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Salut à toi mon rampant collègue. Comment vas-tu ?

A nouveau je reviens à toi en espérant que tes lumières m’éclaireront quelque peu.  Je ne comprends pas. Vraiment pas. L’Internet se mue en une gigantesque poubelle , et comme si cela ne suffisait pas, même le monde du jeu vidéo s’y met ! Je t’épargnerai ici mes habituelles désillusions sur l’infâme rapprochement entre jeu vidéo et réalité, pour finalement poser une autre question. Mais avançons un constat d’abord. A-t-on besoin d’encore présenter Frédéric Molas, alias le Joueur du Grenier ?  Sois rassuré avant tout, je ne reviendrai pas sur le fait de savoir s’il a ou pas « copié » le concept de l’Angry Video Game Nerd, car pour moi ceci n’a jamais été un débat ni intéressant ni même fondé, après tout l’idée de base n’était pas brevetée que je sache. Et puis le tout premier gugusse à avoir posté une vidéo de replay doit-il s’en prendre à tous les joueurs plus ou moins bons, plus ou moins talentueux, plus ou moins beaux parleurs, qui auraient eux aussi publié leurs parties, que ce soit dans la catégorie superplay bluffant, run instructif qui dépanne, let’s play à la mords-moi l’engin ou unboxing ringard ? Non non, et d’ailleurs mon questionnement ne repose même pas sur les vidéos du JDG en elles-mêmes, mais plutôt sur ce qu’il fait à côté. Et plus spécialement sur sa section « JDG, la revanche », subtil exercice dont la substance m’échappe quelque peu. Certes, revenir sur un jeu déjà traité dans l’un des « tests du Grenier » ne manque pas d’intérêt dans l’absolu ; le JDG avait-il dans l’idée de retourner un de ces jeux qui lui ont fait sortir de la fumée des esgourdes pour montrer que finalement, et ce en dépit de sa qualité fort piètre, la chose s’avère jouable malgré tout ? Et puis, voir un mauvais jeu se faire déboiter (au sens disséquer hein, pas au sens « unboxing » !), c’est finalement très amusant et procède d’un intérêt tout particulier, un peu comme lorsque l’on se perd sur Nanarland afin de trouver avec quel film on va animer la soirée binouze et ciné en compagnie des potes ce samedi soir !

Mais non, loin de là. En fait, et ce sera ma question : où est l’intérêt de regarder ces segments temporels…ou plus exactement voir monsieur Molas hurler vulgarité sur vulgarité ? En quoi y a-t-il le moindre effet comique à voir un individu revenir sur ce qu’il a déjà traité (et souvent avec humour d’ailleurs, pas toujours avec finesse mais qu’importe, nous sommes tous capables du meilleur comme du pire), mais uniquement pour proférer un nombre hallucinant de locutions à base de « putain de… » ou de « enculé de… », etc, etc ? Attention, je n’ai rien contre le registre de langue ordurier qui bien souvent d’ailleurs fait preuve d’une imagination qui fait défaut au registre soutenu !

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Rappelle-toi mon serpent dans l’excellent Terminator 2 : Judgement day, la scène où John apprend à construire des phrases plus ou moins « familières » au T-800, une scène dans la continuité de la drôlatique scène du « Fuck you asshole » du premier volet. Là, c’était drôle. Quand Brassens qualifie la « Putain de toi » de « misérable salope », c’est à la fois provocant et littéraire. Quand Eric Cartman hurle un tombereau de saloperies pour renvoyer Saddam Hussein en enfer dans South Park, c’est franchement excellent car tout à fait réfléchi ! Mais en quoi regarder un individu s’énerver bêtement devant un jeu (et dont il a déjà parlé au surplus) en hurlant un vague salmigondis d’injures et autres noms d’oiseaux pour seul commentaire est-il source d’un intérêt quelconque ?  Pour ma part, je trouvais même plus de finesse chez Carlos quand le regretté interprète de Big Bisous sortait ses blagues crasses sur le plateau des Grosses Têtes…Ou quand le non moins regretté Gérard de Suresnes hurlait comme un putois aviné sur les ondes de Fun Radio. Même si je me rends compte de la cruauté qui était mienne à cette époque, alors aujourd’hui, je te remercie , Gérard.

