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MGSGZ Box

J’arrive un peu après la bataille et je dois vous avouer que ça me plait. Il faut dire que de l’encre a coulé depuis la sortie, en Mars dernier, de Metal Gear Solid V : Ground Zeroes déjà annoncé par ses détracteurs comme l’arnaque sans nom, dernier coup bas de Kojima et de son éditeur vénal, Konami. Mais ne croyez pas que je vais simplement venir mettre de l’huile sur le feu en favorisant aveuglément l’un ou l’autre camp. Metal Gear est pour moi un jeu très particulier et j’espère qu’avec l’achèvement de cette semaine spéciale à laquelle j’ai massivement contribué, vous aurez compris qu’il ne s’agit pas d’un simple bon jeu mais d’une œuvre immense qui a marqué l’ensemble de ma vie depuis ce jour où j’ai placé la galette fraîchement achetée d’occasion dans ma PSone flambant neuve. Transformant mon plaisir d’adolescent en chemin initiatique avec MGS2, Kojima me faisait mettre les choses en perspectives pour la première fois et de fil en aiguille par les hasards de la vie, m’amenait à rencontrer Le Serpent et à rejoindre ce site. Mais trêve de bavardage sur ma sensibilité, au moins vous saurez que c’est un fan qui écrit cet article, pour autant je ne vais pas écrire avec ma sensibilité, ni parler de jouissance ou d’orgasme pour décrire mon expérience de jeu comme l’ont déjà fait certains sur d’autres sites. Non, j’essayerai de vous montrer pourquoi le jeu n’est pas tel qu’on l’a décrit, une démo payante, ni le chef d’œuvre complet d’un créateur qui n’a pas dit son dernier mot. Ground Zeroes est à part dans la saga, et probablement à part au sein du monde vidéoludique, un futur cas d’école sans doute, mais comme toujours, il n’a pas fini de nous faire parler.

Et alors, est-ce qu’on en a pour son argent ?

Il n'y a pas que la mission Ground Zeroes qui vous attend dans le jeu et vous aurez fort à faire pour venir à bout de tout le contenu une première fois (environ 10h).

Il n’y a pas que la mission Ground Zeroes qui vous attend dans le jeu et vous aurez fort à faire pour venir à bout de tout le contenu une première fois (environ 10h).

Je ne vais pas rejeter cette question comme bon nombre de journalistes qui soutiennent le jeu. Pourquoi ne pas en parler ici alors que partout on aborde la question de la durée de vie confrontée au prix ? Il n’y a aucune raison d’éviter ça. Tout dépend réellement de ce que vous êtes venus chercher avec ce prologue, car de prologue il sert à de multiples endroits. D’abord prologue scénaristique, Ground Zeroes fait en effet le lien entre la fin de Peace Walker (PW), qui se déroule en 74 et le début du futur The Phantom Pain (TPP) qui se passe lui en 1984, mais aussi prologue de gameplay en se plaçant comme le chaînon manquant entre un gameplay divisé en missions contenant de petits lieux clos dans PW et un open world dans TPP. Dès lors il convient de signaler un élément fondamental, si vous êtes venus trouver avec cet opus un Metal Gear traditionnel, contenant de longues cinématiques et des heures d’épopée hollywoodiennes, eh bien vous serez déçus car la seule mission scénarisée du jeu se boucle en environ deux heures lors de votre première partie (il m’a fallu précisément 1h19 pour en venir à bout). Mais là où la plupart des journaleux s’arrêtent en disant que c’est là la durée de vie de base du jeu, j’aimerais ajouter un petit élément.

L'open world est grand mais pas forcément immense et ce n'est pas vraiment un problème compte tenu des différents objectifs de mission.

L’open world est grand mais pas forcément immense et ce n’est pas vraiment un problème compte tenu des différents objectifs de mission.

En effet, Ground Zeroes se compose de 6 missions au total qu’on appelle souvent « missions annexes » mais qui en vérité composent bien l’expérience principale du jeu. Chacune contient un petit scénario comme c’était le cas dans Peace Walker avec leurs moments mémorables, leurs qualités et leurs défauts ainsi que des éléments à récupérer pour en apprendre plus sur les événements qui se déroulent dans la mission « principale ». En ne suivant donc que le chemin critique, vous en aurez pour environ une dizaine d’heures pour voir le terme de l’expérience sans avoir à refaire quoique ce soit (en excluant la nécessité de débloquer la dernière mission en récupérant les patchs de la mission Ground Zeroes, ce qui pousserait à une douzaine d’heures environ). Une dizaine d’heures de contenu pour un jeu triple A vendu 30 euros maximum, c’est donc tout sauf une arnaque en soi à condition bien sûr d’être venu chercher une introduction au gameplay de The Phantom Pain, car Ground Zeroes est finalement bien plus un prologue gameplay que scénaristique. Beaucoup des commentaires négatifs que le jeu a reçu viennent en fait de fan frustré de ne pas avoir accès à une expérience scénaristique plus large sans voir qu’une expérience gameplay intéressante d’une dizaine d’heures vendues 30 euros n’est finalement pas si mauvaise en rapport quantité prix quand on voit qu’un shooter avec 7 ou 8 heures de durée de vie est aujourd’hui vendu 70 euros.

