échangerez 100 fois plus avec les témoins de Phoenix qu’avec les habitants du Prof Layton. Au moment d’écrire ces lignes je peux me rappeler d’au moins une vingtaine de personnages secondaires de l’avocat alors que max cinq me viennent en tête côté professeur… Phoenix remporte ce point

Court Orchestra 3 in law minor

Il est grand temps maintenant de parler de la réalisation des jeux, que ce soit sur la qualité sonore, des animations ou des cinématiques.

D’un point de vu son les deux jeux se valent, que ce soit le Cornered de Phoenix Wright avec ses notes rapides sonnants très 16 bits ou le thème même du jeu du Prof Layton avec son mélange d’accordéon et de violon sont des plaisirs pour les oreilles. Je ne peux pas m’étendre sur le sujet sous peine d’exploser le compteur de page de ce test, mais je vous invite à écouter chaque musique de ces jeux et de leurs suite (Flagrance of dark coffee, le thème de Godot dans PW 3…pfiou).

D’un point de vu graphique les deux jeux sont également proches. L’univers est coloré, voir éclatant, Phoenix Wright fais plus manga tandis que Prof Layton dans son style cel-shading fait plutôt penser à une bande-dessinée interactive. Les personnages sont globalement mieux animés dans ce premier Prof Layton face à ce Ace Attorney, mais il ne faut pas oublié que le jeu de l’avocat est sorti initialement sur GBA 7 ans avant le collègue… certes ils auraient pu bosser plus sur l’adaptation DS mais le résultat ne jure pas non plus sur la double écran de Nintendo.

D’un point de vu cinématique c’est simple, seul Layton est en jeu. Phoenix ne pourra se targuer d’avoir des cinématiques que lors de sa rencontre avec le Prof dans le cross over dont je vous invite à lire mon test sur ce même site. Ces cinématiques sont doublées une fois sur deux mais extrêmement bien réalisées. Un animé a même été réalisé sur le modèle de ces courtes phases, Professeur Layton et la Diva éternelle. De son côté, Phoenix présente ses meilleures animations à chaque fin de procès lors de l’excès de rage des coupables dont le véritable visage se révèle de façon grandiloquente.

Bilan : Malgré une égalité sur la musique et l’animation, les cinématiques débloquent le premier point du Prof Layton

Enigme 2 574 : Quel est l’âge du Capitaine ?

Avec 130 puzzles à résoudre et une histoire tordue à base de village très louche le Prof Layton peut se targuer de vous occuper une bonne quinzaine d’heure, voir plus pour ceux qui vont galérer sur les énigmes. Avec 5 enquêtes, dont une servant de didacticiel et une dernière utilisant toutes les capacités de la DS, Phoenix Wright pousse sa première apparition à un maximum d’une dizaine d’heure de lecture. C’est très honorable mais pas suffisant pour battre le Prof sur ce terrain.

Bilan : Layton s’octroie son 2ème point avec 50% de temps en jeu en plus

Objection ! C’est le devoir d’un vrai gentleman

Je ne sais pas si je ne l’ai pas déjà dit (1 000 fois dans ce test), mais oui, que ce soit dans Phoenix Wright ou dans Prof Layton vous allez bouffer des lignes de texte, qu’elles soient nécessaires ou non à l’avancée dans l’histoire. Par chance, les mecs chargés du développement se sont dit qu’il ne fallait pas engager des guignols au service scénaristique.

Sans titreSi Les premières enquêtes de Phoenix s’organisent façon Columbo (vous connaissez déjà le tueur, vous devez juste trouver les preuves qui contredises ses alibis), dès la troisième les auteurs ont dissimulés les ficelles de l’histoire et ce n’est qu’en avançant que vous détecterez les liens réunissant chaque histoire pour former un tout totalement cohérent. Et encore, ce Phoenix premier du nom n’est qu’un balbutiement technique face à la qualité de Justice for All et à l’extraordinaire Trials and Tribulation.

Côté Layton, l’histoire s’axe autour d’un mystère principal, dans lequel vient s’incarcérer d’autres mystères annexes dont la résolution amène inexorablement vers le dénouement scénaristique. L’histoire vous tend régulièrement la perche pour tenter de Phoenix_Wright_Animedécouvrir par vous-même le fin mot de l’histoire pour, dans la majorité des cas, tout démolir le chapitre suivant. La disquette va donc, en parallèle de vous faire bouillir le cerveau avec les puzzles, vous le retourner complètement en vous gardant dans le flou jusqu’au dénouement final, plus ou moins capilotracté expliquant tous les phénomènes extraordinaires que vous vivrez tout le long de l’aventure.

Par soucis évident de méchant risque de « spoil attack », vous comprendrez que je n’en dise pas plus sur les détails de chaque histoire, mais la qualité d’écriture joue en faveur des deux jeux, le verdict sera donc totalement subjectif.

