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Omniprésent dans le jeu vidéo, le texte permet bien plus que la simple énonciation d’un scénario. En effet, il apparaît comme l’un des éléments principaux permettant la connexion entre le joueur et le jeu. Le texte nous ancre dans la dualité de plan qui constitue toute expérience vidéoludique. Jesper Juul parlait d’une « twilight zone » (zone de flou) : le joueur est un sujet empirique extérieur au jeu, mais aussi un acteur dudit jeu. Le texte apparaît ainsi comme le lien unissant ces deux aspects, convoquant les compétences de lecture et d’interprétation du lecteur dans le but de lui faire incarner son avatar. Il y a aussi l’instauration d’un équilibre subtil entre le virtuel et la réalité, entre une position active induite par le jeu et une position passive induite par le texte, et donc l’observation distanciée. Nous tenterons donc de voir au travers de cet article pourquoi la mise en scène du texte dans le jeu vidéo est quelque chose d’important et qui ne doit en aucun cas être négligé.

Mettre en scène le texte, un aspect trop souvent mis sur le côté

Il suffit d’observer le paysage vidéoludique dans sa globalité et depuis sa création pour constater que c’est un aspect souvent bâclé, adoptant des formes très basiques. Si les conséquences d’une telle négligence ne suffisent pas pour ruiner une expérience de jeu (le game-design ou encore le level-design sont bien plus importants), elles peuvent toutefois mettre à mal l’immersion du joueur. Mal disposé, le texte peut posséder un caractère anti-immersif, notamment pour une raison principale : il est essentiellement extradiégétique. Cela crée donc une distance, parfois nécessaire, entre le joueur et le jeu qui peut, en cas de mauvais équilibre, totalement desservir ce dernier. Une interface surchargée en écriture , un pâté de texte envahissant une bonne partie de l’écran ou encore des notifications textuelles interrompant brutalement le joueur en pleine action (pour signaler l’obtention d’une compétence, d’un niveau ou d’un objet par exemple) sont autant d’éléments frustrants sur le plan immersif.

Il n’y a qu’à voir certains des gros AAA modernes pour s’en assurer, comme les derniers jeux Ubisoft ou encore Horizon: Zero Dawn (qui sont loin d’être des cas uniques). Le texte envahit le HUD, abreuve le joueur d’informations, lui faisant ainsi bien prendre conscience qu’il n’est que dans un programme nommé jeu vidéo. Le problème est d’autant plus grand dans des jeux en trois dimensions, puisque contraste entre le texte en 2D et le jeu en 3D. L’immersion est ainsi rendue plus compliquée, la tension entre intradiégétique (les événements auquel est confronté le joueur in-game) et extradiégétique (le texte) étant trop forte.

Horizon :Zero Dawn, l’exemple typique d’une mise en avant du texte maladroite, créant ainsi une interface lourde

On peut également observer les jeux nous proposant de faire face à un choix par le biais d’un texte (choix de dialogues, de situations, de scénarios…). Trop souvent, le jeu vidéo à opté pour la solution facile tout droit héritée de la littérature, à savoir le fait de présenter les différentes options présentées aux joueurs sont la forme d’une liste, un grand poncif du RPG par exemple. Si cette méthode à l’avantage d’être relativement claire avec le joueur sur ce que l’on attend de lui, elle lui fait prendre conscience qu’il fait face à un script dont il ne peut triompher, obligé de sélectionner la réponse A ou B pour pouvoir avancer. Il peut se créer une forme de frustration chez le joueur, la prétendue liberté offerte par le jeu vidéo étant ici mise à mal par une application trop littérale du médium littéraire.

Fenêtre de dialogue conventionnel dans le paysage vidéoludique

 

La mise en scène du texte répond à des fins ludiques

Pourtant, la mise en scène du texte permet de répondre à des fins ludiques. D’une part, et on retrouve la notion de HUD, c’est par lui que sont transmises au joueur les différentes informations nécessaires (quête à suivre, compétences de notre avatar, etc). Il permet également de communiquer aux joueurs les commandes du jeu, aspect tout simplement fondamental. C’est là que la manière de mettre en scène le texte est importante. Se contenter de déposer un bloc de texte expliquant les manipulations à effectuer avec son périphérique de jeu, tout en le séparant d’une action concrète et immédiate, risque de rendre le joueur confus vis-à-vis des actions qu’il peut effectuer. Au contraire, présenter ces instructions dans le contexte d’une situation précise rend le texte cohérent avec ce que doit accomplir le joueur, et lui permet d’assimiler plus facilement les possibilités offertes par le gameplay. On peut prendre en exemple Celeste. Dans le prologue du jeu, notre héroïne (Madeline) ne peut qu’avancer et sauter. Tandis qu’elle traverse un pont, celui-ci s’effondre. Alors que nous commençons notre chute, le jeu est interrompu par l’apparition d’une fenêtre de texte nous expliquant comment se sortir de là. Le jeu nous apprend ainsi comment faire un dash, dans le but d’éviter la chute fatale, nous familiarisant dans le même temps avec l’une des mécaniques de gameplay centrales de Celeste.

Le prologue de Celeste

Toujours avec la logique de transmettre des informations relatives au jeu par la mise en scène du texte, on retrouve les fameux jeux à loots comme Borderlands, Destiny ou encore Diablo. Dans le but de catégoriser les différents items entre eux (commun, rare, épique, légendaire, etc), les développeurs instaurent un code couleur sur le texte descriptif de chacune de ces armes. Cela permet de transmettre de manière rapide et explicite le niveau de chaque arme au joueur, qui peut ainsi facilement et souplement constituer et/ou ajuster son équipement.

 

Pretentious Game (il est ici écrit : « I will break rules »)

Les jeux où la mise en scène du texte est utilisée à des fins de game-design sont de plus en plus nombreux. Apex Legends par exemple affiche très régulièrement des lignes de dialogues venant de nos coéquipiers, signalant à chacun la présence de tel ou tel ennemi,  la prochaine destination où se rendre ou encore un objet particulièrement intéressant. Cette manière de mettre en scène le texte renforce le teamplay du jeu, et incite les membres d’une même équipe à jouer ensemble. On peut également parler du jeu indépendant The Textorcist, dans lequel un exorciste ne peut bannir des démons qu’en proclamant des formules bien précises. Pour ce faire, c’est au joueur de taper au clavier les phrases apparaissant à l’écran, tout en devant éviter les attaques ennemis. Enfin, on peut évoquer le jeu Pretentious Game. Dans ce jeu de puzzle/énigmes développé par Keybol, chaque niveau voit ses règles modifiées en fonction de la ligne de texte apparaissant à l’écran. Ainsi, c’est au joueur d’interpréter et de comprendre le sens de la phrase pour avancer.

 

 

Le travail sur la mise en place du texte permet de renforcer l’immersion du joueur

Exemple d’une description d’objet dans Dark Souls 3

Si une mauvaise mise en place du texte peut mettre à mal l’aspect immersif du jeu vidéo, une bonne utilisation peut au contraire renforcer cette immersion. Le grand réalisateur russe Andreï Tarkovski déclarait dans son ouvrage Le Temps scellé : « La littérature décrit le monde à travers des mots, alors que le cinéma nous le dévoile directement ». L’une des forces du jeu vidéo est de combiner ces deux aspects. Ainsi, le travail de la mise en place du texte est en réalité indispensable pour trouver ce subtil équilibre. On peut l’illustrer avec la série des SoulsBorne (Dark Souls et Bloodborne). Dans ces jeux de FromSoftware, l’univers et l’histoire se découvre en apparence de manière « classique » : dialogues, cinématiques, etc. Mais ceux-ci ne dévoilent pas grand chose, laissant le joueur dans une certaine confusion. C’est là qu’intervient le deuxième aspect, l’aspect littéraire soit le texte. Il faut fouiller dans la description des objets récupérés, explorer les différents textes qui lui sont offerts et chercher à relier les informations que l’on possède pour comprendre ces mondes mystérieux. Le joueur est ainsi investi à la fois sur un plan physique (par le gameplay et tout ce qui en découle) mais aussi intellectuel.

Indépendamment du texte, sa mise en place peut d’ailleurs raconter quelque chose en elle-même, contribuer à un propos général et ne pas servir seulement à l’amener. Ainsi est-ce le cas d’un jeu comme Night in the Woods, dans lequel nous incarnons une jeune femme retournant dans sa ville natale après avoir échoué à l’université. Sans rentrer dans les détails, le jeu d’Infinite Fall nous présente une héroïne sensible et en perte totale de repère. Les bulles de dialogues sont ainsi tremblotantes, jamais fixes, créant ce sentiment de fragilité.