New York MGS11

New York est, depuis Metal Gear Solid 2, une ville symboliquement incontournable dans la saga d’Hideo Kojima et ceci jusqu’à des événements très récents. Qui n’a pas en mémoire le plan initial du George Washington Bridge ou le final sur le toit du Federal Hall ? Et pourtant la grosse pomme réserve encore d’autres symboles qui permettent de lire et d’interpréter la série. Pour ma première venue à New York, vous imaginez bien que je n’ai pu résister à l’envie de voir de mes propres yeux les lieux que j’avais découvert plus de dix ans auparavant, l’occasion pour moi de partager avec vous mes photos accompagnées de quelques analyses parfois déjà connues mais qu’il est bon de raviver.

Le George Washington Bridge

Un plan initial qui a marqué toute une génération.

Comment oublier l’une des séquences d’introductions les plus mythiques du jeu vidéo ? Ce plan sur le George Washington Bridge, que vous retrouvez de jour sur la photo (une façon d’imiter la version du trailer de Ground Zeroes par beau temps diffusée il y a peu par Kojima Productions) ouvre le chapitre du Tanker de MGS2 et par la même occasion le retour de Solid Snake après les événements de Shadow Moses. Or cette scène comporte un élément fondamental pour les équipes de Kojima, quelque chose qui jusqu’alors n’a plus jamais été fait : la copie de lieux réel pour mettre en scène l’action d’un jeu. Même si on peut trouver dans MGS4 une tentative d’imiter des lieux du monde entier, on se retrouve bien plus avec un cliché régional qu’avec la véritable reproduction d’une ville ayant une identité aussi forte que celle de New York. Le George Washington Bridge est donc le pont le plus au nord de Manhattan, sur l’Hudson qui longe l’île par l’Ouest et la sépare de l’Etat du New Jersey. Notez dès lors cette première référence au personnage historique de George Washington qui abrégé en GW donnera son nom à l’IA des patriotes.

Vue en plan plus large depuis Manhattan.

Vue en plan plus large depuis Manhattan.

On peut dès lors contextualiser les événements de MGS2, l’Hudson est une voie fluviale commerciale majeure qui relie le Saint Laurent (qui passe par Québec et Montréal) aux Grands Lacs et donc à Chicago et Toronto. Or si on garde à l’esprit que la région des lacs est un centre névralgique de la construction automobile et du marché du blé, il n’est pas étonnant de voir défiler d’importants navires de transport sous les ponts de l’Hudson. Les Marines n’ont donc pas eu de mal à dissimuler une cargaison secrète tout en passant l’air de rien à côté d’une des plus grandes villes du monde. De plus, l’invasion des soldats de Gurlukovich par hélicoptère est également très cohérente compte tenu du nombre de ces appareils qui survolent en permanence la ville.

metal-gear-solidQui a eu l’occasion de se farcir TOUS les Metal Gear ? Pas grand monde… La faute à un problème de possession de machine, à des cartouches usagées, des disques rayés, etc… Mais tout cela va bientôt être corrigé. En effet, un pack ultime de la série Metal Gear vient d’être confirmé par Konami, soulignant que tous les jeux de la série depuis le premier Metal Gear sur MSX seront intégrés à l’offre. Mais monsieur, comment se fait-il alors que la compil’ s’appelle MGS : The Legacy Collection ? Et bien mon garçon, parce que MG 1&2 sont accessible depuis MGS3 : Subsistence. Une sortie qui fait plaisir aux passionnés mais qui n’est pas simplement source de délivrance : cela permet de ne pas oublier la saga et de préparer la sortie de MGS5 qui s’annonce bbbiiigg.

Bon, plus précisément, cette galette sera exclusivement disponible sur Playstation 3 et comprendra : Metal Gear Solid, Metal Gear Solid 2 : HD Edition, Metal Gear Solid 3 : HD Edition (incluant les versions MSX de Metal Gear et Metal Gear 2 ), Metal Gear Solid 4 : Trophy Edition, Metal Gear Solid : VR Missions et Metal Gear Solid : Peace Walker HD, et les romans graphiques de Woods. Il manque donc tous les Acid et autres portables Ops, Ghost Babe, et Snake’s Revenge, considérés souvent comme des Spinn-Off. Le tout devrait sortir en Juin au pays d’Obama. Et oui, toujours rien d’officiel pour l’Europe…

