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Castlevania… On associe tout plein de chose à ce mot si joli, et si on faisait un brainstorming, il en ressortirait : univers gothique, Belmont, fouet, crucifix, Symphony of the Night, mais surtout, ooooohhhh surtout : Dracula. Débutée en 1986, et comptant aujourd’hui plus de 20 épisodes, Castlevania reprend inlassablement le thème de la confrontation de la famille Belmont face au seigneur du mal : Dracula le vampire. Cette série, vieille de presque 30 ans, a su renouveler le thème de vampire et passer à travers ce que j’appelle la « mielisation » du mal, phénomène ayant pour digne représentant la série Twilight. Dracula et tout l’univers gothique qui en découle a toujours été présent à travers les opus, sachant à la fois se renouveler et capitaliser sur ses acquis. Voyons donc ensemble quelles sont les formes de l’iconographie de Dracula dans la série Castlevania.

Aux origines, un Roman

Le bouquin en question, mais pas dans sa première édition

Le bouquin en question, mais pas dans sa première édition

Dracula est aujourd’hui un personnage connu de tous. Qu’on l’ai vu dans un film, une bande dessinée, où même grâce à des jouets, on a tendance à oublier, qu’à la base, Dracula est un roman de Bram Stoker. Il s’agit d’ailleurs de son œuvre majeure, paru en 1897. Très documenté bien que fantastique, Dracula s’apparente autant à un roman qu’à une étude ethnologique, historique, géographique, et même folklorique. En se documentant dans les bibliothèques, Bram Stocker parvient à décrire une Transylvanie dans laquelle il n’a jamais mis les pieds, de manière précise, évocatrice. Le récit se joue donc entre l’Angleterre et la Transylvanie au XIXème siècle, dans un château retiré des Carpates où le comte Dracula, un vampire aristocrate sème la terreur. Récit épistolaire, lugubre et sinistre, mais aussi rédigé à la première personne (plusieurs personnages, mais pas le comte épouvantable), il s’agit là d’un classique. Et comme souvent, Stoker ne connut pas le succès avec son œuvre et ne fut reconnu qu’à titre posthume. Avec Dracula, Stoker se défini clairement comme un auteur dit « Gothique » comme Mary Shelley et Sheridan Le Fanu. Il a, par contre, eu l’intelligence de mettre au centre de son roman un mythe plutôt délaissé jusque-là : celui du vampire. Une orientation surement due au contexte historique de la réaction de l’œuvre : nous nous situons à la fin de la grande époque Victorienne, à une époque où Jack l’Eventreur fait des ravages dans les rues de Londres. Une fin de XIXème siècle particulièrement mouvementé dans le pays de Shakespeare. Dernière petite précision concernant le contexte et l’inspiration de l’auteur : le bouquin de Marie Nizet, intitulé Le Capitaine Vampire, du milieu du XVIIIème siècle, dans une Europe ravagée par les pestes, fièvres jaunes et autres épidémies. C’est donc bien grâce à Stocker que Dracula a pu devenir la représentation la plus connu du vampire. Et bien qu’il soit clairement acté que Dracula est la principale source d’inspiration de la série Castlevania, Konami en rajoute une couche avec l’opus Castlevania : The New Generation. En effet, cet opus, sorti uniquement sur Megadrive en 1994, reprend l’histoire de Bram Stoker dans le scénario du jeu. Ce dernier met en scène John Morris, le fils de Quincy Morris, qui a combattu Dracula aux côtés de Van Helsing dans le roman. La famille Morris est aussi citée dans Portrait of Ruin, notamment comme cousine du clan Belmont.

Qui est Dracula ?

Dracula version Belmont, ça en jette ya pas à dire...

