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Étant quelque peu rouillé au sein de la rédaction, j’avais besoin de quelque chose qui m’inspire pour écrire. Et quand notre chef spirituel nous annonça qu’il comptait faire une ode à Hideo Kojima, je n’ai pas hésité à prendre la place de Greyfox, maître ès Metal Gear, pour pouvoir aborder un vaste sujet. Je ne le cache pas, j’ai une passion pour MGS, mais j’essaie de rester aussi neutre que possible, tout en sachant que cette saga est de celles qui peuvent me redonner goût aux jeux vidéo. Hideo Kojima fait partie de la catégorie des développeurs qui ont insufflé au médium une nouvelle dimension, en ne proposant pas une alternative basique au jeu d’action, mais un concept totalement révolutionnaire, où l’on n’avance pas en fracassant du soldat comme un sanguinaire, mais en devenant subtil et tactique pour contourner les problèmes. « Tactical, Espionage, Action », telle est la cohérente devise de la série Metal Gear. Le mélange entre combats épiques et cinématographie rend cette série d’autant plus vivante. Kojima n’est pas le seul dans le domaine mais sa patte est reconnaissable entre mille. On aime ou on n’aime pas, il n’y a pas de juste milieu dans cet univers. Et c’est avec mes humbles connaissances que je vous propose un portait de Kojima, pour vous parler de qui il est, de Metal Gear et de son futur.

L’homme

Avant Metal Gear Solid, il y a un homme, que dis-je, un garçon. Né le 24 août 1963 à Setagaya, un quartier de Tokyo, Kojima passe une enfance solitaire mais heureuse. Le jeune Hideo est déjà un habile écrivain. Beaucoup mieux que 50 nuances de Grey (Fox), il se découvre aussi et surtout une passion pour le cinéma et tourne quelques courts métrages avec ses amis. Il s’adonne à la Famicom et à ses jeux, et décide d’abandonner son rêve de devenir réalisateur pour se consacrer à ce nouveau médium. Il postule chez Konami qui l’affecte au secteur MSX, et il y développe son premier jeu en 1986: Penguin Adventure. C’est l’année suivante que sa carrière bascule: Metal Gear voit le jour, sur MSX2. Cependant, Hideo ne se repose pas sur cette innovation que représentent les premières aventures de Solid Snake, et propose Snatcher et Policenauts. Travailleur zélé et obsessionnel, Kojima se consacre corps et âme dans ses projets pour obtenir la perfection, occupant également des postes à la création, à la gestion mais également au commercial. Avec toujours le désir de créer une interaction avec le joueur. Kojima fonde en parallèle en 2005 sa propre boîte de production. Hors MGS, il développera Tokimeki Memorial, jeu de drague dont les Japonais raffolent, Stock Exchange Kabutore un jeu de finance (!), mais surtout la trilogie originale Boktai qui présente la particularité de recharger l’arme du héros en mettant sa GBA au soleil ! Il reviendra sur le devant de la scène du Vieux Continent en 2010 en offrant aux joueurs le retour à la vie de Castlevania, en promouvant le titre Lords of Shadow qui fera un tabac sur PS3. Fort d’un studio de développement et d’un staff compétents, Kojima continuera sa route sur MGS V qui sort en septembre 2015, mais nous y reviendrons plus loin dans cet article. Il reste l’image sensible de l’homme qui s’investit pour offrir un maximum de plaisir aux joueurs.

Son œuvre

Le titre qui lança Hideo Kojima.