Les vidéos « JDG la revanche » ne sont d’ailleurs qu’une expression de cette incompréhension qui ne me lâche plus ! Désormais, les starlettes du web qui se filment lors de leurs soirées pizza, nous gratifient de let’s play dont je ne te redirai pas à quel point ils me sont rébarbatifs…Le summum étant atteint par ce phénomène de charlatan qu’on a déjà baptisé ASMR, censé procurer chaleur et bien-être à ceux qui ont du temps à perdre devant ce type de vidéo ! Je sais mon serpent, ton naturel calme et posé me dira « mais tu sais mon gros Yace, personne ne t’oblige à regarder ce type de vidéos si tu n’y vois pas d’intérêt », et tu aurais bien raison ; cependant, comment savoir que la vidéo n’a précisément pas d’intérêt si tu ne la regardes pas ? Là est le piège : toutes ces vidéos « revanche » sont-elles aussi vides de substance qu’elles débordent de vulgarité sans réel message passé ? En fait, et j’ose le dire, le plus gros idiot c’est bien moi, à toujours tenter de laisser le bénéfice du doute et ne juger qu’après avoir pris connaissance de la chose ! Quoique, juger sans connaître, n’est-ce pas là précisément une définition de la bêtise ? Grosso merdo, j’ai donc le choix entre être con ou être con ! Avoue qu’il y a des raisons d’hésiter.

Même si voir un célèbre collectionneur et accessoirement aussi intéressant qu’un discours de Sophie Marceau sur le PIB du Mozambique s’enfiler un menu MacDo dans une vidéo dite « ASMR » ne laisse en définitive que peu de place au doute. Si tu te demandes la signification de cet acronyme, je me contenterai de dire que pour moi, ce serait « Authentique Sous-M**** Ridicule ». Et encore, je me prends quand même à espérer un petit happening qui rendrait la vidéo intéressante, comme voir le cabotin en question s’étouffer avec des frites conservées dans l’antigel ou un bout de semelle fourré à la sciure qu’on pense être la viande dans le Big Mac. Là ça vaudrait la peine de regarder !

Allez mon serpent, pour oublier ces douloureuses interrogations et ces fort désespérants constats, je vais aller m’écouter une anthologie de la chanson paillarde. Car je le dit au haut fort, ces oeuvres-ci sont d’authentiques morceaux de littérature et de versification, qui pour le coup  trouvent donc un intérêt véritable ! Analyser l’abondance du flux menstruel de Sophie dans les Stances à Sophie est lexicalement infiniment plus intéressant et doté de substance que voir le JDG traiter Raphael de tous les noms dans une revanche sur Tortues Ninja NES. Alors, viens écouter avec moi, tu verras, la chanson paillarde, c’est éminemment culturel et fédérateur, ensuite on se tapera un bon nanar turc des années 70 et on finira par jouer à un jeu THQ sur NES !

Mais on se passera fort bien des vidéos JDG La Revanche.  Oui, je préfère même jouer à DinoRex sur arcade.

Yace,
vieux grincheux pas si vieux.

PS : j’avais à l’époque commis cet article sur l’excellent site Ze Player de l’ami Jibé. Car tout peut s’user comme l’écrivait Maurice Carême.

Mes salutations, ô mon civil reptile.

Je précise en préambule que le titre de cette nouvelle chronique n’a aucun lien avec un héros de bande dessinée dont j’avoue qu’elle a parfois réussi à me faire esquisser quelques sourires. Là où celle d’un célèbre vidéaste en chemise hawaienne m’a au mieux laissé froid, au pire totalement consterné.

A une époque où l’on tient pour acquis que le stick arcade est un périphérique de contrôle supérieur et où l’on assiste à l’émergence de tout un nombre de joueurs qui procèdent au clavier (et de cette immonde dénomination qu’est la Master Race, j’adresse un bras d’honneur retentissant à tous les abrutis consanguins qui s’en réclament), j’ai la triste impression que l’on tend à oublier ce mode de contrôle pourtant si familier que sont les manettes, alias joypads pour les branchés, alias encore pads pour les adeptes des monosyllabes.

