Articles

NB : Afin de nous imprégner de l’ambiance, de la magie du jeu, je vous propose une lecture toute en musique. Certains seront intégrés à même l’article, d’autres, lorsqu’elle illustrent un segment spécifique du texte (et ne peuvent donc pas être incrustés comme ça, en milieu de phrase, ce ne serait pas poli), sont proposés en liens.  Libre à vous de cliquer ou non sur les liens proposés – mais c’est mieux avec, indéniablement -. Comme tu veux tu choiz’, comme on dit, on est comme ça, à LSR, de la générosité plein les valoches! Et bien entendu, les rights sont reserved à Square Enix et au génial Nobuo Uematsu, ou qui de droit, ça va sans dire…

introduction musicale indispensable

Vous pensiez qu’il allait passer à la trappe, que nous allions zapper Final Fantasy VI dans cette double semaine consacrée à la série ? Soyons sérieux, que diable!! Comment faire une semaine spéciale Final Fantasy sans évoquer celui qui s’est imposé a posteriori – oui, les européens ont dû attendre l’avènement FF VII pour profiter des rééditions Playstation augmentées de cinématiques épiques des épisodes Super Famicom – comme peut-être l’incarnation parfaite de ce qu’est l’essence d’un Final Fantasy ? Des personnages inoubliables aux destinées tragiques, une histoire épique et émouvante avec rien moins que le destin du monde en jeu, un univers vaste, une carte du monde avec nombre de zones cachées et de secrets à découvrir, des Moggles, des chocobos, des invocations, l’Active Time Battle, un antagoniste qui glace encore le sang aujourd’hui, et bien sûr, les musiques d’un Nobuo Uematsu au meilleur de sa forme. Tout est là. Ce que la série avait installé au gré des chapitres, en particulier avec l’épisode IV – premier à voir le jour sur Super Famicom – Final Fantasy VI l’a tout simplement magnifié. Malgré une découverte tardive chez nous, alors que la série avait déjà migré vers le support CD et la 3D, FF VI a pourtant su s’imposer avec la grâce dont sont touchés les jeux qui façonnent la Playhistoire, permettant de comprendre d’où venait la magie qui habitait l’univers de l’épisode VII qui avait imposé la série de par chez nous. Bref, FF VI est un jeu rien moins que légendaire. Revenons ensemble sur ce monument, dont ceux qui l’on pratiqué chantent encore les dithyrambes et qui a fait couler autant d’encre que de larmes d’émotion. 

Dans un monde habité par la magie…

Dès le démarrage du jeu, avant même d’appuyer sur la moindre touche, l’ambiance est posée. Une sinistre montée d’orgue sur un ciel nocturne zébré d’éclairs culmine avec l’apparition du titre du jeu, marquée par des coeurs inquiétants entrecoupés de silence. Puis une délicate descente harmonique à la harpe adoucit l’ensemble, nous évoquant la magie, le mystère, voire une lueur d’espoir vacillant au loin, pour retomber dans l’épaisseur pesante de l’introduction. Le ton est sérieux, dramatique. En une poignée de phrases savamment choisis illustrés par quelques plans évoquant à la fois l’industrialisation et la pauvreté, tout est habilement posé. Une guerre vieille de 1000 ans, la Guerre des Magi, nous a laissé un monde en ruine, emportant dans son effondrement toute trace de magie. C’est sur ces ruines que l’humanité a rebati une société industrielle, un empire… Mais aujourd’hui, il semblerait que quelqu’un tente de raviver cette magie ancestrale pour conquérir le monde.

Apparaissent alors deux soldats accompagnés d’une inconnue aux cheveux verts dont ils se méfient, tous trois à bord de mechas au design steampunk. Après un court dialogue nous indiquant qu’ils sont à la recherche d’un Esper pris dans la glace, entité magique que l’empereur espère (…) pouvoir exploiter pour asseoir son pouvoir de façon durable, le générique se lance, avec les trois personnages avançant dans une étendue enneigée, sur fond d’une musique mélancolique qui a marqué les mémoires – qui conclût la piste proposée ci-dessus, et sur laquelle on reviendra plus tard, cher lecteur –

Même des dizaines d’années plus tard, la magie opère, et je suis toujours aussi impressionné par l’efficacité de cette mise place. Tous est parfaitement dosé, la musique est littéralement magique, impossible de résister au pouvoir de fascination de ces premières minutes de jeu, là où il m’avait fallu quelques heures avant d’adhérer à FF VII, par exemple, ou encore là où FF VIII, après son intro spectaculaire et tape à l’oeil, se mange un vilain ventre mou une fois le jeu commencé.