Night in the Woods

C’est d’ailleurs avec l’émergence du jeu indépendant que la manière d’utiliser le texte à fait un bond considérable. L’exemple du walking-simulator est intéressant, lui qui place le texte au centre de l’expérience de jeu. Prenons le jeu What Remains of Edith Finch, grand représentant du genre. Dans celui-ci, le joueur incarne le personnage d’Edith Finch retournant auprès de sa demeure familiale. Au fur et à mesure qu’elle explore cette étrange maison, le joueur découvre le destin tragique de chacun des membres de la famille, laquelle semble touchée par une étrange malédiction ayant pour finalité la mort. Le texte nous narrant ces étranges histoires est projeté au sein même de l’espace de jeu, que ce soit dans le ciel, sur les murs ou autre… Cette mise en scène permet d’intensifier la relation du joueur au jeu. Tout d’abord, elle abolit cette opposition entre texte extradiégétique en 2D et monde virtuel intradiégétique en 3D. Surtout, elle nous intègre complétement dans l’univers imaginé par les développeurs. Le texte apparaît comme l’élément moteur nous incitant à avancer : chaque pas effectué est une course derrière ce texte qui erre dans l’espace, nous entraînant du même coup dans une volonté incontrôlable de découvrir l’histoire… Ainsi, c’est par une bonne mise en scène dudit texte que What Remains of Edith Finch apparaît comme une œuvre d’une grand cohérence entre son scénario d’une grande sensibilité et sa manière de nous le raconter.

What Remains of Edith Finch

La mise en scène du texte dans le jeu vidéo apparaît donc importante à plus d’un titre. Nous avons pu voir que mal utilisée, elle peut mettre à mal les qualités immersives d’un titre. A contrario, elle peut rendre certaines expériences plus puissantes qu’elles ne le sont déjà, en reliant avec subtilité le joueur au jeu. Enfin, cela peut servir à des fins ludiques. Ainsi, et si la mise en scène du texte n’est pas fondamentale pour une forte expérience vidéoludique, nous avons pu voir que maitrisée, elle ne peut que servir à la bonifier.

Dans le 2027 de Deus Ex : Human Revolution (l’opus sorti en 2011), le transhumanisme dépasse le carcan de la fiction pour devenir part intégrante de la société, et apparaît comme la nouvelle révolution intellectuelle et scientifique de l’humanité.

En 2029, suite à un terrible attentat mettant en cause les Augmentés (humain possédant des prothèses et autres améliorations transhumaines), ces derniers se retrouvent dans une situation de parias et d’indésirables. C’est ce contexte d’apartheid mécanique que Deus Ex : Mankind Divided, dernier épisode de la licence, met en avant.  L’occasion pour le jeu d’explorer le genre humain, le tout sur un fond cyperpunk et dystopique.

Et l’Augmenté d’apparaître comme un formidable objet à analyser, figure synthétisant toutes les interrogations portées par l’œuvre d’Eidos Montréal.

 

Avant de réellement commencer cet article, il convient de faire une petite mise en contexte (déjà sous-entendu dans l’introduction). En 2027, suite à une attaque terroriste, Adam Jensen (agent de sécurité pour la firme d’implant cybernétique Sarif Industries et protagoniste principal de l’aventure) se voit dans la nécessité de subir une importante opération. La majeure partie de son corps de son corps doit être remplacé par des implants biotechnologiques, le transformant en un être fait de chair, de sang, de métal et de boulons. Cette même année le milliardaire Hugh Darrow, dans une ultime volonté de montrer les dangers que pourraient causer le transhumanisme dans de mauvaises mains, pirate les Augmentés du monde entier. Malgré l’intervention de Jensen, ces derniers se voient atteint de démence (par un signal électro-magnétique), attaquant sauvagement toutes personnes les entourant. Suite à cette journée sanglante, le monde regarde alors avec haine et méfiance ces Augmentés, ces derniers ne devenant rien de plus que des indésirables instables, dont l’humanité est de plus en plus contesté. C’est dans cet environnement des plus néfastes que nous reprenons le contrôle d’Adam Jensen, deux ans après ces tragiques événements…

C’est une société sous-tension que le joueur découvre dans Deus Ex Mankind Divided

Il est important de noter que le studio canadien ne s’enferme pas dans une position manichéenne, préférant montrer la complexité du sujet. De plus, si le jeu se montre critique, ce n’est pas tant vis-à-vis du transhumanisme en lui-même que sur la manière dont la société (voir la nature) humaine réagit et s’accapare ce concept nouveau.

L’Augmenté est synonyme de progrès, permettant à l’homme d’aller au delà de sa simple condition d’être vivant, dépassant les limites de la nature en s’émancipant vis-à-vis de cette dernière. Vieillesse, cécité ou encore surdité n’apparaissent plus comme un obstacle pour les êtres humains. Parmi les exemples que nous propose le jeu, il y a ce PNJ qui nous apprend qu’il se fit installer des jambes bioniques dans le but de pouvoir continuer à jouer et s’occuper de ses enfants, malgré son âge avancé. Le transhumanisme apparaît ainsi comme un moyen pour l’homme de se transcender, conformément à sa définition initiale. Il est également utilisé à des fins ludiques. Pour le joueur, chaque nouvelle amélioration correspond à une nouvelle manière d’aborder sa progression dans le jeu, de nouveaux éléments de gameplay nous offrant plus de choix dans l’approche du level-design ou du mob-fight. Ainsi, améliorer ses jambes bioniques permettent de se déplacer plus vite et de sauter plus haut, en vu d’accéder à des endroits jusqu’à alors difficilement accessible, tandis qu’équiper sa vision de certains capteurs permettra de voir (entre autre) au travers des murs.

Adam Jensen, avatar du joueur, et forme d »Augmenté Ultime »

 

Gunther Hermann, personnage du 1er opus

Eidos Montréal s’est également livré à une grande esthétisation du corps de l’Augmenté. Si dans le tout premier Deus Ex (sorti en 2000) ces derniers s’apparentaient plus à des cyborgs tout droit sorti de l’imaginaire des années 1990/2000, ceux des derniers opus bénéficient d’une grande attention par rapport à leur apparence. Leurs membres d’aciers semblent plus que jamais organiques, et les voir se déplacer, agir, voir même attaquer (lorsque l’on affronte des ennemis augmentés) s’apparentent à un merveilleux ballet mécanique. On pourrait toutefois utiliser cet exemple comme un contre-argument. En effet, les corps et les visages de certains de ces Augmentés, à commencer par notre avatar Adam Jensen, peuvent sembler trop parfait. Cette perfection irait à l’opposé de l’être humain, dont l’apparence et les capacités sont altérés par des choses qu’il ne contrôle pas. L’Augmenté peut ainsi s’apparenter à une forme de Golem moderne (dont Viktor Marchenko, antagoniste principal, est en l’incarnation formelle). Prométhée n’est d’ailleurs jamais très loin. Comme dans le mythe grec, la révolution scientifique et culturelle qu’est celle du transhumanisme permet à l’humain d’aller encore plus loin dans l’émancipation de ses contraintes primitives. Et toujours comme dans ledit mythe, l’humanité se retrouve punie, par des forces qui continuent à le dominer. Or, dans Deux Ex Mankind Divided, ce n’est nullement Zeus ou quelconque autre divinité de l’Olympe qui se livre à un acte de représailles, mais bel et bien la nature humaine. On pourrait interpréter le propos du jeu de cette manière : l’humain est autant de lui-même son meilleur allié que son pire ennemi.

 

Viktor Marchenko, antagoniste du jeu, sorte de Golem moderne

L’Augmenté est le paria, pas seulement politique, mais aussi intellectuel. Il représente d’une part une menace directe et mortelle (suite à l’Accident de 2027, voir la mise en contexte) aux humains biologiquement « normaux ». Lors de notre aventure, de nombreuses personnes apostrophent notre personnage, craignant que lui ou tout autre augmenté ne « pète les plombs ». D’autre part, l’Augmenté est considéré comme un indésirable dans le champ de réflexion intellectuel, car ne serait pas un Homme ordinaire, la présence de matériaux non propre au vivant dans sa construction biologique ne le légitimant pas dans l’Humanité. Non-humain pour la société, et pourtant loin d’être un robot, l’augmenté s’apparente à un être que sa propre société à exilé de sa propre humanité. Le malheur des Augmentés présent dans Deux Ex Mankind Divided est avant tout une crise identitaire. On retrouve d’ailleurs ici des thématiques qui ont animés bon nombre d’œuvre, notamment du cyberpunk, comme Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques et donc bien sûr les Blade Runner. Mais attention à ne pas séparer l’aspect politique et intellectuel de cette crise. Car cette conceptualisation théorique permet surtout de déshumaniser la figure de l’augmenté, et ainsi de légitimer la politique de discrimination employée. Comme le dit Jensen en début de jeu : « Si on continue à les traiter (les Augmentés) comme des animaux, ils vont finir par se comporter comme des animaux ».