A retenir 

Le rapprochement entre ces deux héros dans un jeu cross over saute presque aux yeux en lisant le nombre de points commun liant les deux jeux. Que ça soit sur l’univers coloré et barré, sur les qualités musicales, de réalisation ou d’écriture ainsi que sur l’intérêt de chaque titre. Seulement un match nul est un bien piètre résultat dans une rencontre comme celle-ci… Mon champion serait Phoenix Wright pour la diversité de son gameplay, même si un mode sur deux me fait disjoncter, et surtout pour le plaisir que j’ai pu prendre dans les phases de procès à démonter témoignage sur témoignage. Avec 3 points contre 2, Ace Attorney remporte ce combat avocat contre archéologue. Et vous lequel était votre champion ?

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(Même si c’est un test plus hommage, il garde des spoils à droite à gauche. Sans raconter toute l’histoire, pensez à faire le jeu avant pour ne rien gâcher)

Ah Paris! cette ville de l’amour, de la Tour Eiffel, de la bonne cuisine! Un endroit rêvé pour passer des vacances au calme. Quand je dis que je m’appelle « Georges Stobbart » les Français se moquent légèrement de mon accent, mais indiquent un très beau café qui parait-il a une magnifique vue. Mais tandis que je m’apprête à soulager mes jambes devant un bon café, un clown plutôt louche me passe devant. La suite, les journaux l’ont évoqué, une explosion a retenti, et je me retrouve horrifié devant le résultat. Par contre, la police n’étant pas pressée de résoudre l’affaire, je ne me laisse pas dépasser par les événements et décide d’enquêter moi-même. Voici le début de mon histoire intitulée : Les Chevaliers de Baphomet.

QUI EST DONC CE « CLAOUNE »?

CB2Pour seul début de mes recherches je trouve un nez de ce clown terroriste. Mais mon initiation policière est stoppée avec un interrogatoire par l’officier Rosso, qui semble ne pas aimer les étrangers en général. Heureusement, je ressors et vois une jeune femme armée d’un appareil photo et de quoi noter. « Sûrement une journaliste » pensai-je, ce qu’elle me confirma, en me donnant son numéro de téléphone et son nom : Nicole Collard. Grâce à elle, je découvre que le déguisement appartient à un certain Khan, non sans être passé par le magasin de déguisements d’où provient le nez de clown. Ce n’est que le début d’une course d’enfer entre plusieurs endroits, avec l’hôtel Ubu ou encore le musée, et d’un simple nez de clown je trouve un manuscrit ancien qui me pousse à aller en Irlande. Je ne pensais pas alors que j’allais au devant d’une affaire bien plus importante qu’un « simple » attentat parisien. Il semblerait que les Templiers existent bel et bien! Mais pas de temps à perdre et dès que mon avion se pose je vais tenter de me rendre dans des fouilles apparemment liées avec le papier que je tiens entre les mains. Comme nous sommes en Irlande, je dois aller chercher mes informations d’accès aux poivrots du coin. Je me souviens qu’il a fallu que j’escalade le mur d’un château pour tomber sur ce que les journalistes ont appelé « l’expérience de George Stobbart avec une chèvre ». Rien de douteux mais fallait bien un gros titre pour les passionner, et beaucoup de coup de cornes pour ma part. Cela valait néanmoins le coup puisque je tombe sur des catacombes, pour y découvrir….ah on me dit que mon éditeur veut garder le détail du reste de mon histoire (l’Espagne, Montfaucon, etc…) pour plus tard. Mais je peux vous dire au moins que mon initiation de détective a été intéressante.

UNE ENQUÊTE RONDEMENT MENÉE 

CB4On ne devient pas le plus grand limier comme ça, et je me suis entraîné tout le long de mon enquête. J’ai pu discuter avec un grand nombre de personnages pour retrouver l’assassin clown, et j’ai récupéré des objets par dizaines (je ne sais même pas comment j’ai pu les porter). D’ailleurs il fallait que je fasse preuve d’une intelligence hors norme pour trouver les moyens de me faufiler dans les endroits les plus improbables, et pour associer les objets les plus indépendants les uns des autres. Par contre j’ai toujours pu trouver des indices ici et là dans mon voyage et je n’ai jamais été réellement été perdu, d’autant que si je me trompe dans les discussions, le temps semble revenir en arrière pour que je puisse changer d’avis. Et malgré mon Anglais et fort accent Américain, j’ai réussi à me faire comprendre par les habitants de plusieurs pays, latins comme anglo-saxons. Enfin cette investigation aura mêlé des affaires policières, des choses mystiques et même des lieux historiques. En parlant de lieux…

