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Profitons de cette semaine spéciale pour inaugurer une nouvelle chronique sur Le Serpent Retrogamer, humblement, en cachette, entre deux textes majeurs de mes émérites collègues. Et c’est pas plus mal, au final (fantasy) (hum…), car cette chronique va probablement suffisamment diviser comme ça, ‘y manquerait plus qu’elle soit lue, en plus! Oui, cette chronique divisera, car j’ai décidé d’en finir. En finir avec le Jugement des Vieux… Et par « vieux », vous êtes tous visés, oui, même toi, là-bas, avec le pull bleu et l’acné. TOUS, j’vous dis! Car on va causer franc-jeu, et revenir ensemble sur quelques sentences vidéoludiques communément acceptées, au point d’être devenues inébranlables, inattaquables, acceptés d’office, sans que l’on ne prenne plus la peine de les questionner. Parfois à grands coups de gueule et de mauvaise foi, parfois avec plus de sérieux, car certains des sujets à venir me tiennent particulièrement à coeur. Le programme est posé, le rendez-vous est pris, c’est parti mon Luigi!

Commençons en douceur avec le sujet du jour : Final Fantasy XIII (oui, le XIII, pas le XIII-2, ni le 3, non, le XIII, tout court!). Crucifié dès sa sortie, divisant les amoureux de la série sans pour autant réussir à séduire de nouveaux fans, FF XIII, dans le genre, a fait fort. Et pourtant… Oui, tu as bien compris, cher lecteur, je vais prendre la défense de FF XIII le Malaimé, et reprendre quatre des principales reproches canoniques qui lui ont été adressé afin d’éprouver leur validité, les remettre en perspective à grand renfort de mauvaise foi, mais pas que! Pourquoi quatre ? Parce que plus ce serait de la gourmandise, que c’est une petite chronique introductive, et que (13-1)/3=4, ça va sans dire, et c’est évidemment la raison principale. Bienvenue dans Pour en Finir avec le Jugement des Vieux…

ATTENTION : toi qui confonds critique, troll et second degré, il y a une place pour toi ici, dans un coin de canapé, sur un pouf, où tu veux en fait, mets toi bien, mais autant te le dire tout de suite, toi, tu risques de morfler, et ta gastrite risque de te chatouiller un poil. Entre en connaissance de cause, car aujourd’hui en particulier, le mode « troll » est allumé!

DEATH CORRIDOR

Bon, pas besoin de chercher bien loin pour le reproche le plus récurent fait à l’encontre du jeu, il tient en un mot : couloir. Oui, FF XIII tient beaucoup de la fuite en avant. Bon, de temps en temps on rencontre une fourche entre deux chemins, parfois, comble d’audace, on a même droit à un virage mais bon, la malédiction du couloir pèse sur le monde de Cocoon. Et comme de bien entendu, le jeu s’est fait allumer torture moyenageuse-style pour cette dimension.

Mais les FF-sexuels qui ont été si véhéments sur cette dimension du jeu auraient-ils été frappés d’amnésie sélective ? Auraient-ils oublié la Dictature de la Ligne Droite et de la Lenteur qui régnait sur le périple offert par FF X ? Oui, ce FF que nombre de fans de la licence portent aux nues et qui a sû s’imposer via son contenu gargantuesque avait carrément jarté le déplacement sur la carte du monde pour le remplacer par un gigantesque…oui, tu peux le dire, un gigantesque COULOIR!! Et ne viens pas me dire que je déforme la réalité, j’ai acheté la réédition HD (enfin, une des trois rééditions HD en l’espace de quelques mois, merci Square Enix pour ton respect du joueur/fan/consommateur/poule aux oeufs d’or/pigeon bourré à la bière tiède) et cet aspect de la chose m’a à nouveau sauté sur les gonades à pieds joints avec avec une paire de Rangers cloutées. Pas la peine d’objecter, de me dire que j’isole un point du jeu, qu’il compense avec sa richesse…bla…bla…bla, JE SAIS! Et je le fais quand même. C’est comme ça ici! Et accessoirement, c’est aussi un peu ce que tu fais quand tu critiques cet aspect sur FF XIII, hein!

FF X et ce qui ressemble quand même beaucoup à un couloir, non ?