L’Augmenté, en quête de son identité (crédit photo Momentum, aka Behlo)

Les Augmentés sont bien évidemment des êtres humains comme les autres. Ils ressentent de leur violente discrimination colère, souffrance, bref sont animés des mêmes émotions et sentiments que quiconque. Mais surtout, leurs réactions à leur condition font écho à l’humanité dans son histoire-même. Leur haine, ce sentiment d’injustice qui les habite prend la forme d’organisations radicales et extrémiste, animé par un besoin vital de se rebeller. A contrario, leur espoir se retrouve dans la création d’une nouvelle religion (bien que plus proche de la secte), à savoir l’Eglise de la Singularité du Dieu Mécanique. Pour cette dernière, la vie n’est que frustration, et l’homme peut en échapper en liant son esprit avec la conscience divine du Dieu Mécanique (soit une gigantesque machine fait de câbles et de serveurs), entraînant la mort du sujet, du moins dans le monde matériel. Cependant, seuls les Augmentés peuvent prétendre à cette Ascension, car comme le dit l’un des fidèles : « La parole de Mère : seuls les élus s’élèveront… Elle a banni les corrompus, victimes de leurs chairs (soit les humains biologiquement « normaux »). On retrouve ici une forme de communautarisme créé par une discrimination sociale et une quête de solution, qui agit comme une manière de se protéger.

Ainsi, le jeu affirme sans hésitation possible que les augmentés sont des êtres humains au même titre que les autres, possédant bien plus de ressemblances que de différences, à commencer par des émotions et des sentiments communs. Une vision des choses par ailleurs largement applicable à notre monde contemporain, où les prétendus différences que serait le sexe, la couleur de peau ou encore l’orientation sexuelle ne sont en réalité que des moyens superficiels de diviser et d’attiser la haine. Toutefois, Deus Ex Mankind Divided engage le joueur dans la réflexion, et ce par son gameplay émergent. Les nombreuses possibilités qui nous sont offertes pour triompher de chaque zone du jeu s’articule généralement toutes autour de deux approches : létal ou non-létal. Ce choix en apparence anodin raconte pourtant beaucoup. Veut-on faire d’Adam Jensen la machine à tuer sanguinaire correspondant aux clichés subis par les Augmentés, où alors un être empathique et clément, conscient de l’importance et du poids de la vie ?

Un choix en apparence anodin en début de jeu, mais qui engage le joueur dans sa perception du monde de Deus Ex Mankind Divided

Comme dit plus tôt, Deus Ex Mankind Divided est un jeu qui parle d’une crise sociétale, avec un affrontement idéologique entraînant des conséquences physiques entre anti-Augmenté et pro-Augmentés. Derrière la forme, cette tension naît surtout de l’incapacité de l’homme à contrôler son savoir, ou du moins à en faire bon usage, tant sa nature le dévore. Tel Midas, l’humain ne peut que corrompre ce qu’il touche. Dans ce conflit, l’Augmenté n’est qu’un catalyseur des pulsions et des peurs humaines. Ces craintes, qu’elles sont-elles si ce n’est la peur de la mort, le repli sur sa propre personne pour pouvoir subvenir à ses besoins, et surtout l’appréhension de l’autre, car potentiel menace à notre existence ? Le désir insatiable de puissance et de pouvoir également. La séquence d’introduction de Deus Ex Human Revolution nous présente par exemple un usage militaire du transhumanisme.

Après Prométhée, c’est au tour d’Icare d’être cité. Les auteurs du jeu explicitent d’ailleurs cette référence à de nombreuses reprises. La cinématique d’introduction met en scène un Adam Jensen s’envolant ailes dans le dos, dans une métaphore de sa « réparation ». La ville de Prague (où se déroule la majeure partie du jeu) regorge de tags évocateurs (voir capture d’écran), et l’évolution même de la ville au cours du jeu métaphorise cette chute imminente et catastrophique. En effet, si le joueur débute dans une ville certes témoin d’une cruelle discrimination, le dernier tiers du jeu voit Prague devenir l’enfer sur terre, avec un couvre-feu pour les Augmentés punis d’une balle dans la tête si non respecté…

Les environnements urbains dans lequel évolue Adam Jensen (et donc le joueur) ne sont pas que de vastes lobbys hébergeant quêtes et points d’intérêts. De nombreuses personnes critiquèrent à la sortie de Deus Ex Mankind Divided un monde ouvert petit et renfermé. Il est vrai qu’en comparaison avec les standards du monde ouvert, celui d’Eidos Montréal fait en apparence pale figure. Mais comme on le sait tous, ce n’est pas la taille qui compte, et le studio canadien nous offrent de véritables espaces regorgeant de détails, parlant plus du contexte social que bon nombre des dialogues du jeu. En effet, l’usage du narrative design y est remarquable. Prenons l’exemple de la ville de Prague. Cette dernière est l’incarnation parfaite de la crise qui parcours le monde. Elle est divisée, entre force oppressante (policiers, mafieux) et populations dominés (surtout les Augmentés). On y observe également une forte présence de robot, notamment à des fins militaires. Il est intéressant de remarquer que si le robot et tout son attirail technologique est accepté et l’Augmenté rejeté, c’est que le premier sert l’humain et est contrôlable alors que le second est indépendant et donc incontrôlable. Prague en elle-même évoque aussi ce malaise qui anime la société de Deux Ex. En effet, la ville mélange une architecture classique et historique, fait de pierres, de tuiles et de portes en bois, et une architecture beaucoup plus moderne, qui pourrait métaphoriser la modernité, et donc le transhumanisme et la figure de l’Augmenté. Or, cette alchimie des styles et des périodes ne fonctionne pas, donnant un côté artificiel, froid et vide à la capitale tchèque. Ce malaise (représentant incompatibilité entre une société humaine aux mœurs biens établis et évolution technologique et culturelle) est d’ailleurs présenté dès notre arrivée par le train à Prague (voir capture d’écran), avec un paysage urbain classique de nos jours déchiré par l’immense bâtiment de la banque Palissade en arrière-plan.

Notre première vue de Prague, symbole d’une ville fracturée

Toutefois, et bien qu’il offre une vision pessimiste de la nature humaine et de notre futur (qui en réalité n’est pas si éloigné que ça à bien y regarder)), Deus Ex Mankind Divided laisse place à un peu d’espoir. Notamment lors de la séquence à Utulek, sorte de camp de concentration des Augmentés, également nommé… Golem City (lien avec le golem cité plus haut). Si le lieu semble apocalyptique, concentré de misère et d’inégalité, le level-design de l’endroit étant très verticale, le joueur n’effectue qu’une lente mais réelle ascension. Peu à peu, les lumières artificielles des néons laissent place au rayon du soleil. Avec, à la fin de notre escalade, la discussion avec Talos Rucker le chef de la CDA (Coalition des Droits des Augmentés), point culminant de l’intrigue et du propos du jeu. L’un des rares moments où la sagesse semble dominer, suspendant un temps la haine qui dévore la société alentour. Et puis il y a la fin, certes décevante et expéditive, mais laissant augurant un futur plus prometteur pour les Augmentés, et enfin une véritable reconnaissance politique et intellectuelle.