Metal Gear entra dans la légende il y a de cela trente ans, offrant un concept inédit sur MSX2… Un jeu d’action où le joueur s’infiltrera seul, sans arme, dans une base militaire. Un million d’exemplaires du soft s’écoulent et ce concept se concrétisa en la saga que l’on connaît tous. Ce premier essai posa les fondements de cet univers hors du commun. Dix ans après cet épisode pionnier, Kojima travailla sur ce qui pour moi alla être son œuvre majeure et reste un monument du jeu vidéo encore aujourd’hui. Après la commercialisation de Policenauts, l’arrivée de la PlayStation, nouvelle console capable d’offrir de la 3D, et donc un univers davantage immersif, se fait imminente et Kojima souhaite donner une nouvelle orientation à Metal Gear. C’est donc en 1997 que sort Metal Gear Solid sur Playstation… Un succès mondial qui fit apparaître une nouvelle catégorie de fans. Kojima réussit alors à offrir au joueur une histoire maîtrisée, des allégories philosophiques, des complots du gouvernement; cet opus laissera une marque indélébile auprès des joueurs. Plusieurs ingrédients contribuent au succès. D’abord, il restait encore à cette époque l’un des seuls jeux à proposer un type de gameplay à base d’infiltration où la discrétion doit être maîtrisée sous peine de game over direct, accompagné d’un scénario passionnant et captivant. Il est aussi l’un des rares dotés d’une histoire aussi mature et complexe, abordant des thématiques destinées à véhiculer des messages sur la guerre et la menace nucléaire. En 1997, au tout début du règne de Sony, rares étaient les jeux qui proposaient un scénario de cet acabit… Je me rappelle que le jeune garçon de 12 ans que j’étais ne comprenait pas les tenants et les aboutissants de ce soft, étant alors plus habitué à du RE où il n’y avait pas besoin d’une réflexion poussée pour avancer. Kojima a misé sur une réalisation entièrement en 3D avec des cinématiques utilisant le moteur du jeu pour ne pas qu’il y ait de « coupure » entre les deux. Pour davantage d’immersion, il fera appel à Motosoda Mori instructeur au sein de diverses forces spéciales japonaises, ce qui donnera encore plus de crédibilité puisque l’équipe de Konami se prêtera à ses instructions de combats. Kojima a lancé un pavé dans la mare en faisant de sa première licence un best-of devenu must have. Le studio ne pouvait laisser passer une telle occasion et des suites et add-ons sortirent avec bien sûr toujours ce souci du détail, de la narration et toujours le même engouement et succès auprès des fans. Kojima frappa, Kojima marqua, il réussit à tenir, à se constituer un public de fidèles passionné(e)s par ce monde envoûtant, fascinant, surprenant et osons le mot, bandant !!! Hollywoodien assumé, Kojima s’inspirera de nombreux films américains pour nourrir son univers avec un paquet de références, n’hésitant pas à envoyer son équipe au cinéma pour pouvoir prendre des idées. Rien n’est laissé au hasard, cet homme bosseur a employé tout son potentiel pour offrir une expérience inédite au joueur et MGS premier du nom restera longtemps dans la postérité.

Le futur

Le très intrigant Death Stranding prévu pour 2019.

On pensait que ça n’arriverait jamais à Metal Gear, mais oui la saga a, comme beaucoup de franchises célèbres, sombré dans les pièges du « Il nous faut du pognon, on fait ça vite fait et ça passe ». Le titre en question était plus attendu que la venue du Messie… Metal Gear Solid V nous en a fait des belles avec un trailer qui laissait supposer un soft d’une qualité inimaginable. Tout a commencé avec Ground Zeroes qui est une préquelle de MGS V qui ne laissait rien présager de la suite. L’idée n’était cependant pas trop bête. En septembre 2015, sortit la deuxième partie The Phantom Pain. Une ou deux semaines avant la sortie du jeu, rebelote: on a affaire à des trailers qui nous filent la trique, pour au final avoir un immense gâchis. Un jeu avec un potentiel énorme, mais d’un vide et d’une cohérence scénaristique approximative, du bon jeu bâclé à l’ancienne. Pourtant, rien n’est mauvais mais ce soft manque clairement de vie et de finitions. Et c’est un grand choc pour les fans de la saga qui apprécient avant tout MGS pour son histoire et ses personnages, et aussi son gameplay, très archaïque par nature mais ici enfin fluide. À mon avis, les tensions entre Kojima d’une part qui fut consultant en externe, et Konami d’autre part, ont mis à mal ce magnifique jeu qu’il n’a pas eu la force et le temps de continuer et d’achever. Une monumentale erreur de calcul de la part de Konami qui perd un artiste incomparable et une licence phare de l’industrie du jeu vidéo. Aujourd’hui, les plus jeunes qui ne connaissent pas trop la saga hériteront de Metal Gear Survive… J’ai vu les premiers trailers et comment dire… Je trouve ça naze parce que le jeu a perdu l’essentiel, c’est-à-dire Kojima, son âme. Konami s’en est très bien sorti avec les ventes de MGS V, je doute qu’avec ce soft s’apprêtant à sortir, cela dure… Une chose est sûre, si Konami a perdu Kojima, son studio de production n’est pas mort et a des projets de jeu mais pour faire simple : Metal Gear Solid c’est fini pour lui, il préférera se concentrer sur d’autres projets toujours aussi emblématiques qu’intrigants, comme Death Stranding qui, je pense, deviendra légendaire.

