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Bienvenue dans la nouvelle chronique PREJEUXGES, tous les deuxièmes mercredis du mois. Dans celle ci nous allons revenir sur des idées préconçues, des légendes urbaines ou encore des “vérités générales” et essayer de séparer le faux du vrai. Aujourd’hui nous allons parler de la crise du jeu vidéo apparue au début des années 1980. Celle-ci à mis sévèrement à mal de nombreuses sociétés, Atari en tête, et dégoûté les joueurs  de ce média qui a été considéré par la presse comme “un média de bricoleurs enfantins qui ne peut durer”. Et comme pour tout événement majeur de nombreuses histoires ont été racontées, et pour tenter d’y voir plus clair voici M. S (préférant rester anonyme).

 

MrSMonsieur S : E.T est le pire jeu de la Terre et s’est si mal vendu qu’il est à l’origine de la crise.

 

 

Pjg

Eh bien…non. En effet E.T sur Atari 2600 n’est pas un monument artistique et n’a pas atteint toutes les attentes, mais n’est pas un échec historique.

 

 

Revenons sur l’histoire de ce jeu. En juin 1982, Steven Spielberg étonne toutes les générations avec le film E.T l’extraterrestre. Celui-ci raconte l’histoire d’un extraterrestre s’écrasant sur une antenne-relais de la terre, perdant tout réseau pour contacter sa planète. Sur son chemin pour récupérer un forfait, il tombe sur Eliott qui même un peu dérouté va tout faire pour l’aider, en le présentant à ses frères et sœurs. Il va également attirer les services secrets américains, tentant par tous les moyens de le capturer pour regarder son corps de plus près, déclenchant un des premiers films « je viens d’ailleurs et je tente de me faire à la vie quotidienne Américaine ». Bien entendu le succès fut immense, et Warner par l’intermédiaire d’Atari ne peut pas passer à côté d’une occasion de se faire de l’argent.

E.T._the_Extra-Terrestrial_Interface

La notice se focalise sur les trous, donc sciemment sadique.

Et contrairement à ce que l’on peut penser, c’est bien la maison mère d’Atari depuis peu (Warner) qui décide de se lancer dans le jeu E.T. Deux obstacles surviennent. Le premier est le délai très court pour développer le jeu, devant être prêt pour noël. Quant au deuxième point, il concerne la personne qui va mener à bien le projet, et c’est Howard Scott Warshaw qui s’y colle. Le game designer a un C.V en dent de scie à l’époque avec une référence (Yar ‘s Revenge) et une daube sur 2600 (Raiders Of The Lost Ark). Il est d’ailleurs étonnant que Steven Spielberg donne à nouveau son aval pour une nouvelle adaptation. Les revendeurs relancent en permanence Atari pour être surs de recevoir le « must have » de noël. Eh bien ils n’ont pas été déçus, le jeu est mauvais sur tous les points. Mais l’absence de journaux spécialisés, d’émissions et un léger bouche à oreille font que le jeu se vendra à 1.5 millions d’exemplaires. Une performance plus qu’honorable qui placera le jeu parmi les meilleures ventes du support.

ray_kassar_largeContrairement à ce qu’on pense, les avis de la presse sont assez partagés. Il y a bien sur des avis négatifs comme celui du magazine New York ou celui de Tilt en France. Mais contrairement aux magazines plus récents, le jeu est à la sortie plutôt bien accueilli, notamment par le magazine BillBoard qui le place dans le top 15 des jeux vidéos de l’année 1982. Chez nous le Monde ou encore le recueil Atari : le meilleur des logiciels 1983 (éditions Michel Laffont), classent le jeu comme une bonne retranscription du film, même s’il est clairement cité comme difficile. La majeure partie des descentes en flammes viendra 10 ans plus tard.