J’ai souvent suscité la surprise, l’étonnement voire la stupéfaction en énonçant jouer à la manette. Une surprise, un étonnement voire une stupeur que je suis à cent lieues de comprendre et même de concevoir : après tout, n’ai-je pas toujours joué ainsi ? Certes, mon parcours en salle (du temps où l’on trouvait encore des salles d’arcade en France, et même parfois plusieurs par ville), je n’avais pas d’autre solution que d’astiquer les sticks (toute ressemblance auditive est indépendante de ma volonté). Mais je ressentais la différence, et ce en dépit de certains succès sur les jeux en question, je rêvais déjà à l’époque de bornes d’arcade sur lesquelles les fabricants auraient un jour la lumineuse idée d’adapter des ports-manettes, au hasard, pour les pads Super Nintendo ou Saturn. Sans compter les nombreuses fois où ces malheureux sticks arcade, trop énergiquement branlés (à l’origine, le terme « branler » veut dire « bouger », j’en veux pour preuve que Scapin disait à Géronte « ne branlez pas » dans la pièce de Molière Les Fourberies de Scapin, Acte 3, scene II, petit aparté littéraire à l’intention des lecteurs à l’esprit mal tourné) par de gros bourrins venus avant moi, ont fini par me lâcher en plein stage 7 de Raiden ou au moment où j’aller enfin réussir à passer le level 5 de The Punisher. De plus, le technicien de la salle de jeux la plus fréquentée de mon patelin étant un imbécile fini que je haissais et réciproquement, inutile de penser à se plaindre ! J’en étais venu à repérer ces individus destructeurs de sticks et à me résoudre à ne plus jouer quand je les voyais présents dans la salle surchauffée hiver comme été. Hélas ce système n’était pas 100% efficace et bien souvent, c’était après avoir mis ma petite graine dans la fente de l’appareil que je m’apercevais que le stick ne répondait plus. Remarquez c’est un peu normal, et ces messieurs ne me contrediront guère : après une agitation et un va-et-vient prolongés, on rentre en phase réfractaire, durant laquelle toute réponse d’ordre excitatoire est impossible. Les lecteurs auxquels j’ai du faire un rappel théâtral quelques lignes auparavant peuvent se permettre d’avoir l’esprit mal tourné ici.

Alors que jamais ce type de problème ne m’est arrivé avec une manette, même après les pires soirées entre sanguins du joypad ! Et maintenant que j’y pense, tous ces pads ont pourtant reçu leur lot de pressions, d’attouchements rapides et parfois même de viriles projections au sol faute à un ennemi trop efficace, même si aujourd’hui je dirai en toute franchise que c’était plus la faute à la nullité du joueur mal préparé ou pas assez méthodique que certaines manettes ont fait connaissance avec le parquet ou la tapisserie. Aussi je leur présente mes sincères excuses ; d’autant plus qu’ils ont enduré des sessions prolongées de Street Fighter II (avec ses manip’ parfois saugrenues),  de Super Mario Kart (et ses dérapages qu’il fallait bien contrôler d’une façon ou d’une autre), de Track & Field (pauvres boutons martelés à la limite de la cruauté) et bien évidemment de je ne sais trop combien de shoot them up, genre maudit de tous mes joypads qui unit déplacements aiguisés et martelage intense pour certains, écrasement permanent pour d’autres ! Mais eux, au moins, ont toujours tenu le coup.

Logitech Precision. Un conseil : achetez-vous des sucettes à la place, elles vous occuperont plus longtemps.

Logitech Precision. Un conseil : achetez-vous des sucettes à la place, elles vous occuperont plus longtemps.