Deux Ex Mankind Divided est bel et bien une dystopie. Mais qui n’en oublie pas pour autant l’espoir. L’Augmenté n’est pas qu’un amas de chair, de métal et de conscience. Il est la figure d’une humanité qui évolue, se heurtant à une société régie par des instincts primaires…

 

Poser la question à quiconque aura posé ses pattes dessus, et la plupart vont répondront d’une voix unanime que oui, Okami est un grand jeu. Gameplay inventif et poétique, direction artistique éclatante ou encore univers touchant et onirique sont autant de qualités ( parmi tant d’autres ) que les joueurs se sont plus à distiller sur l’expérience de jeu de l’oeuvre d’Hideki Kamiya. A la sortie du jeu en l’an 2007, je n’avais que 7 ans, et le jeu vidéo n’était pas encore rentré dans ma vie. Ce n’est que cette année (2018) que j’ai pu touché le jeu de Clover Studio, à l’occasion d’une réédition HD sur Steam. N’allez pas me dire qu’Okami a vieilli. Car, en plus de toutes les qualités précédemment citées, l’œuvre baigne dans un sous-texte écologique omniprésent. A l’heure où le changement climatique est une problématique essentielle pour le présent et l’avenir de notre existence, le message véhiculé par le jeu est plus que nécessaire…

 

Montrer la beauté

Le jeu prend place dans la contrée du Nippon (bien sûr version fictive du Japon). Alors que cette dernière baigne dans une relative quiétude le terrible démon Orochi, terreur des légendes d’antan, refait surface. Sous le joug de ce terrifiant dragon à huit têtes, le pays retombe aux proie des ténèbres. Face à cette situation dramatique, il n’y a plus qu’un seul rempart pour préserver la lumineuse paix : Amateratsu la déesse du Soleil, s’incarnant dans le loup Shiranui, héros du « bien » déjà pourfendeur par le passé du terrible Orochi. Affaiblie par de longues années de sommeil, elle se voit accompagné du courageux (bien que minuscule) Issun, guerrier-peintre. A ses côtés, Amateratsu-Okami va apprendre une à une les différentes techniques du Pinceau Céleste, pour espérer pouvoir éradiquer le mal à jamais des terres du Nippon.

Ce qui frappe en démarrant le jeu, c’est sa beauté. Non pas par le biais d’une magnificence technique ou d’un moteur graphique surpuissant, mais plutôt par la manière dont chaque mouvement de caméra ne semble déboucher que sur des paysages pétries de poésie . Le choix du cel-shading y contribue grandement. L’impression d’être plongée dans une toile japonaise est immense. Les personnages et autres décors sont taillés à la serpe, saisis dans l’unicité de leur apparence, amas de pixels dont on ne garderait que les sentiments profonds. C’est un monde unique et merveilleux dont se dégage des émotions diverses et variées, de l’angoisse au bonheur en passant par l’apaisement… Clover Studio souhaite montrer la beauté de l’existence, du grand-père facétieux au bondissement insouciant d’un lapin, en passant par la valse d’un cerisier en fleur…

Un monde en danger

Mais cette nature est menacée. Les ténèbres, de retour avec Orochi, envahissent le Nippon et ses habitants, ne laissant derrière elles que de vastes landes de terre contaminés et asséchés. Les arbres ne sont plus que forme obscure et menaçante, les rivières des torrents de poison et l’air auparavant pur laisse place à de sombres nuages toxiques. Il est évident que ces forces ténébreuses font écho à la pollution et à aux activités néfastes pour l’environnement de l’homme, détruisant derrière lui son espace de vie… Il est d’ailleurs intéressant de constater que le retour d’Orochi est dû à l’action maladroite et égoïste… d’un humain. Par l’acte de vaincre Orochi et plus en général tous ces émissaires des ténèbres se trouve une volonté de renouer avec la nature. Mais ce qui est le plus important avec Okami, c’est que jamais son discours ne se veut fataliste et pessimiste. Certes la situation est catastrophique et semble sans issue. Pourtant, ce qui anime le jeu tout entier, c’est un espoir permanent. Même dans les pires instants, le joueur ne veut que s’investir plus, conscient qu’il est capable de changer la donne.

C’est ça la force du jeu de Clover Studio. C’est d’être optimiste. D’espérer en toutes circonstances. Et surtout d’agir, pour purger le monde des ténèbres. Ce sentiment de pouvoir avoir un effet bénéfique se retrouve dans plusieurs idées du jeu. Tout d’abord, et c’est important, le joueur reconstruit tout dès le début. Lorsque l’on commence Okami, toutes les zones du jeu sont corrompus. C’est à nous de les « guérir » une par une, par le pouvoir du Pinceau Céleste, peignant le monde bout par bout pour le purifier. On passe petit à petit du « mal » au « bien », et non pas l’inverse. C’est une constante marche vers l’avant, et même si ça prend du temps, on approche constamment de notre objectif. Cette absence de cynisme, cette quasi-pureté dans le propos est crucial dans le propos porté par Okami.

S’unir pour résister

Et bien non justement, c’est maintenant qu’il faut se bouger Papi Susano !

Mais l’œuvre de Kamiya n’est pas pour autant naïve. Retrouver un équilibre entre les différentes espèces et espaces de vie se fera par les actes, et surtout en « collaboration » avec la nature. Lorsqu’à la fin de l’aventure les ténèbres sont défaits, c’est grâce à l’action commune de Shiranui/Amateratsu, mais aussi de toutes la galerie de personnages secondaires nous permettant de triompher du mal. Susano, Issun, Sakuya, Okikuromi, Ushiwaka. Qu’importe leur sexe, leur tribus, leurs traditions, qu’importe le fait qu’il soit homme ou bête, c’est tous ensemble que l’on peut espérer sauver le monde de notre propre chaos. Les animaux sont personnifiés, notamment au niveau de leur langage (qui est humain), renforçant l’idée que tout le monde est à la même place. Cette idée que c’est par l’harmonie entre l’homme et la nature que l’on pourra envisager de lutter contre le problème de changement climatique se retrouvera notamment quelques années plus tard avec Abzu (jeu sorti en 2016 de Giant Squid). La fin du jeu, donc, synthétise ce propos (attention, gros divulgâchage à venir). Lors de l’ultime affrontement, Amateratsu se dresse contre Yami, le Roi des Ténébres (dont Orochi est un composant). Un combat épique qui semble se conclure par la victoire du joueur. Mais alors que nous célébrons notre action, Yami se relève et assène à Amateratsu une terrible attaque. D’un coup, le soleil, synonyme de l’espoir (et symbole de la divinité que nous incarnons) disparaît, et les techniques de pinceau que nous avions durement apprises (soit nos compétences) nous sont retirés. Faible, sans défense et incapable de faire la moindre chose, espérer semble impossible. Le mal est là, prêt à réduire à néant l’existence. C’est alors que face à cette situation désespérée, l’intégralité des habitants du Nippon se mettent à prier pour soutenir Amateratsu. Ainsi, tous réunis pour donner lui donner leurs forces, elle récupère sa force, et s’incarne dans sa forme la plus pure et la plus parfaite, pour enfin vaincre Yami et éradiquer les ténèbres.

A retenir

Ce message d’unité et de cohésion pour résister est absolument nécessaire aujourd’hui. A l’heure où le monde ne cesse de se diviser, entre relent protectionniste et nationaliste, ultra-libéralisme maladif, postures misogynes, racistes ou encore homophobes, c’est une attitude qu’il est important de garder à l’esprit. Okami est un jeu important aujourd’hui encore, de par sa qualité en tant qu’objet vidéo-ludique, et par ses propos. Car si ces derniers sont véhiculés avec une telle force au joueur, c’est bel et bien par sa nature de jeu vidéo…

 

                Madmasko

 

1/2

2/2

Les meilleures choses ont une fin, les autres aussi, et c’est sur cette dernière escale que notre croisière horrifique s’achève, le Japon, terre de rencontre entre culture animiste proche de la nature, des dieux et des esprits, et mégalopoles à la pointe de la technologie de demain, baignées dans le matérialisme le plus brut, le corporatisme le plus impitoyable. Autour de ce paradoxe naît une culture riche, singulière, et c’est sur un petit détour vaguement sociologique que nous quitterons Silent Hill, avant de nous attaquer au cinéma d’horreur made in Japan, et aller enfin nous reposer dans un village pittoresque  peuplé de fantômes. N’oubliez pas votre appareil-photo, il pourrait s’avérer utile, voire vital… En avant pour la dernière ligne droite, suivez le guide!

La brume au delà des frontières…

Silent Hill : une ville hors du temps et de l’espace, marqué par les archétypes universels de la désolation, du mystère, de l’angoisse…

Silent Hill a été un succès international sans appel, pour plusieurs raisons évoquées dans le chapitre précédent. Mais outre ses qualités de mise en scène, sa force évocatrice, Silent Hill réussit un autre tour de force : puiser dans l’essence de la terreur version nippone, tout en masquant ses origines culturelles pour parler un langage que tous reconnaissent, un vocabulaire s’intégrant à chaque culture, au delà des codes, des media, des genres. Là où Resident Evil de façon analogue posait un archétype universel du Survival Horror et régnait dans une zone prédéfinie, Silent Hill se plaçait à la croisée des chemins, empruntant tant à une certaine littérature fantastique qu’au cinéma, tout en revendiquant son essence vidéoludique, réussissant finalement à créer son territoire propre tout en se jouant des frontières culturelles. Si l’on s’interroge sur le pourquoi de la chose, on peut trouver un semblant de réponse dans le contexte dans lequel Silent Hill est né.

