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TESTHOKUTOjacket

Allez, aujourd’hui, c’est du test retro de chez retro, puisque l’on puise carrément à la racine de l’âge d’or du jeu vidéo nippon, l’époque où le marché du jeu vidéo de salon se résumait à un bras de fer serré entre deux géants, où acheter sa console revenait à choisir son camp. C’est aussi l’occasion de revenir sur le très sympathique Black Belt, le tout premier titre que j’ai pu toucher sur la grande MasterSystem… Enfin, ce n’est pas spécifiquement de Black Belt qu’on va parler, puisque ce qui n’était qu’une légende urbaine à l’époque (entendez par là « avant qu’internet ne tue les légendes urbaines ») s’est finalement avéré vrai, donnant raison à une génération de joueurs craignant d’être victime d’hallucinations post-traumatiques suite au visionnage de la mythique série Ken le Survivant : Black Belt était bien une adaptation de Hokuto no Ken maquillée!! Alors, qu’en est-il de la version originelle ? Est-ce que Black Belt était une version édulcorée, censurée jusqu’à l’os, a-t-on droit à de la tripaille en pagaille dans la vraie version ? Du calme, post-jeune, essuie la bave du coin de tes lèvres, trace tes sept cicatrices avec un marqueur si ta pilosité te le permet et viens, on va tout de suite vérifier ensemble ce que vaut ce Hokuto no Ken!

Souvenirs souvenirs…

Bienvenue le mercredi après-midi au Club Dorothée!

Bienvenue le mercredi après-midi au Club Dorothée !

Si aujourd’hui, le jeune adulte est devenu une cible centrale en terme de marketing, à même titre que l’enfant et que la ménagère, il fut une époque pas si lointaine où l’on faisait tout simplement abstraction totale de la nuance entre l’enfant et l’ado. Le résultat ? Des séries de Magical Girl à la Gigi et Creamy mêlées à du Robotech, Princesse Sarah, Moumines, Yakari, Boumbo, Bouba, Rémi Sans Famille, Embrasse Moi Lucille, Jeanne et Serge, Spectreman, X-Or, Wingman, Signé Catseyes, Dragonball, Les Chevaliers du Zodiaque, Muscleman, Un Collège Fou Fou Fou (où tout le monde est fou), Max et compagnie, Albator, Docteur Slump… Je continue ou vous voyez le tableau ? Bon, bref, un pur foutoir où s’alternaient sans vergogne les programmes pour enfants, les séries romantiques, les séries un peu plus « cochonnes » (Lamu, Nikki Larson, ou encore Cat’s Eyes avaient de quoi émoustiller la jeunesse prépubère), et les séries à la violence exacerbée, fer de lance commercial des émissions pour la jeunesse. Les ados attendaient patiemment en se tapant du Gem et les Hologrammes entre un épisode des Chevaliers du Zodiaque et Dragonball Z (exemple fictif, je ne me souviens plus des programmes spécifiques, juste que j’ai dû subir quelques épisode de Gem…). Nous étions habitués depuis longtemps à l’édulcoration systématique de thèmes tendus à coups de traductions criardes et de coupes franches, Dorothée continuait à faire semblant de s’adresser aux 3 à 11 ans, les parents ne culpabilisaient pas trop en croisant un épisode de Saint Seya, l’accord tacite était passé. Et par un beau mercredi après-midi de fin août 1988, Dorothée annonce l’arrivée de deux nouvelles séries : Lamu et Ken Le Survivant. Et ce jour-là, tout changea. Si Lamu s’est contenté de nous offrir à travers ce premier épisode plein d’humour, une jolie paire de seins (suffisant pour émoustiller les jeunes frustrés que nous étions) en guise d’élément subversif, Ken Le Survivant, lui a carrément fait péter toutes les limites, exploser l’accord tacite, changé la donne. Appels de parents paniqués et outrés demandant le retrait de la série, organisation d’un vote téléphonique, 97 ou 99% de votes pour le maintien de la série ; pour ménager la chèvre et le choux, Dorothée et AB productions décident de maintenir la série en coupant toutes les scènes violentes, ce qui donnait au final une version incompréhensible parfois réduite de moitié en guise de compromis foireux, bref, la politique de l’autruche ne pouvait plus durer longtemps.