Aujourd’hui, les joypads ont, comme le jeu vidéo d’ailleurs, tracé leur route vers une évolution à mes yeux fort peu enviable. Entre autres victimes, la déplorable manette PC Logitech Precision qui n’a de précis que la prétention en plus d’être d’une criminelle fragilité : ma première manette du cru , à peine déballée, m’a offert sa croix directionnelle après deux parties de Tetris Plus 2. Croix directionnelle dont l’efficacité pourrait rivaliser avec les bagues miraculeuses de Danièle Gilbert ou celle des avions renifleurs, il m’a suffi de trois essais sur Dragon Blaze pour m’en apercevoir. En deux jours, je me suis donc deux fois offert la joie de me faire rembourser. Je passerai sous silence les « manettes » qu’il faut agiter dans l’air comme un chef d’orchestre atteint de tremblote…

Le pad XBox 360 est celui qui aujourd’hui encore accompagne mes quelques incursions dans le monde des pixels, et si je trouve son ergonomie tout à fait acceptable, sa fragilité n’est en pas moins intolérable, je la mettrai même sur le compte d’une erreur de concept, un peu comme la consommation de piles de la Game Gear, mais si, la seule console portable qui revenait plus cher en piles qu’en jeux ! Mais me diras-tu mon venimeux confident, ce pad 360 est solide, ses touches aussi, donc pourquoi suis-je ainsi affairé à le calomnier ? Tu oublies juste la résistance plus que relative de ses sticks analogiques ! Car oui, et je vois ta langue fourchue pendre de stupéfaction, mais c’est avec le stick analogique gauche de cette manette que je contrôle l’espace et le déplacement de mes héros, de mes vaisseaux, de mes blocs et autres billes selon le jeu effectivement pratiqué ! Ma position est singulière, car je suis assez d’accord avec ceux qui trouvent cette façon d’opérer étrange, mais cela ne justifie en rien le fait qu’aujourd’hui j’en suis à ma septième manette 360…Faut quand même pas abuser. Hélas, ce pad est le seul avec lequel je suis encore capable de jouer quand je pratique sous émulateur…Car l’émulation permet de publier ses parties et revient moins cher que toute une batterie de matériel d’acquisition. Quoique je finis par me demander : avec toutes ces manettes, n’aurai-je pas mieux fait d’investir dans ce matos d’acquisition finalement ?

Un paddle robuste et résistant comme Achille... mais qui hélas comme Achille a un point faible...très faible !

Un paddle robuste et résistant comme Achille… mais qui hélas comme Achille a un point faible…très faible !

Question confortée par l’état de marche toujours pimpant de tous mes paddle de l’époque, qu’ils soient sur Super Nintendo, NES, Megadrive, Master System, Playstation et Playstation 2, Saturn et Dreamcast. Attention, tous ne sont pas exempts de défauts, l’ignoble pad Dreamcast par exemple a du être conçu par un ivrogne mais bon, il marche encore correctement. Mais mon rampant compère, si tu me demandes aujourd’hui de trouver de mauvais points aux manettes NES, Master System, Super Nintendo ou Saturn, je serai bien incapable de te donner une réponse.

Tout ceci pour conclure : si ce qu’il est convenu d’appeler le retrogaming a su perdurer, c’est sans doute aussi grâce à sa solidité ! Ou plutôt ses solidités : celle des jeux, celles de ses univers, de ses gameplay divers et variés, et celle de ses manettes « construites pour durer », pour reprendre le slogan dans les années 80 d’une célèbre marque d’électroménager.

Messieurs les fabricants : cela vous dérangerait-il de proposer du matériel à l’épreuve du jeu ? Ce qui me semble assez évident pour ne pas dire aller de soi s’agissant de matériel destiné…à jouer ! Voyez-vous, je préfère poser mes fesses sur un tabouret en bois à les poser sur un trône de cristal. Car en définitive, la finalité de ces deux ustensiles est la même, mais si l’un est plus attirant que l’autre, il n’en demeure pas moins plus dangereux car avoir l’arrière-train truffé d’éclats ne doit pas être bien plaisant. Alors cessez de nous gaver de matériel ultra sophistiqué mais moribond à l’achat, et revenez aux fondamentaux : du solide et dédié au jeu ! Bref : au lieu de toujours vous imaginer ce que vous pourriez encore inventer comme babioles pour faire rentrer la fraîche, rappelez-vous qu’il fut un temps où vous saviez faire les choses en bien…

Dois-je encore te remercier de m’avoir écouté, mon serpent ? Faudra que tu passes souper à la maison un de ces jours, j’en serai honoré.

Yace.

Vieux grincheux, pas si vieux.

Bonjour mon reptile fétiche !