Car oui, Silent Hill est issu de la fin de la période de règne du Japon sur l’univers vidéoludique. Si aujourd’hui on a tendance à trouver normal l’internationalisation des jeux, la variété des contextes, et le coté « passe-partout » de la plupart des productions, c’est d’une part parce que le paysage s’est diversifié, avec la montée du MMORPG américain, des coups de maître comme The Witcher (et surtout The Witcher 2!) par les polonais de CD Projekt, l’essor impressionnant d’Ubi Soft, mais aussi parce que le Japon a, ces dernières années, en réaction à leur perte de vitesse à l’échelle internationale, joué la carte de la transparence culturelle, parfois malheureusement à mauvais escient, allant parfois jusqu’à redessiner les visages des personnages (Star Ocean 4, c’est de toi que je parle) pour en neutraliser les origines, ou faisant des doublages américains la version « officielle » des jeux, au grand dam des amateurs de la langue de Katsuhiro Otomo (oui, j’ai pas de référence littéraire qui équivaudraient à Shakespeare ou Molière et je le vis très très bien !). Silent Hill, lui, vient d’un autre temps, où les japonais n’éprouvaient pas encore la nécessité de travestir leurs jeux pour qu’ils trouvent leur public, et sa dimension universelle tient tout simplement au fait que  son esthétique et son vocabulaire ludique se jouent des frontières, là où Resident Evil par exemple a une odeur américanisante et s’avère localisé. Silent Hill, malgré le type caucasien des personnages principaux, flotte dans les brumes et n’a pas besoin d’attache pour exister. Pourtant, si l’on peut y voir une influence majeure et internationale sur ce qui vient après tant au cinéma que dans le monde des jeux, on retrouve dans son univers des codes propres à l’horreur cinématographique japonaise, à l’époque mal connue dans notre coin du monde. Il faudra attendre l’arrivée de Ring dans nos cinémas pour que l’on commence à s’intéresser à la chose, et en faire, comme trop souvent, un phénomène de mode.

Meilleur ou pire ennemi du joueur et du héros, le méchant de jeu vidéo a souvent le mauvais rôle (normal, nous rétorquerez-vous), pour ne pas dire la place du con. Des origines à nos jours, les exemples d’antagonistes numériques tocards ne manquent pas et ils font aussi le succès du médium. Article garanti avec un maximum de fiel et un léger soupçon de mauvaise foi, évidemment.

Le méchant de jeu vidéo, tocard originel et authentique

À tout seigneur, tout honneur. Comment ne pas débuter cette réflexion sans parler de l’inimitable Bowser, parfait représentant de la tocardise absolue du méchant de jeu vidéo ? Pauvre bête qui n’a de cesse de vouloir à tout prix pécho Peach et qui s’y prend de plus comme un vrai manche. Pour ne rien gâcher, il se fait systématiquement battre comme un neuneu par un plombier du dimanche bedonnant. Oui, parce que m’voyez, monsieur a la brillante idée de laisser derrière lui un mécanisme tout simple qui va le précipiter trankilou bilou dans la lave juste sous ses pieds. Ledit plombier, pas rancunier pour un sou et probablement pris de pitié, l’invite même à toutes les sauteries qu’il organise. Quand il ne le sort pas lui-même de quelque embrouille dans laquelle Bowser a foncé évidemment tête baissée, sans réflexion aucune, comme le gros relou et teubé qu’il est. Si vous n’êtes toujours pas convaincu, admirez donc ce regard empreint de détermination et de ruse :

Bowser

Une bonne tête de vainqueur.

 

Chez Sega, on n’a pas seulement voulu trouver un concurrent à Mario, on a aussi visiblement pris chez Nintendo des inspirations pour les méchants. Que dire du Dr Robotnik, scientifique à la moustache interminable, obsédé et aussi capricieux que soit-disant brillant. Rêvant de conquérir le monde avec des inventions toutes plus loufoques les unes que les autres, ses projets sont régulièrement stoppés par un hérisson (bleu qui plus est, excusez du peu), voire parfois un renard à deux queues. Tu parles d’une ambition et d’un soit-disant QI de 300. C’est à croire que cette mégalomanie stupide est une maladie répandue chez les docteurs vidéoludiques, Neo Cortex et Nitrus Brio ne donnant pas leur part au marsupial dans la série Crash Bandicoot. Et pourtant, on ne peut pas dire qu’ils aient non plus en face d’eux un mec qui aurait inventé l’eau tiède.

On ne va pas trop s’attarder non plus sur le cas Wario, antagoniste au nez grotesque, au comportement monomaniaque et obsédé par le fric, encore et encore. Toujours chez Nintendo, il y a également Andross, de la série des Star Fox, boss final caché dans son repaire de la planète Venom : une énorme tête de singe avec des mains qui veut tout simplement contrôler la galaxie. Et encore, là, on parle de sa version améliorée à partir de Star Fox 64 (ou Star Fox 2, maintenant qu’on peut mettre nos mains dessus), n’oublions pas sa version originelle, un espèce de masque géant crachant des parpaings, dévoilant lors de son explosion un cube composé uniquement de faces avec sa face de macaque pas content. Ça c’est fort de fruit

Le pire peut-être, c’est quand ils décident de faire ça en bande organisée. L’Aube Mythique, culte dédié au Prince Daedra Mehrunès Dagon et mené par Mankar Camoran, l’aide à ouvrir les portes de son plan d’Oblivion, pensant que ça sera forcément la bonne solution… Bravo les mecs, bien joué, franchement. Les exemples de méchants tocards ne manquent décidément pas : LeChuck défait par le héros le plus débile de l’histoire du jeu vidéo ou encore le Dr Fetus dans Super Meat Boy qui n’est évidemment pas sans rappeler Bowser (tout comme le reste du jeu qui s’inspire délibérément de Super Mario Bros., jusqu’à son acronyme).

On remarque cependant un schéma assez régulier : ces tocards finissent par devenir malgré eux sympathiques, voire certains changent même de camp, ou presque. Donkey Kong, premier ennemi pas très futé de Jumpman, devient une sorte d’anti-héros dans les jeux qui portent son nom. En effet, rappelons que notre gorille à cravate préféré est loin de sauver le monde ou quelqu’un dans le premier Country, il part à l’aventure uniquement pour récupérer son stock de bananes, volé par l’infâme King K. Rool, un autre somptueux tocard. Ce sont en fait Diddy, Dixie et Kiddy Kong les vrais héros, puisque dans Donkey Kong Country 2 et 3, c’est justement eux qui viennent sauver un Donkey en détresse, capturé par K. Rool. Peut-être est-ce juste une facétie propre à Nintendo, mais on peut refaire un coucou à Wario, héros de sa propre série Wario Land, où il court, pour ne pas changer, après la thune, et les hilarants Wario Ware, où il cherche à se faire… du blé !

Super Meat Boy - Dr Fetus

Je vous emmerde, je mange ce que je veux !

Même quand il essaie d’être vraiment sérieux, le méchant est en fait un loser #mauvaisefoi

Peut-être qu’à l’image de tout autre forme d’art de la narration, comme on est finalement encore au début du jeu vidéo, on commence “à peine” à voir des méchants moins caricaturaux, à l’image de certains présents dans les romans ou films, bien torturés et complexes, où la frontière gentil-méchant est parfois ténue (Negan, Dark Vador…). À l’image de la réalisation, on “commence” à voir des plans plus léchés, plus cinématographiques dans le jeu vidéo ; avec le temps, le média mûrit et devient plus sérieux. Certains méchants se prennent plus au sérieux que les tocards évoqués précédemment et se donnent à fond pour moins passer pour de grosses buses. Mais cela ne veut pas dire qu’ils réussissent toujours, bien au contraire.