L’autre point d’orgue de l’acceptation de l’ado en tant que consommateur de spectacle, ce sera Akira, véritable chef d’oeuvre de l’animation jamais dépassé, mais c’est une autre histoire, revenons donc à nos moutons post-apocalyptiques.

TEMPSMODERNEKenragecover

En 2010, les fans de Ken le Survivant virent une nouvelle fois leurs fantasmes de gamers se faire piétiner par les développeurs : encore une adaptation qui tape à coté – un comble pour une série mettant en scène l’héritier d’un art martial ancestral, précis, mortel, le Hokuto Shin Ken. Koei attend près de trois ans avant de sortir une suite. Enfin, pas vraiment une suite, mais plutôt un upgrade massif du jeu original, histoire de faire oublier le pachidermique épisode précédent. Plus nerveux, plus rapide, plus violent, plus long, bref, plus tout, Ken’s Rage 2 est-il à la hauteur du challenge ? C’est ce qu’on va voir…

Hokuto No Ken

Le monde est devenu une véritable terre de désolation où les punks surdimensionnés font la loi.

Le monde est devenu une véritable terre de désolation où les punks surdimensionnés font la loi.

Ken le Survivant est arrivé chez nous via le Club Dorothée, dans une version, disons, particulière, avec ses doublages tonitruants, ses blagounettes rajoutées au vol dans la VF (Hokuto de cuisine, Nanto de fourrure, pour citer les deux plus classiques), et surtout ses épisodes amputés parfois de plus d’un tiers, rendant l’histoire incompréhensible. Reste qu’il a marqué toute une génération de bouffeurs de dessins animés. C’est donc sans grande surprise que, parmi les premiers mangas à engranger le pas sur Dragon Ball, on retrouve cette série, aux cotés de Nikki Larson ou Olive et Tom chez l’éditeur J’ai Lu. Sans surprise, mais avec grande excitation, car Ken le Survivant est une expérience qui ne s’oublie pas. On a donc pu enfin jouir de toute la portée dramatique de cette guerre fratricide sur fond de romance dans un monde sclérosé par la violence la plus extrême, réduit littéralement en cendre par une guerre atomique et où la loi du plus fort règne, au grand dam de ceux qui font moins de deux mètre trente et cent-soixante kilos de muscles, moule-burnes en cuir compris, et qui ne se sont pas mis au punk… Car oui, Tout est démesuré dans l’univers de Hokuto no Ken. Les méchants tout d’abord. Outre leur taille et leur musculature à faire passer Schwarzie pour un poids-plume (et probablement résultat de mutations génétique suite aux radiations, mais le scénariste ne nous en dira pas plus à ce sujet), ils sont d’un sadisme extrême, ne vivant que pour torturer, humilier et à l’occasion tuer les faibles, sans autre motivation que la méchanceté pure et l’instinct de domination. Les différents styles de combat ne donnent pas non plus dans la demi-mesure, entre le Hokuto qui explose et liquéfie littéralement le corps des adversaires, le Nanto qui, lui, découpe ces même corps, festival de tripailles garanti.

C’est dans ce contexte hyper-violent que l’on suit les errances de Kenshiro, l’héritier du Hokuto Shin Ken, l’homme aux sept cicatrices. Si à l’évidence le scénariste Buronson navigue un temps à vue, avec des situations qui se suivent et se ressemblent, il bascule vite vers une triste romance dans laquelle Ken recherche désespérément Yuria, kidnappée par Shin, un maître du Nanto responsable des sept cicatrices de Ken. Son périple se concluant étonnamment rapidement sur une vengeance frustrante et la mort supposée de Yuria, on débouche dès lors sur le véritable premier arc narratif étonnamment profond et épique, autour d’une rivalité entre les trois héritiers potentiels du Hokuto Shin Ken, entre les deux écoles du Nanto et du Hokuto, entre Kenshiro et le gigantesque et terrifiant Raoh, le tout baigné dans les larmes et le sang. Le manga continue sur un second arc narratif sans Raoh, mais les mangakas réalisent rapidement que l’histoire tenait beaucoup à la classe de l’antagoniste de Kenshiro, et recentrent le tout autour de l’héritage de Raoh, surfant sur un personnage absent, mais continuant à faire de ce dernier peut-être le vrai personnage principal de cette massive série.