Comment vas-tu en cette saison estivale ? Moi je lutte contre l’asphyxie et le malaise vagal, mais après tout, l’été ne dure que trois mois, et sur une vie, trois mois ce n’est rien, même s’ils reviennent inlassablement chaque année.

Ca ne t’aura sans doute pas échappé, l’actualité sociale au pays du coq au vin, de Voltaire et de Maître Gims est plutôt mouvementée. Non je te rassure, je ne confonds pas mes deux toques de rédacteur (ludique et engagé), ici je ne tiendrai pas de propos polémiques qui pourraient déchirer ou tout au moins nuire à notre bonne entente, d’ailleurs le but avéré de ce papier sera de lier plaisamment cette actualité à notre passion commune, celle des pixels et de ces machines qui nous tiennent à coeur à tous deux, les consoles, micro et autres vieilleries estampillées JEUTEL ou Sega Megalo50…

Il n’empêche que !

Vois-tu, à l’époque où j’étais beau (enfin, acceptable disons), chevelu et plein d’espoir en l’avenir, je trouvais déjà assez étrange le succès tant critique que commercial de ces jeux dits « de gestion », à la Populous ou Sim City. Car oui, ces titres résonnaient déjà en leur temps comme de véritables références, tant dans leurs versions originales que dans leurs portages sur console.  Quelle idée de vouloir incarner Dieu le Père ou (plus modestement reconnaissons-le) un maire ! Sincèrement, je n’ai jamais saisi l’intérêt de ce type de programme. Tu noteras bien d’ailleurs que jamais ni Dieu le Père ni un quelconque édile communal ne s’est jamais porté volontaire pour sauver le monde. C’est vrai quoi, quel Dieu a jamais piloté le R-9 pour botter le cul à la Bydo ? Et Bill Rizer était-il investi d’un mandat avant d’aller flinguer Gappa, le Diable Uranien à la fin de Contra III ?

Comme tu es une créature aussi cultivée que moi (ou sans doute plus encore !), tu me répondras sans ambages que Mike Haggar était bien maire de Metro City et qu’il n’a pas hésité à tomber la chemise à trois reprises pour assainir les rues mal famées de sa ville d’abord, puis de plusieurs autres cités un peu partout au monde, et tu as bien raison. Finalement, si Sim City se jouait en fait comme Final Fight, j’aurai sans doute revu mon jugement, grand amateur que je suis de la résolution de problèmes à coups de poing ou à la mitraillette ! Mais dans le jeu vidéo uniquement, car en réalité je suis la douceur incarnée. Mais quoi que tu en dises, monsieur Haggar reste l’exception. Quant à Dieu, il a accepté de prendre forme mortelle dans les phases action du superbe Actraiser sur Super Nintendo.  D’accord.

Je coupe court à mon baratin (quoique cet échange entre persifleurs de bonne compagnie n’est pas pour me déplaire), pour te faire part du noyau de mon humeur hebdomadaire : c’est en défilant dans les rues de mon patelin, au milieu d’une foule de 7 à 77 ans que j’ai pris conscience d’un bien triste réalité. Moi qui n’ai jamais perçu l’essence des jeux de gestion, et qui ne perds jamais une occasion de pester contre Les Sims (lointains descendants du fameux Sim City relou et chiant de mes 14 ans), j’ai eu comme une fulguration.

Et si la réalité avait fondu dans le moule du jeu vidéo de gestion ? Et si ces messieurs-dames dont je refuse de donner les noms par souci de politesse à ton égard mon serpent n’étaient finalement que les joueurs d’une version 100% réelle des Sims ?  Et ce faisant, ne sommes-nous pas devenus ces personnages si attachants qu’un honnête joueur des Sims s’attache à faire évoluer dans un univers aussi superficiel que bêtifiant ?

Tu comprendras aisément, mon rampant comparse, que cette pensée soudaine aux côtés de personnages criant leur désaccord en reprenant des standards de Renaud (le chanteur énervant qui en plus est désormais bien fatigué je trouve) m’aura laissé interdit…Aujourd’hui, le Sim…c’est moi ! Et les joueurs de cette triste comédie n’ont même plus besoin de brancher un support pour vérifier leurs stats…

TS4GameOver

Faire Game Over dans Les Sims est une aventure déplorable, mais je commence à me demander si finalement Les Sims ne sont pas en train de devenir la marotte des locataires des beaux bâtiments de notre République…avec entre autres moi dans le rôle du personnage que l’on laisse crever dans l’espoir de recommencer une nouvelle partie.