Et ce n’est pas parce que nous sommes sur Le Serpent Retrogamer que les méchants de Metal Gear Solid ne vont pas en prendre pour leur grade, loin s’en faut. Que dire, par exemple, de ce saltimbanque de Revolver Ocelot, accoutré comme un cowboy ringard qui ne trouve pas de meilleure idée que de se “greffer” la main d’un psychopathe. Brillant, vraiment. Le coupable d’ailleurs, un certain ninja répondant au doux nom de Greyfox (“renard gris”, paie ton pseudo, on t’aime aussi Victor), est un tantinet maso sur les bords puisqu’il demande sans cesse à Solid Snake de le taper pour le “faire [se] sentir vivant”. Fatman, outre le fait d’avoir le charisme d’une fraise tagada, porte quand même un nom qui a tout d’un sobriquet. Le boulet qui se porte lui-même, quoi. On ne va peut-être pas tous les énumérer, mais on se demande encore ce que peuvent bien prendre des mecs comme The Fear et The Fury, le premier à sauter d’arbre en arbre et à sortir une langue de trois kilomètres de long, et le second à se croire cosmonaute égaré qui brûle tout sur son passage, tel un pyromane détraqué qui fait joujou avec un lance-flammes. Une belle brochette de tarés…

MGS - Fatman

Hou, effrayant… Je sais pas si je vais arriver à dormir ce soir.

Dans la même veine, la série Final Fantasy nous en a offert certains gratinés également. Le tocard mégalo avec un accoutrement chelou semble être une espèce qui y sévit. Sephiroth, tout aussi classe qu’il puisse être en apparence, nous a un peu imposé cette norme insupportable du méchant androgyne mal dans sa peau. Franchement, on ne te remercie pas, mec. Surtout, il cache en fait un gros souci de complexe d’Œdipe et de manque d’affection par rapport à une mère qui n’en est même pas vraiment une. Va voir un psy et arrête de faire chier ton monde, mon grand. De même que Seifer, complètement manipulé par Edea pour laquelle il a les yeux de Chimène (Badi), et qui se révèle pas si dangereux au final. C’est surtout une grande gueule, une tête à claques et un gros jaloux de son camarade d’école. Drago Malefoy, sors de ce corps. La série autrefois rivale, Dragon Quest, n’est pas en reste non plus. Comme ce clown de Dhoulmagus dans le huitième épisode qui, soit-disant, veut conquérir le monde, mais se retrouve être le pantin de forces qui le dépassent. Cassez-vous.

Les méchants qu’on respecte quand même… un peu

Bon ok, on arrête le discours volontairement teinté de mauvaise foi pour parler des méchants dont il est difficile de rire, qu’ils soient de vrais pervers ou au contraire des anti-héros. Parmi ceux qui forcent littéralement le respect, il y a par exemple le terrible Kefka dans Final Fantasy VI, qui se pose comme un véritable psychopathe, de la catégorie des fous dangereux avec qui il vaut mieux ne pas plaisanter (c’est con, quand on se souvient son taf). De même que Vaas dans Far Cry 3, dont l’esprit machiavélique, manipulateur et sadique a troublé plus d’un joueur, éclipsant même le méchant en chef de l’histoire.

Une terreur que savent également faire ressentir La Chasse Sauvage de The Witcher 3 ou Alduin dans Skyrim. Difficile de rire d’eux. On peut aussi mentionner le Rôdeur noir dans Diablo 2, héros du premier épisode devenu à son tour seigneur de la terreur bien malgré lui. On suit tout au long du jeu sa progression pour libérer ses frères Baal et Mephisto grâce au témoignage du malheureux Marius qui l’accompagne durant son périple, et le mec en impose, c’est le moins qu’on puisse dire. Certaines petites âmes sensibles, comme notre Yannou préféré, font encore des cauchemars à cause de Nemesis de Resident Evil 3.

Diablo - Wanderer

Tel est pris qui croyait prendre.

À retenir

En fin de compte, à part quelques exceptions d’âmes torturées ou représentant simplement mais on ne peut plus efficacement le mal, les méchants sont bien souvent de beaux spécimens de tocards, et c’est bien normal : une des raisons de l’existence d’un méchant dans une histoire, c’est la possibilité offerte au témoin du récit de détester quelqu’un, de ne pas ressentir de scrupule à voir ce personnage anéanti pour transcender ou valoriser le héros, marquer la fin d’un périple, d’une aventure. C’est d’ailleurs ce qui constitue à la fois son charme et sa principale faiblesse. On adore le détester. Et les méchants de nos jeux vidéo ne sont finalement pas plus tocards que ceux issus des autres formes de narration : Gargamel, le Gouverneur, Sauron, Blaine le Mono, l’Empereur, Commode et j’en passe… Une belle brochette de tocards !

Elaine Replay et Totof

Salut à toi, collègue reptilien !

Vois-tu, je t’envie. Toi tu n’as pas à te torturer l’esprit de questions plus ou moins grotesques comme celle de savoir pourquoi des êtres fragiles comme du cristal se croient obligés d’aller montrer leurs couilles devant de bien inutiles périls, comme celui d’affronter mano a mano un taureau d’une demie-tonne devant un parterre de pauvres cons qui gueulent « Olé » d’une seule et même voix. Toi tu te contentes juste de capturer ta pitance quand la nécessité s’en fait sentir, bref tu ne cherches qu’à vivre. Et je t’admire pour ça. En plus tu aimes le retrogaming ! Bref gloire à toi mon ami, et merci encore de ton oreille attentive et amicale.  Finalement on se ressemble sur bien des points : nous aimons tous les deux la bidoche, nous aimons tous les deux le bon vieux jeu des neiges d’antan et nous avons tous les deux la langue fourchue.

Le 9 juillet dernier, un jeune matador (de l’espagnol : tueur, faut-il le rappeler) est mort sous la corne d’un fier représentant bovin qui avait toute sa fougue (on ne l’avait pas encore changé en boeuf en lui coupant l’usine à sperme). Je sais et je le crie haut et fort : un homme qui meurt à même pas trente ans sous le poids d’un animal déchaîné, c’est malheureux, et d’autant plus choquant que nul n’a besoin de ce genre de spectacle, quelle que soit l’issue de la rencontre entre l’homme et la bête. Je ne tomberai pas dans les travers des imbéciles qui d’un côté au nom de la tradition réclament le maintien de ces exhibitions infâmes, ni dans ceux des non moins imbéciles qui se réjouissent au nom de la défense animale de la fin de ce malheureux. Malheureux qui a certes embrassé une carrière si abjecte qu’elle pouvait précisément entraîner sa propre mort… Car vois-tu mon serpent, entre les cons d’un bord et les cons de l’autre bord, je me range à tes côtés, c’est à dire loin d’eux !

Tu m’as souvent entendu pester contre l’intrusion de la morne, cruelle et absurde réalité dans l’univers du jeu vidéo.  Ce triste épisode me donne hélas l’occasion d’une désillusion supplémentaire. Jusqu’en 2015, le jeu vidéo auquel on pouvait reprocher de s’être hélas vendu à bien des turpitudes (qu’elles se nomment Super Battle Tank, Call of Duty ou Desert Strike) avait au moins eu le bon goût de ne pas se fourvoyer dans cette activité exécrable qu’est la tauromachie. Je m’étais souvent d’ailleurs étonné à ce propos : à l’époque où ces damnés développeurs n’avaient aucune vergogne à prostituer (entendez « prostituer » au sens d' »avilir ») le jeu vidéo à grands coups de treillis de Marines et des messages bien partisans voire racistes (donc en un mot bien merdiques), aucun studio n’avait eu la funeste idée de sortir un simulateur  de corrida ! Et pourtant, nous savons tous les deux mon vipérin interlocuteur que ce ne sont pas les simulations qui manquent ! Certaines sont d’ailleurs assez stupéfiantes, comme celle de conduire un bus dans un désert vide et chiant comme une messe énoncée par un bègue (Desert Bus) ou celle d’un responsable d’hygiène de chiottes (Toilet Simulator). Si si, ces choses existent ! Etonnant, non ? Mes amitiés à Pierre Desproges au passage, qui n’aura hélas pas été foutu de crever d’autre chose que d’un putain de cancer, franchement Pierrot tu as déconné…

Ca fait envie, non ? J'ai envie de distribuer des pralines soudain...