Pas de ça avec les opus Super Famicom – enfin, les IV et VI, tout du moins, le V ayant un statut un peu à part et étant en deçà de ses illustres co-FF, en terme d’ambiance -, le joueur se sent immédiatement concerné par les enjeux de l’histoire, intrigué par l’univers dans lequel elle prend place, bref, en un mot comme en cent, la magie opère, et FF VI s’impose comme un modèle du genre en matière de mise en place. Découverte d’un Esper qui affecte Terra – car oui, la fille aux cheveux verts est bien sûr la fantastique Terra, personnage aussi badass que touchant – et nous indique que son passé est autrement plus complexe qu’il n’y paraît – sens-tu poindre la tragédie à l’horizon, cher lecteur ? Non ? Touchante naiveté – permettant au passage de se familiariser un peu avec le système de combat à travers quelques combats scriptés lors de l’arrivée des trois larrons dans le village minier de Narsche, de prendre conscience de l’hostilité des villageois envers l’empire, de l’existence d’une faction rebelle qui permet à Terra d’échapper aux forces de l’empire, avec introduction du second personnage, Locke, le voleur au grand coeur…etc. Tout s’enchaîne avec une souplesse exemplaire, et l’on quitte Narsche pris dans un souffle épique, fascinés par les mystères à venir, concernés par le destin de nos héros, ancrés dans l’univers du jeu. En à peine une demi heure de jeu, ce Final Fantasy nous a envoûté, irrémédiablement. Quelle diablerie!

Characters driven

Tu peux lancer ces thèmes pour agrémenter ta lecture des paragraphes, cher lecteur, si tu le souhaites.

Ah, elle est bien loin, l’époque du premier FF, avec ses Quatre Guerriers de la Lumière, sans background aucun, enveloppes vides dans lesquelles le joueur pouvait se projeter, dont il écrivait l’histoire, l’imaginait. Dès le second épisode – étonnamment audacieux dans son fonctionnement, rejetant le système d’XP classique pour une évolution plus proche d’un SaGa, avec les caractéristiques augmentant en fonction de leur sollicitation au combat -, les quatre héros sont nommés et animés par une quête personnelle certes basique, mais allant néanmoins dans le sens de la caractérisation, choix que le troisième opus prolongera sans trop d’audace se plaçant confortablement en tant que digne successeur des opus précédents. Mais ce n’est qu’avec le gigantesque Final Fantasy IV que les personnages bénéficieront enfin de cette épaisseur qui deviendra une constante dans la série et marquera la mémoire des joueurs au fer rouge. Le cinquième opus permettait à ses personnages de changer de métier, avec les classiques limitations d’équipement et l’obtention de compétences spécifiques qui en découlent. Si le gameplay s’en retrouvait enrichi, l’intensité dramatique de la narration pâtissait au passage de ce choix de game system. Peut-être est-ce la raison pour laquelle cet épisode a moins marqué les esprits que les deux autres opus Super Famicom ? Peut-être est-ce à cause d’une musique un peu en deçà de ses illustres confrères ? Toujours est-il que FF V semble moins « habité » que ses confrères 16 bits…

Mais au diable les « pourquois », ce qui compte, c’est que Final Fantasy VI redresse la barre en prolongeant directement les intentions du quatrième opus, tissant une trame narrative à travers les histoires de personnages au passé clairement défini et sous le sceau de la tragédie, aux blessures vivaces, s’imbriquant avec finesse pour offrir le récit épique que l’on connait. Ces personnages hauts en couleurs, qui hantent encore la mémoire des joueurs ayant eu la chance de croiser leur chemin, sont le véritable centre de gravité de cet opus majeur. Que ce soit en terme de narration, de game system, de musique même, tout dans Final Fantasy VI glorifie les personnages jusqu’à leur donner une épaisseur sans précédent dans le RPG, magnifiant les mécaniques narratives que l’on trouvait dans le quatrième épisode.

A cette époque reculée, SquareSoft et Enix n’avaient pas encore fusionné, chacun défendant bec et ongle sa série phare, à savoir Final Fantasy pour Square et Dragon Quest – DraQue pour les intimes – pour Enix. Ce soin porté au polissage des personnages pourrait être perçu comme la possible réponse de Squaresoft à Enix et ses Dragon Quest épiques et colorés qui faisaient la part belle à ses irrésistibles personnages aux designs sortis des l’imaginaire d’un Akira Toriyama déjà au sommet de son art. La série de Squaresoft avait déjà assumé sa part d’ombre dans FF IV, s’imposant comme le pendant « adulte » du J-RPG de sa génération, avec sa propension à aborder frontalement les violences de la guerre, la mort, les dilemmes moraux, et ose pousser le sens du tragique à son paroxysme dans FFVI, à la fois à échelle humaine, chaque destin étant placé sous le sceau du drame, de la tragédie, parfois particulièrement sombre – une pensée émue pour les épreuves qu’a traversé le noble chevalier Cyan, les vrais savent… -, qu’à l’échelle cosmique, les enjeux de la trame narrative générale impliquant rien moins que le destin du monde. Final Fantasy, plus que jamais, s’impose avec ce chapitre comme une série aux thèmes audacieux et matures, clame son amour des personnages, se laisse porter par eux, pour notre plus grand plaisir.