Alors j’ai quitté le cortège et pour me laver l’esprit, j’ai relancé ce bon vieux Lemmings en rentrant. Car contrairement aux Sims véritables que nous sommes et aux décideurs qui confondent l’Hexagone avec un écran de jeu, moi j’aime réfléchir et faire d’intenses efforts de cogitation…pour sauver ceux dont je m’occupe. Avec une petite pensée attristée pour les lemmings qui acceptent de se sacrifier pour amener leurs congénères au salut. Ces bestioles-là sont de vrais héros et leur funeste destin suffit à les rendre dignes de tous les éloges. Même en jouant à Lemmings, je me sens plus touché que ceux qui jouent aux Sims en vrai avec nous tous…

Bref mon serpent, je te salue et te souhaite d’agréables bains de soleil là où moi je vais foutre ma caboche au congélateur (j’ai eu cette idée en me rendant compte qu’il y faisait frais !)

A bientôt !

Yace, vieux grincheux pas si vieux.

Je te salue, mon serpent.

Toi tu es un serpent, moi pas, et pourtant c’est bien moi qui persifle ! Tu devrais te méfier, j’ai sans doute la langue plus fourchue que toi.

Il m’arrive hélas un peu trop souvent de me trouver désoeuvré, et dans ces moments-là, je me prends parfois à traîner sur Youtube, et vois-tu, on y trouve parfois de bien saugrenues initiatives. Je passerai sous silence mon goût de la variète française des années 80 pour m’extasier ou presque sur ces modes de s’exhiber sans vergogne et sans raison. Non non, je ne fais pas un laius de vieux duchnoque coincé, mais j’en arrive à ces vidéos formidables et d’une insoutenable intensité : les unboxing.

Quoi de plus grandiose, de plus solennel qu’ouvrir devant des yeux avides de jalousie son dernier achat sans oublier le petit selfie qui va avec ? Quoi de plus édifiant pour le spectateur de voir son idole d’un jour, aussi éphémère qu’une star de la télé-caniveau ou qu’une idol japonaise (vous voyez, ces gamines à peine pubères dont les jupes sont aussi courtes que leurs paroles) ouvrir de façon plus ou moins auguste son Uncharted 4, l’oeil pétillant ?

Unboxing corned beef !

Unboxing corned beef !

Mais me direz-vous, tout ceci n’est finalement que hors-sujet, il n’y a rien de rétro là-dedans, et Yace qui parle d’Uncharted 4 est aussi crédible que Manuel Valls s’affirmant de gauche. Ce qui n’est pas dénué de sens comme remarque (enfin celle sur le hors-sujet, pas sur l’orientation de Manu !). Ce à quoi je réponds (car je rétorque toujours) que ces vidéos épiques se conjuguent également au mode rétro, et c’est bien là qu’elles sont le plus ridicules !

Voir un mioche qui mise son avenir professionnel en Youtube (faut dire que les études ça demande de la motivation et de savoir lire et écrire hein) ouvrir avec des trémolos dans la voix son Megaman 2 sur NES qu’il a réussi à choper en vide-grenier à vingt-six centimes d’euro (car en plus il est habile négociateur !) est un délice digne de Capoue. Ouvrir un jeu déjà ouvert…et surtout dont je pense qu’environ 80% des possesseurs de NES post-pubères l’ont déjà eux-mêmes unboxé un jour alors qu’il venait de sortir du magasin… Bref, le genre de vidéo aussi utile qu’une paire de Nike à un cul de jatte ou de la littérature à Cyril Hanouna. Mais à nouveau, en plus d’unboxer le déjà unboxé, ces spirituels étalages vous montrent évidemment que ces jeunes chasseurs de pouce vert sur YT et autre « j’te like, j’te kiffe, j’te love » sur Facebook sont de remarquables hommes d’affaires, qui en vidéo se vantent d’avoir trouvé Mr Gimmick sur NES (et en version originale, pas une copie cartmod pour petites bites hein) pour dix euros ! Mais se gardent de dire que si le jeu est original, c’est surtout parce que papa et maman ont accepté de payer deux cent cinquante euros sur Amazon ou quelque autre site d’enchères… Ca fait plus propre pour les followerz’.