Ca fait envie, non ? J’ai envie de distribuer des pralines soudain…

Mais pas autant déconné que le Studio espagnol Reco Technology qui, en 2015, présenta Toro, le premier projet de simulation de massacre gratuit et qui depuis sévit sur  XBox One et PS4. Je dis bien « massacre gratuit », car si le massacre est une composante de base de bon nombre de jeux et particulièrement de ces vieux jeux que j’idolâtre tout comme toi mon crotale de bon goût, il n’était jamais gratuit justement. Massacrer des aliens par milliers dans un shmup ? C’est avant tout pour sauver le monde. Massacrer des soldats par centaines dans Metal Slug ? C’est pour apprendre à ces salauds impérialistes et à leur chef Morden à ne pas venir emmerder le monde libre et démocratique. Et de plus dans Metal Slug, cette hécatombe est largement tempérée par un humour omniprésent et plus subtil qu’il n’en a l’air, là où le rival Contra est bien plus destroy, mais dans lequel on sauve aussi le monde ! Alors que là, on se contente juste de torturer avant de mettre à mort un animal pour l’amusement d’une triste galerie. Oui je sais mon serpent, on met bien à mort veaux, vaches, cochons, couvées…mais il s’agit là d’une nécessité alimentaire et tu sais tout comme moi que pour qu’un mouton devienne ragoût ou qu’une morue participe à une brandade, il faut bien en passer par là, et contrairement à toi la nature ne m’a pas équipé d’un gosier assez extensible pour avaler ma pitance toute frétillante encore (exception faite des huîtres). Mais je m’égare, je disais donc que depuis 2015, le jeu vidéo a perdu ce qui était sans doute l’une de ses dernières lignes de décence avec cet infect simulateur de corrida…

Merci au regretté Charb...

Merci au regretté Charb…

Je ne sais pas à qui en vouloir le plus, mais je n’aurai de cesse de dénoncer cette imbuvable évolution du jeu vidéo vers toujours plus de cynisme et d’abjection. Par tous les poils pubiens d’une actrice de cinéma olé-olé (aucun lien avec la corrida) des années 70, pourquoi foutre a-t-il fallu que le jeu achève d’être ce vecteur si justement et subtilement chimérique pour devenir une lâche et servile reproduction de la pourriture réelle que je cherche précisément à fuir quand je branche ma console ? Et pourquoi les derniers verrous de pudeur que le jeu entretenait jusqu’à maintenant sautent-ils tous autant que les partis politiques nous emmerdent sans même désormais nous passer la vaseline avant ?

La bêtise cruelle qui hélas fait la réalité n’a pas besoin de s’incruster dans un loisir d’évasion et, plus crûment encore, nous n’avons pas besoin de pauvres dégénérés bercés trop près du mur pour ainsi faire du jeu vidéo ce salmigondis de connerie reprise d’un monde dont on se demande s’il est sérieux pour paraphraser La Corrida de Cabrel ! Aujourd’hui, un homme est mort des bonnes oeuvres d’un taureau, et ce n’est pas le premier de ces pantins peinturlurés à crever de la sorte….Alors que cet homme serait encore en vie s’il ne s’était pas cru obligé de faire le guignol dans l’arène, et ce taureau aurait pu servir à autre chose, comme reproducteur (la belle vie pour lui et pour moi qui ai toujours fait mes délices de la blanquette de veau et qui ai au surplus un faible pour tous les morceaux bovins, du museau à la queue !).

Alors ne te crois pas obligé mon serpent de devoir enfiler la tenue grotesque du matador, et ni de devoir jouer à cette immondice du studio Reco technology qui est hélas une sinistre première dans ce processus déjà déplorable de la dégénérescence du jeu vidéo sous l’impulsion de ces salopards avides de fric… Et de voir le jeu vidéo perdre tout ce qui nous fait rêver pour mieux nous priver de ce plaisir enfantin de fuir ce monde absurde par une bonne mission de sauvetage de princesse ! Aujourd’hui il faut jouer au tueur ou au maque pour devenir le king des petites frappes de GTA, dessouder ces sales Russkofs pour devenir le king des Marines, c’est déjà bien assez…Pour en plus devenir le king des toreros. Et pour rendre hommage à la production espagnole de jeu vidéo (car oui elle existe !), on peut rejouer à ces perles qu’étaient Thunder Hoop, Radikal Bikers ou Football Power du studio Gaelco, tout comme on doit à présent lever son majeur pour ces messieurs de Reco technology en gueulant « Porcherie » !

Et merci à Franquin. Cornada en las roubignolès des développeurs de este juego de mierda...Qué diablos !

Et merci à Franquin. Cornada en las roubignolès des développeurs de este juego de mierda…Qué diablos !

Merci à toi de m’avoir invité à causer avec toi, je te quitte là,  j’ai un boeuf bourguignon sur le feu. Ben tiens, tu voudrais pas  venir t’en délecter avec moi ?

Yace,

Vieux grincheux pas si vieux.

Humeur dédiée à ceux qui aiment les tripes à la mode de Caen.

 

Bonjour à tous !

Le Serpent Retrogamer est fier de vous présenter la bande annonce d’un projet de reportage qui et dans les tuyaux depuis plus d’un an : le jeu vidé à Marseille.

Ce reportage, dans cette ville que je connais tant, sera décomposé en 3 parties pour autant de vidéo :

  1. Développer des jeux vidéo à Marseille. Nous sommes aller à la rencontre des studios de développement de la cité Phocéenne et en avons établi une sorte de paysage plus ou moins homogène.
  2. Vendre et acheter des jeux vidéo à Marseille. Il est dingue de voir comment cette ville est fournie en magasin de jeux, rétrogaming compris. Nous avons ainsi rencontré des boutiques mais aussi des collectionneurs. Caméra caché inside !
  3. Participer à des événements jeu vidéo à Marseille. Nous pouvons très bien profiter d’event pour partager notre passions, qu’ils soient privés ou publics ! LSR mène son investigation !

Présenté par Yannou et réalisé par le Serpent, vous en apprendrai plus sur cette ville pleine de contrastes et plus précisément sur implantation du jeu vidéo à Marseille.

Stay Tuned  et rendez vous fin septembre pour le premier épisode !

roadrash

Imaginez-vous sur l’asphalte par grand soleil, les cheveux aux vents, enfourchant votre moto rugissant de plaisir. Et surtout éprouvez ce plaisir malsain de casser la figure à toute personne osant perturber votre virée : c’est ça Road Rash. Une idée du défouloir mais sans négliger le contenu, qui a rassemblé beaucoup d’apprentis bikers à travers le monde. Des débuts discrets à la renommée, du naufrage progressif au retour sous une autre bannière, mettez votre casque et foncez dans ce dossier.

Une bande de doux-dingues

Road Rash 1

Un simple test pour lancer un torrent d’insultes, énoncer un nom : Electronic Arts. Enfin maintenant c’est plutôt Activision, mais cette société a été critiquée violemment pour des licences commerciales plombées de DLC (à quelques exceptions). Il faut savoir néanmoins qu’il y a eu des éclairs de génie, comme en cette année 1991. Tandis que le planning incluait de faire des simulations sportives telles que NHL et Madden (FIFA n’existe pas encore), une petite bande de rebelles emmenés par Carl Mey (Maniac Mansion – Ex Epyx) et Dan Geisler décident de se faire plaisir. Partis 1 an plus tôt sur une simulation de course automobile classique sur NES, leur moteur de défilement graphique (circuit) fait souffrir la 8 bits de Nintendo. L’équipe décide alors de se concentrer sur la Mega Drive (MD), réussissant à porter leur code pour obtenir un moteur graphique proche du mode 7 de la concurrente de Nintendo et réalisent une démo de course. Mais cela ne leur suffit pas, ils s’emmerdent ferme devant leur jeu. Non seulement le jeu évolue pour devenir intégralement un hommage motocyclé, mais une autre idée vient germer dans les esprits : et si le joueur explosait la gueule de ses concurrents ?

C’est ainsi que Road Rash (Megadrive/Amiga/GameBoy/…) fait son entrée. Le joueur y contrôle un pilote débutant qui espère bien se faire un peu d’argent en participant à des courses illégales aux 4 coins du pays de l’Oncle Sam. Mais bien sûr, tout ne se passera pas si facilement, et il découvrira que les courses illégales n’ont aucune règle. Les inspirations claires de ce jeu sont à trouver du côté des films d’action comme Mad Max (Geisler est un grand fan de celui-ci) et de l’histoire des bikers comme les Hell’s Angels, même si l’univers graphique est fidèle aux productions de l’époque du développeur. Cinq courses sont proposées, chacune pouvant être sélectionnée dans n’importe quel ordre, avec des difficultés différentes. Elles sont représentées en vue 3D avec des sprites 2D et offrent de nombreux obstacles à ceux qui les traversent. Dans les réjouissances on peut citer : les collines, les chicanes, les virages serrés, les voitures en sens inverses, la police et les concurrents. Ces derniers ne sont pas tendres, en allant de leur petite phrase à chaque départ, mais vont également tout faire pour éliminer tout sur leur passage. Pour se défendre, le joueur peut pendant la course donner des coups de pieds et coups de poings, et même voler une batte de baseball à ses adversaires. Attention cependant, si trop de coups sont pris ou si un obstacle est percuté, on est éjecté de sa moto et on doit courir après pour reprendre la course, en se prenant tout ce qui passe sur la route. Une moto totalement détruite devra subir des réparations, avec un prix montant crescendo. La police pourra aussi nous arrêter et donner des amendes à payer, avec un game over si l’argent manque, démarrant la mode du BUSTED connu des gens de la série. Mais malgré toutes les embûches, la victoire parmi les 4 premiers de la course permet de gagner de l’argent pour acheter de nouvelles motos. Si les 5 courses sont gagnées, elles peuvent être recommencées avec une difficulté supérieure. Mais pour être honnête, peu de gens vont très loin car la lassitude arrive devant la grande difficulté et les mots de passe sont interminables. Road Rash reste intéressant à jouer, et a eu un énorme succès à sa sortie, créant la surprise là où on ne l’attendait pas.