Une autre question intervient quant à la quantité de cartouches ayant été revendues et aux témoignages concernant les réductions massives. Il est courant de voir que « tous les magasins ont réduit leurs prix sur la cartouche E.T » pour arriver en dessous de « 1 dollar ». Le fait est que cette manipulation n’est possible qu’aux Etats Unis et au Royaume Uni, le reste de l’Europe et le Japon ayant des règles plus strictes sur la vente à perte. Et il n’y a qu’un seul témoignage connu sur le fameux 1 dollar, celui de Al Nilsen de J.C. Penney. Tout n’est donc pas faux, mais plus probablement exagéré. Pour l’affaire du nombre de cartouches renvoyées chez Atari, les avis divergent. R.Kassar estime la mise en vente à 5 millions mais le retour de quasi toutes les cartouches. Le problème dans cette phrase est que le jeu est très très courant, avec des prix sur Ebay n’excédant pas les 10 dollars le plus souvent. Howard Scott Warshaw table quant à lui sur une fourchette entre 1 et 2 millions de cartouches sur les bras, ce qui parait plus problable, mais celles-ci seraient toutes parties sous terre. Le doute reste présent, mais en se basant sur l’hypothèse la plus censée, la perte est présente mais en rien comparable à celle d’un autre jeu. Le coupable s’appelle PACMAN.

Tom-ClancyDécidément en ce moment, c’est l’hécatombe… C’est déprimant… Après Hiroshi Yamauchi, c’est le romancier américain Tom Clancy, archi-connu dans le monde du jeu vidéo qui est décédé dans un hôpital de Baltimore. La raison du décés n’a pa encore été communiquée. Auteur prépondérant dans le mode du jeu vidéo, il était depuis quelques temps sous la coupe d’Ubisoft, depuis que l’éditeur Français ait racheté Red Storm Entertainment, studio co-fondé par Tom Clancy lui-même en 1996. Tellement de scénarii avec comme toile de fond la guerre ! La série des Splinter Cell, des Rainbow Six, Ghost Recon… Il y en a tellement… Nous reviendrons sous peu sur cette disparition tragique.

Hiroshi_YamauchiHiroshi Yamauchi. Cela ne vous dis peut-être rien. C’est surement le cas si vous avez moins de 15 ans et que votre première console a été la PS2, ou la Wii (pauvre de vous…). Mais pour beaucoup, ce nom évoque tout simplement la naissance du jeu vidéo moderne, celui de la console de salon… Celui de Nintendo. Oui, Hiroshi Yamauchi, qui a été à la tête de Nintendo de 1949 à 2002 (il avait alors 22 ans lors de sa prise de fonction). C’est lui qui a fait la renommé de Nintendo dans le domaine du jeu vidéo. C’est lui qui a su s’entourer des plus grands, trancher des décisions difficiles, notamment sur le prix de la FAMICOM, très bas. On le dit colérique, et peu modeste. Il avait 85 ans. Et il est décédé cette nuit, dans un hopital de Kyoto, d’une pneumonie. Dans une indifférence quasi-totale (hormis les initiatives de Gameblog et Gamekult que je salue). Tout ça perdu au milieu des milliers d’infos inutiles sur GTA V est comment déshabiller Trévor, ou avoir la cote avec Tartempion. Sans cette personne vous ne serez surement pas en train de jouer à GTA d’ailleurs, car c’est lui qui a relancer un marché, celui des consoles, totalement moribond. Il a transformer une petite compagnie de fabrication de cartes à jouer en une multinationale respectée de tous (du moins jusqu’en 2002). On te souhaite tout le repos que tu mérite. RIP Mother Brain.

Le Serpent Retrogamer commence à se faire un nom. Et certaines personnalités du milieu commencent à nous considérer. Florent Gorges est en cela un précurseur qui, je l’espère, sera largement suivi. Historien des jeux vidéos et co-fondateur de Pix’n’love, il est aujourd’hui à la tête d’une nouvelle maison d’édition qui traite de problématiques plus larges que l’histoire du jeu vidéo. Dans cette première partie nous allons vous présenter ce personnage, atypique et en quelque sorte initiateur, de la fin de son adolescence, jusqu’à la sortie du premier tome de l’Histoire de Nintendo, qui a propulsé Florent au devant de la scène. Nous l’aimons bien, Florent, nous, retrogamers !