Unboxing collection.

Unboxing collection.

Bref, et pour ne pas donner l’impression de me concentrer sur de pauvres hères, qui quoi qu’ils en disent, auront raté la grande époque du jeu triomphant pour cause de naissance trop tardive, je conclurai simplement en disant que sortir un jeu de sa boîte c’est cool, sortir la moelle d’un jeu en le jouant réellement c’est mieux, et à mon avis plus profitable pour d’éventuels viewerz’. Car si on sort un jeu de sa boite, c’est avant tout -enfin je pense- pour le mettre aussitôt après dans une console et le faire tourner. Quoique, il est des collectionneurs fétichistes qui l’oublient et ravalent le jeu au rang de bibelot…Triste.

L’unboxing, les vidéos d’unboxing c’est l’ampli de la boite ! Je te laisse méditer cette dernière affirmation et te dis à bientôt mon serpent, et fais gaffe que je ne te pique pas tout ton venin.

Yace,

Vieux grincheux pas si vieux.

 

Salut mon Serpent !

J’ai du, comme tout bon contribuable retrogamer que je suis, aller déposer ma déclaration de revenus 2015 à mon centre de perception, que veux-tu, il faut bien être citoyen même en dépit de ses convictions.

Cet annuel pèlerinage ne me met jamais en joie, et plus que pour de basses raisons anti fiscales : comme je suis assez atteint de procrastination fiscale comme Thomas Thévenoud l’est de phobie administrative, j’attends toujours la dernière limite pour aller glisser mon papier dans l’urne. Et par voie de conséquence, je me tape une queue qui à elle seule ferait un scénario complet d’un épisode des Simpson.

Prévoyant donc la file d’attente lors de la mise à nu de mon modeste patrimoine, j’ai donc sorti ma fidèle Game Boy et lancé un peu de Tetris, en hommage à ce délicat mariage qui fit tant de bien à la console et au jeu. Si l’on y repense convenablement, Tetris a popularisé la Game Boy et la Game Boy a popularisé Tetris ! Exquise symbiose en cette année 1989 où je n’avais pas encore de déclarations de revenus à remettre.

Ah mon Serpent, si tu avais vu la surprise qui s’est alors peinte sur le visage de mes voisins de queue ! Comme s’il était indécent ou tout au moins incongru de jouer à Tetris en attendant de pouvoir lâcher le fiscal aveu dans les urnes transparents de l’Hôtel des Impôts. Il est vrai que Tetris est le fisc sont assez antinomiques : l’un apporte, l’autre prend ; l’un vous invite, l’autre vous contraint : l’un vous incite à réfléchir, l’autre vous soumet sans autre forme de procès.

Tous ces contribuables avaient-ils seulement conscience de voir l’un des leurs s’adonner à une constructive activité de l’esprit, eux qui finalement n’ont guère cherché à meubler intelligemment leur attente ? Très sincèrement j’en doute.vjoalv

Alors l’an prochain je remettrai ça, mais il est une chose sûre et certaine : je n’attendrai pas un an pour relancer l’un de ces excellents casse-tête qui firent les beaux jours de la Game Boy, de Tetris à Yoshi’s Cookie en passant par Tetris 2, Mario&Yoshi ou les fantastiques Solomon’s Club et Donkey Kong.

Aussi, à la question posée en 1990 à la sortie de la Game Boy sous nos contrées, « Vous jouez où avec le vôtre ? », je peux désormais répondre « dans la file d’attente de l’Hôtel des Impôts, le jour date limite, dernier délai ». Autrefois j’y aurai rétorqué «  en cours d’EPS », mais aujourd’hui les écoliers préfèrent Périscope, l’appli vidéo direct live qui permet de montrer en cours son torse viril, une couille ou même son suicide pour ne pas rater sa sortie.

Et je remplacerai mes noms et prénoms par « Balkany, Patrick » sur ma déclaration de revenus 2016. Gageons qu’ainsi j’aurai la paix !