Conclusion

Une petite présentation pour vous parler de cet homme qui est un perfectionniste, travailleur mais avant tout ingénieux. Il ne fut pas rare de le voir par exemple construire des légos pour concevoir un niveau de Metal Gear Solid. Toujours dans un seul but: offrir une interactivité et une expérience incroyable de jeu. Bien qu’il ne soit pas blacklisté, il travaille désormais dans son studio et surtout à l’élaboration de Death Stranding. Un projet à suivre de très près car, s’agissant de Kojima, on ne peut s’attendre qu’à du travail de qualité. Une chose est sûre: Metal Gear Solid restera associé à Hideo Kojima pour toujours.

L’E3, cet événement majeur de la communication de l’industrie du jeu vidéo, n’a pas toujours ressemblé à ce qu’il est aujourd’hui. Suivant la démocratisation d’Internet et du streaming, il est désormais célèbre pour ses conférences préparatoires portées par les éditeurs stars, que l’on suit sur Twitch depuis les quatre coins du monde. Bien au contraire, l’E3 fut jadis un événement un peu inaccessible, qui chargeait l’imaginaire des enfants des années 90 que nous étions et que nous ne pouvions percevoir qu’à travers quelques émissions de télé ou cassettes vidéos offertes avec des magazines. En bref, l’E3 est toujours ce salon mythique, ce « floor » immense dont les différents stands regorgent d’inventivité (et de « babes » ces modèles supposés témoigner de la beauté plastique des jeux) pour attirer l’œil et les photos. Mais sur la forme, de nombreuses choses ont changé et notamment sur la façon de construire et de communiquer les différents trailers. Et pour voir cela, quoi de mieux que ce qui est aujourd’hui connu comme la plus grande entourloupe de communication vidéoludique de tous les temps ? On va donc aller faire un tour sur les deux E3 où fut présenté Metal Gear Solid 2.

Je vais donc revenir sur les deux trailers diffusés sur les salons de l’E3 2000 et 2001, sur cet écran géant autour duquel la foule se rassemblait à intervalles réguliers quand on commençait à entendre la musique. Bien sûr à l’époque, pour l’éditeur japonais Konami, le territoire américain et par extension européen, ne représentait pas la priorité absolue (on me chuchote que les récents événements impliquant Konami et Hideo Kojima nous confirment que c’est toujours le cas) et une grande part de la promotion de MGS2 s’est faite au Tokyo Game Show. Néanmoins, comparons ce qui est comparable, et regardons ensemble ces deux trailers mythiques.