Et de quatre ! La chronique qui s’attaque contre les idées reçues s’étoffe aux côtés des livres, pubs et autres shumps. Aujourd’hui nous allons nous attaquer, non pas à la Saint Valentin, mais à la conquête du réseau en ligne. Cela peut passer par le jeu en ligne, le téléchargement ou le surf, mais tel le Far West, chaque avancée à son histoire. Seules les consoles seront évoqués, car l’histoire du net dans le monde des ordinateurs est aussi longue qu’une encyclopédie. Et pour ce quatrième épisode, Monsieur G doit retourner étudier le Fond de l’Affaire, ce sont donc des questions habituelles de forum qui vont servir d’interlocuteur.

Forum G des C : C’est pour la première fois sur Xbox que l’on a pu télécharger des jeux→ Non. Pour voir les origines du téléchargement de programmes, il faut remonter au début des années 1980.

 

PJG4-1 En 1981avant le crash, le constructeur Mattel va poser avec sa console Intellivision une première pierre dans le domaine du téléchargement. En effet, elle va bénéficier du PlayCable : The All Game Channel. Cette extension créée avec General Instruments permet de télécharger parmi 20 jeux par le câble pour 25 dollars par mois. Une fois la sélection faite, le titre est chargé en mémoire interne pour être joué, jusqu’au prochain choix. Sans vouloir me substitier à M. Greyfox, la communication est très importante ! Pas moins d’une demi douzaine de spots publicitaires sortent pour vanter les mérites du système. « Bizarrement »; ces derniers ne parlent ni du prix ni de l’installation demandé, mais du fait de ramener toute la puissance chez soi (Microsoft n’a rien inventé).  Mais bien que ce soit une avancée majeure dans le monde des consoles de jeux, il y a plusieurs défauts : – La mémoire interne de la console est de seulement 4 kb (Super Mario land 1 occupe 9 fois plus de place). Rien de bien grave pour stocker les jeux de lancement, jusqu’en 1983, où les jeux ont triplé en tailleFace à ce problème, il est possible « d’upgrader » son module, mais celà coûte selon atariage.com 30 $ de plus. –  Le public et les entreprises du câble…s’en fichent franchement du PlayCable. Seulement 19500 adaptateurs trouvent acquéreur tandis que Mattel espérait 650000 souscriptions au service.La création de MTV passe également par là et les canaux disponibles pour le téléchargement de jeux sont finalement dédiés à la diffusion de la chaîne musicale.

 

PJG4-3

Face à Mattel, Atari envisage son périphérique : Atari Gameline. Le projet est très ambitieux et ce grâce à un certain William Von Meister. L’entrepreneur Américain qui créera AOL en 1995 est à l’origine d’un système de communication par modem/ligne téléphonique. Après avoir été rembarré de nombreuses fois, c’est auprès d’Atari que sa technologie sera utilisée. Le principe? au moyen d’une inscription et d’un code pin, le joueur pourra accéder à de nombreux services : des jeux, des news, du sport et même la bourse. Malheureusement seulement le téléchargement de jeux, et le stockage de scores ont été implantés à la sortie en 1983.

PJG4-4 Comme sur l’image, et pour 50 dollars, l’utilisateur accède après la saisie du code pin à une fenêtre de connexion. Si tout va bien, l’utilisateur peut parcourir la liste des jeux et en télécharger sur sa console. Et là où Atari se distingue du Playcable, à part la communication par modem, c’est sur le temps de disponibilité des jeux. En effet, bien avant le PSN, le tarif de 1 dollar seulement pour télécharger un jeu n’est pas la seule condition. La seconde est une limitation de 8 parties par jeu, sachant que tout arrêt de la console entraîne une perte immédiate de tout son programme. Il faut ajouter également de nombreuses déconnexions, la liaison téléphonique étant ce quelle est ainsi que des factures de communication importantes. Moins d’un an après, le service s’arrête. L’architecture sera plus tard reprise en partie pour le Commodore 64.

Ciné

Aujourd’hui, l’industrie du jeu vidéo rapporte plus que celle d’Hollywood. En sus des discussions et débats incessants que ce simple fait provoque de nos jours, nous allons aujourd’hui nous intéresser au rapprochement du jeu vidéo et du cinéma, et plus particulièrement de l’appropriation que le jeu se fait du cinéma. Les développeurs revendiquent sans cesse une immersion croissante des joueurs dans la narration de leurs jeux – dans beaucoup de RPGs, par exemple. Cinématiques, dialogues, effets de mise en scène, reprise directe de codes de genres cinématographiques appliqués au jeu vidéo… tout y passe, et beaucoup s’en donnent à cœur joie, du fait de supports et de moyens techniques offrant désormais des possibilités de plus en plus larges pour s’approprier ces codes. L’industrie du jeu vidéo ne s’est jamais cachée de cette volonté de s’emparer de ces mécanismes, et il semblerait même qu’elle ait tout fait, depuis son institution, pour rattraper son retard technique d’un siècle de cinéma pour donner la meilleure expérience « cinématographique » qui soit aux joueurs. Pari tenu, alors ? Et quand bien même cela serait le cas, une autre question se pose alors : est-il judicieux ou même souhaitable, pour ce média si particulier qu’est le jeu vidéo, de se rapprocher si nettement du cinéma ?

Des moyens techniques à l’évolution exponentielle

Du quasi muet Gorion's Ward à la volubile Shepard

Du quasi muet Gorion’s Ward à la volubile Shepard.

Mais le jeu vidéo se distingue de l’industrie cinématographique de part la rapidité de son avancée en termes de moyens techniques et, conséquemment, de possibilités de mise en scène. L’évolution des deux médias est relativement similaire : au départ, le cinéma était noir et blanc, muet, il avait des cartons pour l’affichage de dialogues, des plans fixes et larges, et j’en passe. Dans le jeu vidéo, rebelote : on a commencé par des scrolling fixes, verticaux ou horizontaux, des dialogues dans des cartons, des bulles ou des fenêtres, et une musique dont la qualité était techniquement encore plus à la ramasse que le cinéma. Mais là où les deux médias se différencient, c’est qu’en seulement trente ans, sur le plan technique, le jeu vidéo a rattrapé un siècle de cinéma au niveau des possibilités du langage de mise en scène. Cela, en passant par des phases parfois un peu bâtardes, comme des phases aussi étranges que l’incrustation vidéo dans les années 90 : et là, on pense à Wing Commander III, avec Mark Hamill, Malcolm McDowell et John Rys Davys : le jeu est rempli de scènes vidéos à multiples choix de réponses, tournées comme une petite série SF à low budget, et entre ces cinématiques techniquement ô combien audacieuses pour l’époque, on trouve des phases de tirs un brin moins jouissives. Au final, cette phase est très contextuelle dans son époque, elle n’a pas duré bien longtemps. Dans mon cas personnel, l’évolution de la technique du jeu vidéo en matière de mise en scène m’a particulièrement marquée avec les jeux de Bioware : j’ai vu le passage du temps, de la 3D isométrique de Baldur’s Gate, avec ses plans larges et fixes, ses dialogues fenêtrés et son héroïne muette (à part pour dire « Oui, quoi ? » et « OK »), jusqu’à Mass Effect, avec Shepard, sa voix (un immense merci à Pascale Chemin, Jennifer Hale, Mark Meer et Cinzia Massironi d’avoir incarné mes héros) et les mises en scène diverses dans lesquelles les personnages sont mis pour immerger au maximum le joueur. À noter que les deux recettes sont diablement efficaces.