A bientôt mon serpent !

Yace,

vieux grincheux pas si vieux.

Bonjour le Serpent !

Vois-tu, je tiens à saluer mes parents. Commencer cette nouvelle rubrique par un aveu tardif de reconnaissance à ces deux personnages et aux deux gamètes qu’ils m’ont si généreusement octroyés était la moindre des choses, mais je dois également leur rendre gré de la fortune qu’ils ont investie pour sans cesse étancher ma boulimie de jeu vidéo.

Et ce à une époque où la moindre cartouche coûtait déjà au moins 450 balles en francs français de l’époque, c’est à dire minimum 68,58 euros européens d’aujourd’hui !

Le deal était simple : je n’avais droit à un nouveau jeu que si j’en finissais un. Et malgré les conseils avisés du vendeur qui conseillait mes parents en jeux ardus, rien ne me résistait trop longtemps, de Super Probotector Alien Rebels à U .N.Squadron sur Super Nintendo ou Sonic 2 et Thunder Force IV, j’ai avalé ces heures de bonheur ludique tout comme j’ai englouti un volume fiduciaire assez conséquent, qui aujourd’hui a ancré en moi un semblant de culture ludique que je n’ai de cesse de partager avec qui veut. Merci géniteur, merci génitrice ! Il aura fallu que je me mette à Zelda A link to the past et à Super Metroïd pour que la bourse familiale connaisse quelque repos…

Tous ces souvenirs pour évoquer la glorieuse époque du pack Super Nintendo Street Fighter II, expression démesurée de l’engouement en cette glorieuse année 1992, allant des Jeux Olympiques d’Albertville à l’arrivée de la plus historique des bécanes de mon existence. Et bien qu’ayant opté pour le pack Super Mario World, j’ai la larme à l’oeil en repensant à ces matchs infinis entre une Chinoise aux jambons musculeux et un Brésilien d’apparence transgenre.

Deux décennies et demi plus tard, on passe du II au V. Mais le temps a évolué, un peu comme un cadavre se dissout peu à peu (ben oui, la décomposition aussi est une progression, demandez aux professionnels des engrais et autres compost !) et c’est ici que se justifie enfin ce rappel de ce que fut ma jeunesse, et pas si hors de propos au regard de l’objet de cette bafouille ! Après tout, dans ces lignes c’est moi qui fais la pluie et le beau temps, je vous prie.

Jeu de daube.jpgaStreet Fighter V sorti en fanfare sans mode solo, destiné au jeu online contre un adversaire ou des adversaires qui auront du eux aussi s’acquitter d’un droit de péage bien normal en temps normal (répétition volontaire et parfaitement assumée quoique sans doute maladroite et révélatrice d’un effet d’insistance) , c’est à dire pour un jeu complet…Or, et même si 80% du VS Fighting se joue en mode multijoueur, un jeu sans l’élémentaire plaisir de rouster le CPU ou de se faire rouster par lui est-il un jeu complet ? Très honnêtement, mon reptilien compagnon, j’en doute. Il manque quelque chose au menu d’un seul coup. Et le tout pour un prix entier en revanche.

A l’époque où vendre un jeu ne passe même plus par l’obligation d’achever le jeu en question avant de le commercialiser, je repense à ça : papa et maman, vous voyez un peu ? Certes je vous ai causé bien des dépenses liées à ma consommation de pixels, mais n’êtes-vous pas rassurés de savoir que vous crachiez votre oseille pour le bonheur du fruit de vos amours, mais surtout pour l’achat de jeux complets ? Oui, cette époque où les cartouches contenaient rien mois que 100% du jeu…

Aujourd’hui mon serpent, il faudrait presque être reconnaissant de jouer à des bribes de jeux, des morceaux de programme…mais présentés comme des early access !

Donc je remercie mes parents de m’avoir acheté des jeux complets et à fréquence serrée. Si la règle devient d’acheter des pièces de puzzle à assembler pour avoir enfin un jeu entier, je n’aurai jamais été si heureux d’être une pourriture d’anarchiste complétiste !

A bientôt mon Serpent !

Yace, Vieux grincheux pas si vieux.