Le départ de Florent

Florent Gorges était Coordinator for International Relations au Japon

Le Serpent : Tu t’es dirigé, d’abord, vers une carrière dans le domaine du sport, mais à 17 ans tu es parti au Japon, Qu’est-ce qui a motivé ce choix et ce changement ?

Florent Gorges : J’étais sportif de haut niveau dans un lycée, un sport-étude en internat pour pratiquer le basket à haut niveau. A 17 ans, ma croissance était terminée et je n’avais plus aucun espoir de percer dans le sport. Je me suis alors recyclé. J’étais passionné par le Japon depuis tout petit, même si je ne lisais pas de manga, d’abord parce que je n’avais pas de sous pour me les procurer, et puis parce que, de toute façon, il n’y en avait pas tant que ça ! Et puis les jeux vidéo bien sûr ! J’étais donc passionné par la culture Japonaise dans son ensemble, un amour du Japon bien général, de la culture avec un grand C d’ailleurs. J’ai donc fait échange scolaire, avec mon lycée, j’ai passé mon bac à Tokyo en candidat libre. J’apprenais la langue en autodidacte, mais en partant, je ne connaissais que les mots et expressions de bases, rien qui ne me permette de tenir une conversation.

Le Serpent : A ce que je comprends tu es parti là-bas sans arrière pensées vidéoludiques, mais qu’est-ce qui s’est passé là-bas ? Qu’est-ce qui a transformé notre Florent Gorges en celui que l’on connait aujourd’hui ?

Florent Gorges : J’ai un peu lâché les jeux vidéo à partir de la Playstation. J’ai un peu raté la Playstation 2 et les 128 bits puisque j’étais dans ma période « il faut que tu apprenne le Japonais coûte que coûte pour devenir bilingue ! » Ce qui me laissait peu de temps pour mes loisirs, vidéoludiques qui plus est ! Ce qui m’a fait replonger… C’est quoi ? Mince alors ! En fait, lors d’un séjour au Japon au milieu des années 1990, j’ai appris que Nintendo, la société pour laquelle j’avais un affect particulier, était une société vachement vieille ! Je savais qu’avant les jeux vidéo elle produisait des cartes à jouer, mais je ne savais pas qu’elle était vieille de plus d’un siècle d’existence. Ça m’a intrigué. J’ai commencé alors à faire des recherches. Et sans internet, ce n’était pas facile ! En me disant, « mince alors, on connait tous Nintendo sans connaitre son histoire pour autant ! ». Et de fil en aiguille, j’ai commencé des recherches bien plus sérieuses à son sujet.

Les premiers écrits

Total Cube, une des premiers magazines où Florent Gorges à rédigé

Le Serpent : Cette intégration dans l’écriture sur le jeux vidéo est-elle donc, dès le départ, seulement basée sur des recherches sur Nintendo ?

Florent Gorges : Ouais. J’ai écris dans pas mal de magazines spécialisés au Japon, dès début des années 2000, mais ma première contribution pour un magazine de jeu vidéo « rétro », c’était un article sur la Famicom, dans un magazine qui s’appelle total cube, pour la Gamecube donc. J’ai alors créé une section rétro en 2003. J’adore Nintendo, mais aussi la Pc Engine, du coup je ne suis pas un fan-boy, c’est à dire que je ne vais pas jouer seulement à des jeux de la société de Kyoto, mais je suis réellement passionné par son histoire. C’est une différence importante. En ce moment je suis à fond sur la Xbox 360.

Le Serpent : Je rebondis sur ta dernière remarque, c’est amusant comment certaines personnes peuvent voir les rétrogamers comme nous. Nous jouons aussi aux consoles actuelles ! N’est-ce pas ?