Dracula version Belmont, ça en jette ya pas à dire…

Le nom Dracula serait dérivé du mot dragon qui, en langue valaque, se disait dracul. Par ailleurs, dracul ne signifie pas seulement « dragon » en roumain, mais également « diable ». Dracula est aussi appelé Nosferatu, qui signifie « non–mort ». Il se nourrit du sang de ses victimes et transforme à son tour celles-ci en vampires. Finalement, Stoker étant Irlandais, nous pouvons remarquer proximité des noms Dracula et Droch Ola, signifiant « mauvais sang » en gaélique. Sur plan de la représentation, le comte Dracula est souvent présenté comme un aristocrate dans la force de l’âge, grand et svelte, voire maigrichon, le teint pâle et les cheveux noirs. Souvent vêtu en noir avec une cape doublée en rouge, il fait très peur. Mais cette représentation, mise en avant par Christopher Lee dans son interprétation de Dracula lors de différents longs métrages, est en inadéquation avec l’iconographie du vampire défini par Stoker. Il y est plutôt décrit comme un homme vieux ayant des cheveux blancs et une moustache de même couleur. Il rajeunit au fur et à mesure qu’il suce le sang de ses victimes. Il est aussi reconnaissable grâce à des canines pointues et des paumes de mains velues. Il pue, n’a pas d’ombre, et ne peut se refléter dans un miroir. Autre image mise en avant par Christopher Lee : le Dracula Seducteur. Beau et jeune, et doté d’un charisme sans précédent, Dracula pouvait avoir les femmes qu’il voulait. Ce n’est clairement pas le cas dans le roman de Stoker. Il s’agit d’un vieillard rajeunissant certes, mais qui n’avait rien du séducteur. Il est donc plus proche d’un monstre que d’un culturiste, plus orienté vers le crime compulsif que vers l’amour charnel.

En définitive, il s’agit bien de la série Castlevania qui retranscrit au mieux le Dracula de Stoker sur nos écrans. Dracula est représenté comme le mal absolu, un guerrier sanginaire qui veut éradiquer tout ce qui bouge. Alors qu’au fil des années, Dracula est passé du monstre sanguinaire sans aucun sentiment à un vampire capable d’aimer, de pleurer ou d’avoir de la sympathie envers quelqu’un ce n’est clairement pas le cas dans Castlevania. Cette affirmation est d’autant plus vraie lorsqu’on regarde le dernier épisode de la série : Lord of Shadow 2. Cet épisode nous montre enfin clairement les liens entre les Belmont et Dracula, mais nous présente surtout, en HD, un personnage de Dracula plus vrai que nature. Les studios de Mercury Steam ont été plus Stokerien que Stoker en quelque sorte. Dracula est sadique, laid, et vieux au début du jeu. Il n’est en aucun cas séducteur, ressemblant beaucoup plus à un monstre assoiffé de sang qu’à un gentleman. Il est extrêmement violent et glorifie sa puissance. Manipulateur, il n’est pourtant pas scientifique, mais plutôt soldat du mal.

Alors qu’elle fête ses 25 ans d’existence, la série Castlevania semble se porter on ne peut plus mieux. Traversant les époques en s’adaptant constamment, mis à part un interlude 3D à l’époque de la N64 et PS2, la saga mythique de Konami méritait bien sa présence sur Le Serpent Retrogamer. La sortie du dernier opus, Lords of Shadow sur PS3 et Xbox 360, testé il y a peu, nous donne l’occasion de revenir sur la quête des Belmont. Autant le dire tout de suite, ce dossier fera l’impasse sur les différents remakes de type arcade. Castlevania -Château (Castle) Transylvanie (Vania)- est certainement l’un des piliers de la société Konami depuis 25 ans. On ne compte plus les suites, versions alternatives ou en 3D que ce jeu a engendré depuis son apparition sur Famicom en 1986 . Cette série, connue sous le nom de Akumajô Dracula chez les nippons a sans aucun doute révolutionné le genre. Et c’est en l’honneur de la sortie du dernier épisode de cette série qui a bouleversée sur bien des points le monde du jeu vidéo que vous pourrez lire ce dossier sur cette saga aujourd’hui encore mythique ! Mais tout d’abord il faut se plonger dans l’ambiance de la série ! Vous êtes un humain, généralement issu de la famille Belmont, qui part, armé de son fouet pour casser du vampire (eh eh !). Sur votre route vous rencontrerez des hordes de monstres tous aussi bêtes les uns que les autres mais assez puissants pour vous mettre au tapis en moins de deux secondes. Des morts vivants, des chauves souris, des tronches de médusa, des chevaliers en armure qui vous bourrent à coup de hache et n’oublions surtout pas nos amis et éternels squelettes lanceurs de tibia. Les boss sont excellents, certains ont marqué plus que d’autres, de par leur apparence monstrueuse, notamment dans « Symphony of the night ».

La trilogie NES : Akumajo Dracula, ou Castlevania chez nous, le début d’une légende.