tumblr_lj4mpquIo41qhjqx7o1_500MAJ : Nous avons la date de sortie et le prix Japonais pour ce bundle monstre ! Mais je ne vous le dirai pas… Non non… Bon Ca va Toma lâche moi je balance… Le jeu sortira au Japon le 11 juillet au pays du soleil levant pour la modique sommes de 7980 Yens, soit… 61 € ! Oui si peu ! Alors certes, nous les fromages qui puent, on va avoir droit à une petite augmentation… Mais même à 70 ou 80 euros, n’est-ce pas une affaire ?! Ah oui, toujours rien d’officiel en Europe…

box art Rising

Dans l’univers des spin-offs on retrouve deux types de jeu, le premier est souvent accueilli avec un intérêt modéré et fait assez peu de vagues dans sa communauté, le second est au contraire sujet à de multiples débats et semble briser comme un tabou. Car rappelons qu’un spin-off est nécessairement le propre d’une saga, il se définit comme l’élément hors de l’esprit général du reste des opus, et donc doit se confronter à la communauté qui entoure cette saga. Or les communautés de fans sont de bien drôles d’animaux, à la fois gage d’une réussite commerciale pour tout ce qui porte le nom de sa saga fétiche, mais aussi parfois le pire ennemi des éditeurs et des développeurs. Metal Gear Rising appartient à cette seconde catégorie, d’abord présenté comme un opus canonique, il a subit de front la critique de sa communauté sous prétexte qu’il ne respectait précisément pas l’esprit de la série, si bien que Kojima Productions l’a finalement estampillé spin-off en même temps qu’il externalisait son développement chez Platinium Games. Alors que la première mouture nous offrait un système d’infiltration ninja, le jeu s’est ensuite concentré sur le genre du beat’em all plus traditionnel mais en conservant ce qui dès le départ s’était annoncé comme l’originalité du titre, la possibilité de découper librement la plupart des ennemis et objets du jeu. Mais quant à savoir désormais si ce jeu en vaut le coup, j’aurai une certaine exigence dans la réponse. Certains auront remarqué que chacun de mes articles se ponctue d’une référence à la saga Metal Gear pour la simple raison que celle-ci est très importante pour moi dans ma vie de gamer et dans ma vie tout court aussi ! Je chercherai donc également à savoir s’il faut radier Metal Gear Rising du reste de la série comme l’ont proclamé certains ou si malgré son statut particulier il a le droit au strapontin à l’assemblée des dieux de la saga.

Un vrai-faux Metal Gear

Vous en souvenez-vous ? Un bref aperçu de ce qu'aurait été Rising s'il avait finalement été développé par Kojima Productions.

Vous en souvenez-vous ? Un bref aperçu de ce qu’aurait été Rising s’il avait finalement été développé par Kojima Productions.

Et pour bien faire, pourquoi ne pas justement commencer par cette question qui me taraude ? La réponse est simple : Rising est un vrai-faux Metal Gear ; ce qui l’est moins, c’est de comprendre ce que j’entends par là. Car avant de parler de spin-off, encore faut-il savoir ce que l’on dit quand on parle d’esprit général d’une série. Pour certains, Metal Gear se définit principalement par son gameplay, l’infiltration et ses revendications pacifistes, pour d’autre ce sont les longues cinématiques et les histoires alambiquées qui en sont le propre, d’autres enfin pensent qu’un Metal Gear mêle forcément une intrigue à la philosophie. A mon humble avis, c’est un peu tout cela en même temps, même si à mon goût c’est le dernier élément qui prime, alors évidemment, lorsqu’on nous propre un jeu d’action nerveux avec un ninja qui découpe ses victimes en rondelles, on comprend que certains se méfient, moi le premier. Mais loin de décevoir les fans, le jeu dans sa version finale est même plus que surprenant dans sa façon de combler nos attentes. Certes, il lève le pied au niveau de l’infiltration et des histoires alambiquées, mais il me semble que l’esprit Metal Gear est pourtant bien présent. Alors qu’il semble aussi reculer sur le pacifisme de la saga, un pacifisme qu’Hideo Kojima nous a toujours appris à la dure, comme en témoigne cette réplique de Liquid Snake dans Metal Gear Solid : « tu aimes ces tueries, voilà pourquoi! » ; Rising aussi nous met en face de nos contradictions car plus que jamais on va aimer couper du cyborg, jusqu’à en oublier que ces cyborgs sont avant tout des humains passés sur le billard. Plus encore, ceux qui auront l’impression que le scénario est un peu léger auront le droit d’ouvrir la mine d’or qu’est le codec, véritable mise en abîme du scénario pourtant absolument facultative mais que tout fan serait bien déçu de manquer. La dernière question à laquelle il me semblait importante de répondre est celle du statut de l’intrigue : spin-off scénaristique ou non ? Il n’y a pas de réponse stricte ici car bien que fondé sur la véritable chronologie de la saga, on ne verra sans doute jamais d’épisode canonique après Metal Gear Solid 4, aussi rien ne pourra confirmer et infirmer que les évènements de ce spin-off sont à prendre en compte dans la timeline officielle.