E3 2000 – l’espoir d’un MGS1–2

Ce tout premier trailer de Metal Gear Solid 2 a servi à annoncer le jeu au grand public, encore sous le choc de l’expérience unique qu’avait su proposer le premier opus de la saga « Solid ». Aussi on comprend comment la vidéo focalise tous ses efforts sur ce que le nouvel opus apporte sans changer la formule en profondeur. On y voit Snake s’infiltrer durant de longues minutes, utiliser de nouveaux moyens mis à sa disposition comme les chargeurs vides à lancer pour faire du bruit, le pistolet tranquillisant, les rebords où se suspendre. La présentation recompose d’ailleurs les premières sensations de Metal Gear Solid : un environnement extérieur en proie aux éléments déchaînés, la neige du premier opus laissant place à la pluie battante de New York, et puis des intérieurs occupés par des soldats d’élite. Après l’infiltration, place à l’action, un élément qui était déjà au cœur de la série et qui s’illustre longuement dans le trailer. La vidéo s’achève sur le dévoilement du Metal Gear, et sur une séquence qui fait penser à un combat contre un boss final. D’une certaine manière, cette vidéo de 9 minutes est un résumé en accéléré de ce à quoi ressemblerait Metal Gear Solid premier du nom sur Playstation 2 et qui nous renvoie directement à la somptueuse analyse de la portée symbolique du second volet écrite par mon ami flying_fox – dont un des chapitres est consacré à expliquer pourquoi le Tanker, présenté dans ces trailers, parodie et enterre Metal Gear Solid 1.

Vilain petit canard de la saga Metal Gear Solid, ce Sons of Liberty rend perplexe. Tellement méprisé par certains joueurs… Tellement adulé par d’autres, ces quelques gamers vouant un culte sans bornes à ce qu’ils semblent considérer comme le plus grand jeu du 21ème siècle. Explications.

Dans la toile de H.Kojima

Hideo Kojima, une ambition vraiment à part dans l’industrie du jeu vidéo.

Metal Gear Solid 2 est de ces jeux qui canalisent énormément d’enjeux. Prendre la relève du saint Metal Gear Solid 1, en faisant entrer la saga dans une dimension supérieure, faite d’actions et de cutscenes toujours plus percutantes ; mais aussi révolutionner le jeu d’infiltration, ou encore porter sur ses épaules l’identité de la toute jeune PS2. Trois ans après le cataclysme MGS1, Konami et Monsieur Kojima tentent ainsi une récidive. Première annonce concrète, lors de l’E3 2000. Un trailer de 9min passe régulièrement sur l’écran central du salon. A chaque diffusion le salon semble s’arrêter, toutes les attentions, journalistes, exposants, ou staff sont tournées vers cette fameuse vidéo. On y voit un moteur 3D révolutionnaire, des effets d’éclairage jamais vus, Snake sur un tanker, et pas mal d’explosions. Pas grand chose de concret, mais on devine déjà un ton légèrement « arty », s’écartant doucement de l’efficacité dépouillée de son grand frère, et de tout ce pragmatisme, de toutes ces maladresses attendrissantes qui vont avec. Ce sera la marque de fabrique de la très maniérée mise en scène « kojimesque », ce mélange de style en perpétuel équilibre entre le nanard dans tout ce qu’il a de plus beau, et la grande classe. Un travail de funambule plus ou moins marqué ou réussi au fil des épisodes. Allez, coupons court, MGS2 est probablement le couillu de la série à ce niveau là. Revenons à notre E3 2000. A la sortie du salon, tout le monde ne parle que de ça, quittant Los Angeles des rêves de Snake et de tanker plein la tête. L’année d’après rebelote, le jeu est sur le point de sortir,  nouvel E3, nouveau trailer, et encore une histoire de tanker, et de Snake en plein combat contre certains boss, comme Fortune, ou Vamp. On ne le savait pas encore, mais cette présentation culte nous impliquait directement dans un concept très spécial, une sorte de petit jeu que Kojima a joué avec nous à notre insu. Ce trailer, c’était un peu sa toile d’araignée, nous attirant, nous piégeant sans que l’on s’en rend compte, pour ensuite nous manipuler à sa guise. Concrètement cette vidéo était remplie de fausses pistes scénaristiques. Le jeu sort quelques semaines plus tard, prenant tout le monde à contre-pied.