Bienvenue dans la chronique où l’on se remémore les moments de pure magie vidéoludique, ceux qui font disparaitre la réalité derrière un rideau de pixels enchantés. Je m’aperçois aujourd’hui que j’ai parlé de FF VI et VII, mais que j’ai négligé le dernier membre de mon top 3, et c’est très mal. Réparons aujourd’hui cette injustice et chantons les louanges du grand Final Fantasy IV.

TOMAGIQUEFF4introAprès un dernier opus (l’opus III, et là, seuls les vieux peuvent esquisser un sourire indulgent en se disant « it’s gonna be a fiiiine niiight toniiiiight… ») sur NES qui offre à la série une profondeur et un souffle épique sans précédent, que l’on a pu redécouvrir et apprécier enfin à sa juste valeur via un portage DS gigantesque, la saga des Final Fantasy débarque en grande pompe sur Super Famicom avec sinon le meilleur, à n’en point douter l’épisode le plus important puisque c’est lui qui pose les véritables bases, l’ingrédient secret de la recette FF, à base d’émotions fortes, de tension dramatique, de sacrifices à arracher des larmes, d’epicness, bref, le socle des vrais grands chapitres de cet opus magnum. On le sait, c’est FF VI qui, pour des simples raisons de manque d’audace au niveau des éditeurs qui ont laissé le IV squatter l’archipel à l’époque, qui représentera pour beaucoup le point de départ du coté « adulte » de la série, et FF VII qui démocratisera la série, épisode légendaire développé sur la non moins légendaire Playstation, le premier véritable support ouvert qui dit « viendez, viendez! » à tous les développeurs de talent. Bon, certains malheureux ont découvert la série avec le VIII, et vivent désormais dans l’illusion, n’ayant pas réalisé que la magie avait déserté la série un temps, au profit d’un coté bassement mécanique et d’un contenu, il faut l’admettre, pantagruelesque, mais laissons cette question pour un autre jour (et laissons ces brebis égarées dans l’anonymat (mais c’est Yannou, c’est lui, en fait!!!) ). Revenons aux lettres de noblesse de ce géant de l’epicness vidéoludique.

TOMAGIQUEFF4esquadronComme beaucoup, j’ai découvert FF IV après coup, après avoir pleuré sur le VII, m’être fait pulvérisé par la classe du VI réédité sur Playstation et avoir réalisé par là que la série n’était pas née avec le VII et morte avec le VIII (ok, ok, c’était un dernier troll pour la forme, promis). C’est donc tout tremblant que j’achetais FF Antology, proposant les quatrième et cinquième épisodes. Et j’ai commencé par le V, en me disant que tout ce qui touchait de près au VI ne pouvait qu’être génial. Et c’est donc une douche glacée de déception que je me prenais sur les coucougnettes, car au bout d’une heure de jeu, je n’avais pas encore goûté à la magie que j’attendais légitimement de cette série, la seule qui m’ait arraché de vraies larmes. Sous le coup de la déception, j’ai attendu le soir pour m’attaquer au IV, mais avec un doute méfiant chevillé au corps. Après une fort jolie mais négligeable intro rajoutée pour les besoins de cette édition, j’attaquais le jeu à proprement dit, et là, dès les premières minutes, voire les premières secondes, j’étais dedans, j’avais le frisson, ça y est, j’avais trouvé un nouvel épisode digne d’entrer dans le panthéon des géants vidéoludiques.

TOMAGIQUEFF4CecilDurant ces premières minutes magiques, sur fond de musique épique et tendue, on découvre un héros sombre, torturé par les massacres commandités par son monarque, on goûte à une ambiance adulte, on est d’entrée de jeu plongé dans le vif du sujet, dans l’épaisseur d’une intrigue qu’on devine plus dense qu’il n’y paraît, bien loin des clichés simplistes qu’on a pu rencontrer auparavant. Immédiatement, on effleure un monde, on touche du doigt ses fissures, on ressent le déchirement interne de Cecil l’Homme au Nom Pas Très Crédible, le respect de ses hommes, l’ambiguité morale de sa mission, la complexité des enjeux. Rarement un jeu aura réussi en aussi peu de temps à communiquer autant. Et comme je n’aime pas parler dans le vide, je partage même cette scène avec vous. Non, ne me remerciez pas, cliquez plutôt ici et admirez.

TOMAGIQUEFF4Cecil2Et c’est là dessus que je vous laisse, en vous donnant rendez-vous dans sept jours, pas plus, pas moins.

toma überwenig