Mais affinons un poil, mettons le mode Troll en veille quelques lignes (quelques lignes seulement, n’exagérons rien, quand même!!). Le but derrière ce choix de cartographie simplifiée dans FF XIII était pourtant transparent pour qui prend la peine de se poser la question : on arrivait sur une génération de console qui pouvait, sinon casser complètement les clivages entre les trois types de zones FF-Style – à savoir les villes, les donjons et la map, grosso merdo -, au moins les atteinuer, gagner en souplesse et en cohérence à l’échelle du monde – avec tous les sacrifices que ça implique, et contre lesquels j’étais le premier à hurler, sois-en certain! (saloperies de shop aux points de sauvegarde, disparition des interactions frontales avec les PNJs dans les villes, toussa toussa) -. Et ça prolonge, en un sens, ce que FF XII avait commencé à élaboré, avec audace et une certaine maladresse -encore sous le sortilège des possibilités du MMORPG à cette époque, FF XII ayant une forte odeur de Meuporgue en solo, dans une certaine mesure -.

Poupées de cire, Pantins trop cons

Une autre critique récurrente et bien tenace tenait aux personnages, décrits comme, au choix, caricaturaux, nazes, au charisme de chiuahuas, ridicules, même pas bons à essorer de la pisse d’otarie avec leurs cheveux….etc. Et j’ai une certaine tendance, voire une tendance certaine à être agacé par les personnages de RPG qui sont suffisamment mal dégrossis ou caricaturaux pour me sortir carrément du jeu, donc je suis sensible à ce type d’arguments…

Pourtant, il faudrait voir à ne pas confondre personnages archétypaux et personnages loupés, déjà, et bien différencier le mauvais perso du perso antipathique ensuite. Ce qui caractérise les persos de FF XIII, c’est clairement leur aveuglement respectif, obsessionnel, le déni érigé en mode de survie. La petite tête à claque de Hope mérite lesdites claques (et un passage chez le coiffeur (et une tombée de savon dans une douche de prison) (« en tant qu’avocat, je te conseille de ne pas faire cette blague de très mauvais goût » « bon d’accord, je la fais pas, promis ») ), mais il n’en est pas moins cohérent, dans son mécanisme certes archétypal de déni quant à la mort de sa mère, se réfugiant dans la colère aveugle par besoin désespéré de trouver un coupable, une raison à cette tragédie personnelle. C’est moyennement original, ça ne le rend pas moins détestable pour autant, mais sa cohérence est pourtant bien là. Il en va de même pour Snow et son optimisme désespéré poussé dans ses derniers retranchements, sa décision de croire en l’impossible pour ne pas sombrer écrasé par la culpabilité quant à la perte de sa bien-aimée. On pourrait prendre chacun des personnages et faire de même, mais bon, on va p’tet pas se faire trop chier non plus, hein ? Surtout que là encore, la Vérité est Ailleurs.

Car déjà dans Final Fantasy XII, on entendait des critiques peu élogieuse quant à la vacuité des personnages. Personnellement, j’étais tombé sous le charme de Balthier et ses manières so british, Basch, c’était du travail de pro, Fran était certes clichée mais néanmoins efficace, bref, de même que dans sa dimension archétypale, Lightning excellait dans le XIII, la brochette de personnages du XII était plutôt de très bonne facture… à l’exception, bien sûr, du connard principal Vaan. Mais en même temps, qui oserait – à part un camarade qui se reconnaîtra facilement – affirmer que Tidus a du charisme ? Que Wakka mérite autre chose qu’un bifflage collectif ? Qui arrive encore à tomber sous le charme d’un faux Cloud teint en noir comme Squall – à part le même camarade en question – ? Et je ne parle pas d’Aeris par respect (et aussi parce que sinon, je pleure) (la musique…la musique…), car si son destin était autre, elle passerait vite fait dans l’inconscient collectif du statut d’égérie martyre à celui de tête à claque reléguée dans l’équipe B, voire C. Bref, attaquer FF XIII sur ce point précis, c’est encore une fois soit méconnaître la série et son évolution, soit mal comprendre la fonction archétypale des personnages en question.

Si vous êtes amateurs des Final Fantasy de l’ancienne époque, ceux sortis sur Super Nes aux débuts des années 1990, vous avez sûrement entendu parler de Yoshitaka Amano, le chara designer de la deuxième époque de la saga. Et si je ne fais pas partie des grands fans de son travail, on est tout de même obligés d’avouer que l’artiste dispose d’un style bien à lui, original, qui change bien des personnages androgynes aux fringues typées métrosexuel du fatiguant Nomura.

Dans son usage des contrastes, dans sa manière de ne pas différencier les hommes et les femmes, avec un crayon noir débordant qui poursuit au-delà des silhouettes des personnages, Amano se démarque véritablement. Si vous voulez un autre aperçu de son talent, jetez un oeil aux logos des différents épisodes de la série Final Fantasy dont il s’occupe encore aujourd’hui du design.

Cela crée d’ailleurs un sacré décalage avec les travaux récents comme cela est le cas avec FF XIII, où des persos sortis du manga voient leur style totalement bouleversé par le pinceau de l’artiste.

Sirocco