Her Story est une histoire. Une histoire pas comme les autres, une histoire avec sa part d’ombre, une histoire avec ses secrets, ses replis, Her Story est une histoire, son histoire. mais Her Story, c’est aussi un jeu, un jeu pas comme les autres, qui plonge ses racines loin dans les replis de la Playhistoire, qui sent bon le tube cathodique, les rêves de révolution du LaserDisc pour l’industrie vidéoludique, les espoirs toujours vivants du cross-media. Un jeu d’aventure ? Peut-être, mais une aventure déjà vécue, qui sourd à la surface, attend d’être découverte, se dévoile par jeu de reflets fragmentés. Un jeu de rôle ? Assurément, mais pourtant en aucun cas un RPG. Her Story est original et familier, et c’est avant tout une histoire. Son histoire…

Dans un bureau d’archive policière…

Sur l’écran bombé d’un ordinateur loin de nos standards HD actuels, dans lequel se reflètent les néons blanchâtres de la salle d’archive du commissariat où se mêlent les odeurs de tabac et de café, de sueur et de poussière, un moteur de recherche désuet affiche le mot « murder », me donnant accès à cinq vidéos, cinq extraits d’interrogatoires. Les extraits sont courts, ne se suivent pas, mais la personne interrogée est la même, malgré les changements de vêtements, c’est elle, assurément… Sur le bureau de l’ordinateur, un fichier « read_me » m’explique le fonctionnement du moteur de recherche, la façon dont les archives de chaque affaire ont été numérisées et fragmentées afin de permettre recherches plus efficaces et plus spécifiques pour les procédures judiciaires notamment.

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Mais je n’ai que faire du coté pratique! Au contraire, ce moteur de recherche me complique la vie, incapable de me donner accès à plus de cinq vidéos liées à un ou plusieurs mots-clé, quel que soit le nombre réel de vidéos concernées, nombre indiqué systématiquement, comme pour me narguer… Mais rien ne sert de se plaindre, il va falloir faire ruser, travailler avec les limites imposées, trouver les combinaisons pertinentes qui me permettront de faire sens dans tous ces extraits comme autant de facettes d’une histoire plus sombre, plus complexe qu’il n’y paraît. Et restons de bonne foi, la présence du Database Checker, qui m’indique le nombre total de vidéos disponibles, et qui coche au fur et à mesure celles que j’ai vu, en laissant la dernière en surbrillance m’est d’une aide considérable. Avec un peu de jugeote, une utilisation intelligente du moteur de recherche et des annotations que je peux ajouter à chaque vidéo, je devrais m’en sortir. Je n’ai pas le choix. Il faut que je sache, que je comprenne…

Beauté et simplicité post moderne

Oui, je sors les gros mots, à cette heure-ci, c’est comme ça! Comme décrit plus haut, le game system est des plus simples, certains diraient limité. Un moteur de recherche, et des vidéos qui deviennent accessible en fonction de ce dernier. Le nombre de vidéos est annoncé d’office, via un des items du bureau, le « Database Checker » qui, comme son nom l’indique, m’indique les vidéos débloquées sur un tableau, afin d’en clarifier la chronologie. Les petits malins auront tôt fait d’aller numéroter les vidéos en fonction, car le moteur de recherche prend en compte les annotations que le joueur ajoute aux vidéos. Bref, simple comme « bonjour », ou en l’occurrence « murder ». D’autant plus que pour finir le jeu, point besoin de tout débloquer, il suffit d’obtenir le segment final. Facile, donc, et a priori limité en terme ludique… A-t-on affaire à un pétard mouillé ? A un jeu chiant ? Peut-on parler seulement de jeu, vu son mode opératoire et les limites en terme d’interactivité ? Laissons cette question en suspens un instant.

On pourrait craindre l’ennui, en lisant simplement le descriptif de game system, mais ce serait oublier un double point essentiel : l’écriture de Sam Barlow, et par extension, la performance d’actrice de Viva Seifert. Car tout est annoncé dans le titre, Her Story. Son histoire. Et celle-ci prendra très rapidement le pas sur nos doutes pour s’imposer par sa force dramatique. La justesse du jeu de Viva Seifert est vraiment impressionnante, un dosage exemplaire entre les éléments de script et la mise en avant d’indices et de mots-clé potentiels. Et cette façon de mettre en exergue sans casser l’immersion est propre à la performance d’acteur – d’actrice, pour le coup -. Il suffit de comparer ces scènes rondement menées à leurs analogues virtuels dans L.A. Noire par exemple, où l’on doit deviner si le suspect interrogé ment ou non via de « subtils » indices comportementaux. La précision permise par les machines actuelles en matière de photoréalisme est vraiment impressionnante, indéniablement, mais ne permet tout simplement pas ce degré de performance, pourtant capturée via une caméra analogique de définition discutable. Car ne l’oublions pas, les archives consultées proviennent de l’an de grâce 1994. Soit un an après la sortie d’un jeu que tout semble séparer de Her Story, et qui pourtant méritent d’être mis en parallèle, ne serait-ce que dans une opposition révélatrice.