Quelle belle jaquette !

Le tout premier opus de Castlevania voit le jour en 1986 au Japon sur Famicom, sous le nom d’Akumajo Dracula. La série s’exporte vite en Europe, sous le sobriquet de Castlevania. Conçu comme un concurrent au Ghouls and Ghost de Capcom, bizarre non ? (Konami et Capcom était en guerre permanente à l’époque et chacun souhaitait répliquer aux licences de l’autre). La sortie hors des frontières nippones s’explique de façon assez simple. Son gameplay, axé sur un mélange équilibré entre action et plate-forme était abordable par tous, selon les dires des développeurs. On a toujours voulu prendre les Européens pour des bennés… Ensuite, la série utilisait la mythologie du vampire comme toile de fond à son background, était largement connu par chez nous. Les références à la culture occidentale, surtout européenne, abondait donc, ce qui en faisait un produit parfaitement adapté à l’import. Ce premier opus met en scène Simon Belmont et prend place en 1691. L’héritier d’une célèbre famille de chasseurs de vampires doit pénétrer au sein du château de Dracula, afin de le tuer. Quoi de plus simple ? Comble de malchance, le comte renaît tous les 100 ans, un gimmick scénaristique qui donnera l’occasion à Konami de décliner sa licence sur bien des supports en créant une véritable ligne directrice au travers des époques. Comme dis au dessus, le tout premier Castlevania propose un gameplay mixant action et plate-forme, Simon doit affronter un large bestiaire (chauve-souris, tête de méduse, la Mort elle-même, etc.) armé de son fouet magique (le célèbre Vampire Killer) tout en ramassant sur sa route de nombreuses armes secondaires (les classiques sub-weapons : dagues, haches, eau bénite, etc.). Ce Castlevania, et ceux qui suivirent aussi, emporte avec lui une difficulté relevée, principalement à cause d’une maniabilité assez rigide.

La Trilogie NES : Simon’s Quest, une suite inspirée

Des graphismes sombres, déjà sur NES

En 1987 sort la suite de ce premier Castlevania, toujours sur NES et toujours avec Simon Belmont pour héros. Après sa victoire sur le comte Dracula, Simon rentre chez lui en espérant passer le reste de sa vie tranquille. Mais 7 ans après, les premiers symptômes d’une malédiction apparaissent chez lui. Avant de trépasser, le comte lui avait légué un dernier présent. Simon doit donc retourner en Transylvanie armé de son fouet afin de rassembler différents morceaux du corps de Dracula pour le ressusciter, briser la malédiction et le réexpédier aussitôt ad patres. Dès cette seconde déclinaison, le gameplay évolue considérablement. Cette fois-ci, l’accent est mis sur le côté aventure de la quête : Simon peut discuter avec les villageois, peut pénétrer dans les habitations et doit éviter de se déplacer de nuit, sous peine de voir débouler des monstres bien plus puissants sur sa route. La structure du jeu était donc bien plus ouverte et la difficulté sacrément corsée, une fois encore. Selon le temps que vous mettiez à finir votre quête, la fin pouvait changer du tout au tout. Parvenir à voir l’épilogue où Simon reste en vie demandait donc une solide connaissance du jeu et des nerfs à toute épreuve.

La Trilogie NES : Dracula’s Curse, définitivement une grande série

L’amélioration graphique est flagrante

Castlevania revient sur NES en 1989 avec Dracula’s Curse. Le contexte historique est ici antérieur à celui des deux premiers opus et prend place en 1476. Vous incarnez alors Trevor Belmont, un ascendant de la famille des chasseurs de vampires, ancêtre de Simon si vous avez bien tout suivi donc, qui repart donc à la chasse. Il sera assisté dans son périple par Sypha Belnades, une magicienne, dont la famille côtoiera régulièrement celle des Belmont au fil des épisodes, par Grant Danasty, un pirate ivre de vengeance, ainsi qu’Alucard, le rejeton de Dracula, bien décidé à stopper les agissements de son père. Et oui un beau petit traitre. Cette variété des personnages se répercute évidemment dans le gameplay et l’ajout d’embranchements dans la progression contribue surement à faire de ce troisième opus le Castlevania le plus plaisant à jouer sur NES. A part çà, le tout reste assez similaire à l’opus précédent, clôturant une trilogie de qualité qui lance une série mythique.