Florent Gorges : Tu as raison ! Les gens (enfin certaines personnes), nous catégorisent d’emblée comme une catégorie de joueurs rétrogrades, alors que nous ne le sommes bien évidemment pas ! Nous jouons bien plus aux consoles modernes ! Les seules différences c’est que nous aimons bien rejouer, parfois, à de bons vieux jeux, et que nous nous intéressons davantage à l’histoire du média jeux vidéo, qui constitue aussi notre passion. Honnêtement, il y a vraiment très peu de gens qui affirment que c’était mieux avant, en tout cas moi je n’en connais pas. Et puis, il y en a certainement, mais je pense que c’est surtout un effet de formule, ça fait « on est des rebelles », et ça peut donner une importance à une communauté très marginale de joueurs. Avec un peu de recul, peu de gens voudraient revenir à ce qui se faisait avant.

On parle trop souvent, à mon goût, de l’énorme succès de Sony avec la sortie de sa Playstation mais on a trop souvent tendance à oublier les succès étant survenus bien avant… La Nes, console 8 bits de Nintendo, fait partie de ces succès, et demeure le reflet de la réussite du « média jeux-vidéo ». Parmi les gamers, beaucoup ont eu cette console dans leur jeunesse, face à la console de Sega, la Master system. Elle a, en plus d’avoir apporté de grosses améliorations technologiques,  permis de redynamiser l’industrie du jeu vidéo après la crise du marché dans les années 80, 1983 plus précisément. Tout en affirmant qu’elle est sûrement l’une des consoles qui a le plus apporté aux jeux vidéo, revenons sur son Histoire. Et comme j’aime le dire, la NES, c’est un peu comme le charbon à l’époque de la révolution industrielle. Sans elle, le monde aurait put prendre une tout autre direction économique (Bon j’exagère un peu là)…

La révolution du prix

Mazayuki Uemura, rien d’autre que le concepteur de la Famicom / NES

Tout commence en 1981 (le début de l’Histoire quoi). A cette époque, Nintendo surfe sur la vague du succès avec ses Game&Watch ancienne génération et envisage sérieusement la production d’une console de salon, permettant d’intervertir les jeux grâce au recours à un système de cartouches. Et même si cela semble logique, seul quelques lurons s’y sont essayés, l’Atari 2600 en tête. Le légendaire Hiroshi Yamauchi, alors président de Nintendo (depuis l’après guerre !), lance alors le message suivant à ses employés, attention je cite : « Je veux une console dont les performances seront telles que la concurrence ne pourra pas l’égaler avant un an et qui coutera moins de 10000 yen ». Pas exigent le vieux monsieur… Ainsi commence le projet de la Famicom, version Japonaise de notre NES (appelée Young Computer à l’époque). Le chargé du projet, Mazayuki Uemara, ce nom est d’ailleurs souvent oublié, comptait à la base intégrer un processeur 16 bits à son bébé. Mais malheureusement pour lui, il se retrouve face à la contrainte de budget. Il doit se rabattre sur un 8 bits. Ainsi le choix est porté sur un processeur Ricoh 2A03 qui sera épaulé par un processeur graphique PPU. Bref, toutes ces lettres on s’en fou, mais ce qu’il est important de savoir, c’est que le choix de Ricoh s’explique par le refus de la plupart des constructeurs de s’engager dans un pari aussi risqué. En effet Nintendo essayait de faire baisser les prix en promettant de grosses, très grosses commandes : trois millions de consoles. De nombreuses idées sont également abandonnées, pas seulement à cause du prix d’ailleurs. Nous pouvons citer le modem ou le clavier, par exemple. Beaucoup moins anecdotique, est également abandonnée l’idée des joysticks. Uemara se rabat alors sur une invention de génie : une croix directionnelle. Big-N va d’ailleurs déposer le brevet pour éviter les copies : si vous êtes bien attentifs, aucune console n’a jamais eu une pure croix directionnelle : Sega mêle un joystick à une croix, et Sony en a fait des « fausses », seul les manettes de la Xbox 360 peuvent porter à confusion. Et en juillet 1983, la console sort au Japon au prix de 14800 yens (soit à peu près 100$). Le prix est un peu plus cher qu’annoncé, mais demeure vraiment très abordable.